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MÉMOIRES · 1918

Mai 1918 1918

33 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

2 mai 1918

2 mai 1918

Source : manuscrit

2 mai. — Gardelle et Seignal montent le matin à la ferme d’Ostende au nord est de Pypegaele puis à l’observatoire du Four à Chaux pour régler la batterie sur la ferme de Kloosterschoot dans la forêt d’Houthulst. Le réglage qui s’effectue normalement demande une cinquantaine de coups. Dans l’après midi nous recevons la visite du général Déjardin commandant la 3e D.A. « Je suis heureux dit-il au commandant, d’avoir sous mes ordres des artilleurs français qui se sont distingués à Verdun et au Chemin des Dames. Si les Allemands attaquent de ce côté ils trouveront à qui parler. » Le commandant n’ouvre pas la bouche et se contente de sourire bêtement. Prenant la parole à sa place je remercie le général de ses paroles si flatteuses à notre égard : « Soyez tranquille, mon général, les Allemands n’attaqueront pas par ici. — Et pourquoi cela ? — Mais parce que nous y sommes ! » Le général me regarde en riant d’un air étonné : « Si je vous dis cela, mon général, ce n’est pas par orgueil ni pour vous faire croire que les Allemands nous craignent particulièrement mais parce que nous sommes “veinards”. Là où nous sommes on n’est pas attaqué, on attaque. » — « Eh bien, dit le général amusé de mon audace, j’accepte avec plaisir votre prophétie. » Nous verrons par la suite qu’elle se réalisa. Dans les jours qui suivent nous continuons l’installation de notre position. Le poste de commandement du groupe est installé à environ 1 km en arrière dans une baraque Adrian qui jusqu’à ces derniers jours servait de chapelle et était par conséquent aménagée à cet effet. René couche dans ce qui était le confessionnal naturellement je ne me prive pas de le plaisanter à ce sujet. Pour ma part j’ai abandonné depuis le 2 la ferme

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Source : manuscrit

de l’abbaye où nous avions reçu l’hospitalité et nous sommes maintenant dans une baraque Adrian fort peu confortable. Naturellement dans tout le secteur il n’y a pas un seul abri à l’épreuve d’un obus du 77. Depuis notre arrivée dans le secteur j’ai pu commencer à connaître les mœurs des habitants. Si les Belges qui composent notre division sont des gens fort aimables et très gais, par contre les indigènes qui nous entourent sont franchement désagréables. Ce sont des Flamands et parmi ces Flamands ce sont les moins sympathiques. Les Belges eux-mêmes ne peuvent les voir et se conduisent envers eux à peu près comme ils se conduiraient vis à vis des Allemands. Ils les appellent les « Ménapiens » car tout ce pays qui englobe Roulers et la forêt d’Houthulst se nommait il y a 2000 ans la « Ménapie ». Les habitants actuels sont les descendants d’une race farouche qui aurait habité la forêt d’Houthulst et les marais de l’Yser. Il s’est mélangé à cela beaucoup de juifs, de trafiquants de toutes sortes, espagnols ou autres qui se sont établis dans le pays pendant la domination espagnole. Tout cela donne une race de gens grands, minces et blonds, tristes et vivant chichement bien que le pays soit riche, ne causant pas, ne riant jamais. Naturellement personne ne sait le français sauf quelques femmes habituées avant la guerre à porter les produits de la terre au marché de Steenvoorde ou de Bergues. Ces habitants sont donc bien peu sympathiques et nous n’avons avec eux que des rapports plutôt froids. Je dois dire que mes hommes se conduisent envers eux un peu mieux que les soldats belges. Si les gens du pays sont peu sympathiques et le pays lui même d’une banalité désolante, le climat n’est pas non plus fort agréable à cause de l’humidité persistante qui règne dans le pays. Même les jours sans nuages il y a toujours une brume et le soleil n’est jamais vif. L’air est si chargé d’humidité que bien souvent, même au soleil le linge ne sèche pas. De plus dès que la température atteint 20° on étouffe littéralement. Le secteur étant assez calme, le pays serait cependant habitable, mais il y a un point noir : l’activité de l’aviation allemande est très grande et dès la tombée du jour jusqu’au soleil levant c’est au dessus de nos têtes un ronflement sans fin d’escadrilles de bombardement qui vont jeter leurs bombes sur les grandes villes de l’arrière et en particulier sur Dunkerque et sur Calais. La zone de nos échelons est également bom-

