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MÉMOIRES · 1918

Septembre 1918 1918

38 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

2 septembre 1918

2 septembre 1918

Source : manuscrit

2 septembre. — Reprise de Péronne.

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4 septembre 1918

4 septembre 1918

Source : manuscrit

4 septembre. — Reprise de Lens. Depuis le 15 juillet nous avons fait 128.000 prisonniers, dont 2.600 officiers, pris 2070 canons et 13.000 mitrailleuses. Dans l'après midi je vais faire un tour à la position avancée où nous avons toujours une pièce.

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5 septembre 1918

5 septembre 1918

Source : manuscrit

5 septembre. — Les Boches abandonnent la ligne de la Vesle et se replient au nord de Noyon. Dans l'après midi je retourne au théâtre d'Hoogstade où l'on joue La Flambée de Kistemaekers mais cette fois c'est par ordre car je suis commandé de service. Cette pièce est effroyablement pénible et je reviens peu enchanté de ma journée. Pourquoi ne joue-t-on pas dans ces théâtres du front quelques bonnes comédies de Molière, de Regnard, de Labiche ou de Courteline ? Il y a des auteurs amusants dans tous les temps et dans tous les pays et je suis affligé de voir qu'on préfère jouer des pièces horrifiques où les gens s'engueulent depuis le commencement jusqu'à la fin quand ils ne se tuent pas. La précédente journée où l'on joua les Saltimbanques était vraiment beaucoup mieux. Les rôles de femmes de ces pièces sont tenus naturellement par des hommes, soit anciens professionnels, soit infirmiers à l'hôpital voisin et qui, chose remarquable, sont toutes laides comme les sept péchés capitaux, aussi laides qu'une demi quaterne d'autres infirmières qui assistent généralement à ces représentations. Dans la pièce des Saltimbanques on assista à une représentation de cirque et à cette occasion on peut insérer dans la pièce toutes sortes d'intermèdes. Dans la circonstance il y avait des lutteurs, des équilibristes fort

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5 septembre 1918

5 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

adroits, des chanteurs et une chanteuse. Lorsque celle ci fit son apparition il y eut dans toute la salle un murmure admiratif. Il est vrai que cette femme drapée dans une robe de soirée largement décolletée était fort bien quoique un peu forte. Cela étant conforme à cette prescription n'y fit attention que pour admirer davantage. Lorsqu'elle se mit à chanter mon admiration fut un peu moins vive car elle avait une vraiment vilaine voix, espèce de contralto bizarre mais les poilus n'y regardaient pas de si près et leur opinion était unanime que cette femme était vraiment la plus belle de toute la troupe. Lorsqu'elle eut fini de chanter les applaudissements éclatèrent vigoureux. Elle nous fit alors une profonde révérence et…… enleva sa perruque ! Horrible déboire ! Cette femme était un homme et qui plus est, un poilu authentique, fantassin à ses moments perdus. Ce fut dans la salle un moment de folle hilarité et je n'ai pu m'empêcher, pour ma part, de considérer cela comme une revanche du sexe laid. Ce poilu avait vraiment de belles épaules, des bras et des mains parfaits. Le plus drôle est que chacun savait qu'il y avait dans la troupe un homme habillé en femme mais tout le monde s'est trompé comme moi. Malgré la voix qui cependant ne présentait pas le passage caractéristique de la voix de médium à la voix de tête je n'ai pas eu un moment le moindre doute. Voilà à quoi nous nous amusons sur le front belge pendant que nos troupes reprennent Noyon. Depuis quelques jours nous avons pour vivre dans la journée une cagna aérienne construite avec des tôles cintrées et infiniment plus agréable que notre cabane en bois. Mailly, toujours affairé a fait faire des fauteuils et des sofas garnis de paille qui sont particulièrement confortables. Cette cagna sert de salon, de salle à manger et de bureau et au bout nous avons même construit un cabinet de toilette. Depuis quelques jours notre société s'est augmentée d'une unité en la personne d'un chien, un fox terrier assez laid et que pour cette raison Mailly a baptisé « Ugly ». Naturellement les poilus ne l'appellent pas autrement que « Anglais ». Ce fox très joueur grimpe et saute admirablement. Il a surtout

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5 septembre 1918

5 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

un talent particulier pour aller chercher des pierres au fond de l'eau et pour jouer avec des bouteilles. Il fait aussi aux rats et aux souris une guerre sans merci ce qui est pour nous sa principale utilité.

