Photographie 629 — Au repos à Romery

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629 Au repos à Romery
31 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.
Tome III · AD084_0035(5)

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629 Au repos à Romery
1er juillet. — D’après les ordres reçus je dois rejoindre ce soir ma section de Jumigny. Je ne suis pas sans inquiétude pour ce déplacement si les Boches sont aussi agités que ce soir. Pour justifier mes craintes à 17h30 le bombardement allemand recommence avec violence sur tout le secteur et en particulier dans notre coin mais heureusement un peu long. Vers 20h30 heureusement le calme se fait à peu près et à 22 heures nos attelages et mes voitures arrivent pour procéder au déménagement de la position. À 23h30 nous partons sans encombre par Bourg et Comin et Oeilly et vers 1h30 nous arrivons à Jumigny. La batterie est entièrement engagée dans le village lorsque les Boches se mettent à tirer sur l’entrée sud. Craignant que nos dernières voitures aient été atteintes je me précipite à la queue de la colonne. Heureusement les points de chute les plus rapprochés sont encore à plus de 100 mètres mais si nous étions passés cinq minutes plus tard il est certain que nous aurions écopé. Pour une fois encore nous l’avons échappé belle. La mise en batterie est effectuée assez rapidement malgré l’état bouleversé du terrain et à 2h30 nous sommes installés dans notre confortable P.C.
2 juillet. — À mon arrivée je constate avec plaisir que le secteur est calme. Un beau soleil brille et malgré l’aspect désolé de ma position de batterie il me semble que notre situation est des plus enviables. Quel calme à côté de l’agitation du lieu que nous venons de quitter. Il est sans doute prématuré de tirer des conclusions sur la sécurité de la position après un séjour de quelques heures mais je suis si heureux d’avoir quitté Vendresse que je ne peux m’imaginer que cette position lui ressemble. Je me décide immédiatement à tirer profit de ce calme en faisant au soleil une toilette complète ce qui ne m’est pas arrivé depuis 15 jours. Il fait si bon au soleil que je prolonge avec une sorte d’ivresse ces soins corporels tout en jouant avec un jeune chat noir égaré dans les ruines. Ayant oublié dans mon P.C ma brosse à dents, détail prosaïque, je redescends la chercher mais à peine suis je au mi-
lieu des 8 ou 10 marches de l’escalier qui descend à ma cagna qu’un obus de 105 arrive en ronflant et s’écrase avec un bruit terrible sur le toit de ma cagna à 2 mètres de ma tête. Le choc me projette dans l’abri où je tombe dans les bras de Dumay qui me croit mort. Je n’ai rien heureusement qu’une forte commotion mais sans l’oubli de ma brosse à dents il est certain que j’étais un homme mort. Cet incident ne m’empêche pas d’achever ma toilette mais avec beaucoup de hâte et bien moins d’enthousiasme. Malgré cela je considère la position de batterie comme assez bonne et j’apprends presque avec regret que nous devons aller au repos le 9 de ce mois dans la région de Crépy en Valois. Je crains de ne pas trouver à notre retour du repos une position aussi bonne.
3 juillet. — Après cinq nuits passées sans sommeil je peux enfin me reposer et à 9 heures du matin je dors encore à poings fermés. Je ne crois pas d’ailleurs que cette position nous permette à mes hommes et à moi de nous reposer un peu. Dans l’après midi en effet le commandant Annibert vient me chercher pour aller faire une reconnaissance encore plus à droite du côté du Plateau triangulaire. Nous reconnaissons quelques positions de batteries dans les bois à côté d’un groupe du 110e. Tous ces bois ont d’ailleurs été massacrés par la mitraille et les couverts sont rares. Les environs du château de Blanc Sablon sont particulièrement bouleversés et des batteries entières ont dû être enterrées là. Il y a dans cet endroit un amas prodigieux d’obus et de douilles vides, de voitures démolies et de morceaux de canons qui montrent combien la lutte a été ardente dans ce secteur pendant la dernière offensive. Comme nous reconnaissons une position de batterie le long de la route de la Légion un avion boche laisse tomber deux bombes derrière nous, heureusement assez loin. À peine suis je rentré à la batterie qu’un ordre de tir nous arrive. Le feu commencé à 17 heures n’est interrompu qu’à 22h30 et il a fallu dîner entre deux coups de canon. Si nous avons mal dîné nous avons eu au moins du dessert, car un des habitants du village qui est notre voisin, un vieux bonhomme tout à fait drôle est venu nous offrir une superbe assiette de fraises de groseilles et de framboises. Naturellement mes hommes qui détestent les civils veulent à tout prix que

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celui là soit un espion. J’ai toutes les peines du monde à rassurer mon chef de pièce Vallée qui veut absolument que je coffre ce bonhomme. Pour une position de repos elle s’est passablement agitée puisque depuis 3 jours que nous l’occupons nous y avons tiré déjà plus de 470 obus.
