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MÉMOIRES · 1918

Janvier 1918 1918

27 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

2 janvier 1918

2 janvier 1918

Source : manuscrit

2 janvier. — La 11e Batterie descend de Ceintrey sur Madon où elle est cantonnée et à 11 heures nous partons enfin par Pierreville et Xeuilley. Au moulin neuf nous récoltons la 12e batterie qui descend de Frolois sous le commandement de l’adjudant : il n’y a en effet aucun officier à cette batterie, à la 11e il n’y a que de Blois et chez moi je suis seul. La route est très mauvaise et nos chevaux fatiguent énormément. À Pont St Vincent je pensais prendre la route de Sexey aux Forges qui, passant au nord de la Moselle nous aurait conduit directement au camp de Bois l’Évêque où nous devons cantonner, mais au départ de Pont St Vincent la route directe de Sexey aux Forges est en rampe de 15 à 18 % et couverte de verglas : il est impossible de s’y engager. Il nous faut donc franchir la Moselle, passer dans Neuves Maisons, longer la rive nord de la

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2 janvier 1918

2 janvier 1918 — continuation p.924

Source : manuscrit

Moselle jusqu’à Maron et revenir de là à Sexey aux Forges ce qui nous rallonge d’au moins 4 km. À partir de Sexey aux Forges, la route monte encore pendant au moins 2 km à 10 ou 12 %. Nos chevaux, après beaucoup de difficultés arrivent à grimper cette côte mais je ne suis pas sans inquiétudes sur la descente que nous devrons faire demain. À 16 heures enfin nous atteignons le camp de Bois l’Évêque où nous attend déjà le huitième groupe. La route est si glissante que plusieurs de nos voitures, que nous voulons arrêter à droite sont entraînées par la déclivité et versent dans le fossé. Comme nous sommes arrivés sans les caissons les [mot incertain] hommes ne sont pas d’ailleurs au bout de leurs peines car il n’y a pas d’eau au camp, les conduites étant complètement gelées. Il va donc falloir conduire les chevaux dans l’abreuvoir de la Moselle à deux kilomètres de là. Avant l’arrivée des batteries j’ai pu reconnaître le camp à la lumière du jour tombant. Il occupe un vaste espace de plus de 500 mètres de côté sur le sommet même du plateau. Les baraques Adrian sont réparties régulièrement sur toute cette surface et elles sont assez nombreuses pour abriter une division d’infanterie au grand complet. Pour l’instant il n’y a personne au camp, que nous. La division marocaine est partie depuis 2 ou 3 jours. Lorsque le camp est occupé par l’infanterie les réjouissances s’y succèdent : théâtre, cinéma, etc. Tout cela est évidemment interrompu en ce moment, seule la cantine est ouverte. C’est le seul endroit du camp où il y ait un peu de feu aussi nous nous y commandons notre dîner. Naturellement, dans les baraques il fait un froid horrible puisqu’elles sont toutes ouvertes à tous les vents et qu’il n’y a pas de feu. Je ne serais pas surpris que dans la nuit le thermomètre soit descendu à 15° sous zéro et même plus bas. Naturellement nous dormons fort mal. Les hommes qui sont entassés dans les baraques ont certainement beaucoup moins froid que nous.

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3 janvier 1918

3 janvier 1918

Source : manuscrit

3 janvier. — Après une très mauvaise nuit nous partons à 9 heures du matin. La route est absolument luisante et polie comme un miroir ; hommes et chevaux ne parviennent pas à se tenir debout. Le premier kilomètre sur le plateau est parcouru assez normalement, mais dès que commence la descente sur Pierre la Treiche, les choses se gâtent : les chevaux tombent, les voitures dérapent dans les fossés. Avec notre matériel relativement léger bien qu’il pèse près de 3.500 kilog. cela va encore, mais l’autre

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Date non portée

Carte 39 — Voisogne et Noviant-aux-Prés

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte n° 39

[Sélection de toponymes imprimés : bois de la Voisogne ; Noviant aux Prés ; Manonville ; Domèvre-en-Haye ; Minorville ; Tremblecourt ; Flirey ; Limey ; Lironville ; Martincourt ; Pont-à-Mousson ; Montauville ; Dieulouard ; Belleville ; Saizerais.]