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Source : manuscrit

bardée d’une manière assez sérieuse ainsi que les premières lignes où nous sommes. Naturellement les aviations françaises, belges et anglaises ne sont pas inactives et s’en vont bombarder Ostende et Zeebrugge. L’artillerie contre avion et les mitrailleuses ne cessent de tirer. Les projecteurs sillonnent le ciel. De tous les côtés on entend des bombes d’avion tomber et éclater bruyamment. Le sifflement qu’elles font en tombant est particulièrement désagréable surtout lorsque l’on songe que nos cagnas ne sont même pas à l’abri des éclats. Tout cela ne nous fait pas des nuits bien tranquilles. Nous avons heureusement dans notre cagna nos « mascottes ». Ce sont deux hirondelles qui ont établi leur nid sur une poutre au dessus de mon lit. Toute la journée elles chantent à s’en perdre la voix. Souvent elles sortent chacune de leur côté puis tout à coup l’une d’elles revient et ne trouvant personne au logis se met à faire cui ! cui ! cui ! ce qui veut dire, si c’est le mâle : « Ma femme est sans doute en train de bavarder chez la concierge » ou si c’est la femelle : « Mon mari est sans doute au café, je vais le chercher. » De fait elle ressort et au bout de quelques instants les deux époux regagnent ensemble leur logis. À 8 heures du soir elles se couchent et on ne les entend plus jusqu’au lendemain matin 6 heures où elles se mettent à voltiger autour de la cagna jusqu’à ce qu’on veuille bien leur ouvrir la porte. Ma cagna a malheureusement des habitants beaucoup moins sympathiques. Ce sont des rats qui foisonnent dans ces vieilles baraques et dont nous ne parvenons pas à nous débarrasser.

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5 mai 1918

5 mai 1918

Source : manuscrit

5 mai. — Aujourd’hui dimanche nous pouvons assister à la messe dans une baraque Adrian transformée en chapelle. La messe est naturellement dite par un aumônier belge. Fait à noter : les aumôniers belges portent le même uniforme que les officiers, cela ne les empêche pas d’être infiniment moins « militaires » que les aumôniers français qui ont conservé le costume ecclésiastique. Dans l’après midi nous recevons la visite du colonel Raibaud et du colonel Roumeguère commandant l’artillerie française aux ordres de l’armée belge. Ce colonel horriblement poseur et suffisant me fait la plus déplorable impression.

