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MÉMOIRES · 1918

Février 1918 1918

7 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

15 février 1918

15 février 1918

Source : manuscrit

15 février. — À 8h15 le train me débarque à Nancy et à 10 heures je suis de nouveau à St Nicolas. Après déjeuner je monte aux positions de Valhey où tout le monde est installé ou plutôt commence à s’installer. Comme nous ne recevons pas de matériaux, les travaux d’installation avancent avec une lenteur désespérante. Par contre les travaux d’organisation du secteur sont poussés activement. Une très forte ligne de résistance passe par Einville qui en constitue un des points d’appui. La lisière nord du village est couverte de travaux qu’on perfectionne activement. Deux lignes de défense sont encore ébauchées entre Einville et Maixe. Nous sommes montés en position tout d’abord pour être prêts à intervenir au cas où les Allemands attaqueraient mais surtout pour participer à un coup de main qui doit avoir lieu ces jours ci.

Tome III · AD084_0149Page manuscrite 937
18 février 1918

18 février 1918

Source : manuscrit

18 février. — Depuis mon arrivée à la position je couche dans une maison du village de Valhey abandonné par ordre par une partie de la population. Nos travaux, retardés par la nature du terrain n’avancent pas : l’eau envahit tout bien que nous soyons sur une hauteur. La terre est en effet une véritable éponge. Notre abri est cependant terminé aujourd’hui et nous y couchons le soir pour la première fois. Naturellement nous pensons y mourir de froid.

Tome III · AD084_0150Page manuscrite 938
20 février 1918

20 février 1918

Source : manuscrit

20 février. — Le coup de main projeté doit avoir lieu aujourd’hui. Pour l’appuyer dans notre coin il y a un déploiement d’artillerie lourde assez important. En plus de notre groupe il y a un groupe de 155 long de notre régiment, d’autres batteries de 155 et de 220 sur la route de Valhey à Serres, des batteries de 155 long Filloux sur la route d’Einville. À 7 heures nous sommes prêts à tirer et à 10h15 le réglage commence sur la batterie 53-71. Vers 10h30 nous exécutons un tir d’efficacité sur la batterie 66-44. À 13h20 Grammont, monté à l’observatoire des Fourasses nous règle sur la batterie 66-33. Enfin à 15h30 les tirs de neutralisation commencent, pendant l’exécution du coup de main. Immédiatement les Allemands deviennent assez hargneux. Le coup de main du corps d’armée doit avoir lieu sur trois points à la fois : d’abord sur la ferme des Ervantes entre Moncel et Chambrey, puis devant Réchicourt, et enfin devant Monacourt à l’est de l’étang de Parroy. Ma batterie appuie surtout le coup de main de Réchicourt. Le soir nous apprenons que tout s’est fort bien passé et que nous avons pénétré de plus de 1500 mètres dans les lignes allemandes. Aux Ervantes nous ramenons 325 prisonniers dont 6 officiers, plus 8 mitrailleuses. À Réchicourt 194 prisonniers dont 4 officiers plus 8 mitrailleuses, à Monacourt 32 prisonniers dont un officier. Pour appuyer cette attaque nous n’avons tiré que 410 coups.

Tome III · AD084_0150Page manuscrite 938
24 février 1918

24 février 1918

Source : manuscrit

24 février. — À 14 heures nous recevons l’ordre de rentrer à St Nicolas. Nous quittons sans regret cette position vraiment peu agréable malgré que le temps soit relativement sec. Nous avons malgré cela une boue effroyable, l’eau ruisselle de partout et notre cagna est d’une grande humidité malgré nos travaux de drainage. Cette nuit en particulier ma cagna a été inondée et nous nous sommes réveillés avec dix centimètres d’eau sous

Tome III · AD084_0150Page manuscrite 938
24 février 1918

24 février 1918 — continuation p.939

Source : manuscrit

nos lits. Étant donné l’état du terrain je ne suis pas sans inquiétude sur notre départ. Enfin à 19 heures nos chevaux arrivent et à 21 heures nous quittons Valhey. Après une sortie sans incidents nous arrivons à St Nicolas du Port à une heure du matin.

