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MÉMOIRES · 1917

Avril 1917

65 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 avril 1917

1er avril 1917 — départ de Paroy

Source : manuscrit

1er avril. — Debout dès cinq heures du matin j’organise le départ qui est plutôt laborieux. Mes hommes sont déjà fortement éméchés et lorsque nous quittons le village vers 6h30 il en manque beaucoup à l’appel. Le premier

Tome II · AD084_0357(1)Page manuscrite 745
1 avril 1917

1er avril 1917 — embarquement et trajet vers le front

Source : manuscrit

train sous mon commandement doit emmener les 2/3 de la batterie, le 3e tiers sous le commandement de Gardelle partant par le second train. Les trains suivants emmènent la 11e batterie, quand à la 12e batterie qui n’a pas encore reçu ses canons, elle nous rejoindra plus tard. L’embarquement, grâce aux appareils de levage se passe normalement et en deux heures tout est terminé. Nous pouvons donc déjeuner tranquillement à l’hôtel de la gare, dernier repas de famille, fort agréable. À midi 8′ fort exactement, un coup de sifflet retentit, le train s’ébranle et nous emmène une fois de plus vers le front. Dans les wagons le vacarme est infernal, les hommes ayant achevé de se griser pendant l’embarquement. À Sens au cours d’un arrêt, je peux constater les effets de ces multiples libations auxquelles bien peu ont échappé. À Villeneuve St Georges où nous faisons un assez long arrêt vers 7 heures du soir j’ai toutes les peines du monde à empêcher mes hommes de se sauver en ville pour acheter du vin. Bientôt heureusement la nuit arrive et la fatigue aidant, tout le monde tombe d’un profond sommeil.

Tome II · AD084_0358(1)Page manuscrite 746
1 avril 1917

Photographies 602–604 — Paroy et embarquement

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0358(1).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

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[Légendes des photographies] 602 — à Paroy 603 — L’embarquement 604 — L’embarquement

Tome II · AD084_0358(1)Page manuscrite 746

Tome II · AD084_0359(1)

1 avril 1917

Carte n°28 — secteur du Chemin des Dames

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte n°28

[Relevé partiel des toponymes imprimés] NEUILLY St Front ; Rozet St Albin ; Oulchy-la-ville ; OULCHY le Château ; Breny ; Grand Rozoy ; Launoy ; Arcy Ste Restitue ; Branges ; Tannières ; Mont Notre Dame ; Quincy sous le Mont ; Courcelles ; FÈRE en Tardenois ; Saponay ; Cramaille.

[Tracés colorés visibles sur le fond imprimé ; légende explicative non relevée.]

Tome II · AD084_0360(1)
2 avril 1917

2 avril 1917 — arrivée dans la zone des armées

Source : manuscrit

2 avril. — Vers minuit nous nous arrêtons en gare du Bourget, premier contact avec la zone des armées. Le capitaine Lair d’Aubareuil qui me reçoit ignore notre destination. On téléphone à l’armée qui indique comme point de débarquement pour nous la gare de Fère en Tardenois et comme cantonnement le village de Pagnières que nous cherchons vainement sur la carte au 1/200.000e épinglée au mur. Supposant que ce village est seulement un hameau, je ne m’inquiète pas trop, je saurai bien le trouver sur la carte au 1/80.000 que j’ai dans mon wagon. On m’indique d’ailleurs que ce village est près de Grand Rozoy. Rentré dans mon wagon et le train ayant repris sa route, je m’aperçois que ce fameux village de Pagnières ne figure pas sur la carte ! À la Ferté Milon, on nous annonce que le point de débarquement n’est pas pour nous Fère en Tardenois mais Neuilly St Front ce qui ne nous rapproche guère du Grand’ Rozoy, puisque j’ai décidé de me diriger sur ce dernier village. À six heures du matin nous arrivons à Neuilly St Front, par un froid très vif. Les mares d’eau sont recouvertes d’une épaisse couche de glace et nous sommes au printemps. Les hommes qui ont fini de cuver leur vin ou plutôt leur alcool sont vite debout et le débarquement s’effectue avec une célérité vraiment incroyable puisque en moins d’une ½ heure toute la batterie est rangée sur la route prête à partir. De la gare j’essaie vainement d’obtenir des renseignements exacts sur l’emplacement du village de Pagnières, mais ne pouvant en avoir je me décide à partir de suite pour Grand Rozoy en laissant la batterie sous le commandement de Dumay. La route qui passe par Rozet St Albin et Oulchy la ville est bonne jusqu’à la grand’ route mais à partir de ce point le chemin qui descend vers Grand Rozoy en passant par la station est absolument impraticable, et je dois envoyer un cavalier prévenir Dumay de prendre la grand’ route d’Hartennes. À Grand Rozoy où j’arrive bientôt 3h personne ne connaît le village de Pagnières. Je téléphone donc au quartier général de l’armée à Fismes où l’on m’annonce que le cantonnement prévu pour la bat-

Tome II · AD084_0361(1)Page manuscrite 749
2 avril 1917

Photographie 605 — Fettu, Fourcade et Pierre à Vendresse

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0361(1).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Légende de la photographie] 605 — Fettu, Fourcade et moi à Vendresse

Tome II · AD084_0361(1)Page manuscrite 749
2 avril 1917

2 avril 1917 — recherche du cantonnement — continuation p.750

Source : manuscrit

terie est le village de Tannières près de Mont Notre Dame c’est à dire à 20 km d’ici ! Étant donné l’heure tardive et l’état de fatigue de mes hommes et de mes chevaux qui n’ont pour ainsi dire pas mangé depuis 32 ou 34 heures, je demande avec insistance qu’on me permette de passer la nuit ici ce qui m’est accordé. Le commandant de cantonnement de Grand Rozoy m’indique le hameau de Courdeux à 3 kilomètres au Nord. Les conversations avec le quartier général ayant demandé pas mal de temps, la batterie est arrivée. Je la fais arrêter sur le bord de la route pour abreuver les chevaux. Enfin vers 17 heures nous partons pour Courdeux par la route qui passe près de l’orme du Grand Rozoy. Cette route est absolument épouvantable surtout la partie qui descend sur le village de Courdeux par une pente de 12 à 15 %. Malgré les freins, les voitures pesamment chargées poussent sur les attelages : les chariots de parc en particulier gémissent lamentablement et à tout instant je tremble de voir une voiture se renverser ou un essieu se rompre. Pour comble de malheur, le temps est horriblement froid, le vent souffle avec violence et la neige tombe en abondance ! Triste mois d’avril ! Ce vilain temps pour peu qu’il dure, risque de paralyser complètement notre offensive. Le village de Courdeux où nous arrivons bientôt n’est qu’un hameau mais nous nous y logeons tant bien que mal. Nos chevaux trouvent des écuries militaires qui les abritent assez bien. Dans la soirée, Gardelle qui a débarqué à Oulchy Breny, avec la seconde portion d’ la batterie, vient nous rejoindre.

Tome II · AD084_0362(3)Page manuscrite 750
3 avril 1917

3 avril 1917 — de Courdeux à Tannières

Source : manuscrit

3 avril. — À 8h15 par un temps assez beau nous quittons Courdeux pour nous rendre à Tannières. Jusqu’au hameau de l’Ermitage en passant par Launoy la route à peu près de niveau est praticable, mais nous devons escalader maintenant la côte très dure de Bucy le Bas. Le chemin défoncé d’ornières plus profondes que des sillons de charrues offre au passage de nos lourdes voitures des obstacles insurmontables. Plusieurs voitures s’embourbent, les traits des chevaux cassent et à un moment donné, je crois que nous n’arriverons pas à franchir la côte. Enfin le point culminant est atteint et nous commençons à descendre vers Arcis Ste Restitute, mais nos voitures s’embourbent de plus en plus. Pour comble de malheur la neige se met à tomber avec violence. Je suis obligé de m’arrêter plus d’une heure

Tome II · AD084_0362(3)Page manuscrite 750
3 avril 1917

3 avril 1917 — de Courdeux à Tannières — continuation p.751

Source : manuscrit

à l’entrée d’Arcis Ste Restitute pour attendre des voitures embourbées dans la descente. D’Arcis Ste Restitute à Branges la route est possible mais après le village de Branges une côte terrible se présente encore. En doublant les attelages nous arrivons encore à vaincre cet obstacle mais si nous rencontrons encore une côte pareille avant notre gîte d’étape, ce sera fini ! Enfin, éreintés et gelés nous arrivons à Tannières où notre installation est assez aisée. Ayant appris dans ce village que le dépôt divisionnaire du 146e d’infanterie est à Mont Notre Dame à deux kilomètres d’ici j’y descends dans l’après-midi en compagnie de Dumay et je suis assez heureux pour rencontrer mon jeune cousin Jean [Roblin], de la classe 1917. Cette rencontre nous cause à tous deux une grande joie, car voilà de longs mois que nous n’avons pu nous voir. Après être allé demander la permission à son lieutenant je le ramène avec moi et nous dînons ensemble. Le cantonnement de Tannières ne nous abritera pas longtemps car demain nous devons rejoindre notre emplacement définitif à la ferme Pinçon au sud de Longueval.

