LES MÉMOIRES DU CAPITAINEExplorer les sources →
MÉMOIRES · 1918

Mars 1918 1918

17 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

2 mars 1918

2 mars 1918

Source : manuscrit

2 mars. — La situation générale du front est toujours stationnaire. Les troupes américaines continuent à arriver mais les divisions allemandes ramenées de Russie arrivent hélas ! plus rapidement et l’opinion générale est que les Allemands pressés d’en finir avant l’arrivée des gros effectifs américains vont attaquer le plus tôt qu’il leur sera possible. Il faut donc se tenir sur la défensive et le secteur est organisé dans ce sens. Notre groupe étant groupe de renforcement reçoit l’or-

Tome III · AD084_0152Page manuscrite 940
Date non portée

Carte 41 — secteur de Lorraine

Source : manuscrit
Cliquez ou touchez la carte pour l’agrandir.

Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte 41

[Sélection de toponymes imprimés : Lunéville ; Einville-au-Jard ; Sionviller ; Jolivet ; Bonviller ; Croismare ; Marainviller ; Thiébauménil ; Manonviller ; Bénaménil ; Domjevin ; Blémerey ; Reillon ; Gondrexon ; Chazelles ; St Clément ; Laronxe ; forêt de Mondon ; bois des Évrieux ; forêt de Parroy.]

[Fond cartographique en deux parties juxtaposées, avec tracés rouges et bleus ; aucune date ni légende interprétative relevée.]

Tome III · AD084_0153
2 mars 1918

2 mars 1918 — continuation p.943

Source : manuscrit

dre de préparer des positions de seconde ligne dans la région de Maixe. Nous partons donc le matin à 7 heures le capitaine Gontier Beltramelli, Grammont Guilmin et moi et reconnaissons des positions de batterie autour de Maixe. Il y a dans les environs de ce village de nombreuses tombes de soldats du 20e CA qui s’est battu ici furieusement en septembre 1914. Nous rentrons au cantonnement pour déjeuner et rendre compte de notre mission mais les positions reconnues ne conviennent pas à l’armée et nous recevons l’ordre de faire le lendemain une autre reconnaissance.

Tome III · AD084_0155Page manuscrite 943
3 mars 1918

3 mars 1918

Source : manuscrit

3 mars. — Le matin nous partons à 8 heures pour effectuer une nouvelle reconnaissance aux environs de Maixe mais nous ne trouvons pas plus de positions que la veille. À midi nous apprenons d’ailleurs que nous devons cantonner le lendemain à Sommerviller ce qui nous rapprochera de nos positions éventuelles.

Tome III · AD084_0155Page manuscrite 943
4 mars 1918

4 mars 1918

Source : manuscrit

4 mars. — Au réveil nous constatons que la neige tombe avec violence. Fort heureusement l’étape n’est pas longue et partis de St Nicolas à 11 heures nous arrivons à Sommerviller à midi. Le cantonnement est beaucoup moins bon que celui que nous venons de quitter et nous nous y installons tant bien que mal. Depuis la réorganisation du groupe nous avons encore une fois changé de numéro et portons maintenant le chiffre 305, ma batterie étant la 4e, 2e groupe. Autrefois lorsque je disais que j’appartenais au 105, confondant le numéro et le calibre on me répondait : « Ah oui ! le 105 c’est un bon canon et puis il porte loin. Si nous l’avions eu au début de la campagne ! » Maintenant si je dis que je suis au 305 : « Le 305 ? mais c’est un gros canon ! Vous êtes donc dans l’ALGP ? Veinard, vous devez être loin des premières lignes ! » Au fond, ce nouveau numéro ne me déplaît pas.

Tome III · AD084_0155Page manuscrite 943
6 mars 1918

6 mars 1918

Source : manuscrit

6 mars. — Notre installation au cantonnement est assez laborieuse : une partie de nos chevaux sont dehors. Quant à René et à Dusche, il n’y a pas de chambre pour eux. Le colonel qui vient visiter notre cantonnement ne paraît pas enchanté de notre installation.

Tome III · AD084_0155Page manuscrite 943
7 mars 1918

7 mars 1918

Source : manuscrit

7 mars. — D’après les ordres reçus, nous devons commencer immédiatement les travaux aux positions voisines de Maixe. La mienne, qui a été adoptée par l’armée est dans un verger à 400 mètres à l’ouest de Maixe. La 11e et

Tome III · AD084_0155Page manuscrite 943
7 mars 1918

7 mars 1918 — continuation p.944

Source : manuscrit

la 12e sont au bord du canal au sud de Maixe. Je me suis en effet opposé à ce que le groupe soit établi à l’est du village. Nos positions devant être défensives il faut envisager un repli qui serait fort difficile avec un village derrière soi. Je pars donc à 8 heures avec mes 4 chefs de pièces reconnaître les positions de ces pièces. Les travaux commencent immédiatement le lendemain et se continuent les jours suivants. Les Allemands manifestent sur l’ensemble du front une activité de mauvais augure. Les raids d’avions se multiplient sur Paris et font beaucoup de victimes.

Tome III · AD084_0156Page manuscrite 944
14 mars 1918

14 mars 1918

Source : manuscrit

14 mars. — Nous l’avons, en dormant, madame, échappé belle. Un message est en effet arrivé en pleine nuit nous donnant l’ordre d’occuper de suite nos positions et d’y monter 1800 obus. En fait, les obus arrivent seulement dans la matinée et le soir nous montons nos pièces aux positions sans aucun incident. Nous continuons nos travaux dans les jours qui suivent et qui s’écoulent sans événements notables. Nous sommes toujours sans nouvelles des intentions allemandes mais pensons que leur immobilité ne peut s’éterniser longtemps. En prévision de cela les Anglais ont étendu leur front depuis St Quentin jusqu’à La Fère ce qui nous libère un certain nombre de divisions. Le temps continue d’ailleurs à être beau bien qu’il tombe assez souvent des rafales de neige.