Tome III · AD084_0151Page manuscrite 939
26 février 1918

26 février 1918

Source : manuscrit

26 février. — Après une bonne journée de repos nous recommençons aujourd’hui les reconnaissances du secteur. À 7 heures du matin avec le capitaine Gontier, Guilmin, de Blois et Beltramelli je pars en reconnaissance dans le secteur du corps d’armée de Lunéville. À St Clément nous nous arrêtons au poste de commandement de l’A.D.14 à la disposition de laquelle nous pouvons être mis éventuellement. De St Clément nous gagnons Manonviller d’où une route en pente assez raide conduit au fameux fort d’arrêt qui s’est rendu aux Allemands en 1914 d’une manière qui n’a pas encore été expliquée. Les Allemands en se retirant en septembre 1914 ont fait sauter le fort ce qui l’a beaucoup ébranlé mais non détruit. Nous y pénétrons et sommes immédiatement surpris par les dimensions cyclopéennes des voûtes et des piliers. Tout cela a été bouleversé par l’explosion mais quelques consolidations ont suffi pour que le fort puisse être considéré à l’heure actuelle comme d’une résistance parfaite aux obus de gros calibre. De l’observatoire du fort on a une vue splendide sur toute la plaine et les premiers contreforts des Vosges. La gare frontière d’Avricourt en particulier est très visible. Notre tour d’horizon effectué nous ressortons du fort pour rechercher tout autour des positions de batteries. Le commandant veut absolument que nous en reconnaissions aux environs du fort. Pour ma part je m’y oppose énergiquement car en cas d’attaque de notre part et surtout en cas d’attaque boche le fort et ses environs seront certainement battus très vigoureusement par l’artillerie ennemie. Je préfère de beaucoup reconnaître des positions au fond de vallon à environ 1 kilomètres au sud du fort. J’en trouve une assez bonne le long d’un talus à quelques centaines de mètres d’une batterie de 155 long installée en plein champ depuis le début de la guerre et qui a fait des travaux formidables qui sont bien entendu très mal camouflés. Les munitions sont entassées au près des pièces sans aucune protection. Comme j’essaie de formuler quelques observations à l’un des gradés de la batterie il me

Tome III · AD084_0151Page manuscrite 939
26 février 1918

26 février 1918 — continuation p.940

Source : manuscrit

répond ingénument : « Oh ! cela n’a pas d’importance nous ne sommes pas repérés. » Naïveté ! Pendant notre reconnaissance nous rencontrons pas mal de détachements de troupes américaines. Plusieurs divisions sont déjà en ligne dans ce secteur que l’on a choisi à dessein car il est très calme. Cela n’a pas empêché les Boches d’effectuer des coups de main sur nos tranchées dès qu’ils savaient celles ci occupées par des troupes américaines dans le but de les démoraliser au premier contact. Le commandement français prend immédiatement ses dispositions pour couper court à cela. On met donc maintenant une division américaine en ligne et un ou deux jours après lorsqu’on pense que les Allemands prévenus vont tenter un coup de main, on remplace les Américains par des Zouaves ou des chasseurs à pied. Les Allemands croyant avoir à faire à des Américains attaquent et comme l’on dit « tombent sur un bec de gaz ». Notre reconnaissance terminée nous revenons déjeuner sur l’herbe à côté du village de Manonviller, et pendant notre repas nous sommes littéralement arrosés par des balles de mitrailleuses provenant d’un combat qui se livre au dessus de nos têtes. Après déjeuner nous partons reconnaître des positions de repli dans la forêt de Mondon. Cette forêt comme la région de Valhey nous paraît être une éponge. Aujourd’hui le temps est sec mais lorsqu’il pleuvra il deviendra impossible de circuler. Naturellement il ne faut pas songer un instant à creuser le moindre abri. L’eau est au ras du sol, bien que le milieu de la forêt soit soit à 50 mètres au dessus du niveau des vallées environnantes. Ces reconnaissances terminées nous rentrons par St Clément et Lunéville où nous nous arrêtons un instant. La ville n’offre rien de bien remarquable sauf cependant le château qui date de Louis XIV et qui a d’ailleurs été transformé en caserne.

Tome III · AD084_0152Page manuscrite 940

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