Tome II · AD084_0363(3)Page manuscrite 751
4 avril 1917

4 avril 1917 — vers la ferme du Pinçon

Source : manuscrit

4 avril. — À 8 heures nous partons par un temps assez beau pour notre nouvelle destination en passant par Mont Notre Dame où je peux dire au revoir à mon cousin Jean. Trop pressé par le temps je ne peux examiner complètement ce curieux village de Mont Notre Dame perché comme le Mont St Michel en haut de son pain de sucre. Le temps assez beau jusqu’ici se gâte visiblement et à peine sommes nous à mi chemin de Bazoches que la pluie se met à tomber avec violence. À la ferme de la Maladrerie près de laquelle nous passons se trouve justement un échelon de l’équipe de réparation auquel je m’adresse pour tâcher d’avoir quelques unes des nombreuses pièces qui me manquent dans mon matériel : rechanges, piquets, cordes à chevaux, etc. Je profite de cet arrêt pour envoyer en avant une reconnaissance examiner la viabilité de la route de Vauxcéré et de celle de Paars que nous devons prendre. Le temps qui était déjà mauvais est maintenant horrible : la pluie tombe violemment et le froid nous glace. À grand’ peine nous traversons la gare et le village de Bazoches terriblement encombré, mais au carrefour de la route de Reims l’encombrement est absolu et nous sommes obligés de nous arrêter. La grande route sur toute sa lar-

Tome II · AD084_0363(3)Page manuscrite 751
4 avril 1917

4 avril 1917 — vers la ferme du Pinçon — continuation p.752

Source : manuscrit

geur et les deux contre allées latérales sont encombrées par un nombre incalculable de voitures dont aucune ne peut ni avancer ni reculer. Chacun crie, jure, tempête, mais en vain. Un malheureux territorial, préposé à la circulation et auquel je prête main forte s’efforce sans succès de canaliser cette cohue auprès de laquelle les pires embouteillages de la retraite de 1914 n’étaient que de la St Jean ! Peine perdue ! Pendant deux heures montre en main, nous restons là, pataugeant dans une boue immonde, sous une pluie glaciale sans pouvoir avancer ni reculer. Les reconnaissances envoyées en avant reviennent et me rendent compte que les deux routes de Vauxcéré et même la route de Vauxtin défoncées par les charrois sont absolument impraticables. C’est à peine si les cavaliers peuvent passer. Il n’y a paraît-il d’à peu près praticable que la route qui passe par Perles. L’embouteillage étant un peu diminué nous prenons à droite la route de Reims, puis la route de Vauxcéré. Cette route comme d’ailleurs toutes les autres est en pente de 12 à 15 % et horriblement ravinée. Enfin au prix des plus grandes difficultés et en doublant les attelages nous arrivons à Vauxcéré mais là nouvel arrêt. Pour arriver à la ferme du Pinçon distante de moins de 2 km il nous faut franchir la crête du plateau mais ce point étant vu de l’ennemi il est interdit de passer avant la nuit ! Les factionnaires qui gardent la route sont inflexibles. Il nous faut donc attendre encore de longues heures sous la neige qui tombe maintenant après la pluie. Au bout de deux heures, complètement gelés et n’y tenant plus, je pars en avant jusqu’à la ferme du Pinçon reconnaître le cantonnement puis jusqu’au village de Longueval où je retrouve le capitaine de Chamacé chargé de faire le logement. Le logement est d’ailleurs vite fait car si le cantonnement qui nous est affecté est la ferme Pinçon il ne faut pas songer un seul instant à s’installer dans la ferme qui est habitée et d’ailleurs remplie de soldats de toutes armes. C’est donc autour de la ferme que nous devons nous établir, les chevaux à la corde dans les bois et les hommes dans les grottes qui sont heureusement fort nombreuses autour de la ferme sur le flanc du coteau. Nous nous y installons tant bien que mal lorsque nous avons obtenu vers 16 heures l’autorisation de franchir le plateau. Le commandant Annibert

Tome II · AD084_0364(3)Page manuscrite 752
4 avril 1917

4 avril 1917 — vers la ferme du Pinçon — continuation p.753

Source : manuscrit

qui vient de rentrer de l’état-major nous apporte les ordres : les 10e et 11e batteries devront prendre position à mi chemin de Vendresse et de Verneuil Courtonne au nord de la route. Le commandant me montre sur la carte les emplacements des batteries qui sont à 450 mètres des premières lignes françaises et par conséquent à moins de 500 mètres des premières lignes allemandes puisqu’en cet endroit comme en Argonne, les lignes sont séparées par 10 à 20 mètres. Ce n’est vraiment pas la peine d’avoir des canons à longue portée ! D’après les ordres reçus, 4 caissons doivent monter immédiatement sur la position pour porter des munitions et aménager le terrain. De l’emplacement où nous sommes installés on a sur la vallée de l’Aisne un superbe coup d’œil. À nos pieds la vallée s’étend dans toute son ampleur, au fond le célèbre plateau du Chemin des Dames ferme l’horizon. En avant se profilent des collines aux formes nobles et des hauteurs de moindre importance comme la hauteur de Madagascar ainsi nommée à cause de sa forme. Le site est vraiment fort beau et l’on ne peut s’empêcher de regretter que la guerre y vienne faire ses ravages et semer la désolation. Je ne me lasse pas de contempler ce sublime tableau, d’autant plus admirable que le soleil couchant daigne se montrer sous les nuages lorsque tout à coup je vois s’élever au delà de Bourg et Comin dans la direction de la colline de Madagascar une énorme colonne de fumée noire haute certainement de plusieurs centaines de mètres ! Quelques secondes après une terrible secousse nous ébranle. C’est certainement un important dépôt de munitions qui vient de sauter et je suis tout de suite inquiet pour mes 4 caissons, partis depuis plus d’une demi heure et qui ne doivent pas être loin du lieu de l’explosion. Le soir nous nous installons pour la nuit dans une sorte de grotte où il fait horriblement froid et où bien entendu nous reposons fort mal.

Tome II · AD084_0365(3)Page manuscrite 753
5 avril 1917

5 avril 1917 — reconnaissance de la position de Vendresse

Source : manuscrit

5 avril. — J’apprends à mon réveil que les 4 caissons partis hier au soir n’ont pu franchir l’Aisne, l’explosion ayant coupé la route et interrompu par conséquent les communications. Le matin à 9 heures je pars pour la position de batterie par un temps affreux. La neige tombe en tourbillons comme au plus fort de l’hiver. Le village de Longueval que je traverse bientôt est encombré de troupes et sur toutes les routes règne une grande activité,

Tome II · AD084_0365(3)Page manuscrite 753
5 avril 1917

5 avril 1917 — reconnaissance de la position de Vendresse — continuation p.754

Source : manuscrit

bien contrariée cependant par le temps horrible que nous subissons. Bientôt j’atteins la vallée puis le village de Bourg et Comin, relativement peu endommagé malgré sa proximité du front. À peine aux lisières nord du village je constate les premiers effets de l’explosion d’hier. Les arbres sont couchés par terre, les maisons n’ont plus de toit. L’emplacement du dépôt de munitions que j’atteins bientôt et près duquel je retrouve le commandant Annibert présente un aspect épouvantable. Le dépôt de munitions s’étendait à droite de la route sur une longueur de 200 à 300 mètres au moins. 45.000 obus lourds y étaient entassés, soit peut être plus de 450 tonnes de mélinite et tout a sauté ! À la place du dépôt il y a maintenant un gigantesque entonnoir de plus de 150 mètres de longueur, 100 mètres de largeur et 20 de profondeur. La route de Vendresse qui longeait le dépôt de munitions est détruite sur plus de 200 mètres de longueur et recouverte d’une couche de terre de 8 à 10 mètres d’épaisseur. Cet accident est un désastre pour le secteur, car, outre qu’il nous prive de 45.000 obus lourds il rend impraticable la seule artère desservant cette partie importante du front. De plus lorsque l’explosion s’est produite la route était couverte de voitures de toutes sortes aussi les victimes sont-elles nombreuses. On parle d’un minimum de 50 tués et 100 blessés presque tous artilleurs. Dans une grotte de la colline de Madagascar servant de poste de commandement, tout l’état-major d’un régiment d’artillerie a été enterré par l’éboulement de la carrière. En hâte les sapeurs du génie établissent une double piste en madriers pour rétablir la circulation mais ce travail considérable ne sera pas terminé avant deux jours au moins. Le commandant Annibert va reconnaître dans la colline de Madagascar l’emplacement de son PC pendant que de mon côté je continue ma route vers Vendresse où j’arrive bientôt. Ce village est beaucoup plus démoli que Bourg et Comin et il n’y a plus guère que les caves qui soient habitables. Laissant mon cheval et mon planton à Vendresse je me rends à pied à la position de batterie distante d’un petit kilomètre. Dumay s’y trouve déjà ainsi que le lieutenant Féry de la 11e batterie et les travaux sont assez avancés car ils ont été commencés avant notre arrivée. Notre position et celle de la 11e batterie se touchent, nos 8 pièces étant établies sur 100 mètres de front à peu près, dans une petite dépression de terrain qui nous don-