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6 septembre 1918

6 septembre 1918

Source : manuscrit

6 septembre. — Le matin à 7h30 les Boches s'emparent de la ferme Craonne. Immédiatement alertés nous tirons 76 coups pour préparer la contre attaque qui réussit parfaitement et permet de ramener 20 prisonniers. Dans l'après midi nous sommes informés que pour une opération ultérieure nous devons reconnaître des positions entre Steenstraal et Bixschoote. Le commandant part avec Beltramelli pour effectuer cette reconnaissance mais comme je n'ai aucune confiance dans le commandant pour ce genre de travail, je me réserve de recommencer le lendemain cette reconnaissance pour mon propre compte.

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7 septembre 1918

7 septembre 1918

Source : manuscrit

7 septembre. — Le matin je pars avec Guilmin et de Blois en reconnaissance aux environs du carrefour de St Janshoek. C'est un véritable paysage lunaire où nous avons toutes les peines du monde à trouver 3 emplacements de batterie et quels emplacements ! Nous devons mettre nos pièces à quelques mètres seulement de la route et pour cela nous serons obligés de remuer des mètres cubes de terre pour rendre le terrain sensiblement de niveau car ce ne sont que des trous d'obus. Pour ma part je trouve un emplacement à l'endroit où se trouvait la ferme du Pigeonnier et dont il ne reste naturellement nulle trace. Les 2 autres batteries envisagent de se placer au nord du carrefour intermédiaire mais tout ce pays doit être sévèrement battu car il y a de nombreux trous d'obus qui ne datent que de quelques heures. À midi nous sommes de retour à nos positions sans autre incident. Dans l'après midi on nous annonce la visite dans le secteur d'une huile importante sans nous dire s'il s'agit du président Wilson, de Clemenceau, du Roi des Belges ou de Raffin-Dugens. La pluie s'étant mise à tomber avec violence l'huile en question ne paraît pas !

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8 septembre 1918

8 septembre 1918

Source : manuscrit

8 septembre. — Dans la nuit les Belges s'emparent de Kloostermolen, mais les Boches le reprennent. Les Belges s'en emparent à nouveau faisant 4 prisonniers.

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8 septembre 1918

8 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

Dans la nuit suivante les Belges s'emparent de la tranchée du Kwabeek et font 67 prisonniers.

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9 septembre 1918

9 septembre 1918

Source : manuscrit

9 septembre. — Une attaque plus importante est projetée sur la région tranchée du Tour, abri et ferme Cardinal, Papegoed, Aleria et Montova et pour cette attaque nous devrons nous porter en avant. Je vais donc dans la matinée reconnaître des emplacements de pièces dans les bois à l'est de la ferme de la Bagerie, emplacements que je trouve d'ailleurs sans difficultés. Il existe même à cet endroit des abris relativement habitables. Je vais ensuite rendre visite au commandant belge Tournai dont le poste de commandement est à la ferme d'Ostende et sur les ordres directs duquel je suis placé. Le soir nous montons nos 4 pièces à la position de la Bagerie sans trop de difficultés.

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10 septembre 1918

10 septembre 1918

Source : manuscrit

10 septembre. — Nous installons dans la journée notre nouvelle position. J'apprends que le colonel Rouméguière commandant l'artillerie française à la disposition de l'armée belge vient de mourir subitement à Lyon où il passait, se rendant en permission. De ce fait notre colonel le remplace, le commandant remplace le colonel et je suis de nouveau commandant de groupe. La pluie qui dure depuis 5 ou 6 jours presque sans interruption retarde beaucoup nos travaux d'aménagements, cependant grâce à l'activité déployée par mes poilus nous sommes prêts à intervenir efficacement le 10 au soir.