4 juillet. — Après une matinée calme je reçois à 13 heures l’ordre de partir en reconnaissance d’observatoire avec Simon. La 12e batterie est en effet revenue de notre côté et s’est mise en position au milieu du village. La 11e batterie est en position au dessus de nous à 500 mètres en arrière près des carrières de l’Yser situées au dessus de la ferme Cuissy. Le poste de commandement est également installé dans une de ces carrières. Le groupe est en ce moment aux ordres de la 6e DI et de la 87e DI. La multiplicité des missions et des ordres reçus rend le service du groupe fort pénible. Dans l’intention de reprendre le terrain perdu au sud d’Ailles, il a été reconstitué un groupement sous les ordres du commandant Annibert. Ce groupement comprend le 7e groupe du 105e, le 9e groupe du 82e, mortiers de 220 sous le commandant Alayrac, 2 batteries du 9e groupe du 104 (Ct Sagols) le tout aux ordres de la 6e DI. C’est aujourd’hui que doit commencer à outrance la démolition des tranchées de la poche d’Ailles. Ma reconnaissance d’aujourd’hui a pour but de reconnaître le secteur. Le chemin situé à mi pente du plateau de Paissy nous amène aux Creutes de Vassogne où nous prenons le boyau Montauban long de plus de 2 kilomètres et qui nous mène dans les tranchées de Tulle et de Weimar d’où l’on a déjà des vues assez bonnes, en particulier sur la région de la ferme Heurtebise. À un certain endroit la tranchée est barrée par un rang de sacs à terre. La ligne française ayant été modifiée à plusieurs reprises au cours de ces jours ci je me demande si je ne vais pas trouver des Boches de l’autre côté des sacs à terre. Pour le franchir je mets donc le revolver au poing mais ce sont des casques bleus que j’aperçois de l’autre côté des sacs à terre. À l’ouvrage de Cassel où nous arrivons bientôt les vues sont bonnes du côté de la Bovelle. Nous sommes là depuis quelques minutes lorsqu’un violent combat de grenades éclate à notre gauche. Nous continuons cependant notre reconnaissance. La vue qu’on a de ce point est fort étendue
Sans doute, on ne voit pas le fond de la vallée de l’Ailette car nous sommes trop loin de la crête militaire nord, cependant on voit parfaitement tout le plateau de la Bove ainsi que les villages de Neuville, Chamizy et Bouconville. Le château de la Bove qui devait être très beau est entièrement ruiné. L’artillerie, qui le prend d’ailleurs comme point de réglage continue à s’acharner sur lui. Je laisse Simon à l’observatoire pour régler les tirs des deux batteries et je redescends chez moi. Un peu avant mon arrivée, les Boches commencent à tirer des 150 fusants au dessus de nous, ce que je n’aime pas beaucoup, d’autant plus que nous devons effectuer un réglage par avion qui commence à 19h15. Le tir boche devient à ce moment percutant coups par coups, puis à 19h20 par rafales de 2 coups et enfin à 19h30 par rafales de 4 coups. À 20 heures enfin le tir s’arrête mais nous avons reçu plus de 100 obus tout autour de la batterie. À 20h40 alors que nous sommes en train de dîner le tir reprend de plus belle et à peine les premiers coups sont ils tombés que des cris de blessés se font entendre derrière la batterie. Dumay, Gardelle et moi, aidés de Richard, de Jules, de Mulquin et de Gaouyer, nous nous précipitons du côté d’où viennent les cris. Ceux ci ont d’ailleurs cessé et nous nous apprêtons à rentrer après des recherches infructueuses lorsque de nouveaux cris : « À moi ! » se font entendre. Nous découvrons alors à 100 mètres derrière nos pièces, derrière un rideau de peupliers 2 téléphonistes d’une batterie voisine du 32e qui paraissent blessés. Nous nous précipitons vers celui qui appelle et qui a deux cuisses brisées. Malgré les obus qui continuent à tomber autour de nous avec une grande intensité mes hommes étendent le blessé sur un brancard et l’emmènent rapidement vers la droite. Je me précipite vers l’autre téléphoniste, tombé à genoux le nez sur son appareil et le retourne sur le dos, mais la mort a déjà fait son œuvre. Le pauvre garçon tient encore dans sa main crispée le couteau qui lui servait à faire une ligature à son fil téléphonique rompu. Je me hâte donc de battre en retraite d’autant plus vite que les obus continuent à tomber assez près autour de moi, si près même que l’un d’eux me renverse de son souffle. Le blessé est enfin amené au poste de secours d’où je téléphone au commandant
du groupe du 32e pour lui rendre compte de ce que mes hommes ont fait. Ce commandant qui est en train de jouer au bridge n’aime sans doute pas à être dérangé : en effet, non seulement il ne me remercie pas, ni mes hommes non plus pour ce que nous venons de faire mais c’est tout juste s’il ne m’envoie pas au diable. Heureusement que nous sommes aux deux bouts du fil car si nous avions été face à face je crois que les choses se seraient gâtées. Après ces émotions diverses nous pensons avoir le droit de nous reposer mais à 22h30 il faut encore exécuter un tir de 50 coups.
