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MÉMOIRES · 1917

Décembre 1917 1917

34 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 décembre 1917

1 décembre 1917

Source : manuscrit

1er décembre. — Le temps continuant à être beau je vais le matin faire un petit tour sur le plateau du côté du monument de Pasly. Il y a là des travaux boches très intéressants et en particulier des casemates en béton armé et des tranchées bien aménagées, ceci étant la première ligne allemande avant le repli Hindenburg. Ce secteur devait d’ailleurs être très calme car il n’y a pour ainsi dire pas de trous d’obus. Dans l’après midi je vais faire un tour à cheval par Tartiers, Fontenoy, Osly-Courtil, et Laval. En plusieurs endroits les allemands lors de leur recul stratégique ont fait sauter les routes. Il y a par endroits des trous de 15 à 20 mètres de diamètre en particulier entre les Vangerins et Tartiers. Tous les arbres ont naturellement été coupés et tout ce qui avait une valeur comme par exemple la distillerie de Vangerins a été dynamité et il n’en reste rien. Sur le plateau des équipes de soldats travaillent déjà très activement aux labours de cette terre qui est magnifique.

Tome III · AD084_0119Page manuscrite 907
2 décembre 1917

2 décembre 1917

Source : manuscrit

2 décembre. — Aujourd’hui, Sainte Barbe. Le matin nous allons à la messe dans la petite église du lieu qui n’a plus ni portes ni fenêtres et dans laquelle

Tome III · AD084_0119Page manuscrite 907
2 décembre 1917

2 décembre 1917 — continuation p.908

Source : manuscrit

nous pensions mourir de froid. À midi, tous les officiers du groupe réunis chez le commandant fêtent gaiement la Sainte Barbe par un repas plantureux.

Tome III · AD084_0120Page manuscrite 908
3 décembre 1917

3 décembre 1917

Source : manuscrit

3 décembre. — Dans l’après midi je vais avec Dumay faire un petit tour jusqu’à Chavigny. Tous ces pays sont charmants.

Tome III · AD084_0120Page manuscrite 908
5 décembre 1917

5 décembre 1917

Source : manuscrit

5 décembre. — Depuis plusieurs jours je souffre horriblement d’un abcès dans l’oreille. Aussi, n’y tenant plus je me décide à aller, accompagné de René voir à l’hôpital de Soissons un spécialiste qui est dans le civil interne du docteur Moure de Bordeaux, le médecin du roi Alphonse XIII. Grâce à son intervention je suis immédiatement soulagé.

Tome III · AD084_0120Page manuscrite 908
6 décembre 1917

6 décembre 1917

Source : manuscrit

6 décembre. — Dans la matinée je conduis mes sous officiers au parc de Mercin pour leur montrer les canons boches. Je rencontre le général Maistre commandant la 6e armée qui veut bien me demander quelques renseignements.

Tome III · AD084_0120Page manuscrite 908
8 décembre 1917

8 décembre 1917

Source : manuscrit

8 décembre. — Cette fois nous partons. L’ordre est arrivé hier que nous devions embarquer le 11 à destination du groupe d’armée de l’est.

Tome III · AD084_0120Page manuscrite 908

Tome III · AD084_0121

11 décembre 1917

11 décembre 1917

Source : manuscrit

11 décembre. — Aujourd’hui, jour du départ nous sommes debout à 2h30. À 3h30 la batterie est prête et nous partons par un froid très vif. Par Osly-Courtil, Fontenoy, le Port nous atteignons à 6 heures la gare d’Ambleny où nous devons embarquer, mais la batterie Poupineau, de 155 long, qui devait partir à six heures n’a pas encore commencé son embarquement. Nous ne commençons le nôtre qu’à 10h40 pour le terminer à 12h40. L’embarquement est pénible car la gare est aussi mal aménagée que possible. Mulquin se fait prendre la main dans une porte à coulisse et blesse grièvement : nous devons l’évacuer. Enfin à 14h5 nous partons à petite allure par Soissons, Villers Cotterets, Crépy en Valois, Mareuil sur Ourcq, Oulchy-Brény, Chateau Thierry, Épernay, Vitry le François où nous nous arrêtons pour faire boire les chevaux.