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6 mai 1918

6 mai 1918

Source : manuscrit

6 mai. — Le matin je m’en vais à pied faire une recon-

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6 mai 1918

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Source : manuscrit

naissance dans le secteur en avant de nous. Le village de Reminghe que je traverse tout d’abord est entièrement démoli et évacué par la population civile. À la sortie de Reminghe on commence à traverser une première bande des fameux marais de l’Yser qui s’étendent jusqu’à Nieuport. La route en forme de talus franchit d’abord le Kemmelbeek avant d’atteindre Noordschote situé à l’extrémité nord d’une langue de terre qui sépare le Kemmelbeek de l’Yperlée. Noordschote est également complètement ruiné. De tous côtés à partir de ce village s’étendent les marais d’une eau glauque et envahie par les herbes. On aperçoit aussi des troupeaux considérables de canards sauvages et de poules d’eau auxquels les soldats belges font d’ailleurs une guerre acharnée pour le plus grand mal des gens qui se promènent imprudemment dans le secteur. À la sortie de Noordschote la route traverse à nouveau les marais et arrive à Drie Grachten qui veut dire en flamand « les 3 fossés » car à cet endroit se rencontrent l’Yperlée, le canal d’Ypres à l’Yser et le Martjevaart ou « Ruisseau de la Petite Marthe ». Drie Grachten a été un point d’appui formidable des Allemands, qui fut enlevé en 1917 par les troupes du général Anthoine au prix d’efforts héroïques. Ce point de Drie Grachten est en effet un entassement de blockhaus en béton qui ont dû être abordés par nos troupes en bateau. À partir de Drie Grachten vers le sud, s’étendent une quantité innombrable d’anciennes positions occupées surtout lors de l’offensive de l’armée Anthoine, tout le long de la route de Steenstraat (la Rue Pavée). Naturellement, du hameau de Poesele et des nombreuses fermes existant sur la carte il ne reste plus rien. Le parcours, terriblement bouleversé, rappelle tout à fait celui de Verdun. Le paysage a un aspect de désolation vraiment impressionnant. À 1 km à peine au sud de Poesele j’arrive à l’emplacement de la fameuse maison du Passeur où les bataillons d’infanterie légère d’Afrique livrèrent en 1914 des combats mémorables. Naturellement de cette fameuse maison il ne reste plus de trace. Ma reconnaissance terminée je rentre à ma position par une piste nommée piste des Merles. Pour relier les premières lignes avec les arrières il existe un grand nombre de pistes de ce genre qui franchissent les marais sur des passerelles longues parfois de plus d’un kilomètre. Une des plus célèbres est la passerelle Albert qui va de

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Date non portée

Photographies 703–706

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0171.jpg : 4 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

Photographie 703 — Le calvaire et l’église de Noordschote. Photographie 704 — Le canal de l’Yser vers la maison du passeur. Photographie 705 — La route vers Poesele. Photographie 706 — La maison du notaire à Reninghe.

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6 mai 1918

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Source : manuscrit

Luyghem à Reninghe. Comme chemin pour les voitures il y en a bien peu : au nord de la route Noordschote-Drie Grachten il n’y a rien avant Dixmude à 10 kilomètres. Au sud il y a le pont de Steenstraat puis quelques ponts en bois. Tout cela est bien précaire en cas d’attaque. Il est vrai qu’il n’y a actuellement aucun canon au-delà de l’Yser.

Tome III · AD084_0173Page manuscrite 961
7 mai 1918

7 mai 1918

Source : manuscrit

7 mai. — Le matin je retourne à cheval aux positions de Drie Grachten. J’y vais surtout pour reconnaître les endroits où l’on peut trouver des matériaux de construction car j’ai entrepris de construire à ma position quatre abris à l’épreuve de l’obus et enterrés autant que le sol le permet. Aujourd’hui les Boches sont moins sages et pendant ma reconnaissance plusieurs obus tombent autour de moi.

Tome III · AD084_0173Page manuscrite 961
8 mai 1918

8 mai 1918

Source : manuscrit

8 mai. — L’aviation allemande est toujours active. Ce matin un avion allemand venu par ici effectuer une reconnaissance indiscrète a été abattu. Les permissionnaires qui rentrent ce jour-ci nous racontent que tous les trains sont bombardés par les avions allemands et qu’il est plus sûr de rester au front que de partir en permission. Dans le secteur la 3e D.A. est remplacée par la 5e D.A.

Tome III · AD084_0173Page manuscrite 961
11 mai 1918

11 mai 1918

Source : manuscrit

11 mai. — Le climat de ce pays-ci est vraiment bizarre. Avant-hier il a fait une chaleur torride et hier un froid de chien à telle enseigne que nous avons dû allumer du feu et aujourd’hui il fait à nouveau une chaleur torride. Le soir nous sommes gratifiés d’un brouillard à ne pas voir à 10 mètres devant soi. C’est vraiment un drôle de pays. Heureusement qu’il a des avantages dont le premier est le calme relatif qui y règne. Cela ne m’empêche pas d’ailleurs de continuer la construction de mes abris. Dans les fermes nous véhiculons des tonnes de poutrelles en fer, de rails, de madriers et de tôles venant des positions situées le long du canal de l’Yperlée.