Tome II · AD084_0366(3)Page manuscrite 754
5 avril 1917

Photographies 606–608 — l’embarquement

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0367(3).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

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606 ; 607 ; 608 L’embarquement

Tome II · AD084_0367(3)
5 avril 1917

5 avril 1917 — reconnaissance de la position de Vendresse — continuation p.757

Source : manuscrit

ne tout juste le défilement du matériel, mais sauf dans cette dépression qui mesure peut être 150 mètres de longueur sur 40 m de largeur le terrain est en pleine vue des lignes allemandes du bois de la Bovette qui domine la vallée à 1 km au nord de Soupir. Les observateurs allemands seront donc à 4 km de nous environ, distance excellente pour l’observation. Malgré ces conditions peu communes pour l’établissement d’une batterie d’artillerie lourde je ne suis pas autrement épouvanté par celle qu’on nous oblige à prendre. Nous nous sommes bien tirés du Bois des 3 Cornes qui était d’un aspect autrement rébarbatif, nous nous tirerons donc de ce coin là. Le secteur est aujourd’hui assez calme et il n’y a que fort peu de trous d’obus dans la position. La proximité de la route rendra d’ailleurs l’armement de la position facile et le ravitaillement en munitions non moins facile. Il y a bien devant notre position deux caissons démolis mais ce sont des caissons allemands et ils datent de 1914. Derrière nous doit s’installer un groupe du 39e d’artillerie qui a déjà commencé ses travaux. Ce groupe est commandé par le chef d’escadron Evrard, ancien lieutenant du commandant Annibert lorsqu’il était capitaine à Besançon. À l’heure du déjeuner, nous nous retrouvons d’ailleurs chez le commandant Evrard avec le commandant Annibert, de Blois, Dumay et Féry. Le temps heureusement s’est mis au beau et nous pouvons nous disperser au dehors car l’exiguïté du PC ne permet guère de recevoir tout ce monde. Le commandant Annibert m’ayant engagé à retourner aux échelons puisque ma présence ici est inutile je me décide à rentrer, mais à pied puisque j’ai renvoyé mon cheval. Je peux ainsi voir de plus près le lieu de l’explosion où le spectacle est vraiment horrible. Sur la partie de la route qui n’est pas détruite plus de 30 voitures gisent démolies, retournées les chevaux tués. Par Œilly je me rends à Villers en Prayères au PC de l’AD.39 pour m’entendre avec le capitaine Spire au sujet des matériaux pour notre position. Je rencontre les 4 caissons qui montent à la position de batterie et je continue ma route vers Longueval et la ferme Pinçon où j’arrive éreinté et surtout affamé ! Mon déjeuner de ce matin, fort sommaire, est depuis longtemps assimilé et ma faim est telle que je pense me trouver

Tome II · AD084_0369(3)Page manuscrite 757
5 avril 1917

5 avril 1917 — reconnaissance de la position de Vendresse — continuation p.758

Source : manuscrit

mal le long de la route qui remonte aux échelons.

Tome II · AD084_0370(3)Page manuscrite 758
6 avril 1917

6 avril 1917 — dispositif de l’offensive

Source : manuscrit

6 avril. — Nous sommes donc bien fixés maintenant sur le point où se produira la prochaine offensive. Le centre sera là où nous sommes sur le Chemin des Dames. On appelle ainsi un long plateau dirigé exactement de l’est à l’ouest et qui, au nord de l’Aisne s’étend depuis Craonne jusqu’à la route de Soissons à Maubeuge. Son altitude est presque constante puisqu’elle n’est jamais supérieure à 200 mètres ni inférieure à 185. C’est donc à proprement parler une table qui à Craonne, tombe à pic sur la plaine de Champagne. À l’ouest, la crête du Chemin des Dames se raccorde aux plateaux du Nord de Soissons ainsi qu’au massif de St Gobain. Tout le long de ce plateau depuis Craonne jusqu’à la ferme Vauxrains court une route nommée « le Chemin des Dames ». La tradition en attribue le tracé et l’usage aux Dames de Proisy, châtelaines de la Bove au moyen âge. Les pentes de ce plateau abondent en cavernes et galeries souterraines creusées dans la table calcaire. Ces creutes ou « boves » autrefois cavernes ont été fouillées pour l’exploitation de cette belle pierre blanche qui servit à édifier non seulement les cathédrales de Laon de Reims et de Soissons mais presque toutes les églises, monastères et abbayes de la région ainsi que les fermes massives et les villages étagés le long du plateau. Ces pentes abruptes, ces fossés marécageux, ces galeries souterraines, ce dédale de vallons encaissés constituent une admirable forteresse souvent disputée au cours de l’histoire et que les Allemands depuis le mois de septembre1914 ont travaillé à rendre inexpugnable. C’est cette redoutable position qu’il va falloir, non seulement enlever, mais dépasser. En1916 chaque attaque avait un objectif limité : « l’artillerie conquiert, l’infanterie occupe. » Un temps d’arrêt était nécessaire entre chaque phase de l’offensive pour permettre l’avance de l’artillerie et la préparation d’un nouveau bond. Mais ce temps d’arrêt, l’ennemi l’utilisait à renforcer sa défense en créant de nouvelles positions et en groupant ses réserves. Instruit par les batailles de la Somme et de Verdun le commandement français élargit sa conception de la bataille de rupture du front ennemi. Les attaques ne seront plus contraintes à se limiter à un seul objectif déterminé. Il faudra aller le plus loin et le plus vite possible. Le combat de

Tome II · AD084_0370(3)Page manuscrite 758
6 avril 1917

Photographies 609–612 — Vendresse

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0371(3).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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609 — La position de Vendresse 610 — La position de Vendresse 611 — La mairie de Vendresse 612 — Vendresse

Tome II · AD084_0371(3)
6 avril 1917

6 avril 1917 — dispositif de l’offensive — continuation p.761

Source : manuscrit

rupture sera suivi d’une exploitation énergique et audacieuse. L’artillerie augmentera son action en profondeur. Elle pratiquera des brèches par lesquelles l’infanterie, reprenant le rôle prépondérant dans la bataille devra manœuvrer les différentes résistances. Plus d’audace et plus d’esprit d’initiative seront donc préconisés. Depuis 30 mois l’ennemi n’a rien négligé pour fortifier ces positions, comme le montre le plan directeur et les photos d’avions qui nous sont communiquées. Les deux premières positions couronnent tout le plateau où sont accumulées les défenses accessoires et les emplacements de mitrailleuses. Les garnisons des centres de résistance et les réserves se tiennent dans les profondes et vastes creutes qui débouchent de chaque côté du plateau. Dans cette offensive le rôle principal est assigné à la 6e armée, la nôtre, commandée par le général Mangin qui a, à sa disposition les 6e et 20e CA, les 1er et 2e corps coloniaux. Le 1er Corps d’armée coloniale attaque à gauche la charnière du moulin de Laffaux. Le 6e CA attaque depuis Soupir jusqu’à Braye, le 20e CA de Braye à l’arbre de Cerny et le 2e C.A.C entre Cerny et Heurtebise. À notre droite l’attaque de l’armée Mazel depuis Heurtebise jusqu’à Reims. Elle comprend de la gauche à la droite le 1er C.A sur Craonne, le 5e CA devant Juvincourt, le 32e CA sur la cote108 et le 7e C.A sur Brimont. Plus à droite la 4e armée (gl Pétain) attaquera les hauteurs de Moronvilliers. En arrière la 10e armée (gal Duchêne) est prête à exploiter le succès. Les 3 armées d’attaque sont groupées sous les ordres du général Micheler, frère de celui qui commandait en Argonne le 5e CA. L’attaque sera rude mais nous avons cependant confiance. Notre groupe est rattaché pour l’attaque à la 39e D.I du 20e CA. Nous serons donc avec les grands premiers rôles. Le commandant Annibert a sous ses ordres l’ALC de la D.I c’est à dire, en plus de notre groupe, le 7e groupe du101e (3 batteries de155C. Baquet sous le commandant Manaut). Le 8e groupe du117e (3 batteries de155 Baquet du commandant Gacogne). Le 10e groupe du117e (2 batteries de155C. Schneider du cap. Heitz). Le 8e groupe du101e (2 batteries de155.C. St Chamond du ct Armaing). Le 9e groupe du82e (2 batteries de220 à tracteur). Le personnel de ces deux dernières batteries, très éprouvé par l’explosion du dépôt de munitions sera bientôt relevé par les 41e et 42e batteries du11e à pied. (Cap. Chevalet). La division possède donc pour l’appuyer13 batteries de155C et2 batteries de220

Tome II · AD084_0373(3)Page manuscrite 761
6 avril 1917

6 avril 1917 — dispositif de l’offensive — continuation p.762

Source : manuscrit

Aujourd’hui, 6 avril, je reste aux échelons puisque ma présence à la position n’est pas indispensable et j’en profite pour installer tout mon monde dans le bois. Les jeunes recrues amenées du dépôt et qui n’ont pas encore fait la guerre ne sont pas du tout à leur aise. Heureusement le temps s’est remis au beau. Dans la soirée de nombreuses « saucisses » s’élèvent dans les airs ainsi que des avions. L’un de ceux-ci va incendier une saucisse allemande et nous applaudissons mais une ½ heure après, un avion allemand vient incendier la saucisse française de Longueval. Les deux observateurs se jettent en bas de leur nacelle avec leurs parachutes et atterrissent sans dommage.

