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MÉMOIRES · 1917

Novembre 1917 1917

26 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

10 novembre 1917

10 novembre 1917

Source : manuscrit

10 novembre. — À midi, retour de permission à Soissons où je trouve heureusement une auto qui me conduit jusqu’à Missy mais de là je dois prendre mes jambes jusqu’aux échelons où je ne séjourne d’ailleurs pas. Je remonte de suite à la position où je trouve tout en ordre. Pendant mon absence on a peu tiré, 140 coups environ ce qui a permis d’améliorer la position qui est maintenant presque confortable. L’événement capital qui s’est produit pendant mon absence a été l’abandon par les Allemands le 2 novembre de toute la côte du Chemin des Dames. Il n’y a plus maintenant un seul Allemand au sud de l’Ailette. Il y a eu aussi le 1 novembre un ordre pour le groupe de rejoindre ses échelons mais le contre ordre, comme de bien entendu le contre ordre est arrivé immédiatement. Les Boches, à peine remis de cette grosse secousse sont à peu près calmes cependant, dans l’après-midi ils se mettent à tirer quelques fusants au dessus de la ferme de la Colombe. Nous commençons à connaître maintenant quelques résultats de la dernière attaque. Les Boches avaient mis en ligne 3 divisions d’infanterie (37e, 14e et 15e) 2 divisions de la garde (2e et 5e) et une division de réserve (47e). En seconde ligne, prêtes à intervenir immédiatement étaient les 9e, 43e et 52e D.I. Enfin en réserve la 10e D.I., la 6e D.I. et la 3e division bavaroise appuyées par 180 batteries dont 63 d’artillerie lourde. Les troupes engagées ont eu 8000 tués, 30.000 blessés, et 11.558 prisonniers dont 241 officiers au total 50.000 hommes hors de combat, environ la moitié des effectifs engagés. Le matériel laissé entre nos mains comprend 200 canons 222 minenwerfers et 720 mitrailleuses. Dans les carrières de Montparnasse on a fait prisonniers des compagnies entières appartenant presque toutes au 4e Régiment de la garde « augusta ». Les chasseurs à pied, par plaisanterie, ont lâché un pigeon voyageur allemand après avoir glissé dans son tube porte dépêche une note disant que le 4e Régiment de la garde était en sûreté. Le fort de la Malmaison a été également enlevé facilement par les coloniaux et les

Tome III · AD084_0106Page manuscrite 894
Date non portée

Photographies 678–684

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0107.png : 7 photographies, chacune cliquable

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678 — Le carrefour du chemin des Dames et de la route de Laon 679 — Une batterie allemande

680 · 681 · 682 · 683 · 684 Les trophées de la victoire

Tome III · AD084_0107
10 novembre 1917

10 novembre 1917 — continuation p.897

Source : manuscrit

zouaves de la fameuse division Guyot de Salins avec laquelle j’ai travaillé à Verdun. Plus à droite était la division de chasseurs du général Brissaud-Desmaillets, qui n’a pu le premier jour que s’emparer des carrières du Panthéon. Le 25 seulement ses troupes peuvent s’emparer de Pargny Filain et border le canal de l’Ailette.

Tome III · AD084_0109Page manuscrite 897
12 novembre 1917

12 novembre 1917

Source : manuscrit

12 novembre. — À une heure du matin une violente canonnade à laquelle nous ne comprenons d’ailleurs rien. Toute la matinée les Boches tirent des obus à gaz au nord de la position et nous empestent littéralement. Le soir je reçois l’ordre d’aller demain matin démolir le pont et la maison d’écluse situés sur le canal au lieu dit « le pont d’Elle ».