[Fond cartographique en deux bandes superposées, avec tracés bleus et rouges ; pas de légende explicitant ces tracés dans l’image.]

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3 janvier 1918

3 janvier 1918 — continuation p.927

Source : manuscrit

groupe, celui de 155 long de Bange dont les canons pèsent près de 7000 kilogrammes va éprouver les plus grosses difficultés. Enfin après beaucoup de péripéties de toutes sortes nous arrivons à Gondreville à 16h30. Le soir Dumay, Féry et Simon nous rejoignent. Le cantonnement de Gondreville est assez agréable malheureusement nous ne pensons pas y rester longtemps. Notre popote est confortablement installée chez des gens accueillants et ma chambre est assez agréable.

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5 janvier 1918

5 janvier 1918

Source : manuscrit

5 janvier. — La journée d’hier a été passée tranquillement au coin du feu ce qui nous a permis de nous reposer pour affronter les fatigues d’aujourd’hui. Nous avons reçu en effet hier au soir à 20h30 l’ordre de partir ce matin pour mettre en position ce soir. Guilmin, retour de permission hier au soir nous apprend que le capitaine Kablé atteint par la limite d’âge est rappelé à l’arrière. À 11h30 donc, nous partons par Villey St Étienne où nous retrouvons le 8e groupe qui n’est arrivé dans son cantonnement avant hier qu’à onze heures du soir après avoir éprouvé des ennuis sans nombre. Le froid est toujours extrêmement vif et dans les descentes nous éprouvons les plus grandes difficultés pour empêcher les voitures de verser dans les fossés. Les hommes sont obligés de retenir les voitures au moyen de cordes. Enfin par Avrainville, Manoncourt en Woëvre, Tremblecourt, Domèvre, Minorville nous atteignons Noviant aux Prés où se trouve le poste de commandement. Il fait encore grand jour quand nous arrivons aussi le commandant me tance-t-il vertement pour avoir effectué imprudemment mon mouvement pendant le jour or, d’après l’horaire fixé sur les ordres reçus nous sommes au contraire en retard de 40 minutes. C’est donc le commandant qui est coupable et non pas moi mais bien entendu il cherche à dégager sa responsabilité. Nous atteignons enfin la position où nous mettons en batterie sans difficultés. Nos pauvres conducteurs ne sont pas au bout de leurs peines et nos chevaux non plus car il va leur falloir maintenant exécuter une nouvelle marche de 30 kilomètres en pleine nuit pour rejoindre Gondreville.

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6 janvier 1918

6 janvier 1918

Source : manuscrit

6 janvier. — Nous voici donc rattachés à la 1re brigade de la Division marocaine qui doit exécuter un coup de main dans le Bois de Mortmare. L’artillerie lourde de la brigade sous les ordres du capitaine Gontier comprend le 7e groupe du 105e, la 21e batterie de 155 court Filloux du 286e, la 2e batterie du 6e R.A.P. (155 court) et la

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6 janvier 1918

6 janvier 1918 — continuation p.928

Source : manuscrit

23e batterie du 286e (M. de 220 Cne Bredin). Toute la journée nous travaillons à parachever l’installation de la position. Celle-ci est maintenant à peu près habitable et nos canons prêts ainsi que les munitions. Les abris, presque desséchés sont à peu près confortables. Notre voisin le 8e groupe croyait avoir des abris secs : ils étaient seulement gelés. Au premier feu allumé à leur intérieur, la terre a fondu, donnant passage à l’eau et immédiatement les abris se sont remplis jusqu’au niveau du sol. Espérons qu’il ne nous arrivera pas pareille mésaventure. Il y a cependant dans ce secteur une chose qui est parfaite c’est la nourriture. La division marocaine à laquelle nous sommes rattachés est nourrie copieusement et nous en profitons.