6 juillet. — Les Boches manifestent toute la nuit une grande activité dans notre coin. Les batteries de 75 situées à droite dans la ferme continuent à être marmitées à coups de 210. Pour nous ce sont seulement des 105 et des 150 qui tombent tout autour de nous et toute la journée il est impossible de maintenir une communication téléphonique quelconque avec le poste de commandement et avec la 12e batterie tellement le tir ennemi est intense sur le village. Goosen et Somme se dépensent cependant sans compter sur les lignes téléphoniques sans parvenir à maintenir une liaison quelconque, la ligne étant coupée à peine réparée. Ils reviennent désolés après 4 heures d’efforts sans avoir pu obtenir un résultat et à peine ont ils quitté ma cagna où ils sont venus me rendre compte de leur mission, pour rentrer dans la leur qu’un obus de 105 tombe entre nos deux abris : cinq minutes plus tard ils n’en réchappaient pas. Malgré l’intensité du tir allemand nous devons continuer nos tirs de démolition et notre consommation pour la journée atteint 530 coups. Malgré que les obus continuent à tomber un peu partout autour des abris et autour des pièces personne n’a été atteint jusqu’à présent mais les tirs terminés, comme les hommes rentrent dans leurs abris, Besse est blessé par un éclat à la poitrine qui nécessite son évacuation. D’après un ordre que nous recevons ce soir le groupe doit se préparer à partir au repos mais en même temps on nous indique que nous devons rester en position
jusqu’à nouvel ordre.
7 juillet. — Aujourd’hui, attaque de la poche d’Ailles. Il est prévu pour l’appuyer 5000 coups de 155 pour 5 batteries et 500 coups de 220 pour 2 batteries. En ce qui nous concerne la consommation de la journée est de 720 coups. Les Boches nous laissent heureusement parfaitement tranquilles pendant l’exécution de ces tirs. À 17h15 l’attaque se déclenche pour reprendre le terrain perdu mais à part une légère avance sur la droite l’attaque peut être considérée comme manquée. Notre tir est terminé ou à peu près lorsque les Boches nous envoient 20 coups de 210 qui tombent à peine à 100 mètres à droite de nos pièces. Nous bénissons une fois de plus l’erreur de pointage de ces messieurs. Toute la nuit les munitions nous arrivent pour remplacer celles que nous venons de consommer et cela n’est pas fait pour reposer mon personnel qui commence à en avoir assez. Depuis 3 jours, par des tirs de jour et de nuit nous avons tiré 1724 obus soit 85 tonnes de projectiles et mes hommes sont à bout de forces. La relève est vraiment désirée par tous car voilà trois nuits consécutives que nous ne dormons pas. Le capitaine Pascal étant venu me voir le matin avec ses 3 commandants de batteries nous ne doutons pas de la relève prochaine.
9 juillet. — Depuis deux jours le temps est franchement mauvais et aucun avion n’est possible. L’artillerie en profite pour entretenir les destructions. Ma batterie ne tire plus ainsi que 240 coups en deux jours ce qui nous permet de respirer un peu. Les munitions que nous tirons sont d’ailleurs pour une partie celles que nous avions à la position du petit bois de Vendresse où mes voitures ont dû aller les charger et les ramener ce qui n’a pas été facile. Cette position de Vendresse continue en effet à être marmitée bien que nous n’y soyons plus et à plusieurs reprises mes hommes n’ont pu l’atteindre à cause des bombardements par obus asphyxiants. Pour comble de malchance nous apprenons que la relève est supprimée ce qui ne nous étonne d’ailleurs pas outre mesure.
10 juillet. — Le groupe Sagols reste à la 6e DI quant à nous, on nous remet à la disposition de l’AL du 3e CA ainsi que le 9e groupe du 82 et une batterie du 3e RAP, car on doit continuer à pilonner les tranchées
du secteur d’Ailles. Le mauvais temps continue d’ailleurs et empêche toute observation aérienne, la seule possible dans ce secteur.