Tome III · AD084_0156Page manuscrite 944
23 mars 1918

23 mars 1918

Source : manuscrit

23 mars. — Cette fois le sort en est jeté : nous apprenons le matin que les Allemands ont attaqué le front anglais sur une largeur de 80 km entre Arras et La Fère. Est ce l’offensive tant attendue ou simplement le prologue d’un drame qui se jouera ailleurs. Le fait certain c’est que les Allemands ont maintenant sur notre front des effectifs considérables que notre État-major recense minutieusement : 116 divisions d’infanterie active, 47 divisions de réserve, 14 divisions actives bavaroises, 6 divisions de réserve bavaroises, une division de landwehr bavarois, 7 divisions de la garde, 3 divisions d’ersatz, 11 divisions de landwehr, 5 divisions de cavalerie, 3 divisions de marine, 1 division d’ersatz de la garde, 1 division de chasseurs et le corps alpin, au total 217 divisions, chiffre qui atteindra en juillet 237 divisions. De notre côté nous ne devons pas avoir plus de 180 divisions en comptant français, anglais, américains, portugais et belges.

Tome III · AD084_0156Page manuscrite 944
24 mars 1918

24 mars 1918

Source : manuscrit

24 mars. — L’attaque déclenchée par les Allemands paraît être sérieuse car le front anglais a été enfoncé. De plus une nouvelle sensationnelle nous arrive aujourd’hui : les Allemands bombarderaient Paris avec des pièces à longue portée tirant à 120 kilomètres. Naturellement personne n’en croit rien. Ici le secteur continue à être calme, malgré que les Boches tentent des coups de main par ci, mais chaque fois c’est pour y laisser des plumes c’est à dire des prisonniers et des blessés. Par contre nos coups de main sont heureux et hier encore nos fantassins ont ramené 70 boches.

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
25 mars 1918

25 mars 1918

Source : manuscrit

25 mars. — Les Anglais reculent toujours d’une manière inquiétante et sont maintenant devant Péronne. Les troupes françaises entrent heureusement en action dans la zone sud de la bataille et notre 5e corps est déjà aux prises avec les Boches. Naturellement les permissions sont supprimées et la correspondance aussi. Depuis plusieurs jours les routes sont sillonnées de camions emmenant des troupes vers l’arrière.

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
26 mars 1918

26 mars 1918

Source : manuscrit

26 mars. — Sur la Somme, le front continue à reculer et la situation devient inquiétante.

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
27 mars 1918

27 mars 1918

Source : manuscrit

27 mars. — Le soir à 20 heures nous apprenons que, devenant réserve d’armée nous devons aller demain cantonner à Xenilley. Est ce la première étape vers le combat ? Je n’ai que le temps de donner mes ordres.

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
28 mars 1918

28 mars 1918

Source : manuscrit

28 mars. — À 5h30 les attelages partent chercher nos pièces qui sont en position à Maixe et à 10 heures nous partons pour Xenilley. L’étape est fort longue puisqu’il nous faut repasser par Dombasle, St Nicolas du Port, Manoncourt en Vermois, Azelot et Froloy. Le village de Xenilley où nous arrivons est fort agréablement situé sur une hauteur dominant la vallée du Madon et nous y serons fort bien, pour peu de temps sans doute.

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
29 mars 1918

29 mars 1918

Source : manuscrit

29 mars. — Nous pensions repartir d’ici le lendemain de notre arrivée mais il y a eu contre ordre et nous restons ici. La situation est toujours grave sur la Somme mais une nouvelle arrivée ce matin nous remplit de joie. Le général Foch est nommé commandant des forces franco anglaises. Pour ma part j’ai une grande confiance dans le général Foch pour lequel mon ancien capitaine de Tarlé avait la plus vive admiration. Il a fait ses preuves. C’est un méridional froid, qui ne perd pas la tête

Tome III · AD084_0157Page manuscrite 945
29 mars 1918

29 mars 1918 — continuation p.946

Source : manuscrit

et qui sait vouloir. Je ne crains qu’une chose c’est qu’il se coince avec les Anglais qui sont très susceptibles car il n’est pas toujours commode. Nous apprenons en même temps que la résistance anglaise s’affirme de plus en plus. En particulier l’attaque sur Arras a subi un échec complet. L’attaque vers le sud sur le front français a subi un échec non moins grave et nous avons fait pas mal de prisonniers. Ces deux résultats sont très importants. Les Boches peuvent toujours avancer dans la direction d’Amiens. Les deux pointes du compas tiennent bien et tant que les Allemands n’auront ni Arras ni Compiègne ils n’iront ni très loin ni très vite. Les jours continuent à s’écouler pour nous dans la plus grande monotonie et le groupe continue chaque jour à se disloquer un peu plus. Simon quitte la douzième batterie pour prendre le commandement d’une batterie. Enfin le 8 avril au soir l’ordre de départ nous arrive mais c’est pour retourner d’où nous venons. Je commence à ne plus rien comprendre.

Tome III · AD084_0158Page manuscrite 946

↑ Revenir au choix des mois

Document

100 %