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7 janvier 1918

7 janvier 1918

Source : manuscrit

7 janvier. — Le matin je vais faire un tour au poste de commandement pour obtenir quelques renseignements sur l’attaque. J’apprends que nous démasquerons les batteries ce soir pour l’attaque qui doit avoir lieu demain. À 14 heures je pars donc avec Simon pour l’observatoire de la S.R.O.T. qui se trouve vers la cote 305 sur la route de Limey à Flirey. Les Boches tirent d’ailleurs à ce moment sur les observatoires placés dans les arbres à la lisière nord du bois de la Voisogne et nous avons eu le bon nez de ne pas y aller. Cependant comme nous ne voyons rien de cet observatoire, nous sommes bien obligés d’aller à l’un des observatoires du bois de la Voisogne où nous ne voyons d’ailleurs rien de plus. Le brouillard nous empêche complètement de voir notre point de réglage qui est le point où la lisière sud du bois de Mortmare est rencontrée par le chemin venant de la maison forestière. Je rentre donc à la batterie à la nuit complète passablement fatigué par cette promenade dans la neige. Demain matin il faudra recommencer puisque l’attaque est pour demain et que nous n’avons effectué aucun réglage.

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8 janvier 1918

8 janvier 1918

Source : manuscrit

8 janvier. — Debout le matin à 5 heures, je pars à 5h30 vers la 12e batterie où je dois prendre Simon. Dans le bois couvert de neige, par une nuit très noire nous partons en suivant pas à pas la ligne téléphonique pour s’assurer de sa continuité. Tous les 200 ou 300 mètres, nous branchons notre appareil téléphonique pour nous assurer que la liaison est établie. La ligne est coupée en plusieurs endroits et nous nous hâtons de la réparer. Nous sommes retardés assez longtemps

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8 janvier 1918

8 janvier 1918 — continuation p.929

Source : manuscrit

dans le vallon situé à 1 km au nord du bois de la Voisogne et le jour levant nous surprend là, mes téléphonistes et moi pataugeant dans la boue et dans la neige pour retrouver les morceaux de la ligne coupée. Enfin après beaucoup d’efforts nous atteignons le boyau vers 8h15. Il y a dans ce boyau pas mal de boue dans laquelle nous devons piétiner pendant plusieurs heures pour l’exécution de nos réglages qui commencent à 8h30. La batterie de 220 a déjà commencé à régler et alors que nous étions dans le ravin en train de réparer nos lignes téléphoniques, des éclats sont revenus jusqu’à nous provenant d’obus tombés à plus de 1.800 mètres. Le poste d’observation que nous occupons est à 500 mètres environ de la première ligne française et domine complètement le bois de Mortmare. C’est dire que la visibilité est parfaite malgré le temps un peu gris. À 11 heures nous avons terminé nos réglages et rentrons à la batterie sans autre incident. Immédiatement nous commençons nos tirs sur les premières lignes allemandes et à 3h15 l’attaque d’infanterie se déclenche. Nous apprenons bientôt qu’elle a parfaitement réussi et que nous avons fait 160 prisonniers dont un officier et 18 sous officiers avec relativement peu de pertes (6 tués). Nous continuons d’ailleurs à tirer jusqu’à 17 heures. Il ne nous reste maintenant que juste le temps pour dîner et nous préparer à partir. Mes hommes éreintés par ce tir de 1076 coups, ce qui représente un métricubage de 50 tonnes de projectiles déploient cependant la plus grande activité pour préparer le départ. À 20 heures les chevaux arrivent et à 20h30 nous quittons la position. Le temps qui depuis le matin semblait s’orienter vers le dégel a changé brusquement vers 17 heures. Le vent souffle du nord avec une grande violence et la terre se recouvre immédiatement d’une carapace de glace sur laquelle il est impossible de tenir. Les canons tanguent sur la route d’un fossé à l’autre et à peine avons nous fait 100 mètres sur la route que la 11e batterie et nous faisons tomber chacun une pièce dans le fossé qui heureusement n’est pas très profond. En réunissant mes meilleurs attelages j’arrive à sortir ma pièce et celle de de Blois. Comme nous traversons Noviant, nouvel incident : un homme de la 11e batterie qui marche le long d’un canon butte dans une grenade qui explose en blessant