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12 décembre 1917

12 décembre 1917

Source : manuscrit

12 décembre. — Le lever du jour nous trouve à Mauvages entre Gondrecourt et Void. Bientôt par Pagny sur Meuse nous atteignons Toul puis Pont Saint Vincent. La vallée de la Moselle entre ces deux points est fort belle. À Neuves Maisons les usines fonctionnent toujours et cependant si j’en juge par les nombreux trous de bombes d’avions que l’on voit dans la plaine on ne doit pas travailler là avec beaucoup de tranquillité. Nous connaissons maintenant notre point de débarquement Vézelise et notre cantonnement Favières. Le débarquement à Vézelise s’effectue normalement la gare étant munie d’un long quai de débarquement. Arrivés à 12h30 nous partons à 14h30 par Quevilloncourt Vroncourt et Étreval. En cet endroit la route descend par une côte très raide dans la vallée, côte qu’il faut regrimper de l’autre côté, opération très pénible car nos chevaux sont littéralement à bout de forces. Cette campagne lorraine dans son austérité a vraiment un charme bien particulier avec ses belles vallées, ses longs plateaux, les grandes ondulations du terrain et surtout la pureté de son ciel. Au loin la colline de Sion Vaudémont, la colline « inspirée » chantée par Barrès se dresse avec toute sa majesté. On dirait un immense navire dont le clocher de Vaudémont serait l’un des mâts et le clocher de Sion l’autre mât. Il commence à faire passablement froid lorsque nous arrivons à Lalœuf à la moitié du chemin. Le jour tombe très vite et il fait nuit lorsque nous

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12 décembre 1917

12 décembre 1917 — continuation p.912

Source : manuscrit

arrivons à Favières, par Battigny et Gélaucourt. La première impression que nous éprouvons en traversant ces villages est la solitude. Non seulement il n’y a pas de troupes mais il semble même n’y en avoir jamais eu. Naturellement tous ces villages sont intacts puisque les Allemands n’y sont jamais venus. Malgré l’obscurité le village de Favières nous fait bonne impression et je pense que nous n’y serons pas trop mal. J’ai pour ma part une belle chambre dans une grande maison habitée par une vieille femme à l’air revêche qui est, je pense la gardienne et non la propriétaire. Nous trouvons également à installer notre popote chez une brave veuve fort aimable. Croyant que son mari a été tué à la guerre, je m’apprête à lui adresser mes condoléances mais Gardelle m’arrête et m’apprend que son noble époux, boucher de son état, est mort d’avoir trop bu.

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13 décembre 1917

13 décembre 1917

Source : manuscrit

13 décembre. — Après avoir passé deux nuits sans dormir pour ainsi dire, je pensais trouver enfin dans un lit un sommeil réparateur mais naturellement je ne ferme pas l’œil de la nuit : le lit est trop doux. Il faudra que mon ordonnance Davignon glisse demain quelques planches sous mon matelas. Maintenant qu’il fait jour je vais pouvoir visiter ma nouvelle résidence. Favières est un village fort curieux, n’ayant pas plus de 700 habitants mais qui s’étend sur une longue rue de 3 kilomètres en forme d’S et qui escalade les collines de la manière la plus fantasque. Le pays est propre, les gens sont aimables, ce qui n’empêche pas que depuis 12 heures que nous sommes ici le prix du litre de pinard a augmenté de deux sous. Le voilà bien la reprise des affaires !