Tome II · AD084_0374(2)Page manuscrite 762
7 avril 1917

7 avril 1917 — installation de la batterie

Source : manuscrit

7 avril. — Le matin à 7 heures je pars avec Gardelle pour la position par un temps horrible : la neige tombe avec violence comme en plein hiver. Je passe tout d’abord à la grotte du commandant, dans la butte de Madagascar puis à la position de batterie où je trouve tout en ordre et les travaux menés activement. Heureusement, les Boches sont toujours calmes ou à peu près. Je rentre ensuite déjeuner à l’échelon et préparer le départ de tout le matériel car nous devons occuper la position la nuit prochaine. À19h30 les deux batteries partent avec3 pièces chacune. Accompagné de Chamacé je monte directement à la position de batterie, où les pièces arrivent peu de temps après mais la mise en batterie est extrêmement pénible. Ces Schneider sont beaucoup plus lourds que nos Rimailho et le terrain détrempé par la pluie est extrêmement gras. Mes hommes travaillent cependant avec une grande activité et vers2 heures du matin nos pièces sont en place.

Tome II · AD084_0374(2)Page manuscrite 762
8 avril 1917

8 avril 1917 — préparation et tirs

Source : manuscrit

8 avril. — La cagna qui doit nous abriter étant à peu près terminée j’essaie de m’y reposer, mais en vain. Il fait un tel froid que je n’arrive pas à fermer l’œil. De leur côté mes hommes ne peuvent prendre aucun repos car jusqu’à5 heures du matin des munitions nous arrivent. Bien que ce soit aujourd’hui le jour de Pâques nous continuons à travailler activement pour préparer la position où il reste beaucoup à faire. Les abris sont en effet à peine ébauchés, ce qui rend le séjour très pénible. À cause de la proximité des lignes ma batterie est en position dans les boyaux et tranchées de3e ligne dans lesquelles mes hommes s’abritent tant bien que mal en attendant l’achèvement de leurs cagnas. Dans la matinée je vais avec de Chamacé au poste du commandant pour être mis au

Tome II · AD084_0374(2)Page manuscrite 762
8 avril 1917

Photographies 613–614 — Vendresse

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0375(2).jpg : 2 photographies, chacune cliquable

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613 — La cloche de Vendresse 614 — L’église de Vendresse

Tome II · AD084_0375(2)
8 avril 1917

8 avril 1917 — préparation et tirs — continuation p.765

Source : manuscrit

courant de la situation. Les tirs d’artillerie sont déjà commencés et toutes les batteries du secteur montrent une certaine activité.

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9 avril 1917

9 avril 1917 — observation et concentration d’artillerie

Source : manuscrit

9 avril. — Le temps qui était assez beau hier devient aujourd’hui horrible. La pluie et la neige font rage comme si l’hiver ne devait jamais finir et comme notre installation est plus que précaire, nous souffrons horriblement de ce mauvais temps. Nos téléphonistes surtout ont depuis quelques jours un travail très pénible car ils doivent installer les raccordements de notre batterie avec les lignes existantes qui sont placées dans des boyaux spéciaux. Or, en plusieurs endroits ces boyaux sont pleins de boue sur une hauteur qui dépasse parfois 60 centimètres. Goosen et Somme, surtout se multiplient avec un entrain admirable pour maintenir nos liaisons téléphoniques de jour comme de nuit. Jusqu’à présent mes hommes résistent assez bien malgré ces conditions atmosphériques défavorables : Goosen vient cependant de prévenir que l’un des téléphonistes, une jeune recrue du dépôt, nommé Vincent, ne tient plus debout : il a eu, paraît-il, des crachements de sang et des syncopes. Je vais immédiatement voir Vincent : « Mon ami, lui dis-je, je trouve que vous êtes un peu fatigué. Vous remonterez ce soir aux échelons pour vous reposer quelques jours. » Le pauvre garçon, les yeux pleins de larmes, me supplie de ne pas le renvoyer. Il m’assure qu’il se porte bien et s’imagine que je le renvoie parce que je suis mécontent de lui ! J’ai toutes les peines du monde à lui ôter cette mauvaise idée de la tête et parviens à le décider à partir, ce qu’il fait, la mort dans l’âme. Ce brave garçon devait d’ailleurs être bientôt renvoyé à l’arrière et réformé. Dans l’après midi je retourne avec Chamacé au poste de commandement, ce qui n’est pas sans risques car les Allemands tirent assez violemment en arrière de Madagascar sur une batterie d’obusiers de 270. Comme nous approchons, un des dépôts de munitions de cette batterie saute avec un bruit terrible. Les Boches peuvent d’ailleurs tirer à coup sûr dans cette plaine où il y a au moins une vingtaine de batteries lourdes de tous calibres, Mortiers de 270 et de 370, obusiers de 220 Schneider, canons de 155 court et long. L’entassement des canons et des munitions dans tout ce coin est invraisemblable et si les Boches se mettent

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9 avril 1917

9 avril 1917 — observation et concentration d’artillerie — continuation p.766

Source : manuscrit

à tirer un peu il y aura certainement de la casse. Les bois qui sont au sud de Verneuil sur les pentes nord de Madagascar sont également bourrés de batteries lourdes, mais la nôtre a le périlleux honneur d’être la plus en avant mais encore à plus de 300 mètres en avant de la batterie de campagne la plus avancée. 6 batteries de campagne sont en position sur le plateau de Madagascar, 2 groupes sont derrière nous dans la plaine. Je crois que les Boches ne manqueront pas d’objectif.

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10 avril 1917

10 avril 1917 — tirs de préparation

Source : manuscrit

10 avril. — Le temps continue à être exécrable et le moral de mes hommes s’en ressent, de plus notre nourriture laisse énormément à désirer. Depuis que nous sommes ici nous n’avons reçu ni lettres, ni journaux, ni colis et nous ne touchons pour ainsi dire pas de vin, aussi mes hommes commencent à regretter le ravin des 3 Cornes. Nous avons toujours beaucoup de difficultés à installer nos lignes téléphoniques constamment coupées par les projectiles et l’éclatement des boyaux. Dans la matinée je retourne voir le commandant et je reviens par l’observatoire qui nous a été assigné, à l’extrémité nord ouest de Madagascar au dessus du village de Verneuil. Cet observatoire est assez bien placé mais pour l’instant on n’y voit pas grand’chose. Pour comble de malheur les Boches se mettent à tirer assez vigoureusement sur ma batterie.

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11 avril 1917

11 avril 1917 — bombardements et obus asphyxiants

Source : manuscrit

11 avril. — Ce matin au réveil il gèle assez fort et toutes les mares d’eau sont couvertes de glace. Quand aurons nous fini de geler et de patauger dans la boue ! Mes hommes et moi sommes dans un état de dégoutation terrible crottés, crasseux, avec des barbes de 10 jours. Aujourd’hui enfin nous commençons nos tirs de démolition dans la zone de nos objectifs et notre consommation pour la journée est de 650 obus allongés. Les autres batteries font montre de la même activité que nous. Dans l’après midi je monte à l’observatoire de Madagascar pour régler mes tirs. Les Boches tirent toujours dans la région de l’observatoire, mais heureusement pas trop près et je peux observer assez tranquillement. Je me retrouve avec un lieutenant du groupe Heitz qui effectue un réglage pour sa batterie. On lui signale bientôt par téléphone que sa batterie est prise à partie par l’artillerie allemande au moyen d’obus explosifs et asphyxiants. 7 à 8 hommes sont déjà hors de com-

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11 avril 1917

11 avril 1917 — bombardements et obus asphyxiants — continuation p.767

Source : manuscrit

bat, dont l’adjudant. Notre batterie reçoit elle aussi quelques marmites de 150. L’une tombe à 15 mètres en avant de la première pièce, l’autre à 15m derrière presque sur un abri. Cela commence bien ! Dans la soirée, après la tombée de la nuit nous recevons un convoi de munitions alors que les boches tirent encore. Tout à coup on crie au dehors : « Un blessé ! » Je me précipite hors de mon abri et trouve dans le boyau deux de mes hommes assez sérieusement touchés. L’un d’eux, Livet, une recrue touchée à Joigny, a un éclat d’obus dans les reins, mais qui ne paraît pas bien grave, mais l’autre, mon mineur Bihet, a reçu dans l’épaule un éclat de la grosseur d’un œuf qui l’a traversé de part en part. Le pauvre garçon endure d’ailleurs stoïquement ses souffrances. Après un pansement sommaire je fais conduire mes deux blessés à l’ambulance de Vendresse.