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11 septembre 1918

11 septembre 1918

Source : manuscrit

11 septembre. — À 4h6' nous commençons à tirer sur les objectifs qui nous ont été assignés. Je me rends tout de suite compte que j'aurai toutes les peines du monde à remplir ma mission car dans ce terrain détrempé mes pièces ne tiennent pas. Les roues s'enfoncent rapidement jusqu'aux moyeux et les bêches de crosses disparaissent au bout de quelques coups. Pour comble de malheur la pluie ne cesse pas. Mes hommes déploient les plus grands efforts pour assurer le service des pièces et pour les maintenir en état de tirer mais ce travail sous la pluie et dans la boue est extrêmement pénible. Enfin à 6h5' alors que nous avons tiré 420 coups, je reçois l'ordre de cesser le feu. Il était temps car mes pièces sont complètement enlisées. Il va falloir maintenant travailler d'arrache pied pour les remettre en état de se déplacer. J'apprends

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11 septembre 1918

11 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

par téléphone que l'attaque a parfaitement réussi et que nous avons fait 52 prisonniers.

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12 septembre 1918

12 septembre 1918

Source : manuscrit

12 septembre. — L'attaque d'hier a rapporté 70 prisonniers. Le temps malheureusement continue à être épouvantable. Pour comble voilà qu'on nous envoie à l'arrière pour une dizaine de jours, soi disant au repos ! Nous ne sommes pas bien à la position de batterie cependant personne ne demande à aller à l'arrière. Nous apprenons le soir que les Américains ont déclenché une offensive dans le secteur de St Mihiel.

Tome III · AD084_0210Page manuscrite 998
13 septembre 1918

13 septembre 1918

Source : manuscrit

13 septembre. — À 6 heures du matin nous enlevons nos canons pour revenir à notre position de la ferme Wickaert. Le déménagement se passe sans incident notable.

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14 septembre 1918

14 septembre 1918

Source : manuscrit

14 septembre. — À 7 heures départ de la ferme Wickaert pour l'échelon où nous déjeunons. À 11h30 nous repartons de l'échelon par une pluie battante et arrivons assez tard à Crochte où nous cantonnons. C'est un hameau d'une douzaine de maisons qui possède cependant une église et nous y serons parfaitement bien si mes hommes et mes chevaux n'étaient pas disséminés dans des fermes dont quelques unes sont à 2 km du centre du hameau. Malgré ces légers inconvénients je pense que nous aurons ici un séjour agréable.

Tome III · AD084_0210Page manuscrite 998
16 septembre 1918

16 septembre 1918

Source : manuscrit

16 septembre. — La hernie de St Mihiel est complètement réduite. Naturellement les Boches prétendent que leur repli a été volontaire et que nous ne nous sommes aperçus de rien. Le repli de l'armée allemande aurait été protégé d'après le communiqué allemand par une « vaillante division austro hongroise ». Le communiqué français répondant au communiqué boche signale que la vaillance de la division austro hongroise ne nous a pas coûté trop cher puisque la division française qui lui était opposée a perdu en tués et blessés, moins de 20 hommes alors qu'elle a capturé plusieurs milliers de prisonniers à la « vaillante division ». Naturellement le prochain communiqué boche de Nauen dément cette affirmation, mais la tour Eiffel insiste. Si Nauen persiste à mettre en doute notre affirmation nous allons publier les noms prénoms et numéros matricules des susdits prisonniers austro hongrois. Le commandant vient aujourd'hui déjeuner avec

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16 septembre 1918

16 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

nous et dans l'après midi nous allons visiter les cantonnements qui sont assez bien installés.

