9 avril 1918
9 avril. — À 10h30 nous quittons donc Xenilley par le même chemin que celui de notre arrivée et à 16h15 nous arrivons sans incident à Sommerviller où nous reprenons les mêmes cantonnements.
27 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.
9 avril. — À 10h30 nous quittons donc Xenilley par le même chemin que celui de notre arrivée et à 16h15 nous arrivons sans incident à Sommerviller où nous reprenons les mêmes cantonnements.
11 avril. — Pour sonder les intentions des Allemands dans notre secteur un nouveau coup de main doit avoir lieu et pour l’appuyer le groupe doit remonter en position à Valhey.
12 avril. — À 9 heures départ de la reconnaissance en auto. Les positions que nous devons occuper cette fois sont à l’est de Valhey sur la route de Bauzemont. Elles sont beaucoup moins « gadouilleuses » que celles occupées en février. À 14h30 nous sommes de retour au cantonnement.
13 avril. — Gardelle part à 13 heures avec les servants et le matériel pour la nouvelle position. Pour ma part, j’y monte en auto et reviens le soir par le fourgon.
14 avril. — Le coup de main devant avoir lieu demain je monte aujourd’hui à la position à 13 heures. Arrivé à
Valhey j’apprends qu’il y a contre ordre, et que le coup de main n’aura pas lieu, les fantassins ayant fait 3 prisonniers. Je retourne donc à Sommerviller et le lendemain Gardelle rentre à Maixe avec le personnel et le matériel.
17 avril. — À 9h30 je pars donc pour faire le logement par Dombasle, Varangéville, Art sur Meurthe et Tomblaine. Je prépare à cet endroit le cantonnement de la colonne légère et de la S.M.A. Nous arrivons enfin à St Max où le cantonnement est fort bien. Je suis pour ma part cantonné dans une maison fort convenable du hameau de Jericho sur la route de Malzéville.
18 avril. — Le matin ordre de reconnaissance pour la forêt de Facq. Nous devons rechercher dans cette région des positions pour appuyer un coup de main qui doit avoir lieu dans le secteur de Nomeny. À 13 heures je pars donc en auto avec le capitaine Gontier, Beltramelli, de Blois et Guilmin. À Custines arrêt au près de l’AD120 pour recevoir des ordres. Nous continuons ensuite par Millery, Autreville, Loisy sur Moselle et nous arrivons enfin dans la forêt de Facq. Nous reconnaissons des positions près d’un camp d’infanterie nommé camp Schwaeblé. Toute cette forêt de Facq est d’une humidité déconcertante. L’eau est à fleur du sol bien que le plateau portant la forêt soit à plus de 50 mètres au dessus du niveau de la vallée. Nous trouvons avec beaucoup de peine des positions de batteries. À la lisière est de la forêt on aperçoit les premières lignes qui longent la vallée de la Seille. Notre reconnaissance terminée nous revenons et repassons par Custines. Là, au poste de l’AD nous apprenons que notre reconnaissance n’aura servi à rien notre groupe devant très probablement quitter le secteur. Le fait est qu’en arrivant à St Max j’apprends que nous devons embarquer.
20 avril. — Le matin nous sommes informés que l’embarquement aura lieu ce soir, mais à midi contre ordre.
tre le quai d’embarquement.
22 avril. — À 8 heures du matin nous quittons le cantonnement pour arriver à la gare à 9 heures. Bien entendu le train qui doit nous emmener n’est pas encore arrivé aussi l’embarquement se prolonge-t-il jusqu’après le déjeuner. À 15h13 enfin départ par Nancy, Toul, Gondrecourt. Le chef de train interrogé nous répond qu’il doit nous conduire au Bourget. Je ne pense tout de même pas que nous soyons envoyés là pour défendre le camp retranché de Paris.
Tome III · AD084_0161
Fiche de la carte · source et passages associés →
[Carte dépliante : numéro non repéré sur cette vue.]
[Sélection de toponymes imprimés : Dixmude ; Boesinghe ; Langemarck ; Poelcapelle ; Elverdinghe ; Poperinghe ; Ypres ; Kemmel ; Hollebeke ; Messines ; Warneton ; Ploegsteert ; Deulémont.]
[Tracés rouges et bleus, quelques traits verts et zones colorées en bleu. Aucune date ni légende explicative relevée.]