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12 avril 1917

12 avril 1917 — Livet et Bihet blessés

Source : manuscrit

12 avril. — La 12e batterie qui a débarqué hier au soir doit monter en position ce soir. Le capitaine Neuville et Simon viennent faire la reconnaissance de leur position qui se trouve à notre droite à l’entrée de Vendresse. Dans l’après midi je monte à l’observatoire où j’essaie mais en vain de régler mon tir avec des fusées I.A. Je tire cependant 480 obus dans ces conditions. À cet observatoire je rencontre Viguié, affecté au groupe Graveteau qui est actuellement en position dans le village de Moulins. Les Boches, dans la soirée marmitent copieusement notre région ce qui n’a rien d’amusant. Comme dédommagement nous apprenons que les Anglais ont remporté un important succès devant Arras faisant 11.000 prisonniers. Ce matin encore il gelait à glace et ce soir, pour ne pas changer avec les jours précédents il pleut abondamment et nous continuons à patauger horriblement dans la boue des boyaux.

Tome II · AD084_0379(2)Page manuscrite 767
13 avril 1917

13 avril 1917 — préparation d’artillerie

Source : manuscrit

13 avril. — Les tirs de destruction continuent mais les résultats sont longs à obtenir à cause du mauvais temps. Pour cette raison nous n’avons pu tirer aujourd’hui que 80 coups. Il est vrai qu’hier nous en avions tiré 480 mais tout cela ne ressemble guère aux préparations d’artillerie de Verdun. L’aviation allemande qui est d’ailleurs très active nous gêne beaucoup, quant à la nôtre, elle brille par son absence. L’aviation boche la domine nettement. Le tir des grosses pièces est, de ce

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13 avril 1917

13 avril 1917 — préparation d’artillerie — continuation p.768

Source : manuscrit

fait, très gêné et le 370 est obligé de tirer sans réglage. Les Boches continuent à nous marmiter copieusement. Chez le commandant, j’ai vu aujourd’hui l’ordre de bataille de l’armée allemande devant nous. Tant en première ligne qu’en réserve il y a sur notre front un nombre de divisions au minimum égal au nôtre et l’élite de l’armée allemande est là, à commencer bien entendu par les divisions de la garde. La 12e batterie se met en position dans la soirée sans être autrement inquiétée, mais à peine est-elle en position que les Boches se mettant à tirer sur Vendresse, comme presque tous les soirs, mettent le feu à un dépôt de munitions de la batterie : 250 douilles flambent d’un seul coup.

Tome II · AD084_0380(2)Page manuscrite 768
14 avril 1917

14 avril 1917 — tirs et bombardements

Source : manuscrit

14 avril. — Les tirs de démolition continuent et dans la journée la consommation est de 630 coups. Nous recevons aujourd’hui enfin nos premières lettres depuis notre départ de Joigny : c’est un rayon de soleil dans notre situation si peu enviable. D’après les derniers renseignements reçus, nous serions aujourd’hui à J-2. L’attaque serait donc pour après demain. Tout est prévu pour une avance rapide : le chargement des voitures a été allégé, par ordre, tous les paquetages des hommes sont réunis dans des dépôts, les vivres de réserve sont complétés. D’importants dépôts de vivres sont constitués au nord de l’Aisne pour le cas où les Boches viendraient à couper les ponts : on a entassé là de l’avoine, du foin du pain, de la viande de conserve, du riz, du café, du sucre, en somme toutes les denrées nécessaires à l’alimentation des hommes et des chevaux.

Tome II · AD084_0380(2)Page manuscrite 768
15 avril 1917

15 avril 1917 — derniers ordres avant l’attaque

Source : manuscrit

15 avril. — Dans la journée je monte à l’observatoire avec Simon pour lui donner quelques renseignements sur les objectifs. Le paysage est d’ailleurs passablement modifié ces jours derniers et j’ai quelque peine à me reconnaître. L’artillerie française est d’ailleurs très active et pour sa part, ma batterie tire dans la journée 850 coups. L’artillerie allemande de son côté ne reste pas inactive et nous nous en apercevons ! L’attaque est donc prévue pour demain. Si elle réussit toute l’artillerie doit se porter en avant à l’heure H+6. Ma batterie allongeant progressivement son tir jusqu’au delà de Lierval protégera l’avance puis lorsqu’elle sera à bout de portée, elle devra elle aussi se porter en avant et se mettre en position au sud de Trucy. Dans

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15 avril 1917

15 avril 1917 — derniers ordres avant l’attaque — continuation p.769

Source : manuscrit

la soirée, un coup de mains effectué sur les tranchées allemandes devant nous ne donne aucun résultat, les allemands ayant évacué leurs premières lignes. Toute la nuit l’artillerie française montre une assez grande activité et l’artillerie allemande nous harcèle passablement.

Tome II · AD084_0381(2)Page manuscrite 769
16 avril 1917

16 avril 1917 — déclenchement de l’offensive

Source : manuscrit

16 avril. — L’attaque est pour aujourd’hui. Toute la nuit Dumay et Gardelle sans prendre un seul instant de repos préparent les tirs qui doivent accompagner l’infanterie. Avant cinq heures du matin nous sommes tous debout, mais à vrai dire personne n’a dormi et beaucoup même ne se sont pas couchés. Que sera l’attaque d’aujourd’hui ? Pour ma part, sans en laisser rien voir, je n’ai qu’une confiance très médiocre dans le résultat de cette attaque : les positions sont formidables, le Boche est nombreux et résolu, son aviation surclasse la nôtre et son artillerie nous tient tête vigoureusement. De notre côté l’infanterie est, comme toujours, pleine de confiance mais malheureusement, ni notre aviation ni notre artillerie ne dominent celles de l’adversaire, bien au contraire ! L’attaque doit se déclencher à 6 heures, aussi à 5h25 nous commençons à tirer suivant les ordres reçus. À 6 heures au moment du déclenchement de l’attaque l’artillerie donne à plein mais cela est loin de rappeler les canonnades de Verdun. Cela ne « ronfle » pas et il y a même des silences dans le fracas de l’artillerie. Dans les premières minutes nous bombardons les organisations du ravin de Beaulne et Chivy incomplètement démolies par l’artillerie de tranchée, malheureusement ces objectifs sont beaucoup trop rapprochés pour que nous puissions les contre battre d’une manière précise et efficace. Je suis obligé de faire tirer mes canons avec des charges très réduites ce qui rend le tir très imprécis, de plus à ce régime les fusées fonctionnent fort mal et je suis certain que nos fusées ne s’arment pas, d’où non explosion des projectiles. Malgré ces faibles charges l’inclinaison de nos canons est si faible que nos obus passent presque au ras de la crête qui nous couvre. Ma montre à la main j’attends anxieusement le déclenchement de l’attaque. Il fait d’ailleurs nuit noire. Enfin, voici 6 heures, l’heure H ! À cet instant, depuis Soupir jusqu’à Reims, 8 corps d’armée se lancent à l’attaque des redoutables positions allemandes. Les fusées éclairantes et les fusées à signaux montent

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16 avril 1917

16 avril 1917 — déclenchement de l’offensive — continuation p.770

Source : manuscrit

dans le ciel, les mitrailleuses crépitent, mauvais présage ! À 6h5′ les mitrailleuses crépitent encore, à 6h15 elles ne se sont pas tues et à 6h30 non plus. Dumay devine à mon regard l’interprétation que je donne à ce fait : l’attaque est certainement enrayée. Malgré cela nous continuons à allonger nos tirs suivant le rythme prévu. Les Boches d’ailleurs commencent à réagir vigoureusement et les obus pleuvent autour de nous. L’un d’eux obstrue le boyau qui entre dans mon abri, enterrant une partie de ma pauvre batterie de cuisine, 3 ou 4 autres tombent à moins de deux mètres de mon abri. Bien que ce soient des 77 et des 105 ils auraient vite fait de transpercer le toit de mon abri car celui ci recouvert seulement d’une couche de rondins gros comme le bras et d’une couche de terre de 20 centimètres offre une résistance absolument nulle. Un obus tombe cependant sur l’abri de la 4e pièce mais c’est heureusement celui qui offre le plus de résistance et il n’en souffre pas trop. Vers 10 heures nous apprenons que le mouvement en avant des échelons et des batteries est suspendu et n’aura lieu que sur ordre particulier. Nous continuons d’ailleurs à allonger nos tirs qui sont en ce moment aux abords de Lierval, lorsqu’on nous donne l’ordre de ramener notre feu sur les tranchées de la ferme Malval. L’attaque n’a donc pas dépassé ce point. Ce raccourcissement de notre tir présente les plus graves difficultés pour nous : en effet, nous avons commencé par tirer nos charges réduites dans les premières heures de la journée et nous avons conservé pour la fin de la journée tous nos obus D et nos charges renforcées pour pouvoir tirer à longue distance. Maintenant il ne nous reste plus que des obus D et des charges renforcées avec lesquelles il faut que nous tirions à 3000 mètres à peine ! Dans ces conditions l’angle de tir de notre canon est si faible que la trajectoire passe tout juste au dessus de la crête qui nous couvre et s’il faut tirer plus près que la ferme Malval, ce sera impossible. Jusqu’à présent, heureusement on ne nous demande pas de raccourcir notre tir mais seulement d’en réduire la cadence de moitié. Comme il est près de 11 heures, au lieu de réduire de moitié la cadence des pièces, je trouve préférable de faire cesser le feu à deux d’entre elles, ce qui permettra aux hommes d’aller se restaurer un peu. Dumay m’ayant