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17 septembre 1918

17 septembre 1918

Source : manuscrit

17 septembre. — Nous pensons que notre oisiveté va s'écouler sans heurts, mais à midi, changement de décor : nous remontons en position. Je pars donc à 13h30 en reconnaissance avec Grammont, Denilde, Guilmin et Mailly dans l'auto de la S.M.A. Au poste de commandement d'Oostvleteren le commandant nous explique que nous devons reconnaître des positions de batterie à l'est de Merckem en vue d'une opération ultérieure. Poursuivant notre route en auto nous arrivons à Noordschote d'où nous continuons notre reconnaissance à pied par la passerelle de Kippe. Nous explorons tout le terrain compris entre la ferme du Vrage et la ferme des Oignons blancs mais malheureusement dans tout cela il n'y a absolument aucun emplacement de batterie possible. Les seuls emplacements accessibles sont le long de la route de Drie Grachten à Poesele et sont déjà occupés. Le reste du terrain est tellement bouleversé qu'on peut à peine y circuler à pied. Il y a cependant le long de l'ancien chemin de fer des emplacements occupables mais ils sont en pleine vue de l'ennemi et de plus nous ne trouvons aucun chemin pour y accéder. Je rends donc compte au commandant de ma mission négative et à 20 heures nous sommes de nouveau à Crochte.

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18 septembre 1918

18 septembre 1918

Source : manuscrit

18 septembre. — À 8 heures du matin le groupe quitte le cantonnement de Crochte pour remonter aux échelons où nous arrivons à midi. À 13h30 je remonte au PC principal au poste de commandement de l'artillerie de la DI où a lieu une conférence pour tous les commandants de groupe. Le colonel commandant l'artillerie de la DI après nous avoir fait promettre de garder le secret le plus absolu nous met en deux mots au courant de la question. L'attaque projetée n'est pas un simple coup de main mais une opération de grande envergure puisqu'il ne s'agit rien de moins que d'enlever d'un seul élan non seulement la forêt d'Houthulst devant laquelle a échoué l'armée franco anglaise mais encore la crête de Clercken qui domine tout le pays. Il est vrai que les conditions ne sont plus les mêmes qu'en 1917. Les Allemands n'ont devant nous que des troupes peu

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18 septembre 1918

18 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

nombreuses et épuisées par une présence en ligne de plusieurs mois sans interruption et par les coups de mains des Belges. L'opération doit être préparée dans le plus grand secret et tout doit être prêt dans 5 ou 6 jours.

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19 septembre 1918

19 septembre 1918

Source : manuscrit

19 septembre. — Le matin à 8 heures je repars en reconnaissance car l'ordre est formel : il faut trouver des positions. Après avoir parcouru le terrain en tous sens j'arrive à trouver des positions à moitié acceptables au chemin au sud est de la Petite ferme mais le point délicat sera d'occuper ces positions. Pour amener les pièces je finis par découvrir un chemin rejoignant la route de Poesele, chemin qui, moyennant quelques travaux pourra permettre, si nous avons de la chance et en opérant en plein jour d'amener les 12 pièces du groupe. J'avais pensé un instant venir occuper cette région en passant par le carrefour de Smiske mais de ce côté le chemin a également presque entièrement disparu sous les trous d'obus et je ne prévois pas la possibilité de le rétablir en 3 jours sur une distance de plus d'un kilomètre. Je m'arrête donc au chemin de la Maison carrée et j'en fais commencer immédiatement l'aménagement mais si par quelques travaux nous parvenons à le rendre praticable aux 12 canons du groupe il ne pourra jamais permettre d'amener les munitions surtout si le temps se met à la pluie ce qui est probable. Chaque batterie devant recevoir 2700 coups ou 135 tonnes de projectiles, c'est donc un charroi de 400 tonnes qu'il faudra effectuer, soit le chargement de 250 voitures au moins ! Pour supporter un pareil charroi, il faudrait une véritable route qui n'existe pas. Heureusement, après avoir beaucoup cherché je découvre une ancienne voie de 60 longeant toute la route de Poesele et possédant un embranchement se dirigeant vers la petite ferme. Cette voie, datant de l'offensive anglo française est naturellement à moitié démolie cependant après avoir parcouru tous les environs nous trouvons assez de morceaux de voie abandonnés pour la remettre en état. J'ai d'ailleurs quelques éléments de voie ainsi que des wagons à la position de la ferme Wickaert. Une équipe de