Tome III · AD084_0124Page manuscrite 912
16 décembre 1917

16 décembre 1917

Source : manuscrit

16 décembre. — Aujourd’hui dimanche nous pouvons assister à la grand’messe dans une vraie église. Le curé, au début de son sermon a salué les vaillants soldats du 105e RAL qui se sont couverts de gloire à Verdun et au Chemin des Dames. Nous sommes très touchés de cette attention. Notre séjour ici continue à s’écouler sans le moindre incident sauf qu’il fait assez froid. Avant hier nous avons reçu la visite du général Besse commandant l’artillerie de la 8e armée et hier le colonel Raibaud m’a convoqué à son bureau à Crépey où il m’a fait subir un interrogatoire de 2 heures sur la pratique du tir. Cette promenade de 24 kilomètres à travers champs est fort agréable mais le retour à la nuit tombée l’est beaucoup

Tome III · AD084_0124Page manuscrite 912
16 décembre 1917

16 décembre 1917 — continuation p.913

Source : manuscrit

moins.

Tome III · AD084_0125Page manuscrite 913
17 décembre 1917

17 décembre 1917

Source : manuscrit

17 décembre. — La neige tombe aujourd’hui avec abondance et il fait très froid. Rentrant dans ma chambre le soir je trouve mon hôtesse allumant dans ma chambre un maigre feu. Je m’apprête à la remercier de cette délicate attention mais elle prenant les devants me dit : « Je fais un peu de feu, vous comprenez, à cause des meubles..... » Ces civils sont remarquables. D’ailleurs elle ne laisse pas l’entretien de son feu à ma discrétion de peur sans doute que je mette le feu à la maison. Elle vient chaque heure mettre dans le feu une bûche qui pèse à peu près 200 grammes. À part cela nous sommes très bien, mais vraiment je regrette les baraques de Vauxrezis : là au moins on pouvait s’amuser à son aise, faire du chahut et allumer des feux de Boches sans risquer les foudres du propriétaire. Les W.C de la maison, fermés depuis mon arrivée se sont ouverts aujourd’hui mais ma bonne hôtesse me prenant à part m’explique qu’elle consent à laisser ses « goguenots » ouverts, mais pour mon usage personnel et non pour celui « des autres chefs ». Elle s’imaginait sans doute que Gardelle et Dumay avaient l’intention de les polluer. Je l’ai immédiatement rassurée en lui promettant que ses W.C seraient honorés de ma seule présence. J’avais une envie folle de lui rire au nez. Quelle bonne histoire Courteline aurait pu faire sur ce thème. Le soir nous apprenons que le groupe doit participer à une action du côté du Bois le Prêtre.

Tome III · AD084_0125Page manuscrite 913
18 décembre 1917

18 décembre 1917

Source : manuscrit

18 décembre. — Le capitaine Gontier effectue une reconnaissance dans le nouveau secteur. Quant à moi accompagné des officiers du groupe j’exécute un service en campagne au nord de Saulxerottes. Le froid est extrêmement vif, d’autant plus qu’il règne un vent très violent. Cet exercice devait être fait avec le matériel mais vraiment les chemins sont trop glissants. Même à pied il n’est pas facile d’avancer sans se flanquer par terre.

Tome III · AD084_0125Page manuscrite 913
19 décembre 1917

19 décembre 1917

Source : manuscrit

19 décembre. — Une nouvelle qui arrive le soir nous remplit tous de stupéfaction : le capitaine Gontier a été cité à l’ordre pour sa brillante conduite à l’attaque de la Malmaison, mais ce qui m’indigne le plus c’est le motif de la citation qui laisse entendre que le groupe était abattu et éreinté et qu’il n’a pu faire de bon travail que grâce au commandant de groupe qui a « galvanisé son personnel » « résolvant toutes les ques-