Tome II · AD084_0382(2)Page manuscrite 770
16 avril 1917

16 avril 1917 — déclenchement de l’offensive — continuation p.771

Source : manuscrit

demandé quelles pièces il fallait arrêter : « Ma foi lui dis-je cela n’a pas d’importance, 2e et 4e pièces par exemple. » Dumay sort immédiatement de l’abri pour transmettre mon ordre et à peine est-il rentré que j’entends un éclatement assez violent et tout proche. Comme les Boches nous marmitent depuis le matin je n’y prends pas garde lorsque Demasne se précipite dans mon abri en criant : « Mon capitaine, il vient de tomber un 150 sur la 2e pièce ! » Ignorant si les servants ont déjà quitté leur poste je sors en hâte de mon abri : l’obus est bien tombé à 1 mètre de la bêche de crosse de la 2e pièce mais heureusement le chef de pièce et ses servants étaient partis depuis quelques secondes ! Si je n’avais fait cesser le feu à la 2e pièce ou si l’ordre avait été donné plus tard, 7 ou 8 hommes étaient hors de combat. Par ailleurs le servant Pugin reçoit un obus entre les deux jambes, mais il n’éclate pas ! Encore une fois la Providence nous protège visiblement. Il n’en est malheureusement pas de même aux batteries voisines. La 11e à notre gauche a déjà deux tués dont le brigadier téléphoniste, quant à la 12e batterie à notre droite, elle est également éprouvée très cruellement car les Boches tirent vigoureusement sur Vendresse et ses alentours. Elle a déjà 3 tués, 3 blessés et une pièce hors service. Les renseignements sur l’attaque commencent à nous parvenir par bribes. Au centre et à droite la progression a été de 1500 à 2000 mètres. Le tilleul de Courtecon a été atteint ainsi que la ferme des Grelines. Le démarrage à gauche a été très pénible la division ayant été prise de flanc par les mitrailleuses du secteur voisin. L’ennemi se défend partout avec acharnement et plusieurs heures après l’attaque on se bat encore à la grenade dans les tranchées qui sont devant nous. Dans l’après midi on signale encore de ces combats dans divers points, peu éloignés des tranchées de départ alors que les nôtres sont parvenus beaucoup plus au nord. À gauche nous ne savons pas trop ce qui se passe : les obus continuent à tomber sur le bois des Bovettes mais il est impossible de dire s’ils sont français ou allemands. Dans l’après midi cependant l’artillerie de campagne se porte en avant. Un groupe en formation de rassemblement au sud de la route de Vendresse, est violemment bombardé et en quelques minutes plusieurs hommes et un grand

Tome II · AD084_0383(2)Page manuscrite 771
16 avril 1917

16 avril 1917 — déclenchement de l’offensive — continuation p.772

Source : manuscrit

nombre de chevaux sont tués. Un autre groupe du 5e d’artillerie vient se mettre en position à notre gauche. De l’artillerie de montagne essaie, elle aussi de se porter en avant, mais elle n’ira pas loin ! Dans l’après midi je m’en vais dans la direction de Vendresse pour montrer à l’un de mes poilus l’emplacement de la 12e batterie. Je suis surpris en chemin par une volée de 105 à laquelle je n’échappe que par miracle. Toute la journée nous continuons à tirer et le soir 854 obus ont été consommés. Il est malheureusement impossible de faire davantage car mes hommes sont littéralement à bout de forces. Moi même je ne vaux guère mieux, car j’ai eu fort à faire pendant la journée, ayant exercé en fait le commandement du groupe puisque le commandant exerçait celui du groupement. La nuit arrive enfin qui nous apporte un peu de calme mais ne ramène pas la bonne humeur car nous comprenons bien que l’attaque n’avait pas réussi ailleurs mieux qu’ici. Enfin pour comble de tristesse une terrible nouvelle m’arrive le soir : André Poupard a été tué ces jours ci près de Ham pendant la poursuite des Allemands en retraite. Cette nouvelle me remplit de la plus profonde tristesse et je songe au désespoir de ses parents et surtout de sa pauvre mère dont la santé est si chancelante !

Tome II · AD084_0384(2)Page manuscrite 772
17 avril 1917

17 avril 1917 — premiers résultats de l’attaque

Source : manuscrit

17 avril. — La nuit se passe dans un calme relatif mais le matin nous nous réveillons avec un temps épouvantable. La pluie et la neige fondue tombent par rafales et il sera absolument impossible de faire aujourd’hui la moindre préparation d’artillerie un peu précise. Il faut cependant continuer l’attaque. Les nouvelles de l’attaque de la veille commencent à nous arriver. Partout le Boche s’est défendu avec opiniâtreté et cependant on annonce déjà la capture de 10.000 prisonniers. Nous obtenons également d’autres renseignements par un de nos agents de liaison qui revient à la batterie chercher des vivres. Nous avons dû envoyer en effet le jour de l’attaque un détachement de liaison composé du m. des logis Bretou, de Mulquin et de Goosen auprès du colonel commandant le 146e Régiment d’infanterie. Mulquin nous raconte que l’attaque a été très dure et que le colonel du 146e a failli être fait prisonnier par les Boches avec toute sa liaison. Dans l’après midi je monte à Montfaucon

Tome II · AD084_0384(2)Page manuscrite 772
17 avril 1917

17 avril 1917 — premiers résultats de l’attaque — continuation p.773

Source : manuscrit

dans nos anciennes tranchées de premières lignes pour essayer de trouver un observatoire. Cela me donne l’occasion de constater que nos tranchées sont au moins aussi démolies que les tranchées allemandes. Les pentes sud de Montfaucon sont pleines de cagnas, de postes de commandement dont beaucoup datent des premiers mois de la guerre car dans ce secteur, les lignes n’ont subi aucune modification appréciable depuis cette époque. Il y a aussi sur les pentes des tombes anglaises. C’est en effet dans ce secteur entre Troyon et Chavonne que fut engagée pour la bataille de l’Aisne, l’armée du maréchal French qui, les 13 et 14 septembre avait franchi l’Aisne à Venizel, Missy et Chavonne. Malgré leur héroïsme les troupes du premier corps anglais (gal Douglas Haig) ne purent le 15 septembre dépasser Chivy. Les fusiliers du Roi et le Royal Sussex ont laissé ici beaucoup des leurs. Près de l’une des cagnas de Montfaucon, la cloche de Vendresse, montée sur une charpente en bois sert à donner l’alerte aux gaz. De Montfaucon je remonte à l’observatoire de Madagascar pour essayer de contrôler mon tir. Notre consommation pour la journée a atteint 320 coups. Chez le commandant, auprès duquel je me rends ensuite, j’apprends d’autres nouvelles de l’attaque. À gauche nous avons échoué devant le moulin de Laffaux et de plus le 6e corps n’a pu enlever ni Braye ni le plateau d’Ostel. Dans notre secteur nous avons attaqué sur un front d’1km et les fantassins ont atteint la ferme Malval sur les pentes nord du plateau malheureusement ils ont été ramenés brutalement par une contre attaque sur les tranchées du rebord sud. La falaise des Vaumérons a résisté à tous les assauts. À droite notre infanterie a atteint Cerny et Courtecon mais n’a pu s’y maintenir. La sucrerie de Cerny prise et reprise plusieurs fois reste finalement aux mains de l’ennemi. Aujourd’hui le général Pétain attaque dans le secteur de Moronvilliers mais nous n’avons aucun renseignement sur l’attaque.

Tome II · AD084_0385(2)Page manuscrite 773
18 avril 1917

18 avril 1917 — reconnaissance à Montfaucon

Source : manuscrit

18 avril. — Le nombre des prisonniers sur le front de l’armée est de 14.000 plus 2.500 sur le secteur de Champagne où les résultats sans être décisifs sont cependant intéressants. Dans le secteur de la division nous avons progressé jusqu’à la ligne tranchée du Havre, tranchée de l’Aigle, tranchée du Pigeon. À gauche nous occupons non seulement

Tome II · AD084_0385(2)Page manuscrite 773
18 avril 1917

18 avril 1917 — reconnaissance à Montfaucon — continuation p.774

Source : manuscrit

l’éperon de Braye mais toute la région au nord de l’Aisne jusqu’au rebord sud du plateau. Chavonne, Vailly, Ostel sont occupés par nous. Maintenant l’activité de l’artillerie est presque nulle et dans la journée nous ne tirons guère qu’une trentaine de coups. Le front de la division est diminué de l’espace occupé par le régiment de gauche, par extension du front de la division voisine à laquelle sont cédés le 10e groupe du 117e et le 7e groupe du 101e. Le temps continue à être très mauvais et la neige tombe constamment. L’infanterie consolide ses positions mais nous possédons encore bien peu de précisions sur l’emplacement exact de nos premières lignes. Pour les assurer et acquérir quelques points intéressants, une autre attaque est préparée mais la brume persistante rend l’action de l’artillerie précaire et incomplète. La pluie, de plus, ne cesse de tomber.

Tome II · AD084_0386(2)Page manuscrite 774
19 avril 1917

19 avril 1917 — progression et positions conquises

Source : manuscrit

19 avril. — Aujourd’hui Dumay et Féry partent en reconnaissance dans les nouvelles lignes conquises et de son côté la Batterie manifeste un peu plus d’activité en tirant environ 250 coups. Il semble d’ailleurs que l’offensive soit maintenant complètement enrayée. Malgré le nombre relativement élevé des prisonniers c’est un échec.