23 avril. — À 4 heures du matin nous arrivons à Château-Thierry. Halte repas. Le train continue ensuite par Meaux et Paris et nous pensons débarquer bientôt, mais les ordres sont changés : nous allons maintenant à Calais ce qui est beaucoup moins intéressant, cependant Calais est encore loin du front. Par Ermont, Persan-Beaumont, Beauvais nous gagnons Eu. Jusque là, tout va bien. Il ne faut d’ailleurs pas songer à prendre la ligne d’Amiens et pour remonter vers le nord les trains sont obligés d’emprunter l’invraisemblable ligne d’Eu à Abbeville qui grimpe sur le plateau par trois tunnels raides. Deux locomotives attelées à notre train le remorquent à grand’peine à une allure de 4 à 5 km à l’heure au plus. À Abbeville où nous arrivons à la nuit tombante, nouvelle halte repas. Depuis le début de l’offensive allemande il passe sur ces lignes des trains nombreux et lourds. Les voies peu habituées à ce trafic exceptionnel n’y résistent pas et les accidents sont nombreux. Tout le long de la ligne que nous suivons on trouve des wagons gisant renversés dans les déblais. La fatigue de la voie n’est pas la seule cause des accidents : les aviateurs boches y sont aussi pour quelque chose. Ils savent bien que cette ligne est actuellement la seule que nous puissions utiliser.
24 avril. — Au lever du jour nous sommes seulement à Boulogne. Bientôt cependant nous arrivons à Calais où nous pensons débarquer, mais notre destination est encore une fois changée : c’est maintenant Coudekerque-Branche près de Dunkerque. Ce rapprochement du front ne nous dit rien qui vaille. Je pense que nous allons entrer immédiatement en ligne car la situation est toujours très grave entre Ypres et Béthune. Les Anglais ont évacué presque tout le saillant d’Ypres conquis l’année dernière au prix des plus grands sacrifices. Les Allemands occupent maintenant Armentières, Bailleul et Merville et sont arrivés aux portes d’Hazebrouck. À Coudekerque-Branche on nous dirige sur Audruicq, gare frontière belge à 20 km à peine des premières lignes. Je continue à penser que nous allons entrer en action à peine débar-

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Photographie 702 — Une ferme vers Pypegaele.
qués à Audruicq on nous pousse encore en avant sur Rousbrugge puis sur Klein-Leysele où nous arrivons à 8 heures. Décidément nous ne pouvons guère aller plus loin car le front est à 12 kilomètres à peine. Nous ne sommes pas fâchés d’arriver puisque voilà exactement 49 heures que nous avons quitté le cantonnement de Vanny et que nous avons vécu de boîtes de singe, de fromage et de conserves sans un seul repas chaud. Pendant que nous débarquons j’apprends que nous allons être mis à la disposition de l’armée belge. Un officier d’état major belge nous attend d’ailleurs à la gare. Le débarquement s’effectue avec une célérité relative et nous partons pour notre cantonnement. Traversant Stavele situé sur la petite rivière de l’Yser de célèbre mémoire nous arrivons enfin dans la zone des baraquements comprise entre Rousbrugge et Crombeke. Pendant notre débarquement nous avons pu prendre un premier contact avec l’armée belge. Un bataillon d’infanterie passe en effet sous nos yeux et un régiment de cavalerie faisant du service en campagne. Ces troupes ont une très bonne tenue et nous font la meilleure impression. La zone de camp où nous arrivons est occupée également par des soldats anglais. Une section de recrues manœuvre dans un champ voisin et mes hommes sont dans la joie de voir les mouvements comiques de ces soldats anglais. Une fanfare britannique répète également dans le voisinage et ramène bientôt les jeunes soldats à leurs cantonnements en jouant une marche militaire qui ressemble terriblement à une valse de cirque pour ours savant. Mes hommes se tordent littéralement. On nous installe tant bien que mal dans des baraquements peu confortables où nous sommes assez entassés. Le pays environnant horriblement plat, coupé de haies, parsemé de fermes minuscules et de mares nauséabondes est lamentable de banalité et je crois que nous regretterons le Chemin des Dames. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls comme artilleurs français car le groupe du commandant Neuville est également de ce côté. Les autres groupes du régiment vont nous rejoindre mais les groupes de 155 long feront les 2/3 du trajet par la route. Le soir la canonnade éclate avec une rare violence dans la direction du mont Kemmel que nous voyons fumer au loin à une quinzaine de kilomètres au sud est. On doit se battre là furieusement et l’issue du combat
est toujours douteuse. Heureusement que les troupes françaises sont maintenant en nombre. Toute la nuit les avions allemands ronflent autour de nous et laissent tomber leurs bombes un peu partout. Cette sensation de menace perpétuelle est extrêmement désagréable et personne ne peut dormir. La canonnade continue terrible dans le secteur du Kemmel et le ciel est tout embrasé de ce côté.