Tome III · AD084_0173Page manuscrite 961
12 mai 1918

12 mai 1918

Source : manuscrit

12 mai. — Une particularité de ce secteur est que l’artillerie est immédiatement repérée dès qu’elle ouvre le feu. Nous recevons donc l’ordre de ne pas tirer de notre position principale et de faire tous les tirs qui nous seront demandés au moyen d’une pièce placée à 300 ou 400 mètres de la position. Je reconnais donc une position que je fais occuper par une pièce en arrière de la ferme du Violent. Dans l’après-midi je pars vers 14 heures à l’observatoire en suivant le chemin habituel jusqu’à Drie Grachten. En ce point je continue mon

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12 mai 1918

12 mai 1918 — continuation p.962

Source : manuscrit

itinéraire par la route de Luyghem qui traverse encore une partie des marais de l’Yser et j’arrive bientôt à l’observatoire qui est un ancien blockhaus allemand à 200 mètres à l’est de la ferme du Kiosque. Ce blockhaus est un massif en béton de près de 100 mètres cubes à l’épreuve des obus de gros calibre et parfaitement intact. Tout le secteur en est semé et ils furent de redoutables obstacles à la progression de nos troupes lors de l’offensive du général Anthoine. Quant à la ferme du Kiosque il en reste un balancier d’une petite pompe qui devait se trouver dans la cuisine. Il en est de même d’ailleurs de toutes les fermes du secteur dont il ne reste pas pierre sur pierre. Naturellement il n’y a ici ni boyau ni tranchées. Les fantassins d’ailleurs fort peu nombreux occupent les blockhaus en quelques points d’appui. Ils sont d’ailleurs séparés des Allemands par le Kwaebeek et le Steenbeek qui vont se jeter dans le lac Blankaart qui au plus 2 km au nord. Sur ce lac Blankaart les soldats belges et allemands se livrent au plaisir de la chasse et de la pêche et cela est l’occasion de combats mortels. Ces jours-ci les Belges ont capturé à l’abordage une barque montée par deux hommes et armée d’une mitrailleuse. Quant au ruisseau qui sépare les belligérants il a été entendu d’un commun accord que c’est une zone neutre où chacun vient puiser de l’eau en toute sécurité. Je peux apercevoir en effet un soldat allemand qui vient remplir ses deux seaux. De l’observatoire on a une vue très étendue sur les lignes allemandes et la forêt d’Houthulst mais au premier abord on ne distingue pas grand’chose. De nombreux Boches se promènent d’ailleurs tranquillement. Enfin j’arrive à identifier à peu près la ferme du Portugal et la ferme Marins et je peux commencer à régler les 3 batteries sur ce point. Au cours de mon réglage j’aperçois un groupe de 7 ou 8 Boches se dirigeant vers le P.C. de la tranchée du Kwaebeek. Lorsque je les juge convenablement placés j’y fais envoyer un coup de canon dont le nuage les cache aussitôt à ma vue. Je vois immédiatement les pauvres Boches se jeter dans le boyau puis se sauver à toutes jambes, sans que je puisse me rendre compte d’ailleurs s’il en manque à l’appel. À 18 heures, mon tir étant terminé je rentre à la batterie à pied. Lorsqu’en arrivant à Noordschote, alors que je regarde un combat d’avions une balle me siffle à quelques pouces du corps et va se ficher dans le talus près duquel je passe. Est-ce

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12 mai 1918

12 mai 1918 — continuation p.963

Source : manuscrit

une balle de mitrailleuse d’avion ou bien plutôt une balle perdue d’un chasseur imprudent.

