1er octobre 1918
1er octobre. — Dès le matin nous faisons nos préparatifs de départ bien que nous ne connaissions pas exactement notre nouvelle destination. Au poste de commandement de Bixschoote où j'arrive vers 11h30 j'apprends que nous allons dans le secteur de Roulers et que nous devons partir immédiatement. À 12h30 en effet les batteries quittent leurs positions et par le pont de Steenstraat arrivent au carrefour de Lizune. Les routes sont partiellement encombrées aussi nous n'avançons qu'à grand'peine. Enfin vers 16 heures en passant par le hameau de Boesinghe nous atteignons la zone de notre bivouac sur la route d'Ypres-Boesinghe à 1 km au nord d'Ypres. Toute cette zone ravagée terriblement par les tirs de l'artillerie ennemie est remplie de voies ferrées, de dépôts de munitions, de positions de batteries, de baraques de toutes sortes appartenant à l'armée anglaise mais dans tout cela il n'y a pour ainsi dire rien pour loger mon personnel. Le groupe Devals qui nous accompagne ne trouvera pas plus de ressources que nous. de Mailly grâce à sa connaissance de l'anglais et à ses origines, (il est par sa mère, petit fils du duc de Wellington, le vainqueur de Napoléon) est naturellement accueilli à bras ouverts par les officiers anglais et trouve à loger facilement les hommes de sa batterie. Quant à moi et au personnel du groupe nous finissons après beaucoup de peine par trouver une infecte briqueterie n'ayant ni porte ni fenêtre, sale et humide et dans laquelle nous nous entassons tant bien que mal mes officiers et moi. Je suis en effet de plus en plus commandant de groupe car le colonel Raibaud vient de nous quitter pour prendre le commandement d'un régiment de cuirassiers. Le soir venu nous nous couchons par terre, mais pour ma part littéralement transi de froid il m'est impossible de fermer l'œil de la nuit, d'autant que les avions boches ne cessent de nous survoler et de jeter des bombes tout alentour.