Tome III · AD084_0125Page manuscrite 913
19 décembre 1917

19 décembre 1917 — continuation p.914

Source : manuscrit

tions les plus difficiles » etc. Non seulement nous n’avons pas eu besoin d’être « galvanisés » ni moi ni mes gradés ni mes hommes mais au cas où nous aurions eu besoin d’être galvanisés notre commandant aurait été un piètre « rétameur ». Quant aux questions les plus difficiles elles ont été résolues en effet mais par mes camarades et par moi, de notre propre initiative, le commandant n’ayant pour ainsi dire pas fait acte une seule fois, de commandant. Si ce « galvanisage » continue je crois que je finirai par être « nickelé » et que je ne marcherai plus. Je ne peux pas arriver à digérer ce motif qui est une véritable injure à mes hommes et à moi. Vraiment la Croix de guerre est bien gâchée maintenant et à côté de cela plus de 40 hommes de ma batterie, tous très méritants ne l’ont pas encore.

Tome III · AD084_0126Page manuscrite 914
20 décembre 1917

20 décembre 1917

Source : manuscrit

20 décembre. — Pour passer le temps nous allons nous promener Dumay, Gardelle et moi dans les bois au nord de Favières mais il fait un tel brouillard que nous nous perdons. Il fait complètement nuit lorsque nous atteignons le cantonnement. Le froid étant très vif, nous nous réchauffons dans un combat à coup de boules de neige. Ce matin Foucade est parti avec 25 hommes pour organiser la nouvelle position de batterie que nous devons occuper prochainement dans le secteur de Flirey.

Tome III · AD084_0126Page manuscrite 914
21 décembre 1917

21 décembre 1917

Source : manuscrit

21 décembre. — Pour charmer nos loisirs nous continuons à faire de belles promenades dans les bois couverts de neige et qui sont vraiment merveilleux. La température doit se maintenir en ce moment d’une manière constante vers 10 ou 15 degrés au dessous de zéro. Pour changer nous montons demain en reconnaissance à la nouvelle position. Quant à Gardelle il part demain pour 14 jours suivre à Vendôme un cours d’officier orienteur.

Tome III · AD084_0126Page manuscrite 914
22 décembre 1917

22 décembre 1917

Source : manuscrit

22 décembre. — À 7h30 départ en camion pour la nouvelle position. Il fait un froid très vif. La position nouvelle étant à 60 km de Favières, le voyage promet d’être fort désagréable. Par Colombey les Belles et Bicqueley nous atteignons Toul. Après quelques minutes d’arrêt nous repartons par Ménil la Tour et Royaumeix. Naturellement tous ces pays sont intacts puisqu’on ne s’y est jamais battu. Ce qui me frappe avant tout c’est la quantité prodigieuse de réseaux de fil de fer que

Tome III · AD084_0126Page manuscrite 914
Date non portée

Photographies 696–698 — Nancy

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0127.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

Nancy

696 — La place de la Carrière 697 — La place Stanislas 698 — La fontaine d’Amphitrite