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8 janvier 1918

8 janvier 1918 — continuation p.930

Source : manuscrit

3 hommes dont le maréchal des logis Estoc. Les canons continuent à tanguer horriblement fauchant tout sur leur passage. Un homme de la 12e batterie s’étant jeté derrière un arbre pour fuir un canon en dérive a plusieurs doigts coupés par le bouclier de la pièce qui vient heurter l’arbre auquel il s’est cramponné. Tant que la route est bordée d’arbres et à peu près de niveau je ne suis pas trop inquiet mais que sera-ce lorsque nous serons sur une route en talus ou que la route sera en pente ? Je pense justement à cela lorsque la route se présente tout à coup en remblai pour franchir l’Ache. Comme pour justifier mes craintes un canon de la 11e roule au bas du talus. Je m’arrête un instant pour examiner la situation avec de Blois lorsque l’un de mes canons tombe lui aussi au bas du talus haut de 5 à 6 mètres entraînant avant train chevaux et hommes, et de si malencontreuse façon que je me demande comment je vais me tirer de ce mauvais pas. Le canon est tellement enfoncé dans la terre et l’avant train si mal placé que nous ne pouvons même pas faire descendre le canon jusqu’au bas du pré. Quant à le remonter directement sur la route il n’y faut pas songer. Pour comble de malheur il fait un froid de chien et mes hommes sont éreintés. Il fait certainement 10 à 15° au dessous de zéro, le vent souffle en tempête et la neige tombe en rafales. Enfin, au bout de plus d’une heure d’efforts nous arrivons à redresser l’avant train et à faire descendre le canon jusque dans le pré. Après l’avoir attelé nous le traînons dans le pré jusqu’à un point où ce dernier est au niveau de la route et nous sortons enfin de ce mauvais pas. Le froid est de plus en plus vif et la route nous paraît interminable. Naturellement il est impossible de rester à cheval d’abord parce qu’il fait trop froid et ensuite parce que cela serait trop dangereux, les chevaux s’abattant à tout instant. Leurs fers ont bien été munis de crampons mais ces derniers sont peu efficaces étant donné la dureté de la couche de verglas, d’ailleurs ils ont été usés par les 25 ou 30 kilomètres faits par nos chevaux pour venir nous chercher. Je suis surtout inquiet pour la descente qui suit Avrainville mais heureusement tout se passe sans incidents, bien que nos canons continuent à tanguer horriblement. À Villey St Étienne nous nous arrêtons épuisés, nous

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8 janvier 1918

8 janvier 1918 — continuation p.931

Source : manuscrit

demandant comment faire pour aller plus loin. Ce pauvre Dumay, blessé aux pieds est obligé de monter sur un fourgon. Comme nous allons atteindre le canal de la Marne au Rhin la route sur plus de 100 mètres est couverte d’eau la Moselle ayant débordé. Je suis bien obligé de franchir ce mauvais pas en grimpant sur mon cheval.

