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MÉMOIRES · 1918

Juillet 1918 1918

21 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 juillet 1918

1 juillet 1918

Source : manuscrit

1er juillet. — Aujourd’hui doit avoir lieu le coup de main sur le carrefour de Londres, première tentative sur le Boche. À minuit 10’ nous commençons à tirer pour la préparation. À minuit 19’ une fusée blanche à 6 feux s’élève au-dessus des premières lignes et nous apprend que l’opération est terminée. À minuit 20’ nous cessons le feu après une consommation de 30 coups. Le lendemain matin nous apprenons que le coup de main a parfaitement réussi et nous a rapporté 16 prisonniers dont un officier.

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3 juillet 1918

3 juillet 1918

Source : manuscrit

3 juillet. — Dans la matinée je vais avec Grammont reconnaître des positions de batteries dans le secteur de Pypegaele-Zuydschoote. Nous errons pendant plusieurs heures dans ce pays désertique sans trouver grand’chose d’intéressant.

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4 juillet 1918

4 juillet 1918

Source : manuscrit

4 juillet. — De minuit 30 à minuit 50 je fais tirer la 5e et la 6e batterie sur la région Papegoed-Cardinal pour détourner l’attention des Boches d’un coup de main exécuté par la division. Dans la matinée nous recevons la visite du colonel Rouméguerre commandant l’A.F.D.A.B. et nous apprenons peu après que le coup de main de la 11e DI a parfaitement réussi. Il a rapporté 43 Boches prisonniers et 80 Boches blessés ou tués. Ce dernier chiffre assez élevé provient de ce fait que les coups de main sont exécutés par des groupes spéciaux composés de Belges ayant particulièrement maille à partir avec les Boches. Ce sont pour la plupart des gens ayant eu des parents fusillés par les Boches à Termonde, à Louvain ou ailleurs et en principe ils tuent chacun autant de Boches qu’ils ont eu de parents assassinés. Le plus souvent ils font bonne mesure. Les divisions boches qui sont devant nous sont fortement éprouvées par un séjour prolongé en lignes et aussi par les coups de main que les Belges exécutent un peu partout. De plus ces divisions comprennent un nombre important d’Alsaciens Lorrains et de Polonais. Chaque jour cinq ou six d’entre eux passent dans nos lignes. Le soir on m’annonce qu’un nouveau tir doit

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4 juillet 1918

4 juillet 1918 — continuation

Source : manuscrit

avoir lieu sur la ferme Cardinal. Je donne donc mes ordres en conséquence et dans la nuit nous déménageons nos pièces sans aucun incident.

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5 juillet 1918

5 juillet 1918

Source : manuscrit

5 juillet. — Instruit par le tir de l’autre jour je renonce à effectuer le réglage le matin à cause de la mauvaise visibilité. Je pars donc seulement à 10 heures du matin à la nouvelle position de batterie où nous déjeunons. À 13 heures je monte à l’observatoire et à 14h30 je commence à tirer. La visibilité est bonne aussi le tir marche normalement. Plusieurs coups sont assez heureux et en particulier l’un d’eux entre dans un abri dont le toit se soulève comme un couvercle de soupière. D’autres abris sont mis à mal, des rondins et des tôles sautent en l’air. Un dépôt de grenades flambe. J’aperçois plusieurs Boches qui se sauvent de leurs abris mais les autres s’y terrent et lâchent un pigeon voyageur, sans doute pour implorer le secours de l’artillerie contre nous. Bientôt en effet l’artillerie allemande riposte sur les premières lignes ainsi que sur le carrefour de Smiske Cabaret. À 18 heures après une consommation de 400 coups j’arrête mon tir et règle une pièce de la 5e batterie. À 18h20 je redescends sans encombre à la batterie. J’apprends le lendemain que, d’après les fantassins on aurait entendu de nombreux cris de blessés dans les abris à la ferme Cardinal.