Tome III · AD084_0127
22 décembre 1917

22 décembre 1917 — continuation p.917

Source : manuscrit

nous rencontrons depuis Toul. Les approches de cette place forte me paraissent mieux défendues que n’étaient celles de Verdun en 1916. À Royaumeix je rencontre comme commandant de l’AL mon camarade Mangas que nous appelions naturellement Veau gras à cause de sa corpulence. Il était déjà très gros à cette époque mais maintenant il est formidable et pèse certainement 115 à 120 kg au moins. Il est probable que s’il avait fait comme nous 3 mois de Verdun suivis de 8 mois de Chemin des Dames il serait un peu moins gros. Dans ce secteur où il est depuis le début de la campagne on ne fait pour ainsi dire rien. Le plus extraordinaire c’est que dans ce secteur archi-calme il a trouvé le moyen d’être blessé ! Il est vrai qu’il est très vulnérable. Ce secteur est tellement tranquille que beaucoup d’officiers du secteur ont leur femme à Toul. J’en ai rencontré plusieurs dans cette ville se promenant bras dessus bras dessous. En voilà qui pourront se vanter d’avoir fait la guerre confortablement. Naturellement le dit Mangas se croit un héros, pose au grand chef, nous bouscule ou nous traite presque d’embusqués et de flemmards parce que nos travaux n’avancent pas assez vite à sa guise. De Royaumeix nous gagnons Bernécourt, Noviant aux Prés et le bois de la Voisogne où sont installées nos positions. Ces positions sont d’ailleurs préparées depuis longtemps et il existe des abris qui sont d’ailleurs pleins d’eau ou plutôt pleins de glace. Le secteur est d’un calme absolu et je n’aperçois pas un seul trou d’obus. Par contre les tombes militaires sont extrêmement nombreuses car on s’est battu là terriblement en août et septembre 1914. La division de réserve de Toul a été écharpée par ici et mon camarade Émile Lerousseau le frère de Maxime a été justement tué à côté de Noviant aux Prés. Il y a dans le secteur quelques batteries en position mais naturellement le camouflage est inexistant. Foucade et mes hommes aménagent la position avec activité. Nous y déjeunons sur l’herbe par un froid très vif. À 13 heures nous repartons pour le cantonnement où nous arrivons à la nuit tombante. Comme la gaieté ne perd jamais ses droits, mes hommes organisent le soir un concert fort réussi dans la salle de bal du village.

Tome III · AD084_0129Page manuscrite 917
24 décembre 1917

24 décembre 1917

Source : manuscrit

24 décembre. — Les événements de Russie ayant libéré de forts effectifs allemands nous ne pouvons songer

Tome III · AD084_0129Page manuscrite 917
24 décembre 1917

24 décembre 1917 — continuation p.918

Source : manuscrit

à prendre une offensive quelconque sur le front français d’autant plus que des effectifs importants sont immobilisés en Italie. Il est donc probable que les Allemands, pressés d’en finir attaqueront avant que les Américains aient pu amener sur notre front des effectifs suffisants. La défensive est donc organisée sur notre front et c’est pourquoi on a réparti les troupes sur tout le front. Des effectifs très importants ont été acheminés sur la Lorraine et nous avons été mis ainsi à la disposition de la 8e armée qui occupe le front depuis Badonviller jusqu’à St Mihiel. Ces jours ci d’ailleurs une nouvelle armée vient relever la 8e entre St Mihiel et Nomény, c’est la première armée, celle du général Anthoine qui revient des Flandres. Pour nous, à partir d’aujourd’hui nous sommes aux ordres du 15e Corps qui tient le secteur au sud de Nomény. Nous devons faire mouvement aujourd’hui pour rejoindre notre nouveau cantonnement de Pulligny. À 8h30 nous partons donc par Battigny, Lalœuf, Vitrey, Hammerville, Houdreville, Autrey sur Madon. La route est terriblement glissante et la température très basse 10 à 12° au dessous de zéro. Enfin nous arrivons à Pulligny, charmant village dans la très belle vallée du Madon. Les habitants nous reçoivent fort bien et pour ma part je suis très confortablement logé à l’école des sœurs.

Tome III · AD084_0130Page manuscrite 918
25 décembre 1917

25 décembre 1917

Source : manuscrit

25 décembre. — Aujourd’hui, jour de Noël je peux assister à la grand’messe dans l’église de Pulligny et je suis vraiment édifié par la piété des assistants. L’église est absolument pleine et il y a beaucoup d’hommes groupés pour la plupart à la tribune de l’harmonium. Ce qui me surprend d’ailleurs le plus, c’est la perfection avec laquelle tous ces hommes chantent le plain chant. J’avais déjà remarqué par ailleurs que toutes les églises de ce pays ci sont propres et généralement riches bien que tout à fait dépourvues de caractère artistique. Le clergé, de plus, me paraît supérieur à la moyenne du clergé de campagne.

