Moselle jusqu’à Maron et revenir de là à Sexey aux Forges ce qui nous rallonge d’au moins 4 km. À partir de Sexey aux Forges, la route monte encore pendant au moins 2 km à 10 ou 12 %. Nos chevaux, après beaucoup de difficultés arrivent à grimper cette côte mais je ne suis pas sans inquiétudes sur la descente que nous devrons faire demain. À 16 heures enfin nous atteignons le camp de Bois l’Évêque où nous attend déjà le huitième groupe. La route est si glissante que plusieurs de nos voitures, que nous voulons arrêter à droite sont entraînées par la déclivité et versent dans le fossé. Comme nous sommes arrivés sans les caissons les [mot incertain] hommes ne sont pas d’ailleurs au bout de leurs peines car il n’y a pas d’eau au camp, les conduites étant complètement gelées. Il va donc falloir conduire les chevaux dans l’abreuvoir de la Moselle à deux kilomètres de là. Avant l’arrivée des batteries j’ai pu reconnaître le camp à la lumière du jour tombant. Il occupe un vaste espace de plus de 500 mètres de côté sur le sommet même du plateau. Les baraques Adrian sont réparties régulièrement sur toute cette surface et elles sont assez nombreuses pour abriter une division d’infanterie au grand complet. Pour l’instant il n’y a personne au camp, que nous. La division marocaine est partie depuis 2 ou 3 jours. Lorsque le camp est occupé par l’infanterie les réjouissances s’y succèdent : théâtre, cinéma, etc. Tout cela est évidemment interrompu en ce moment, seule la cantine est ouverte. C’est le seul endroit du camp où il y ait un peu de feu aussi nous nous y commandons notre dîner. Naturellement, dans les baraques il fait un froid horrible puisqu’elles sont toutes ouvertes à tous les vents et qu’il n’y a pas de feu. Je ne serais pas surpris que dans la nuit le thermomètre soit descendu à 15° sous zéro et même plus bas. Naturellement nous dormons fort mal. Les hommes qui sont entassés dans les baraques ont certainement beaucoup moins froid que nous.