Tome III · AD084_0175Page manuscrite 963
14 mai 1918

14 mai 1918

Source : manuscrit

14 mai. — L’activité de l’aviation allemande ne faiblit pas. Cet après-midi un avion boche vient incendier deux saucisses à notre droite et rentre chez lui indemne malgré les tirs de mitrailleuses et de canon. Dans la soirée un autre avion boche vient attaquer une autre saucisse. Les aviateurs s’étant jetés en bas avec leur parachute le Boche les poursuit à coups de mitrailleuse mais au même moment un obus l’atteint en plein et l’envoie à terre pour notre plus grande joie. Le soir vers 21h30 une nuée d’avions boches commence à arriver. Certains d’entre eux vont sans doute sur Calais et Dunkerque, d’autres vont jeter des bombes derrière nous et incendient le dépôt de munitions de Klein-Leysele où se produisent 3 violentes explosions. À 23 heures le bombardement n’est toujours pas terminé et d’autres bombes tombent près de nous le long de la route de Reninghe. L’incendie du dépôt de munitions dure toute la nuit et les tirs d’artillerie ne cessent pas ainsi que les crépitements de mitrailleuses. Cette nuit est vraiment infernale et nous ne fermons pas l’œil.

Tome III · AD084_0175Page manuscrite 963
16 mai 1918

16 mai 1918

Source : manuscrit

16 mai. — La nuit dernière est encore aussi agitée que la précédente. Les avions boches viennent encore semer des bombes dans notre coin. L’activité ne cesse d’ailleurs pas avec le lever du jour et au cours d’un combat dans la région du Kemmel nous apercevons un avion tomber. J’apprends aujourd’hui que c’est bien le 5e corps qui attaquant au nord de Compiègne a arrêté aux mois de mars et avril l’avance des Allemands. Et c’est là de furieux combats au cours desquels mon pauvre camarade Maxime Lerousseau a trouvé la mort.

Tome III · AD084_0175Page manuscrite 963
17 mai 1918

17 mai 1918

Source : manuscrit

17 mai. — Dans la nuit encore plusieurs visites d’avions boches qui viennent lancer des bombes. Le soir vers 18h30 un avion boche vient attaquer une saucisse tout près de nous et y met le feu. Les deux observateurs se lancent dans le vide avec leur parachute mais l’un d’eux se lance si malheureusement qu’il reste accroché par un pied au rebord de sa nacelle, le parachute au-dessous de lui. Brusquement libéré il fait une terrible chute mais par un hasard providentiel le parachute s’ouvre à quelque distance du sol. Les péripéties de ce drame nous remplissent d’angoisse. Au cours de ce combat l’adjudant-chef Andriens de la 11e

Tome III · AD084_0175Page manuscrite 963
17 mai 1918

17 mai 1918 — continuation p.964

Source : manuscrit

batterie, tranquillement assis dans sa cagna pour dîner reçoit une balle de mitrailleuse qui lui fracasse la mâchoire. La nuit est à peine tombée que la ronde infernale recommence : les avions boches viennent à nouveau nous jeter des bombes. Sans ces maudits avions boches la vie serait assez agréable ici car nous avons de tout à profusion et pour rien. Hier mon chef a acheté 30 carrelets pour 45 sous ! Nous mangeons même des matelotes de carpes pêchées par mes téléphonistes lorsqu’ils vont réparer les lignes de l’observatoire vers Drie Grachten. Le procédé de pêche est d’ailleurs fort simple. Il suffit de plonger l’extrémité d’un canon de fusil et de tirer un coup : dans un rayon assez grand les poissons sont assommés et remontent à la surface.

Tome III · AD084_0176Page manuscrite 964
18 mai 1918

18 mai 1918

Source : manuscrit

18 mai. — Un téléphoniste de la 12e batterie est blessé à l’observatoire de la ferme Adhéman où nous avons un poste permanent.