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7 juillet 1918

7 juillet 1918

Source : manuscrit

7 juillet. — Le commandant étant rentré de permission nous reprenons nos anciennes habitudes c’est à dire que nous prenons à nouveau nos repas chez nous. Cela est évidemment moins gai, car lorsque nous étions réunis cela faisait 8 convives dont aucun n’engendrait la mélancolie. Mon nouveau lieutenant est très boute-en-train et avec le docteur ils rivalisent à qui fera le plus de sottises. Nous nous amusions certains jours comme des vrais collégiens et malgré mes galons je n’étais pas à l’abri de ces brimades d’ailleurs fort inoffensives. L’autre jour ils s’étaient mis dans la tête de m’empêcher de travailler. Chaque fois que j’entreprenais un travail quelconque l’un ou l’autre venait me demander un renseignement. Pour échapper à cela j’ai essayé de me réfugier dans la chambre du commandant et la porte fermée je pensais être bien tranquille lorsque René a eu

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7 juillet 1918

7 juillet 1918 — continuation

Source : manuscrit

l’idée diabolique de m’injecter par le trou de la serrure de l’ammoniaque au moyen d’une seringue ! Quant à René il ne l’épargne pas non plus à mes brimades et l’autre jour nous lui avons remplacé son tabac par du foin. En dehors de ces divertissements il y a en ce moment à la batterie un sport qui fait fureur, c’est la pêche aux grenouilles. Gardelle et Mailly sont passés maîtres dans ce sport qu’ils pratiquent soit à la ligne soit à la lanterne.

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12 juillet 1918

12 juillet 1918

Source : manuscrit

12 juillet. — On est toujours sans nouvelles des intentions des Boches mais cependant on continue à penser qu’ils vont déclencher prochainement pour en finir une offensive encore plus formidable que les précédentes. Il paraît même assez probable que nous serons attaqués. Dans cette hypothèse l’armée belge commence à prendre de nouvelles dispositions. La ligne de résistance sera le canal de l’Yser et tout le pays situé au delà sera abandonné. On va garnir des lignes de défense en arrière et pour notre part nous recevons l’ordre d’organiser des positions de repli du côté de Westvleteren. Je vais reconnaître ces positions avec Gardelle par un temps affreux. Dans l’après midi je reçois l’ordre d’apporter dans la nuit 600 obus à la nouvelle position de batterie mais heureusement le contre ordre arrive peu de temps après.

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14 juillet 1918

14 juillet 1918

Source : manuscrit

14 juillet. — Nous organisons activement notre position de repli ce qui occupe un peu mes hommes débarrassés depuis plusieurs jours de leurs fièvres, mais ce qui me gêne beaucoup Gardelle a un abcès au pied, ce qui l’empêche absolument de marcher. En cas d’opération active je serai obligé de l’évacuer. Dans la soirée l’activité de l’aviation devient absolument anormale.

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15 juillet 1918

15 juillet 1918

Source : manuscrit

15 juillet. — Le communiqué de 16 heures nous apprend la nouvelle tant attendue : les Allemands ont déclenché une formidable attaque depuis Château Thierry jusqu’à la Main de Massiges. Le communiqué n’est pas plus explicite mais heureusement un bout de téléphone de l’armée annonce que le combat se développe favorablement.

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16 juillet 1918

16 juillet 1918

Source : manuscrit

16 juillet. — Par le communiqué de la nuit et par

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16 juillet 1918

16 juillet 1918 — continuation

Source : manuscrit

celui de 15 heures nous pouvons nous rendre compte que cette offensive ne ressemble en rien à celle du 27 mai puisque au soir du 1er jour les Boches avaient avancé de plus de 15 kilomètres après avoir enlevé le Chemin des Dames et franchi l’Aisne. Cette fois l’avance allemande au bout de 36 heures de combat n’a dépassé nulle part 5 kilomètres et encore dans une zone quasi abandonnée par nous. Le communiqué allemand n’est d’ailleurs pas triomphant comme celui du 27 mai. Il parle de combats très durs. Il annonce bien que la Marne est franchie mais les éléments au sud du fleuve ont l’air fortement aventurés.