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19 septembre 1918

19 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

travailleurs s'occupe de réinstaller cette voie qui pour desservir les 3 batteries aura une longueur de 1 kilomètre au moins. Le soir la colonne légère monte 1400 obus mais comme notre petite voie n'est pas terminée les munitions sont déposées le long de la route de Poesele.

Tome III · AD084_0215Page manuscrite 1003
20 septembre 1918

20 septembre 1918

Source : manuscrit

20 septembre. — À 4 heures du matin je monte à la position avec Gardelle, de Mailly et tout le personnel. Le transport des munitions commence immédiatement bien que la voie ferrée soit encore à 100 mètres de ma batterie mais tous mes hommes déploient un tel effort que le lendemain les 2700 coups sont à pied d'œuvre.

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23 septembre 1918

23 septembre 1918

Source : manuscrit

23 septembre. — Dans la nuit les Boches tirent vigoureusement sur nos nouvelles positions et un homme est blessé à la 5e batterie. Dans la journée ils tirent encore beaucoup de 150 entre le pont du Passeur, la maison carrée et notre dépôt de munitions. De ma personne ainsi qu'une partie du personnel je suis toujours à la ferme Wickaert mais dans l'après midi je monte à la nouvelle position avec un nouvel aspirant nommé Quelquejay, et qui vient de nous arriver. Malgré le tir allemand nos travaux avancent rapidement. Sur tous les fronts les Allemands et leurs alliés reculent. L'armée d'Orient a déclenché une offensive sur un front de 150 kilomètres et a avancé de 50 kilomètres. En Palestine, victoire franco anglaise 18.000 prisonniers.

Tome III · AD084_0215Page manuscrite 1003
24 septembre 1918

24 septembre 1918

Source : manuscrit

24 septembre. — Dans la nuit les avions boches passent au dessus de nous en grand nombre. Le soir nous montons nos pièces aux positions nouvelles et l'occupation se fait sans incidents mais non sans difficultés.

Tome III · AD084_0215Page manuscrite 1003
26 septembre 1918

26 septembre 1918

Source : manuscrit

26 septembre. — De tous côtés nos troupes frappent sur le front allemand de coups redoublés. Aujourd'hui les Français attaquent en Champagne et les Américains entre la Meuse et l'Argonne.

Tome III · AD084_0215Page manuscrite 1003
27 septembre 1918

27 septembre 1918

Source : manuscrit

27 septembre. — Ce matin la date de l'attaque n'est pas encore fixée et rien d'ailleurs ne dénote qu'elle soit prochaine. L'activité de l'artillerie est absolument nulle, la circulation sur les routes n'est pas augmentée, nulle troupe nouvelle n'est apparue jusqu'à présent. Seule l'artillerie a été renforcée par quelques groupes mais rien ne permet de suppo-