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9 janvier 1918

9 janvier 1918

Source : manuscrit

9 janvier. — À 4 heures du matin nous atteignons enfin Gondreville mais là, nouvelle déconvenue : aucune chambre ne m’a été réservée. Après avoir erré une demi heure je me décide à partager le lit de Dumay, mais c’est hélas ! un lit à une personne, très élastique et comme Dumay pèse 30 ou 40 kilogrammes de plus que moi le matelas s’incline à 30° sous le poids de son corps et je suis obligé de me cramponner au bord du matelas pour ne pas tomber sur ce pauvre Dumay. Naturellement nous ne dormons ni l’un ni l’autre. Dans la journée heureusement je peux trouver un cantonnement plus confortable et même excessivement confortable dans une très belle maison de la route de Toul. Des gens fort aimables m’octroient une superbe chambre ayant 5 ou 6 mètres de hauteur de plafond, grande comme une cathédrale et dans laquelle je n’ai d’ailleurs pas froid. Mon habitation est une noble et vieille demeure du 18e siècle habitée actuellement par le médecin du lieu. Il y a justement en ce moment à Gondreville le 1er bataillon du 146e auquel appartenait Jean Roblin. Je rencontre le commandant Besnier, ct le bataillon et le lieutenant Lecca, ancien commandant de la Compagnie de Jean. Le commandant m’assure que mon pauvre cousin a été cité en même temps qu’un adjudant et qu’un autre homme et que les citations ont paru à la décision du régiment mais elles n’ont pas été retrouvées. Il me promet de faire des recherches et de faire une nouvelle proposition si elles sont infructueuses. Le soir une terrible tempête de neige éclate sur nous et obscurcit toute la nuit. Le vent refoule la neige le long des maisons et obstrue les portes si bien que le malheureux Foucade erre une partie de la nuit à la recherche de son gîte. J’arrive à retrouver non sans peine.

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10 janvier 1918

10 janvier 1918

Source : manuscrit

10 janvier. — À 10h30 départ du cantonnement : la route est recouverte de plus de 50 centimètres de neige dans laquelle nous avançons à grand’ peine. Nous atteignons bientôt le très curieux village fortifié de Villey le Sec. Ce village a été ceinturé dès le temps de paix par

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10 janvier 1918

10 janvier 1918 — continuation p.932

Source : manuscrit

des remparts des casemates et des batteries et un réduit a été installé au milieu du village. L’effet produit est extrêmement curieux. Il y a d’ailleurs de tous côtés de nombreux travaux de fortification. Après Villey le Sec, la route qui descend à flanc de coteau est fort belle. Enfin sans autre incident qu’une grande fatigue nous arrivons à notre cantonnement de Bainville. Il y a dans ce village quelques douzaines d’anglais éparpillés dans le cantonnement et qui occupent tout ce qui est occupable. Nous arrivons cependant à nous caser à peu près.

Tome III · AD084_0144Page manuscrite 932
11 janvier 1918

11 janvier 1918

Source : manuscrit

11 janvier. — À 10h30 départ pour St Nicolas du Port en passant par Pont St Vincent, Neuves Maisons et Messein. Ce dernier village est rempli d’ouvriers italiens travaillant à la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer qui doit suivre la vallée de la Moselle. La route qui passe au pied de Richardménil est fort pittoresque. Après ce village, nous montons à gauche dans le bois de Flavigny par une route très belle qui redescend ensuite rapidement sur Azelot. À la sortie de ce dernier village, un vaste camp d’aviation anglais est en construction. Nous arrivons enfin à St Nicolas du Port, bourg assez important et dominé par une très belle église ogivale. L’installation au cantonnement a lieu sans incident. Nous devons, paraît-il rester ici assez longtemps à moins bien entendu que les Boches n’en décident autrement. Mon installation personnelle ne laisse rien à désirer car j’ai une chambre monumentale fort bien meublée et très confortable. Notre popote est installée chez de braves gens d’ébénistes, extrêmement accueillants.

Tome III · AD084_0144Page manuscrite 932
13 janvier 1918

13 janvier 1918

Source : manuscrit

13 janvier. — Je commence à croire que mon séjour ici sera de courte durée. Notre groupe étant rattaché au 15e CA un officier de ce groupe, du grade de capitaine devra être envoyé au 15e CA comme « conseiller technique » pour l’artillerie lourde. Un ordre arrivé hier au soir me désigne pour remplir cette mission. Je pars donc ce matin à 10 heures pour Essey les Nancy où est l’EM de l’artillerie du 15e CA commandée par le colonel Bunoust. Après le déjeuner je commence à me mettre au courant de l’organisation de l’artillerie du secteur lorsque dans la soirée un ordre arrive m’informant de quitter mon poste. Je couche cependant à Essey.

