9 avril. — Le temps qui était assez beau hier devient aujourd’hui horrible. La pluie et la neige font rage comme si l’hiver ne devait jamais finir et comme notre installation est plus que précaire, nous souffrons horriblement de ce mauvais temps. Nos téléphonistes surtout ont depuis quelques jours un travail très pénible car ils doivent installer les raccordements de notre batterie avec les lignes existantes qui sont placées dans des boyaux spéciaux. Or, en plusieurs endroits ces boyaux sont pleins de boue sur une hauteur qui dépasse parfois 60 centimètres. Goosen et Somme, surtout se multiplient avec un entrain admirable pour maintenir nos liaisons téléphoniques de jour comme de nuit. Jusqu’à présent mes hommes résistent assez bien malgré ces conditions atmosphériques défavorables : Goosen vient cependant de prévenir que l’un des téléphonistes, une jeune recrue du dépôt, nommé Vincent, ne tient plus debout : il a eu, paraît-il, des crachements de sang et des syncopes. Je vais immédiatement voir Vincent : « Mon ami, lui dis-je, je trouve que vous êtes un peu fatigué. Vous remonterez ce soir aux échelons pour vous reposer quelques jours. » Le pauvre garçon, les yeux pleins de larmes, me supplie de ne pas le renvoyer. Il m’assure qu’il se porte bien et s’imagine que je le renvoie parce que je suis mécontent de lui ! J’ai toutes les peines du monde à lui ôter cette mauvaise idée de la tête et parviens à le décider à partir, ce qu’il fait, la mort dans l’âme. Ce brave garçon devait d’ailleurs être bientôt renvoyé à l’arrière et réformé.
Dans l’après midi je retourne avec Chamacé au poste de commandement, ce qui n’est pas sans risques car les Allemands tirent assez violemment en arrière de Madagascar sur une batterie d’obusiers de 270. Comme nous approchons, un des dépôts de munitions de cette batterie saute avec un bruit terrible. Les Boches peuvent d’ailleurs tirer à coup sûr dans cette plaine où il y a au moins une vingtaine de batteries lourdes de tous calibres, Mortiers de 270 et de 370, obusiers de 220 Schneider, canons de 155 court et long. L’entassement des canons et des munitions dans tout ce coin est invraisemblable et si les Boches se mettent