2 mai 1918
2 mai. — Gardelle et Seignal montent le matin à la ferme d’Ostende au nord est de Pypegaele puis à l’observatoire du Four à Chaux pour régler la batterie sur la ferme de Kloosterschoot dans la forêt d’Houthulst. Le réglage qui s’effectue normalement demande une cinquantaine de coups. Dans l’après midi nous recevons la visite du général Déjardin commandant la 3e D.A. « Je suis heureux dit-il au commandant, d’avoir sous mes ordres des artilleurs français qui se sont distingués à Verdun et au Chemin des Dames. Si les Allemands attaquent de ce côté ils trouveront à qui parler. » Le commandant n’ouvre pas la bouche et se contente de sourire bêtement. Prenant la parole à sa place je remercie le général de ses paroles si flatteuses à notre égard : « Soyez tranquille, mon général, les Allemands n’attaqueront pas par ici. — Et pourquoi cela ? — Mais parce que nous y sommes ! » Le général me regarde en riant d’un air étonné : « Si je vous dis cela, mon général, ce n’est pas par orgueil ni pour vous faire croire que les Allemands nous craignent particulièrement mais parce que nous sommes “veinards”. Là où nous sommes on n’est pas attaqué, on attaque. » — « Eh bien, dit le général amusé de mon audace, j’accepte avec plaisir votre prophétie. » Nous verrons par la suite qu’elle se réalisa. Dans les jours qui suivent nous continuons l’installation de notre position. Le poste de commandement du groupe est installé à environ 1 km en arrière dans une baraque Adrian qui jusqu’à ces derniers jours servait de chapelle et était par conséquent aménagée à cet effet. René couche dans ce qui était le confessionnal naturellement je ne me prive pas de le plaisanter à ce sujet. Pour ma part j’ai abandonné depuis le 2 la ferme