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27 septembre 1918

27 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

ser que soit prochaine une offensive de grande envergure. Je suis d'ailleurs le seul officier du groupe au courant du programme de l'attaque et tous mes camarades resteront persuadés qu'il ne s'agit seulement que d'un coup de main important. La journée commence sans incident et nous pensons qu'elle va s'achever de même lorsque nous recevons l'ordre de faire monter les échelons que nous installons dans les champs le long de la route Reninghe Pypegaele. L'attaque doit paraît-il avoir lieu demain. Vers 5 heures du soir nous recevons l'ordre de monter aux nouvelles positions avec tout le personnel et nous y arrivons à la nuit tombante n'ayant constaté sur la route aucun mouvement anormal. Tout est calme comme les autres jours et beaucoup de nos hommes sont persuadés qu'il s'agit d'un simple coup de main. Je ne peux pour ma part croire que l'attaque soit si prochaine. J'assume toujours les fonctions de commandant de groupe et j'ai décidé d'installer mon PC à la ferme du Verger. C'est une ferme complètement en ruines située en avant de mes batteries et qui a été transformée en blockhaus par les Allemands lorsqu'ils occupaient cette région. Cette ferme est actuellement occupée par un chef de bataillon belge, mais il prend part à l'attaque et le poste doit être libre ce soir. À 9 heures où j'arrive les Belges sont toujours là et le commandant n'ayant pas reçu d'ordre pour s'en aller refuse de me céder la place. Nous palabrons longuement mais en vain. Je me décide donc à passer la nuit comme je pourrai assis sur mes talons dans quelque coin ou même dehors. Vers 11 heures du soir un de mes gardes venant de l'échelon m'annonce qu'il y a derrière nous plusieurs divisions françaises venues de Calais et de Dunkerque en camions automobiles. Les troupes amenées par chemin de fer au plus près remontent en ce moment la route de Drie Grachten. En somme le secteur qui était absolument calme à 6 heures du soir est en ce moment le siège de la plus grande agitation. C'est à croire que tout ce monde est sorti de terre.

Tome III · AD084_0216Page manuscrite 1004
28 septembre 1918

28 septembre 1918

Source : manuscrit

28 septembre. — Peu après minuit l'ordre d'offensive nous arrive enfin. Les Belges également ayant reçu leur ordre lèvent le camp et nous laissent place nette. Il

Tome III · AD084_0216Page manuscrite 1004
Date non portée

Photographie 718 — La ferme du Verger

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0217.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 718 : La ferme du Verger.]

Tome III · AD084_0217
28 septembre 1918

28 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

était temps car j'avais à préparer mes ordres pour les batteries et celles ci doivent préparer leurs tirs. L'attaque doit en effet être déclenchée à 5h30 et la préparation de tir doit commencer à 2h30. Nous avons donc à peine deux heures devant nous mais les ordres rapidement donnés sont aussi rapidement exécutés et à 2h30 nous sommes prêts à intervenir. Le signal du commencement du tir est donné par un projecteur qui balaie le ciel de son jet de lumière. À un moment donné le jet s'immobilise au zénith : c'est le signal. À ce moment de tous côtés éclate une furieuse canonnade. Il fait naturellement une nuit d'encre et les flammes de nos canons font dans le ciel de vives lueurs. À 5h30 déclenchement de l'attaque ; immédiatement sur tous les points du front s'élèvent des fusées à six feux qui signifient : nous progressons. D'autres fusées, vertes celles-là demandent l'allongement du tir de l'artillerie. Nous l'allongeons cependant mais pas avec une précision rigoureuse. Nous ne pouvons cependant pas allonger plus vite que d'après la vitesse qui nous a été fixée et qui est d'environ 100 mètres par minute. C'est une vitesse qu'on ne dépasse généralement pas dans des terrains difficiles. Jusqu'à six heures il fait encore nuit noire et nous sommes tranquilles mais que se passera-t-il au lever du jour ? Nos batteries ont peu de défilement et la mienne n'en a pas du tout. Si une batterie allemande nous aperçoit je crois que nous passerons un mauvais quart d'heure. Bientôt d'ailleurs le jour se lève, jour blafard et misérable et tout à coup comme pour justifier mes craintes un obus d'une pièce à longue portée arrive en plein dans la 4e batterie sans heureusement blesser personne. Un autre obus arrive puis un 3e et le tir continue ainsi pendant quelques minutes, les coups tombant aux 2/3 de la 4e et de la 5e batteries. Heureusement personne n'est atteint et le tir s'arrête au bout d'une dizaine de coups. Voulant me rendre compte si ma batterie sous le commandement de Chailly manœuvre convenablement j'y vais faire un tour mais en entrant dans la cabane qui sert de PC à la batterie je me prends le pied malencontreusement dans une planche qui y tombe tout de mon long, malheureusement le cartilage de