Tome III · AD084_0176Page manuscrite 964
19 mai 1918

19 mai 1918

Source : manuscrit

19 mai. — L’activité de l’aviation allemande est plus grande que jamais. Le soir vers 17h30 les Boches viennent incendier deux saucisses à notre gauche du côté de Loo. L’un des deux avions ayant accompli cet exploit rencontre un avion français au moment où il veut rentrer dans ses lignes. En quelques coups de mitrailleuse il est abattu en flammes. L’autre avion boche attaqué par un autre avion français se défend énergiquement. Pendant plusieurs minutes nous assistons au duel le plus émouvant et le plus extravagant. Ce ne sont que loopings, virages impressionnants, descentes en tire-bouchon. Enfin n’ayant sans doute plus de cartouches les deux aviateurs abandonnent la lutte et rentrent chacun chez soi.

Tome III · AD084_0176Page manuscrite 964
21 mai 1918

21 mai 1918

Source : manuscrit

21 mai. — Cette nuit-ci encore nous sommes visités par les avions boches qui lancent des bombes tout autour de nous. L’une d’elles tombe dans la 6e batterie sans heureusement faire de dégâts. Dans la journée les Boches inaugurent un nouveau moyen de nous être désagréables en tirant des obus fusants sur la route d’Oostvleteren. Les nuits sont toujours extrêmement agitées d’autant plus que dans ce pays très plat on entend tout ce qui se passe à 30 km à la ronde et comme ma cagna résonne vibrant comme un tambour amplifie tous les bruits il n’y a pas moyen

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Date non portée

Carte 44

Source : manuscrit
Cliquez ou touchez la carte pour l’agrandir.

Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte n° 44.

[Sélection de toponymes imprimés : Boesinghe ; Langemarck ; Poelcapelle ; Passchendaele ; Zonnebeke ; Gheluvelt ; Ypres ; Hollebeke ; Wytschaete ; Messines ; Poperinghe ; Proven ; Watou.]

[Fond cartographique dépliant avec réseaux de tranchées et tracés rouges, bleus, violets et noirs ; fond non intégralement transcrit.]

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21 mai 1918

21 mai 1918 — continuation p.967

Source : manuscrit

de dormir. Heureusement que ma cagna enterrée est en construction. Tel Caïn dans sa tombe j’irai m’y enfermer non pour échapper à l’œil de Dieu mais au bruit.

Tome III · AD084_0179Page manuscrite 967
24 mai 1918

24 mai 1918

Source : manuscrit

24 mai. — Le fort vent d’hier s’est transformé cette nuit en une pluie diluvienne qui ne cesse pour ainsi dire pas de la journée. Ce temps horrible a pourtant eu pour nous un avantage énorme, c’est que les « godasses » nous ont fichu cette nuit une paix royale ce qui m’a permis de faire une nuit non moins royale. Je ne me suis réveillé qu’à 9 heures !

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25 mai 1918

25 mai 1918

Source : manuscrit

25 mai. — Dans l’après-midi je monte à l’observatoire de la ferme du Kiosque pour régler deux pièces de chez nous et une pièce de chacune des autres batteries sur la ferme Marins. Le réglage qui s’exécute d’une manière parfaite et très rapide est motivé par la crainte d’un coup de main allemand dans la tranchée du grand-père. Pendant l’exécution de mon réglage les Boches tirent assez activement à notre gauche et à 100 mètres derrière nous. Les éclats nous sifflent aux oreilles. Enfin à 19h40 je suis de retour à la batterie sans autre incident.

Tome III · AD084_0179Page manuscrite 967
27 mai 1918

27 mai 1918

Source : manuscrit

27 mai. — L’avant-dernière nuit a été encore d’une extrême agitation : la canonnade a été violente en particulier vers 3 heures du matin et des bombes sont tombées dans le secteur. Dans l’après-midi je vais faire un tour du côté du carrefour du Lion belge où il y a un formidable entonnoir produit par une bombe d’avion. Il mesure 16 à 18 mètres de diamètre et 8 à 9 de profondeur. Les dégâts produits ont d’ailleurs été nuls. Le soir nous apprenons que les Allemands ont déclenché une violente attaque entre la forêt de Pinon et Reims. Toute la nuit les Boches tirent des obus fusants dans notre coin.