Tome III · AD084_0144Page manuscrite 932
14 janvier 1918

14 janvier 1918

Source : manuscrit

14 janvier. — À 10 heures je pars d’Essey pour rentrer à St Nicolas du Port où je rends compte de ma mission au colonel. Il est probable que dans deux ou trois jours je vais re-

Tome III · AD084_0144Page manuscrite 932
Date non portée

Photographies 699–701 — Nancy

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0145.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

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Nancy

699 — Le palais ducal 700 — La place de la Carrière 701 — L’arc de triomphe

Tome III · AD084_0145
Date non portée

Carte 40 — Nancy et environs

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte 40

[Sélection de toponymes imprimés : Nancy ; Essey-lès-Nancy ; Seichamps ; Laneuvelotte ; Réméréville ; Cerville ; Buissoncourt ; Haraucourt ; Lenoncourt ; Art-sur-Meurthe ; Varangéville ; St Nicolas-du-Port ; Ville-en-Vermois ; Azelot ; Richardménil ; Dombasle ; Sommerviller ; Maixe ; Rosières-aux-Salines.]

[Fond cartographique avec tracés rouges ; aucune date ni légende expliquant ces tracés n’est relevée.]

Tome III · AD084_0146
14 janvier 1918

14 janvier 1918 — continuation p.935

Source : manuscrit

tourner dans un autre corps d’armée à Lunéville probablement mais je regretterai certainement le 15e CA où j’avais trouvé des gens fort aimables. Je suis donc encore pour quelques jours ici et sans quitter ma chambre je peux admirer de ma fenêtre le très bel ensemble de la cathédrale dont je ne suis séparé que par le petit jardin de la maison. Elle est fort belle surtout éclairée par le soleil couchant. Son ogival tertiaire est déjà teinté de renaissance mais c’est à un point assez faible pour que ce soit un charme de plus et non un défaut comme dans beaucoup d’églises de cette époque de transition.

Tome III · AD084_0147Page manuscrite 935
16 janvier 1918

16 janvier 1918

Source : manuscrit

16 janvier. — Nous sommes maintenant rattachés au 9e CA dont le QG est à Lunéville et hier le colonel y a été convoqué pour recevoir nos nouvelles missions. Ce matin je pars donc avec le colonel, Bellouard, Guilmin et de Blois pour Valhey. À Dombasle nous admirons les importantes usines de soude de la Cie Solvay qui travaillent fiévreusement. Cette ville ainsi que Sommerviller où nous arrivons bientôt sont intacts, les Allemands en 1914 n’ayant pas dépassé Sommerviller. Nous sommes maintenant dans la vallée du Sanon doublée du canal de la Marne au Rhin. Après Sommerviller nous entrons dans la zone des combats de 1914 et de nombreuses tombes apparaissent le long de la route. Crévic où nous arrivons bientôt est entièrement détruit, les Allemands l’ayant incendié par haine du général Lyautey, natif de ce village et qui y possède une propriété. Les bois dominant Crévic ont été le théâtre de sanglants combats livrés par le 20e corps en août 1914. Le 146e d’infanterie a laissé là beaucoup de monde. Tout ce pays est une région de salines et nous en rencontrons de nombreuses le long de la route. Par Maixe et Einville nous atteignons enfin Valhey. Les positions qui nous sont assignées en cas d’attaque sont situées dans la vallée au nord ouest du village. Il y a naturellement des positions préparées par l’artillerie à pied mais non moins naturellement elles sont d’une visibilité extrême, de plus elles sont inoccupables. Le terrain est en effet ici une argile ferrugineuse qui par le temps de dégel que nous avons aujourd’hui ressemble à un gigantesque plat d’œufs à la neige, pour la consistance seulement bien entendu. Sous le foisonnement de l’argile, tous les abris, boyaux et casemates se sont effondrés. Je reconnais donc pour ma batterie 3 nouvelles positions inoccupées, mais le terrain est partout