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28 septembre 1918

28 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

mon nez porte sur le rebord d'une table. Fortement écorché une sérieuse hémorragie se déclare et au bout de peu de temps j'ai la figure en sang. Cette blessure est heureusement peu grave et j'espère que ce sera le seul tribut payé par nous dans la journée pour la délivrance des peuples opprimés et l'écrasement du militarisme prussien. Les premières nouvelles qui nous arrivent annoncent une notable progression et la capture d'un nombre important de prisonniers. Vers 9 heures du matin l'attaque ayant suffisamment progressé André et Grammont partent en reconnaissance du côté de Jonkershove. Ils reviennent n'ayant rien trouvé car les chemins sont absolument impraticables, les Allemands les ayant fait sauter derrière eux en se retirant. Malgré les nouvelles satisfaisantes qui nous arrivent il y a cependant un point inquiétant. Les hauteurs de Clercken sont-elles en notre possession ou non ? Ces hauteurs dominent en effet tout le pays et mes batteries sont en pleine vue de tout. L'œil à la jumelle j'essaie mais en vain de voir ce qui se passe sur ces hauteurs sur lesquelles ne tombe aucun obus. L'artillerie est d'ailleurs presque complètement silencieuse maintenant car presque toutes les batteries sont hors de portée. Enfin le soir les renseignements plus complets nous parviennent : toute la forêt d'Houthulst et les hauteurs de Clercken sont en notre possession. Le nombre des prisonniers dépasse 4.000. Les Anglais ont avancé à l'est d'Ypres et aussi ainsi que devant Cambrai. L'offensive continue en Champagne et au nord de Verdun. En Macédoine la situation est encore plus favorable, les alliés ayant pris Vélès les Bulgares demandent un armistice immédiat. Toute la soirée et une partie de la nuit on me fait exécuter des tirs de barrage en prévision de contre attaques allemandes mais nous sommes absolument à limite de portée, et encore sommes nous obligés de tirer des obus à la plus forte charge. La consommation de munitions pour ma batterie est de 810 coups environ pour la journée. Le matin avant l'attaque nous avions reçu l'ordre du jour suivant : « Soldats ! Vous allez livrer un puissant assaut aux positions ennemies. Aux côtés de vos héroïques camarades britanniques et français, il vous appartient de refouler l'envahisseur qui opprime vos frères depuis

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28 septembre 1918

28 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

plus de quatre ans. L'heure est décisive. Partout l'Allemagne recule. Soldats ! Montrez vous dignes de la cause sacrée de notre indépendance, dignes de nos traditions et de notre roi. En avant, pour le Droit, pour la Liberté, pour la Belgique glorieuse et immortelle ! Albert »

Tome III · AD084_0221Page manuscrite 1009
29 septembre 1918

29 septembre 1918

Source : manuscrit

29 septembre. — Toute la nuit nous sommes dérangés par des ordres et des contre ordres. Le matin je pars reconnaître des positions de batterie au sud de Kippe. J'y trouve bien quelque chose au sud de Langewaade et vers la ferme des deux lucarnes mais cela ne nous fait guère gagner plus d'un kilomètre de portée. On ne peut aller plus loin, les routes étant démolies et d'ailleurs parfaitement encombrées par les troupes qui essaient de se porter en avant à la poursuite des boches en retraite. La 5e batterie monte cependant en position à la ferme de la Glace au nord de Vebrandesmis. Ce qui augmente encore les difficultés qu'éprouvent les troupes à se porter en avant c'est le temps pluvieux que nous subissons depuis plusieurs jours et qui détrempe terriblement le terrain.