25 avril. — Nous sommes mis paraît-il aux ordres de la troisième division de l’armée belge, celle de Liège. Tout notre groupement est d’ailleurs mis à la disposition de cette division ce qui nous remplit d’aise. Cette partie du front est d’ailleurs une véritable Tour de Babel puisqu’il y a en plus des Français des Belges et des Anglais, des Canadiens et des Anzacs et plus les Portugais ne sont pas loin. Parmi tous ces étrangers les Belges sont certainement les plus sympathiques. Ils sont fort aimables, très gais et aiment beaucoup les Français. Quant aux Anglais, si leur organisation semble parfaite et leur tenue excellente, leurs manières ne sont pas du tout avenantes. Ils ont un air arrogant et fier qui ne me plaît pas.
27 avril. — La lutte continue terrible dans le secteur du Kemmel et les nouvelles les plus contradictoires continuent de courir : chaque jour on nous annonce la perte ou la reprise de ce fameux mont Kemmel qui domine tout le plat pays alentour. De ce que nous pouvons entendre des témoins du drame qui se joue là bas, troupes de relève ou convois de blessés, il est impossible de rien conclure de précis. En fait, nous le saurons plus tard le mont Kemmel n’a appartenu à personne pendant plusieurs jours, les bombardements des artilleries adverses le rendant intenable. Puis il est pris définitivement par les Allemands notre position ici sera rapidement aventurée. Ce matin nous recevons l’ordre de reconnaître des positions de batterie dans le secteur de Reminghe. Nous partons donc en auto le commandant, Beltramelli, Guilmin, de Blois et moi pour Loo où se trouve le P.C. du colonel. De là nous allons à Pypegaele voir le général commandant l’artillerie de la 3e D.A. En sa compagnie nous allons reconnaître des positions de batterie au S.O. de Reminghe. Pour ma batterie je trouve une position près de la ferme Wichart le long du
ruisseau de Meersbeck. Pour les deux autres batteries nous reconnaissons des positions à 1 km en arrière. Le pays où nous nous trouvons est fort curieux : c’est un assemblage de petites fermes situées à 3 ou 400 mètres les unes des autres et dont chacune n’a donc qu’une superficie de 15 à 16 hectares. Ce sont donc des exploitations microscopiques. Il est vrai qu’elles sont parfaitement bien cultivées, les champs de céréales étant désherbés à la main. Il y a surtout à l’heure actuelle du seigle, des fèves dont les fleurs mauves embaument l’air et du tabac. Quant aux pommes de terre on commence à peine à les planter mais cette terre sablonneuse est si généreuse que la récolte sera aussi rapide qu’en France. Les arbres fruitiers sont absents et on ne voit guère ici que les saules ou les peupliers. Naturellement le pays est rigoureusement plat et presque au niveau de la mer puisque nous sommes à l’altitude +3. La « côte » de Reninghe qui nous conduit à l’altitude +10. Toutes ces fermes sont bien entendu habitées puisque le secteur est calme. Nous repassons par Loo rendre compte au colonel de notre mission et à 20 heures nous sommes enfin de retour aux échelons.
28 avril. — Le matin je pars à ma nouvelle position de batterie avec 2 sous officiers et 22 hommes pour commencer les premiers travaux d’aménagement. La route qui y conduit par Crombeke, Westvleteren et Oostvleteren est directe mais naturellement horriblement pavée et on ne peut trotter à cheval sans risque de se rompre les os. Dès mon arrivée à la position je vais rendre visite au chef d’escadron commandant le 15e régiment d’artillerie belge qui me reçoit fort aimablement et débouche immédiatement en mon honneur une bouteille de champagne. On boit beaucoup dans ce pays et l’on ne peut rendre visite à un officier belge sans qu’il vous offre du vin, ou à défaut de la bière ou du café. Après avoir tracé le travail de mes hommes je rentre aux échelons à 17 heures. La canonnade est toujours violente à droite et les avions boches continuent à déployer à nos dépens une grande activité.
29 avril. — La position devant être occupée aujourd’hui je pars à la position à 12h30. Quant à mes canons ils arrivent à 20h30. La mise en batterie s’effectue sans incidents. Les jours suivants l’organisation se poursuit et les munitions nous arrivent. Les Boches qui sont très sages nous laissent travail-
ler en paix. Le principal agrément de ce secteur, à part sa tranquillité relative est que la vie y est extrêmement bon marché. J’ai acheté aujourd’hui pour mes hommes des pommes de terre à 15 francs les 100 kg et du beurre à 7 francs le kg. À ce point de vue, nous serons, je crois, assez heureux. Le petit ruisseau au nom harmonieux qui arrose notre position est rempli de cresson énorme. Nous en avons mangé aujourd’hui à toutes les sauces, autour de notre rôti et en salade. Enfin, dans un vieux tas de fumier de cheval nous avons trouvé des champignons splendides. Autre bonheur : les permissions sont rétablies et deux officiers du groupe partent aujourd’hui.