Tome II · AD084_0386(2)Page manuscrite 774
20 avril 1917

20 avril 1917 — reconnaissance dans les lignes

Source : manuscrit

20 avril. — Je dois aujourd’hui faire une reconnaissance dans les lignes conquises pour rechercher des observatoires qui permettent le réglage des tirs. À 6 heures du matin je pars avec Chamacé et Simon pour le bois des Grelines en passant par Beaulne. Ce village est naturellement démoli puisqu’il correspondait aux premières lignes françaises avant l’attaque. À la sortie du village nous abordons les premières lignes allemandes établies sur les pentes. Le bouleversement de ces tranchées n’est pas parfait tant s’en faut et on n’y voit pour ainsi dire pas de cadavres allemands, mais par contre un certain nombre de cadavres français. Nous atteignons bientôt le bois des Grelines encore chaud de la lutte de ces jours ci. De nombreux cadavres du 146e jonchent encore le sol et parmi eux, celui d’un jeune aspirant de 20 ans tombé sur le dos, une balle dans la tête. Ce triste spectacle nous émeut profondément. Par contre, pas un seul cadavre allemand ! Du point où nous sommes on voit assez bien le chemin des dames depuis le tilleul de Courtecon jusqu’à l’épine de Chevregny. Le secteur est assez

Tome II · AD084_0386(2)Page manuscrite 774
20 avril 1917

20 avril 1917 — reconnaissance dans les lignes — continuation p.775

Source : manuscrit

calme cependant plusieurs balles nous sifflent aux oreilles. Nous revenons dans une tranchée un peu plus au sud et trouvons un autre observatoire près d’un ancien abri allemand. Là encore ce sont des cadavres français qui couvrent les parapets. À 9h30 je suis de retour à la batterie sans incident mais le commandant m’attrape violemment parce que je suis redescendu. Il paraît qu’il fallait rester ! Je renvoie donc immédiatement Gardelle et dans l’après midi je remonte à l’observatoire de Madagascar pour essayer de régler avec des obus D mais je dois y renoncer après avoir tiré une cinquantaine de coups. Nous commençons à être passablement fatigués car la nuit nous ne dormons guère : il faut, ou tirer le canon ou décharger des munitions. Avec cela un bombardement incessant et une installation plus que précaire. Dans mon abri de commandement qui mesure 7 mètres carrés nous sommes neuf ! On ne nous donne aucun matériaux et d’ailleurs nous ne pourrions pas les mettre en œuvre car nous sommes trop éreintés.

Tome II · AD084_0387(2)Page manuscrite 775
21 avril 1917

21 avril 1917 — réglages et observatoire

Source : manuscrit

21 avril. — Cette nuit les Boches nous envoient quelques marmites et je m’aperçois à mon réveil que l’un de ces obus a mis une de mes pièces hors de combat. Nous nous vengeons d’ailleurs en tirant dans la journée 163 coups malgré que les allocations en munitions aient été considérablement réduites.

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22 avril 1917

22 avril 1917 — explosion retardée près des abris

Source : manuscrit

22 avril. — L’ordre est donné de ne plus tirer maintenant sauf en cas d’urgence absolue ce qui ne nous empêche pas de régler avec observation par ballon et de tirer 110 coups. Le temps s’est remis au beau aujourd’hui et dans l’après midi je suis tranquillement assis dans ma cagna lorsque j’entends un obus arriver avec un ronflement bizarre, tomber, puis éclater avec un bruit étouffé. Je sors de mon abri pour voir où est tombé ce que je crois être un caffut d’un obus tiré contre avion ou quelque autre pétoire, lorsque j’aperçois dehors mon voisin Chamacé, mû par le même sentiment de curiosité que moi : « Où est-il ce caffut ? — Un caffut, me répond-il, vous êtes modeste. Regardez plutôt ! » À 20 mètres derrière son abri, de l’autre côté de la route, la terre semble avoir été remuée. Nous approchons : c’est bien le point de chute d’un obus qui a éclaté et au seul examen du trou nous reconnaissons qu’il s’agit d’un obus de gros calibre,

Tome II · AD084_0387(2)Page manuscrite 775
22 avril 1917

22 avril 1917 — explosion retardée près des abris — continuation p.776

Source : manuscrit

210 au moins, armé d’une fusée à long retard et qui a par conséquent éclaté à une profondeur de plusieurs mètres. C’est ce qui explique que nous n’ayons pas entendu de détonation. Ces obus sont naturellement peu efficaces sur le personnel à découvert mais si les Boches s’obstinent à nous tirer de ces petits jouets et que l’un d’eux tombent sur un de nos abris nous sommes propres. D’ailleurs pour ne pas que nous restions dans l’indécision, un nouvel obus arrive et tombe à droite de ma pièce de droite. La batterie qui nous bombarde est donc fortement à droite et nous prend d’écharpe. Nous avons donc beaucoup de chance pour ne pas l’échapper. Au bout de 8 obus le tir s’arrête mais je reste surpris que nous en soyons quittes à aussi bon compte. J’ai d’ailleurs par un de mes sous officiers l’explication de ce tir. Ce matin au petit jour pendant que les hommes rangeaient les munitions un avion boche a survolé la batterie à 100 mètres d’altitude. La 39e DI à laquelle nous étions attachés et qui a fait l’attaque est remplacée par la 168e DI.

Tome II · AD084_0388(2)Page manuscrite 776
23 avril 1917

23 avril 1917 — activité des artilleries

Source : manuscrit

23 avril. — Les Boches continuent à envoyer quelques grosses marmites dans la région mais cette fois très loin de nous. Le matin je vais voir le commandant pour obtenir quelques renseignements sur la prochaine attaque.

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24 avril 1917

24 avril 1917 — situation devant Vendresse

Source : manuscrit

24 avril. — Situation toujours relativement calme. Depuis hier le temps est revenu complètement au beau et j’en profite pour aller faire quelques photos à Vendresse.

Tome II · AD084_0388(2)Page manuscrite 776
25 avril 1917

25 avril 1917 — refus d’obéissance de Teulier

Source : manuscrit

25 avril. — Les Boches continuent à tirer dans notre région mais heureusement à une certaine distance et nous n’y prenons pas garde. Ils tirent aussi sur Vendresse et l’aspirant Grammont de la 12e Batterie, malgré son casque est blessé sérieusement à la tête par un éclat d’un obus tombé à plus de 400 mètres de la batterie. Aujourd’hui je suis obligé d’aller aux échelons pour une assez grave affaire : un de mes conducteurs nommé Teulier a refusé de monter à la position malgré les ordres trois fois répétés de l’adjudant et devant témoins. Il y a là un refus d’obéissance caractérisé et je suis dans la pénible obligation d’appliquer le règlement dans toute sa rigueur. L’homme a donc

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25 avril 1917

25 avril 1917 — refus d’obéissance de Teulier — continuation p.777

Source : manuscrit

été immédiatement incarcéré en prévention de conseil de guerre et je dois lui faire subir un interrogatoire pour joindre à mon rapport. Je m’installe donc dans la grotte qui sert de bureau à ma batterie avec l’adjudant comme assesseur et le chef comme greffier. Le délinquant est introduit, conduit par deux soldats en armes : c’est un malheureux algérien, d’origine douteuse, de parents misérables et absolument illettré. L’interrogatoire est d’ailleurs fort bref car l’accusé avoue à peu près tout ce qui lui est reproché et met cela sur le compte du cafard. Les deux témoins, canonniers de deuxième classe, fort émus d’accuser un camarade, confirment d’ailleurs l’accusation de l’adjudant. Le cas est flagrant et la culpabilité évidente mais l’accusé est si manifestement un dégénéré et en partie irresponsable que je plaide pour lui les circonstances atténuantes sur le rapport que j’adresse à la division. Ce pénible devoir rempli je remonte à la position en empruntant pour cela un des ponts de bois établis sur l’Aisne en prévision de l’offensive.

Tome II · AD084_0389(2)Page manuscrite 777
26 avril 1917

26 avril 1917 — bombardement de la position

Source : manuscrit

26 avril. — Nous ne tirons toujours pas de la journée mais par contre les Boches s’en chargent. Le soir à 18 heures comme nous sommes tranquillement Dumay, Gardelle et moi dans notre cagna un obus de gros calibre arrive avec un ronflement de tonnerre, éclate avec un fracas épouvantable, remplissant notre abri de terre et de fumée. Nous bondissons de l’abri : l’obus est tombé à 6 ou 7 mètres au plus, en plein milieu de la route, détruisant cette dernière au deux tiers et démolissant le tunnel qui passe sous la route. Goosen et Gadelin qui passaient à ce moment sous le tunnel n’échappent à la mort que par miracle. Le trou d’obus a plus de 6 mètres de diamètre ! Une dizaine de coups arrivent ensuite sans causer heureusement d’autres dommages. Depuis plusieurs jours, pour pouvoir mettre mes hommes à l’abri de ce bombardement j’ai fait commencer le creusement d’une sape dans le boyau qui longe la route mais par suite du manque de matériaux, les travaux n’avancent pas vite.