Tome III · AD084_0130Page manuscrite 918
26 décembre 1917

26 décembre 1917

Source : manuscrit

26 décembre. — À 7h30 le commandant Graveteau remplaçant provisoirement le colonel m’emmène aujourd’hui en reconnaissance en auto du côté de Moivron. Il fait un froid de chien. Par Flavigny et Richardménil nous gagnons Nancy. Ces deux villages dont le premier est le siège de la 8e armée sont situés dans la vallée de la Moselle plus pittoresque encore que celle du Madon. Nancy que nous traversons sans nous arrêter est très

Tome III · AD084_0130Page manuscrite 918
26 décembre 1917

26 décembre 1917 — continuation p.919

Source : manuscrit

animé et le « Point Central » carrefour des deux artères principales de la ville est grouillant de monde comme en temps de paix. Naturellement il y a beaucoup de soldats mais aussi beaucoup de civils. À Essey les Nancy nous nous arrêtons au PC de l’artillerie du 15e CA commandée par le colonel Bunoust. Je retrouve là comme capitaine adjoint Longio qui était avec nous en Argonne dans une batterie du 13e d’artillerie, celle du capitaine Demongeot. Par Agincourt nous atteignons Leyr, Villers les Moivrons, puis Moivron. Avant de quitter la grand’route pour prendre celle de Leyr nous ne sommes guère qu’à 3 kilomètres des premières lignes et le terrain est absolument découvert. Cependant nous passons sans être inquiétés tellement le secteur est tranquille mais ce n’est pas dans le secteur du Chemin des Dames ni dans celui de Verdun que nous nous serions permis d’agir ainsi. On n’entend heureusement ni un coup de canon ni un coup de fusil. Les tranchées allemandes et françaises sont d’ailleurs à plus de 1 km de distance et les effectifs en ligne sont extrêmement peu denses. Les compagnies tiennent plus d’un kilomètre de tranchée et les divisions 12 à 15 kilomètres. Naturellement il n’y a pour tenir ce front du côté français que l’artillerie de campagne d’une division soit 9 batteries à 4 pièces. Il y a cependant quelques batteries lourdes servies par l’artillerie à pied. Le village de Moivron où nous arrivons paraît habité comme en temps de paix bien qu’il soit à 4 km seulement des premières lignes et en pleine vue. Les objectifs éventuels de notre groupe étant le bois des Fourasses d’Aulnois entre le village de ce nom et Létricourt nous recherchons d’abord des positions dans le secteur qui nous a été indiqué c’est à dire le Jurybois à 1500 mètres au nord de Moivron. Je n’hésite pas à déclarer inoccupable cette position, comme position défensive, car elle est en pleine vue. Une batterie qui serait installée là pour une attaque allemande ne tirerait pas 10 coups de canon. Il y a cependant là une batterie de 95 servie par l’artillerie à pied mais qui ne tire jamais. Les hommes habitent d’ailleurs dans de superbes cagnas aériennes : « Nous ne sommes pas repérés me dit naïvement le maréchal des logis qui commande cette batterie. » Je ne souhaite pas qu’une attaque allemande vienne lui retirer ses illusions. Il y a

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26 décembre 1917

26 décembre 1917 — continuation p.920

Source : manuscrit

des positions meilleures au mont St Jean à 1 km à l’ouest. Il y en a d’autres sur la crête plus au sud entre la route de Sivry et celle de Bratte. Ces positions n’ont pas de chemin d’accès mais il sera facile, je pense, d’en faire un. Dans toute cette partie du secteur on paraît avoir travaillé très activement. Il y a de tous côtés des tranchées tracées, des sapes commencées ainsi que de nombreux réseaux de fils de fer, en voie d’installation. Notre reconnaissance terminée, nous rentrons par le même chemin que celui de l’aller à Nancy où nous arrêtons pour déjeuner. Le commandant Graveteau nous emmène dans une brasserie et nous offre un très bon déjeuner arrosé de vins généreux. J’éprouve vraiment une très curieuse impression de me sentir au front dans la zone des combats et de manger au restaurant. Nous rentrons ensuite par Ceintrey et Pulligny où j’arrive à 17 heures.