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17 juillet 1918

17 juillet 1918

Source : manuscrit

17 juillet. — Malgré que l’offensive allemande paraisse avoir échoué on est encore très inquiet dans le secteur. Il y a de nombreuses divisions allemandes devant nous et on continue à parler d’attaque. L’énervement est tel que nous recevons à midi l’ordre de faire un tir de contrepréparation offensive pendant une heure, total 90 coups. Dans l’après midi nous réglons une pièce sur la ferme Cardinal. Le secteur est très agité à droite. Le soir nous recevons l’ordre de réoccuper nos cantines à l’arrière et il nous arrive 450 obus.

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18 juillet 1918

18 juillet 1918

Source : manuscrit

18 juillet. — De 0h10 à 0h30, toujours en prévision d’une attaque allemande nous exécutons un tir de contrepréparation de 80 coups. La journée se passe d’ailleurs dans le plus grand calme lorsque dans l’après midi nous arrive une nouvelle absolument inattendue. L’armée française a pris une offensive violente entre Château Thierry et Soissons et en arrière aux portes de cette dernière ville. Toute la nuit les avions boches viennent nous jeter des bombes pour se venger sans doute de cet échec. Le plus amusant de l’histoire est que les journaux allemands de ces jours derniers affirmaient que Ludendorff ne craignait absolument pas les contre attaques françaises.

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19 juillet 1918

19 juillet 1918

Source : manuscrit

19 juillet. — L’offensive continue avec succès et nous nous sommes emparés de 17.000 prisonniers et de 360 canons.

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20 juillet 1918

20 juillet 1918

Source : manuscrit

20 juillet. — L’avance continue et les Boches sont obligés de repasser la Marne.

Tome III · AD084_0196Page manuscrite 984
21 juillet 1918

21 juillet 1918

Source : manuscrit

21 juillet. — Château Thierry est repris. Nous avons capturé 20.000 prisonniers et 400 canons. Le communiqué boche de ce soir est vraiment intéressant. Il commence

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21 juillet 1918

21 juillet 1918 — continuation

Source : manuscrit

par dire qu’au nord de la Marne les troupes allemandes se sont repliées sur la rive nord sans que les Français se soient aperçus du mouvement. Ensuite il raconte que les Français après une violente préparation d’artillerie se sont lancés à l’assaut des positions allemandes qui avaient été abandonnées. Les troupes d’assaut en arrivant sur la rive sud ont été exterminées par l’artillerie postée sur la rive nord. Le communiqué raconte ensuite qu’entre la Marne et l’Aisne les Français ont attaqué en mettant en première vague les Sénégalais, les Marocains, les Tunisiens, les Algériens et les nègres d’Amérique !!! Derrière ces troupes d’assaut venaient les tanks puis les Français encadrés par les Italiens et les Américains ! Entre la Marne et Reims les Anglais auraient été obligés de venir au secours des Français et des Italiens. Les Boches insistent tout particulièrement sur l’emploi des troupes noires et ont l’air de dire que les Français n’ont pu réussir que grâce à l’appui de leurs alliés. Ici la situation est toujours calme mais Gardelle est toujours indisponible et son ordonnance est obligé de le véhiculer d’une cagna à l’autre dans une brouette. Aujourd’hui nous nous sommes aperçus qu’un poilu facétieux, Lavit sans doute, avait arboré sur ladite brouette un petit drapeau de la Croix rouge.

Tome III · AD084_0197Page manuscrite 985
26 juillet 1918

26 juillet 1918

Source : manuscrit

26 juillet. — Le colonel partant en permission est remplacé par le commandant et je prends à nouveau le commandement du groupe. Dans la nuit un avion boche atteint par le tir de notre artillerie tombe près des échelons.

Tome III · AD084_0197Page manuscrite 985
28 juillet 1918

28 juillet 1918

Source : manuscrit

28 juillet. — Les Boches continuent à se replier largement au nord de la Marne.

Tome III · AD084_0197Page manuscrite 985
31 juillet 1918

31 juillet 1918

Source : manuscrit

31 juillet. — Le matin à 6 heures coup de main des Belges sur la ferme d’Hollande, qui ne donne aucun résultat, le poste étant abandonné. La 5e batterie qui est en position près de Pypegaele prend part à ce coup de main.

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