Tome II · AD084_0389(2)Page manuscrite 777
27 avril 1917

27 avril 1917 — coup direct et déplacement des hommes

Source : manuscrit

27 avril. — Le matin à 6h20 le premier obus boche tombe en plein dans la position. Je fais immédiatement lever les hommes et leur donne l’ordre de se porter un peu à gauche du côté de la 11e batterie. Le der-

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27 avril 1917

27 avril 1917 — coup direct et déplacement des hommes — continuation p.778

Source : manuscrit

nier des huit hommes couchant dans cet abri est à peine à deux mètres de la porte qu’un obus tombe sur l’abri et le défonce. Un autre tombe près de l’abri de la 4e pièce à dix mètres de moi mais n’éclate pas, un autre à quelques mètres de la première pièce. Ces entonnoirs sont énormes et certains mesurent plus de 7 mètres de diamètre et 3 mètres de profondeur. D’après les indications qui me sont fournies sur les batteries boches en action, je pense que ce que nous recevons est du 280. Au bout de 14 coups, le tir cesse.

Tome II · AD084_0390(1)Page manuscrite 778
28 avril 1917

28 avril 1917 — travaux de protection

Source : manuscrit

28 avril. — Nous continuons à ne pas tirer. Le soir au moment où nous nous mettons à dîner les Boches recommencent à nous tirer dessus avec une précision diabolique comme depuis deux jours. Nous appuyons donc du côté de la 11e batterie en suivant le boyau lorsqu’un obus arrive en ronflant. Cette fois, il est pour nous et je sens la tête me rentrer dans les épaules ! Heureusement qu’il tombe à 6 ou 7 mètres de nous et que le boyau sert de pare éclat sans quoi aucun de nous n’en réchappait. Sur ces entrefaites un chariot de parc, conduit par un homme sans doute inconscient du danger, arrive au grand trot de Vendresse se dirigeant vers Verneuil. Nous faisons au conducteur des gestes désespérés pour l’engager à faire demi tour, mais lui, ne comprenant sans doute pas, continue son chemin. Au même moment un obus arrive et tombe en plein milieu de la route à 10 mètres devant le nez des chevaux. Ceux ci se cabrant, font demi tour et la voiture repart à fond de train en sens inverse sans autre dommage. Au bout de 12 coups le tir allemand cesse et nous revenons finir notre dîner qui est naturellement complètement froid, le petit intermède ayant duré une bonne demi heure. Étant donné l’insistance des Boches à nous tirer dessus je me décide à aller coucher avec mes hommes dans les cagnas de Montfaucon à 300 mètres devant la batterie, où nous passons une nuit tranquille.

Tome II · AD084_0390(1)Page manuscrite 778
29 avril 1917

29 avril 1917 — bombardement du secteur

Source : manuscrit

29 avril. — À 6h35 les Boches recommencent à tirer sur notre position ainsi que sur celle de la 11e batterie mais cette fois c’est le grand jeu car le tir ne cesse qu’à 14h10 après une consommation de 119 coups. Dans notre batterie plusieurs coups sont à proximité des pièces mais en somme aucun dommage. À la

Tome II · AD084_0390(1)Page manuscrite 778
29 avril 1917

29 avril 1917 — bombardement du secteur — continuation p.779

Source : manuscrit

11e, deux sapes qui avaient été amorcées sont effondrées. Les paquets de poudre sont dispersés aux quatre vents comme des confettis. À la batterie de 75 qui est derrière nous, toutes les munitions sautent avec un bruit terrible. 3 canons sont anéantis mais heureusement aucune perte en hommes. Un abri est détruit mais par bonheur les hommes venaient de le quitter depuis deux minutes ! Dans l’après midi je vais avec Chamacé voir le commandant pour lui exposer la situation et lui demander l’autorisation de changer de position. Je le demande avec d’autant plus d’insistance que nous sommes beaucoup trop près des premières lignes pour pouvoir tirer avec précision avec le canon de 155C. Schneider, dans les conditions où nous sommes il est impossible de tirer à une distance inférieure à 3.500 mètres, or nous sommes à moins de 3000 mètres des premières lignes. Le commandant pense que ma réclamation sera mal reçue des autorités supérieures mais cependant il nous autorise à chercher une position plus en arrière et à y installer chacun une pièce. Nous reconnaissons donc Chamacé et moi deux positions sur les pentes nord de Madagascar, celle de la 11e dans le bois à gauche du côté de Verneuil Courtonne la mienne derrière un petit bois plus à droite à 300 ou 400 mètres de la route de Vendresse. La position n’est pas bonne d’abord parce qu’elle sera en pleine vue des saucisses allemandes, mais encore parce que le bois qui nous masque est fortement déplumé et beaucoup trop étroit, 70 mètres environ. Sur ce front je devrai loger mes quatre pièces, 2000 ou 3.000 obus et loger mes 45 hommes. Il faut cependant nous contenter de cela car il n’y a pas le choix à moins de se placer derrière Madagascar mais à cela il ne faut pas songer. Il y a heureusement encore dans ce bois des boyaux d’infanterie qui nous serviront à nous dissimuler. Il y a aussi un abri assez vaste dans lequel je pourrai loger au moins une vingtaine d’hommes. Dans la nuit nous transportons sans incident une pièce. Le déménagement s’opère avec d’autant plus de facilité que le temps est maintenant très beau et très chaud.

Tome II · AD084_0391(1)Page manuscrite 779
30 avril 1917

30 avril 1917 — aménagement de la nouvelle position

Source : manuscrit

30 avril. — Le matin de bonne heure nous nous

Tome II · AD084_0391(1)Page manuscrite 779
30 avril 1917

30 avril 1917 — aménagement de la nouvelle position — continuation p.780

Source : manuscrit

rendons à la nouvelle position pour pousser activement les travaux d’aménagement des emplacements de pièces et des abris ainsi que le creusement de deux sapes dont j’ai entrepris la construction. Mes hommes travaillent avec une activité fébrile et je n’ai pas besoin de les encourager. À la sape de la 1re section 6 ou 7 mètres de descente sont creusés dans la journée. Il faut aussi régler la pièce que nous venons d’installer et effectuer les tirs qui nous sont demandés. Cette nouvelle pièce tire ainsi dans la journée 175 coups. Les Boches de leur côté ne restent pas inactifs et marmitent énormément le secteur en particulier le groupe Evrard qui est maintenant à 500 mètres devant nous. Accablée de 150, une des Batteries du groupe a 3 canons hors de combat. Un tas de gargousses flambe au groupe Gacogne devant nous. La route de Vendresse à notre droite est également marmitée d’une manière très violente : les éclats arrivent jusqu’à nous comme une véritable grêle. Dans la soirée nous transportons nos 3 dernières pièces sans aucun accident à la nouvelle position. Comme si nous n’avions pas assez de ces occupations purement militaires voilà qu’on complique maintenant d’une manière énorme l’administration des unités. Depuis quelques jours en effet, nous ne percevons plus nos denrées en nature mais en espèces et avec ces espèces nous achetons à l’intendance ce dont nous avons besoin. Naturellement on ne peut payer à la gare où les vivres sont distribués, mais au bureau du sous intendant lorsque celui ci a pu faire ses comptes. Naturellement aussi l’intendant n’a jamais le temps de faire ses comptes et comme la division à laquelle nous sommes rattachés change tous les huit jours, nous n’arrivons jamais à nous régler. Pour comble on a institué aussi depuis quelques jours le pécule : Chaque homme engagé dans l’action touche 1fr par jour. 0,50 lui sont versés directement en argent et le reste porté sur un carnet sous forme de timbres mobiles. Nous touchons bien l’argent pour le pécule mais nous ne trouvons pas de timbres à acheter. De ce fait l’argent s’accumule chaque jour dans mes poches et j’ai en ce moment sur moi une quinzaine de mille francs, ce qui est fort gênant. Si au point de vue administratif nous pataugeons il n’en est pas de même heureusement dans le domai-

Tome II · AD084_0392(2)Page manuscrite 780
30 avril 1917

Photographies 615–617 — mont Charmont et petit bois

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0393(2).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

615 — Le mont Charmont 616 — La position du petit bois 617 — La cagna du petit bois

Tome II · AD084_0393(2)
30 avril 1917

30 avril 1917 — aménagement de la nouvelle position — continuation p.783

Source : manuscrit

ne de la technique. Nous commençons à pousser l’étude balistique de chacune de nos pièces pour déterminer son « coefficient » par rapport à la pièce type qui a servi à établir les tables de tirs. Ces coefficients varient malheureusement avec le type d’obus ainsi qu’avec la charge ce qui complique nos études. Le service météorologique de l’armée fonctionne maintenant d’une manière parfaite et toutes les trois heures nous recevons communication de la pression barométrique, de la température et de la vitesse du vent aux différentes altitudes. Cela nous permet au moyen des abaques que nous possédons de corriger avec beaucoup de précision les éléments de nos tirs. Jusqu’à ces jours derniers les mauvaises conditions de notre installation ne nous ont pas permis de mettre en application tous ces perfectionnements mais maintenant nous pouvons en tirer tout le parti possible.

Tome II · AD084_0395(1)Page manuscrite 783

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