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28 mai 1918

28 mai 1918

Source : manuscrit

28 mai. — Notre antenne de T.S.F. vient de recueillir la radio allemande donnant les premières nouvelles sur la bataille commencée hier. Tout le Chemin des Dames est enlevé, l’Aisne est franchie, l’avance dépasse 15 km car ils disent n’avoir rencontré aucune résistance. 15.000 prisonniers seraient déjà entre leurs mains ainsi que de nombreux canons. Ils auraient atteint les hauteurs entre Aisne et Vesle.

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29 mai 1918

29 mai 1918

Source : manuscrit

29 mai. — Les Boches sont à Fismes et ont franchi la Vesle. Pour moi qui connais le pays cette avance me stupéfie littéralement. Faire ce que viennent de

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29 mai 1918

29 mai 1918 — continuation p.968

Source : manuscrit

faire les soldats boches en se promenant constituerait déjà une performance remarquable, mais faire cela en combattant est proprement inexplicable. Il faut vraiment que nous ayons offert une bien piètre résistance. J’ai hâte de vieillir de quelques jours pour voir la tournure que prendront les événements qui sont loin d’être encourageants. Nous nous sommes moqués lors de leurs reculs des Russes, des Italiens puis des Anglais mais maintenant nous ne pouvons plus donner de leçon à personne. Naturellement les permissions sont à nouveau suspendues et comme Gardelle n’est pas encore rentré j’en suis réduit à la société de mon aspirant ce qui est bien peu et, à vrai dire, rien. C’est un excellent garçon mais d’une pauvreté d’esprit déconcertante et cependant il a 24 ans et est candidat à l’École Polytechnique ! Je crois d’ailleurs qu’il sera indéfiniment candidat. Je lui ai demandé un jour pourquoi il préparait l’École polytechnique : il m’a répondu naïvement qu’il n’en savait rien ! En le poussant un peu et en lui demandant pourquoi ses parents l’avaient orienté dans cette voie il m’a répondu que ses parents voudraient le voir entrer à Polytechnique parce que de toutes les écoles supérieures c’est celle qui coûte le moins cher et que de plus on y vit sous le régime de l’internat ce qui est précieux lorsque les parents habitent la province. Cela donne une idée de la mentalité de ce pauvre garçon. Il est impossible d’avoir avec lui une conversation de cinq minutes sur un sujet quelconque car il est en tout d’une ignorance navrante et d’une naïveté déconcertante. Quant aux événements de la guerre il s’en préoccupe comme de sa première culotte. Lui parler du Craonne, du Bois-le-Prêtre, de Douaumont ou du moulin de Laffaux, c’est l’étonner autant que de lui tenir une conversation sur la Patagonie. Il ignorait jusqu’à ces jours-ci que l’offensive du 16 avril de l’an dernier s’était déroulée sur le Chemin des Dames. Depuis cinq mois qu’il est au front il n’est pas encore parvenu à distinguer le bruit d’un coup de canon de l’explosion d’un obus. Le soir de ce jour un avion boche vient attaquer les saucisses à notre droite et en brûle cinq en moins de deux minutes !

Tome III · AD084_0180Page manuscrite 968
30 mai 1918

30 mai 1918

Source : manuscrit

30 mai. — Les Allemands s’emparent de Soissons et arrivent aux environs de Fère-en-Tardenois. Ils an-

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30 mai 1918

30 mai 1918 — continuation p.969

Source : manuscrit

noncent 35.000 prisonniers.

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31 mai 1918

31 mai 1918

Source : manuscrit

31 mai. — Les Boches s’emparent de Fère-en-Tardenois. Ils attaquent au nord de Soissons et annoncent 45.000 prisonniers et 400 canons.

Tome III · AD084_0181Page manuscrite 969

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