1 août 1918
1er août. — Le matin un avion boche est abattu à Elverdinghe. Le soir il passe beaucoup d’avions boches peu devant que je suis au PC du groupe. L’un d’eux laisse tomber une bombe à 200 mètres de nous et une autre près du PC du colonel.
20 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.
1er août. — Le matin un avion boche est abattu à Elverdinghe. Le soir il passe beaucoup d’avions boches peu devant que je suis au PC du groupe. L’un d’eux laisse tomber une bombe à 200 mètres de nous et une autre près du PC du colonel.
4 août. — Les Allemands se replient largement, nous avons repris Soissons et atteint la ligne de la Vesle.
9 août. — Une nouvelle offensive est déclenchée à l’est d’Amiens et les premiers renseignements publiés ce soir annoncent une avance foudroyante.
10 août. — On annonce déjà pour l’offensive d’Amiens 15.000 prisonniers, 200 canons et 26 km d’avance. J’apprends également que dans la nuit les Boches ont bombardé assez vigoureusement l’emplacement occupé par une de mes pièces sous le commandement de Gardelle à la ferme Aimé Gast. Dans l’après midi j’y vais faire un tour à bicyclette pour me rendre compte exactement de ce qui se passe. Au moment où j’arrive à la ferme de Pypegaele les Boches tirent vigoureusement sur le carrefour à 100 mètres à l’est de la batterie ainsi qu’un peu plus au sud sur une batterie du groupe Guinand qui occupe au sud du carrefour la ferme Théophile Brood. Je suis obligé de m’abriter un instant dans la tranchée de l’étoile car les éclats balaient le terrain. Enfin profitant d’une accalmie je parviens à gagner ma position où je trouve tout en ordre. Les Boches continuent d’ailleurs à tirer et plusieurs obus tombent à moins de 100 mètres de nous. Le tir terminé je reviens sans incident à ma position principale. Cette petite visite m’a permis de constater une fois de plus le sang froid de mes hommes que j’ai en toutes les peines du monde à faire rentrer dans leurs cagnas pendant le bombardement. Il est vrai que ces abris sont fort précaires et qu’ils ne préservent guère que des éclats. Un coup direct de 150 les démolirait certainement de fond en comble. Pour soutenir le moral des isolés de la ferme Aimé Gast il y a parmi eux un « as » de première classe, le servant Lavit. Aidé de quelques camarades il a confectionné une espèce de barque qui a été lancée sur la mare, seul vestige visible de la ferme en question. Cette barque est le vaisseau amiral d’une flotte imaginaire dont il s’est établi le chef. Revêtu d’un uniforme de sa composition qui le fait ressembler plus à un chef canaque qu’à un amiral d’une nation civilisée il livre toute la journée des combats homériques à un ennemi imaginaire qui ont bien entendu réduit en pièces tous les soirs. Les communiqués claironnants sont transmis chaque jour à la position principale par l’agent de liaison. Bien entendu, Lavit s’est construit à

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terre un poste de commandement relié téléphoniquement au grand quartier général, au Palais de l’Élysée, à l’hospice de Charenton, à la prison de la Santé ainsi qu’à d’autres lieux moins recommandables. La magnéto d’appel de l’appareil téléphonique est un vieux moulin à café. À la porte veille le chien de garde « César » échappé d’une bergerie d’en face et attaché par une chaîne grosse comme le bras à un piquet d’un mètre de haut. Près de lui, sa pitance c’est à dire un os de bœuf long de cinquante centimètres !! De tout cela nous nous amusons comme des enfants et le moral en est amélioré.
11 août. — L’offensive continue d’Albert à Noyon avec un plein succès. Dans l’après midi je vais faire un tour à notre position de repli que j’espère bien ne plus occuper. Dans la soirée une masse d’avions boches franchit nos lignes.
13 août. — Nous recevons aujourd’hui du général en chef l’ordre suivant n° 116 : « Quatre ans d’efforts avec nos fidèles alliés, quatre ans d’épreuves stoïquement acceptées commencent à porter leurs fruits. Brisé dans sa cinquième tentative de 1918 l’envahisseur recule. Ses effectifs diminuent, son moral chancelle cependant qu’à vos côtés, vos frères américains à peine débarqués font sentir la vigueur de leurs coups à l’ennemi déconcerté. Placés sans cesse à l’avant-garde des peuples alliés vous avez préparé les triomphes de demain. Je vous disais hier : obstination, patience, les camarades arrivent. Je vous dis aujourd’hui : ténacité, audace et vous forcerez la Victoire. Soldats de France je salue vos drapeaux qui illustrent une gloire nouvelle. » Le soir à 18h30 un avion boche vient attaquer les saucisses de notre secteur. Violemment attaqué lui-même il en brûle deux mais en rate heureusement deux autres.
