Les troupes françaises attaquent le 23 octobre à 5 h. 15 ; le commandement allemand connaît le jour et l’heure de l’attaque : un message capté la veille prescrivait une contre-préparation le 23 à 5 h. 30.
1° De la ferme de la Rivière aux carrières de Fruty.
L’attaque se produit au début sur les 56e et 16e R.I.
Dès le début de l’action, les 4 bataillons en ligne sont bousculés et faits prisonniers.
Notre progression à l’Est de Pinon empêche l’ennemi de réagir, il tente vainement de boucher cette brèche avec des bataillons de la 52e Division au fort de Pinon ; surpris en pleine manœuvre, pris à revers par les tanks, ces bataillons de renfort sont dispersés ou capturés à leur tour : tous nos objectifs sont atteints à l’heure fixée (1).
Dans la nuit suivante, entre le Mont des Singes et la Vallée Guerbette, les Allemands retirent sur Pinon leur aile droite qu’ils jugent trop aventurée.
La progression des Français au delà de Vaudesson et jusqu’à Chavignon décide, le 24, le commandement allemand à abandonner Pinon en repliant ses forces au nord du Canal ; cet ordre de retraite n’arrive pas en temps utile à toutes les unités : notre attaque du 25 en surprend une grande partie en pleine exécution de mouvement et transforme cette retraite en déroute.
2° De la carrière de Fruty au Toty.
L’attaque française, vigoureusement menée, culbute les défenseurs de premières lignes : des essais de résistance à la ferme Vaurains, au ravin des Gobineaux, points tenus par des nids de mitrailleuses, sont rapidement brisés.
Vaudesson et les creutes de Haute Pie sont enlevés de haute lutte ; 3 chefs de corps de la 13e Division sont ou tués ou capturés ; à 10 h. 30 le village de Chavignon est occupé par les troupes françaises.
L’artillerie allemande semble complètement désorganisée. Le 25, notre attaque ne trouve plus de grande résistance jusqu’au canal.
3° Du Toty à la Royère.
Dans le secteur de la 2e D.G., les Allemands surpris par la soudaineté de l’attaque n’opposent aucune résistance : les réserves de régiments sont bousculées avant d’avoir pu se former pour les contre-attaques ; le fort de la Malmaison tombe avec tous ses défenseurs (2 compagnies du 1er Grenadiers de la Garde).
Une résistance plus sérieuse se manifeste à la ferme de la Malmaison, mais est vite surmontée.
Dans le secteur de la 5e D.G., la résistance des Allemands est beaucoup plus grande : utilisant les abris et les carrières situés dans cette région, et le relief plus tourmenté du terrain, des bataillons du 3e régiment de la Garde, du 20e R.I. et du 7e Grenadiers opposent une défensive plus opiniâtre ; d’énergiques et sanglantes attaques sont menées toute la journée : 4 nouveaux bataillons viennent renforcer les unités décimées maintenues le lendemain en ligne ; ils arrivent en désordre et démoralisés par nos tirs d’interdiction.
Le 25 octobre, au petit jour, les troupes françaises reprennent l’offensive. Sous leur pression énergique, les Allemands cèdent et évacuent toute la plaine du canal.
En présence d’un tel désastre, le commandement appelle en toute hâte des unités nouvelles : la 6e Division, débarquée de Russie le 23 octobre, envoie ses trois régiments tenir les passages du canal et faciliter la retraite de la 2e D.G. et de la 43e D.R.
Le 26 octobre, les troupes allemandes reculent partout : Filain, Moulin-Didier, toute la rive Sud du bassin d’alimentation jusqu’à Froidmont, tombent au pouvoir des Français.
RECUL AU NORD DE L’AILETTE
Les positions que nous avions conquises dans la région de la Malmaison nous permettaient de prendre de flanc et à revers les positions allemandes du Chemin des Dames. Aussi les conséquences de notre victoire ne se font pas attendre : après un bombardement de plusieurs jours et sous la pression de notre infanterie dans la nuit du 1er au 2 novembre, l’ennemi abandonne le plateau du Chemin des Dames et se replie au Nord de l’Ailette.
PERTES ENNEMIES PENDANT LES COMBATS DES 23, 24 ET 25 OCTOBRE
3.300 cadavres ennemis ont été ramassés par nous sur le terrain conquis les 23, 24 et 25 octobre : ce sont des tués de ces 3 jours de bataille, peut-être ceux du 22.
D’après les déclarations de prisonniers et les documents, on peut estimer à un nombre égal les tués pendant la préparation, tant au Sud du canal qu’au delà ; en outre il n’est pas exagéré d’admettre que, pendant la bataille, au moins un millier d’Allemands ont été tués en dehors du terrain gagné par nous.
Ce total de 8.000 morts correspond normalement à 30.000 blessés.
Avec les 11.558 prisonniers que nous avons capturés (dont 241 officiers) on arrive à un total des pertes allemandes d’environ 50.000 hommes.
En outre 200 canons, 222 minenwerfers, 720 mitrailleuses, de grandes quantités d’obus et un important matériel sont restés entre nos mains (2).
(1) Le front Mont des Singes-Ferme Moisy n’a pas été attaqué, mais les troupes allemandes y ont été très éprouvées par les obus spéciaux.
(2) Ces quantités ne comprennent pas ce que nos tirs ont détruit plus ou moins complètement et que les Allemands ont pu évacuer quand la destruction n’en était pas complète : il semble que le matériel perdu par l’ennemi soit considérable.