13 juillet. — Depuis deux jours les Boches sont assez calmes et nous avons peu tiré : 120 coups en deux jours. Aujourd’hui par contre les Allemands sont fort agités et vers le soir nous recevons l’ordre de tirer une centaine de coups dans la direction de l’arbre de Cerny. Nous avons beaucoup de peine à exécuter ce tir car le ciel est rempli d’avions ennemis et bientôt l’artillerie adverse nous envoie quelques marmites. L’intensité de notre tir est tout à coup ramenée bientôt par ordre à un chiffre très faible. Je fais abriter mon personnel laissant seulement en action ma pièce de droite, servie seulement par le chef de pièce Vallée et le pointeur Mulquin. Rentré dans ma cagna j’entends à un certain moment un éclatement que je prends pour un coup de départ de ma 4e pièce mais une abondante fumée qui s’élève bientôt me montre qu’il y a autre chose. Je me précipite hors de mon abri et j’aperçois autour de ma 1ère pièce déserte, le raphia qui la recouvre flambant comme un feu de paille. Or, un lot important de munitions est abrité sous ce raphia et je sens monter en moi une vive colère devant cette négligence de mes deux hommes qui ne prennent pas la peine d’éteindre l’incendie que je crois avoir été allumé par un coup de départ de la pièce. Tout en appelant mon personnel je fais tous mes efforts pour limiter les progrès de l’incendie lorsque je vois surgir le pointeur Mulquin, noir de poudre. Je commence à l’injurier vigoureusement mais lui me répond tout penaud : « Mais, mon capitaine, c’est un obus boche qui nous a foutu le feu ! » Vallée, qui apparaît bientôt aussi noir que son pointeur, me confirme ses dires. Alors que Mulquin était à son appareil de pointage et Vallée à deux mètres de lui, en train de préparer une douille, devant un abri à munitions, un obus boche est tombé sur le dit abri, mettant le feu aux douilles et au raphia, enveloppant mes deux hommes sans leur faire aucun mal ! Remis de leur émotion ils m’aident avec d’autres hommes à rétablir l’ordre autour de la pièce. Comme je dois partir en permission dans la soirée
je ne suis pas sans inquiétudes car la route allant vers l’arrière, est, elle aussi copieusement battue. Enfin après dîner j’arrive à rejoindre les échelons sans incident.
14 juillet. — Après avoir déjeuné tranquillement aux échelons je pars à 15 heures prendre à Fismes le train pour Paris.
24 juillet. — Depuis 10 jours que je suis absent, les communiqués ont tellement parlé de mon secteur que je me demande si je ne vais pas trouver tout à feu et à sang en arrivant. Heureusement il n’en est rien et René que je trouve à la gare de Fismes où j’arrive vers 14h30 m’apprend que tout le monde est parfaitement calme et en bonne santé. Dumay a cependant beaucoup tiré en mon absence, plus de 1400 coups, mais le seul ennui qu’il a eu c’est d’avoir été obligé de déménager la nuit dernière pour laisser notre position de Jumigny à une autre batterie d’un autre régiment. Les Boches ont continué bien entendu à marmiter Jumigny et même à y jeter des bombes d’avions. L’une d’elles est tombée dans un champ de pommes de terre à 30 mètres du PC et a fait paraît il en éclatant, un bruit infernal. Nous sommes maintenant en position un peu plus en amont entre Cuissy et Paissy. J’arrive vers 17 heures à la position qui me paraît vraiment sympathique. Mes 4 pièces sont en batterie le long d’un chemin creux bordé d’arbres qui donnent un bon défilement. Les abris sont confortables et notre PC suffisamment solide. Je ne me lasse pas d’admirer la position et surtout sa parfaite tranquillité lorsque les Boches pour me contredire, envoient quelques obus dont quelques uns tombent à 10 mètres à peine de la première pièce. Hier la 158e DI qui a relevé la 6e DI a repris l’attaque de la poche d’Ailles sans d’ailleurs aucun succès. Notre déplacement a coïncidé avec de profondes modifications du groupement. Le 9e groupe du 82e passe au corps de droite, la batterie Richard reste à l’AL3, et le 7e groupe du 105e passe à la 68e DI. Nous relevons le groupe Regnier. La 11e batterie retourne au nord de Madagascar à son ancienne position et la 12e batterie au nord de Soupir. Le poste de commandement du groupe s’installe en même temps à Oeilly près de l’AD68. Cette pauvre ar-
tillerie lourde est mise à toutes les sauces. Notre batterie bien qu’étant aux ordres de la 68e DI reçoit l’ordre de travailler pour la 158e DI à droite. De plus, une opération est prévue à gauche du côté de la 130e DI qui vient de remplacer la 5e et nous devons encore prêter notre gracieux concours dans ce coin là ! L’éloignement des batteries du PC rend le commandement très précaire.