14 août. — Le soir j’apprends la naissance à Tallende (Puy de Dôme) de ma fille Jeannine. Toute la nuit nous sommes alertés et tirons près de 200 coups pour appuyer un coup de main.
15 août. — À 12h30 je pars en permission et vais rejoindre à Oostvleteren un camion automobile qui me mène à Dunkerque.
23 août. — Parti le 21 au soir de Tallende vers 6 heures, arrivé à Paris le lendemain matin 22, reparti le soir pour Calais, arrivé à Calais le 23 à 6h40 je n’arrive à la
gare de Wayenburg qui dessert mes échelons qu’à 15 heures. Enfin à 18 heures je suis de nouveau à ma position passablement éreinté par ce voyage interminable. J’apprends en arrivant une bien pénible nouvelle : Gardelle ayant ramené dans la nuit dernière notre pièce avancée à la position principale a essuyé pendant cette opération de nuit un violent bombardement au cours duquel un de nos meilleurs conducteurs nommé Pavaud a été tué. Le pauvre garçon devait partir en permission aujourd’hui. J’apprends également que Seignet affecté à une autre batterie nous a quitté.
24 août. — Le matin je vais au couvent de St Sixte où a lieu l’enterrement de Pavaud. La messe est célébrée dans la chapelle de la Trappe et l’inhumation a lieu au cimetière anglais. En même temps a lieu l’inhumation d’un soldat belge. La cérémonie est très touchante grâce à la camaraderie de nos amis belges.
26 août. — Dans l’après midi je monte à la position avancée où nous avons maintenant deux pièces.
27 août. — Toute la nuit nous sommes alertés pour une attaque qui doit avoir lieu sur les fermes Craonne et Lemoine. Nous tirons environ 140 coups jusqu'à 2 heures du matin. À ce moment Gardelle et moi nous avons une grande envie de dormir mais surtout très faim. Attablés sur nos lits nous entamons une boîte de pâté et un litre de vin rouge à la clarté d'une fumeuse bougie. Nous ressemblons alors à deux cambrioleurs se restaurant après un mauvais coup.
28 août. — Nous recevons aujourd'hui l'ordre du jour suivant qui nous est adressé par le colonel commandant l'artillerie de la 7e D.I. : « Je remercie de tout cœur les officiers, sous officiers et soldats du 305e Régiment d'artillerie lourde, du 3e groupe du 39e Régiment d'artillerie française, du 2e groupe du 1er Régt d'Art., du 1er groupe du 2e R.A.L. et les 1er, 2e et 3e groupes du 7e d'artillerie de l'armée, de l'énergie, et de la bonne volonté intelligente dont ils ont fait preuve au cours de la récente opération sur Craonne. L'infanterie a été unanime à reconnaître l'appui efficace que l'artillerie lui a prêté et sa confiance en celle ci s'en est trouvée encore accrue. Il a été demandé à tous de grands efforts. Le délai très court qui fut accordé pour l'orientation de la coopération de l'artillerie a nécessité de la part de chacun un effort d'initiative et de décision qui seuls a permis d'obtenir du résultat obtenu. Je ne puis assez leur exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance. Cette expérience prouve que chacun est prêt à remplir allègrement et avec science toutes les missions qui pourraient lui être confiées et que les espérances de l'heure présente font entrevoir comme prochaines. » Les Boches continuent à se replier largement dans la région de Noyon jusqu'à l'Aisne. Vont-ils revenir à la fameuse ligne Hindenburg ? C'est très vraisemblable ; pas le temps de s'y arrêter. Naturellement les communiqués boches déclarent que la retraite de l'armée allemande est une grande victoire et qu'il n'a jamais été rien fait de mieux dans le genre. Pourvu qu'ils continuent à nous battre ainsi jusqu'au Rhin tout ira pour le mieux.
29 août. — Le coup de main du 27 nous a rapporté 87 prisonniers et plusieurs mitrailleuses.
30 août. — Les Boches continuent à reculer depuis le nord est d'Arras jusqu'à Noyon.
31 août. — Reprise de Bapaume, de Noyon, de Bailleul et du mont Kemmel. Dans l'après midi je vais avec plusieurs de mes camarades au théâtre de la revue à Hoogstade où une troupe de poilus donne une représentation assez réussie des Saltimbanques de Louis Ganne. J'apprends au cours de cette représentation qu'un groupe voisin du 414e d'artillerie a été littéralement décimé par l'épidémie qui sévit actuellement sous le nom de « grippe espagnole ». On dit qu'il y a déjà dans ce groupe 80 évacués dont 3 morts. Jusqu'à présent notre groupe n'est pas atteint.