Tome III · AD084_0132Page manuscrite 920
28 décembre 1917

28 décembre 1917

Source : manuscrit

28 décembre. — Aujourd’hui, nouvelle reconnaissance de positions. Je pars donc à 7h15 avec le commandant Graveteau Belloir et Herbel. Jusqu’à Essey les Nancy nous suivons la même route qu’hier, mais en ce point nous continuons la grand’route jusqu’à Champenoux. Le passage entre les deux parties de la forêt de Champenoux et où se trouve la ferme de la Bouzule a été le lieu de terribles combats au mois d’août septembre 1914 alors que les allemands voulaient à toutes forces s’emparer de Nancy. Le nombre des croix dispersées dans la prairie est véritablement impressionnant. En aucun point du front si ce n’est à la Vaux Marie près de Verdun je n’ai vu un pareil amoncellement de tombes. La terre étant couverte de 20 centimètres de neige les croix s’y dessinent avec une grande netteté et paraissent aussi serrées que les piquets d’un réseau de barbelé. Continuant par la route d’Erbéviller nous reconnaissons des positions au sud ouest de ce village aux lisières de la forêt de Champenoux. Les positions ne sont pas fameuses, le terrain est mauvais et il est certain qu’au printemps tout sera envahi par l’eau. Les positions sont cependant assez préparées, mais pour des positions défensives elles me paraissent assez près des lignes, 5000 mètres environ, et le plus grave est qu’elles ne possèdent aucun chemin d’évacuation. Revenant sur Champenoux, nous remontons par la maison forestière de l’Arboretum vers le nord Bouxières. Il y a tout le long de la route de grandes tombes de 1914 dont certaines contiennent plus de 100 corps. Vers la ferme Fontaine nous recon-

Tome III · AD084_0132Page manuscrite 920
Date non portée

Carte 38 — Royaumeix, Nancy et Champenoux

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

Tome III · AD084_0134
28 décembre 1917

28 décembre 1917 — continuation p.923

Source : manuscrit

naissons des positions pour les batteries Popineau et Jourdain puis nous revenons à Champenoux. Le froid est toujours extrêmement vif 10 ou 15 degrés au dessous de zéro de plus le vent souffle en tempête et la neige tombe abondamment. Il ne fait vraiment pas bon pour se promener aussi nous nous hâtons de rentrer déjeuner à Nancy puis au cantonnement.

Tome III · AD084_0135Page manuscrite 923
31 décembre 1917

31 décembre 1917

Source : manuscrit

31 décembre. — La batterie et le groupe sont de plus en plus désorganisés : Moreau et mon adjudant sont au bois de la Voisogne où ils ont été rejoints avant hier par le commandant Gontier et Beltramelli. Dumay et Fery partent aujourd’hui au nord est de Nancy pour reconnaître des positions de batteries. 1er janvier 1918. — Au seuil de cette cinquième année de guerre le seul souhait que je puisse formuler est qu’elle nous permette de voir enfin la paix. Rien ne nous permet d’ailleurs de penser que la fin de la guerre soit proche mais pour ma part je continue tout de même à l’espérer. Dans l’après midi j’apprends que la Batterie doit partir demain pour sa nouvelle position. Je donne mes ordres en conséquence lorsque le soir à 22h30 alors que je suis tranquillement dans mon lit, Legrand mon chef vient me réveiller avec un papier à la main : c’est un ordre qui vient d’arriver à l’instant. Tout est changé. Seuls les canons monteront à la position avec le personnel et deux chariots. La 12e batterie emmène sa forge et son train régimentaire. Il faut donc à cette heure tardive organiser un nouveau départ en donnant de nouveaux ordres.

Tome III · AD084_0135Page manuscrite 923

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