Tome III · AD084_0147Page manuscrite 935
16 janvier 1918

16 janvier 1918 — continuation p.936

Source : manuscrit

ignoble et je ne suis pas sans inquiétudes sur les possibilités d’accès de ces positions par temps humide. Le plus surprenant est que ce pays est couvert de vignes. Nous constatons dans tout le secteur une grande activité pour le renforcement des positions. De tous côtés on creuse des tranchées, on installe des réseaux de barbelé, on pose des voies de 60 cm. Beaucoup d’ouvriers italiens sont d’ailleurs occupés à ces divers travaux et s’en acquittent fort bien. Notre reconnaissance terminée nous déjeunons chez le commandant Berger du 1er groupe du 4e RAC, puis retour à St Nicolas où nous arrivons à 14h30. Là une autre corvée m’attend. Le groupe est encore une fois disloqué et l’on modifie la composition des batteries : celles ci ne comportent pour ainsi dire plus de voitures de munitions et leurs effectifs en hommes et chevaux sont par conséquent diminués. Toutes les voitures à munitions du groupe sont réunies entre elles pour constituer la colonne légère de munitions et comme je suis chargé de cette réorganisation, j’en donne le commandement à Moreau. Pendant plusieurs jours je m’occupe de constituer cette nouvelle unité et de réformer les 3 autres.

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20 janvier 1918

20 janvier 1918

Source : manuscrit

20 janvier. — Gardelle est revenu depuis 3 jours de son cours de Vendôme et je me réjouis de voir la batterie au complet et même augmentée d’une unité par l’arrivée de l’aspirant Ségnal lorsque j’apprends qu’on me retire Dumay. Il doit être rendu le 25 à Arcis sur Aube pour prendre le commandement d’une batterie. Le pauvre garçon est navré et je le suis au moins autant que lui : c’est une grande perte pour ma batterie car personne ne me seconde comme lui avec autant de conscience et de dévouement.

Tome III · AD084_0148Page manuscrite 936
22 janvier 1918

22 janvier 1918

Source : manuscrit

22 janvier. — Hier un détachement de travailleurs est parti à Valhey sous le commandement de Gardelle pour préparer l’organisation de la position. Le matin accompagné de de Blois, Guilmin, Ségnal et Serville je pars à cheval pour Valhey afin de mettre les travaux en train. Le maire de Valhey chez lequel nous allons demander des renseignements nous offre l’hospitalité et nous pouvons ainsi absorber confortablement notre repas froid. Tout en déjeunant, nous causons. Ce brave homme très gai et fort bavard connaît naturellement Moyenvic où je suis venu passer quelques jours en 1908 et qui est à deux pas d’ici de l’autre côté de la frontière. Comme nous achevons notre repas il tient absolu-

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22 janvier 1918

22 janvier 1918 — continuation p.937

Source : manuscrit

ment à nous faire goûter du vin de sa récolte. Voyant le climat et la nature du terrain je pense tout de suite que ce vin doit être aigrelet mais je suis rapidement détrompé : le vin de Valhey qui est en général du vin blanc est tout à fait excellent, très corsé et d’un bouquet savoureux. Nous avons d’ailleurs tous un peu mal à la tête en sortant de table. La mise en train des travaux se fait rapidement et à 16 heures nous sommes de retour à St Nicolas du Port passablement fatigués. Cela ne nous empêche pas, Dumay et moi de retourner le soir jusqu’à Ville en Vermois où la 12e batterie nous offre un splendide dîner à l’occasion du départ de Dumay. Ce départ qui a lieu le lendemain me remplit d’une grande tristesse. Les derniers jours du mois s’écoulent sans incidents si ce n’est que ma batterie continue à se désorganiser de plus en plus. Après Dumay, c’est Foucade que l’on m’enlève avec huit hommes. Seule une promenade à Nancy me fait passer une après midi agréable. Quant au colonel il a trouvé un moyen de nous distraire, c’est de nous faire des conférences qui sont naturellement assommantes et ne contiennent aucun enseignement. Ces conférences sont tellement « au ras des plinthes » que je l’interromps deux fois pour lui dire : « Mais nous savons cela, mon colonel ! » Je crois que je vais finir par être bien avec lui. Enfin le 31 janvier je pars en permission de 12 jours grâce à une citation à l’ordre de la division marocaine qui m’a été accordée pour le coup de main du bois de Mortmare le 8 janvier.

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