Tome III · AD084_0221Page manuscrite 1009
30 septembre 1918

30 septembre 1918

Source : manuscrit

30 septembre. — Il faut absolument que nous nous portions en avant c'est pourquoi l'ordre m'arrive de reconnaître de suite des positions du côté de Jonkershove au milieu de la forêt d'Houthulst. Je pars donc à 8 heures par un temps horrible avec Guilmin et Grammont. La piste que les boches ont minée au pont de Langewaade. La route de Kippe, bien que très défoncée, paraît praticable car elle est pavée en son milieu et jusqu'à Vebrandesmis nous avançons sans peine mais à partir de ce point la situation change. La route devient de plus en plus mauvaise et une file ininterrompue de voitures, naturellement immobilisées, s'étend le long de la route aussi loin que le regard peut atteindre. Au carrefour de Kippe nous constatons que la route qui vient de Merckem est également couverte de voitures. Tout cela est absolument immobile et hommes et chevaux pataugent jusqu'à mi-jambe dans la plus horrible boue liquide. Naturellement les voitures occupent le milieu de la chaussée qui est pavé, quant aux malheureux piétons dont nous sommes, ils sont obligés de passer sur les bas côtés où la hauteur de boue est à certains endroits plus de 30 centimètres parfois. Nous en prenons d'ailleurs notre parti et commençons

Tome III · AD084_0221Page manuscrite 1009
30 septembre 1918

30 septembre 1918 — continuation

Source : manuscrit

à patauger. À partir de la tranchée du Kwabeek c'est encore pire. Les voitures, des attelages entiers sont enlisés dans des trous d'obus où des chevaux se sont noyés. La route est coupée en plusieurs endroits par des trous de 8 à 10 mètres de diamètre sur lesquels on a lancé des ponts de fortune qui tiennent par miracle. Des canons embourbés, des caissons renversés, des cadavres de chevaux encombrent la route, tout cela recouvert d'une horrible boue sanglante dans laquelle nous continuons à patauger. À droite de la route un énorme blockhaus allemand est transformé en poste de secours pour blessés et un grand nombre de ceux ci entourent la porte. Au milieu d'eux j'aperçois l'aumônier belge qui célébrait la messe à Reninghe. J'y vais le saluer et j'apprends par lui que les pertes de l'armée belge ont été fort sensibles. Les compagnies déjà squelettiques sont réduites à rien. Le succès est beau mais il a été sérieusement payé. À 2 kilomètres de Kippe à peu près la route devient à peu près praticable et on peut avancer sans trop risquer de se noyer dans un trou d'obus. Dans les champs à droite et à gauche de la route la cavalerie belge est déployée, étendards au vent, prête à transformer en déroute la retraite de l'armée allemande si une occasion favorable se présente. Plusieurs batteries allemandes encore occupées par leurs canons apparaissent du côté de Vochtegaal. Enfin nous arrivons au hameau de Jonkershove qui n'est plus qu'un monceau de ruines. La forêt d'Houthulst au centre de laquelle nous sommes actuellement est d'ailleurs presque anéantie. Les arbres, il ne reste plus que des troncs sans branches et terriblement déchiquetés. Au milieu des arbres une profusion de blockhaus, de casemates et de positions de batteries encore occupées par le matériel que les Allemands n'ont pas eu le temps d'évacuer, parfois d'ailleurs que les moyens. Nous reconnaissons des positions sur la route au sud de Jonkershove où sont déjà des batteries anglaises et nous en profitons pour visiter les positions de batteries voisines sur lesquelles nous avons tiré pendant l'attaque et qui sont fortement démolies. Nous revenons enfin à la position où nous arrivons vers midi crottés jusqu'aux épau-

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30 septembre 1918

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les et transpercés, la pluie n'ayant pas cessé de tomber pendant toute notre reconnaissance. Le soir j'apprends que nous n'allons pas occuper les positions de Jonkershove car nous quittons le secteur pour une destination inconnue.

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