25 juillet. — Dans la soirée on me prévient d’être prêt à tirer au sud d’Ailles. Vers 18 heures en effet le bombardement commence très violent de la part des Allemands. À partir de 18h45 et toute la nuit nous tirons dans cette région pour appuyer la division de droite. La 11e et la 12e batteries sont également alertées mais elles ne peuvent tirer étant trop à gauche et bien hors de portée. Consommation totale de la nuit 230 coups.
26 juillet. — Le tir commencé hier au soir ne se termine que ce matin à 5h30. La consommation de la journée est de 250 coups. Nous apprenons que les Allemands ont enlevé encore une partie du saillant au sud d’Ailles.
27 juillet. — La situation sur le plateau du Chemin des Dames entre Heurtebise et l’Épine de Chevregny devient sérieuse. L’ennemi avance peu à peu et nos contre attaques échouent. Bientôt nous n’aurons plus aucune vue sur la vallée de l’Ailette. Le groupe exécute toute la journée des tirs nombreux sur les 1ères et 2es lignes entre Ailles et Cerny au profit de la 68e DI et de la 158e DI. Toute la journée et toute la nuit nous tirons pour préparer une nouvelle attaque au saillant d’Ailles qui doit avoir lieu le lendemain. La consommation de la journée est de 510 coups. Le soir nous apprenons que l’attaque est remise.
28 juillet. — Les Allemands continuent à manifester une grande activité et tirent énormément dans notre région, particulièrement à notre droite. L’attaque devant être prononcée demain nous tirons dans la journée 400 coups.
29 juillet. — Aujourd’hui, jour fixé pour l’attaque nous sommes debout à 3h. À 3h50 nous commençons à tirer à vive cadence jusqu’à 4h50, au total 350 coups. À partir de ce moment nous ralentissons le feu. Bien que l’artillerie française ait été fort active, puisque, pour notre part nous avons tiré 540 coups les résultats de l’attaque sont presque nuls. L’in-
fanterie encore plus épuisée que nous et surtout plus meurtrie, ne vaut plus rien à vrai dire. Mes hommes font ce qu’ils peuvent mais leur état de fatigue est extrême. Les Boches continuent d’ailleurs à tirer sur nous avec du 210 qui tombe heureusement en avant de nos pièces.
30 juillet. — Comme si nous n’avions pas encore assez à faire, par ici, voilà que ma batterie reçoit l’ordre d’appuyer éventuellement les attaques du 3e CAC qui occupe le secteur d’Heurtebise. En même temps je reçois un ordre de la 3e Division d’infanterie coloniale « à un jour J et à une heure H qui seront fixées ultérieurement la 3e DIC se portera à l’attaque… etc… » Peu de temps après m’arrive un ordre émanant de la 158e DI « à un jour J et à une heure H qui seront fixés ultérieurement la 158e DI se portera à l’attaque… etc… » puis dans l’après midi, 3e ordre de la 68e DI « À un jour J et à une heure H qui seront fixés ultérieurement, la 68e DI se portera à l’attaque… etc… ». Si les trois jours J et les trois heures H coïncident, comment ferai je, d’autant plus qu’il y a toujours la 130e DI du côté de Cerny qui peut avoir besoin de mes services. Voilà 36 mois que je suis à la guerre et vraiment comme disent mes poilus, nous n’en avons jamais « bavé » autant que ces jours ci, mes hommes et moi. Pas moyen de dormir une minute, des repas à la galopade, et à des heures impossibles, tirer le canon jour et nuit ou coltiner des munitions. Heureusement que les Boches nous laissent à peu près tranquilles sans quoi il serait impossible de résister. Aujourd’hui, jour calme, nous n’avons tiré que 90 coups.
31 juillet. — Aujourd’hui le temps est horrible et la pluie ne cesse de tomber. Nous pensons donc être tranquilles comme nous l’avons été hier, mais à 13 heures le bombardement recommence formidable sur tout le secteur. Nous y répondons faiblement en tirant 240 coups dans le secteur de gauche et le soir nous apprenons que les Boches ont encore progressé à l’est de Cerny en enlevant le saillant de Deimling. Une contre attaque est immédiatement décidée et en attendant l’artillerie pilonne le terrain perdu.