Tome III · AD084_0109Page manuscrite 897
13 novembre 1917

13 novembre 1917

Source : manuscrit

13 novembre. — À 6h30 je pars donc avec Goosen et le brigadier téléphoniste Richard par la ferme de la Colombe et la route de la ferme Vaurains. Tant que nous sommes dans les lignes françaises, le terrain n’est pas trop bouleversé, mais à un kilomètre de la ferme nous pénétrons dans les lignes allemandes profondément retournées. De la ferme Vaurains et de l’auberge de l’Ange gardien qui lui fait face il ne reste absolument rien que des tas de décombres. À la suite de la bataille de Craonne le 7 mars 1814, Napoléon reconduisit jusqu’en ce point l’épée dans les reins les corps de Woronzof et de Sacken. La grande route de Maubeuge est par contre en assez bon état et l’on y circule sans trop de peine. À 600 mètres de la ferme Vaurains une pancarte indique ironiquement : « Chemin des Dames ». De ce chemin, pas la moindre trace mais au contraire un véritable paysage lunaire. Des trous et encore des trous, les uns dans les autres, les plus petits comme des baquets, suivant la comparaison de Marcel Prévost et les plus grands comme des cuves à vendange, et tout cela dans une belle terre brune qui devait produire à profusion des céréales et des betteraves. À 1 km plus loin, je quitte la grand’route pour atteindre à 400 mètres à droite la ferme de la Malmaison ou plutôt son emplacement car il ne reste plus rien. C’est encore ici l’image de la désolation avec cette différence que les baquets sont devenus des cuves à vendanges et les cuves à vendange des cratères de volcans. Les obus de 400 sont en effet tombés par ici, bouleversant le terrain d’une manière épouvantable. Le 31e bataillon de chasseurs à pied, collant au rideau de feu du barrage roulant

Tome III · AD084_0109Page manuscrite 897
13 novembre 1917

13 novembre 1917 — continuation p.898

Source : manuscrit

s’est emparé assez facilement de l’emplacement de la ferme, mais sous la ferme règne une vaste creute dans laquelle les Boches se défendent avec énergie. Enfin sous la pression des lance flammes, la garnison allemande met enfin bas les armes. Actuellement la creute est transformée en poste de commandement et j’y rencontre le commandant Diraison du 228e d’artillerie 2e groupe. Continuant mon chemin sur la route de Maubeuge j’atteins à 1 km plus loin l’entrée des fameuses carrières Montparnasse dont un obus de 400 a à moitié muré l’entrée. Nous parvenons cependant à entrer facilement dans ces merveilleuses carrières recouvertes d’un banc de calcaire de 22 mètres d’épaisseur et par conséquent à l’épreuve des canons des plus gros calibres. Les voitures y pénètrent et 10.000 hommes peuvent y loger à l’aise. Les Allemands qui les avaient baptisées « Barbarossa Höle » en avaient fait une redoutable forteresse souterraine avec éclairage électrique et chemin de fer. Les groupes électrogènes qui assurent l’éclairage sont vraiment bien établis et nous n’avons eu qu’à les maintenir en action. Grâce à un guide j’arrive à ne pas me perdre dans ce labyrinthe et à trouver le poste de commandement du 297e régiment d’infanterie où il n’y a d’ailleurs que l’officier adjoint le capitaine Lacroix. Un long tunnel conduit à la sortie des carrières à 800 mètres au nord ouest et près de ce point se trouve la batterie 35 × 55 sur laquelle j’ai tiré. Je peux alors constater de visu les effets de mon tir. La batterie est complètement retournée et l’un des obusiers de 150 qui l’armait est encore en place, mais démoli. Le P.C. du chef de bataillon de 1re ligne est à côté dans une petite carrière et je vais m’y entendre pour l’exécution de mon tir avec ce chef de bataillon qui est d’ailleurs absent. Il n’y a là que son capitaine adjoint qui me met en deux mots au courant de la situation « Mais me dit-il vous ne pourrez pas tirer car nous avons des postes le long du canal, postes qui ne peuvent guère être repliés que de nuit. Je vais tâcher tout de même de téléphoner à mon collègue qui occupe Bruyères pour lui demander s’il peut évacuer mais il va falloir que je parle en langage chiffré car les Boches surprennent toutes nos conversations téléphoniques » Après avoir réfléchi un instant il prend l’appareil et la bizarre conversation suivante s’engage.

Tome III · AD084_0110Page manuscrite 898
Date non portée

Photographies 685–688

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0111.jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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685 · 686 · 687 · 688 Quelques trophées de la victoire

Tome III · AD084_0111
Date non portée

Photographies 689–689

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0112.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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689

[Inscription dans l’image] VIe ARMÉE

[Repères chiffrés entièrement lisibles] 7365 · 7464 · 7665 · 7362 · 7462 · 8061 · 8362 · 8961 · 8059 · 8260 · 8759 · 8259 · 9459 · 7159 · 8057 · 8157 · 9157 · 7255 · 8455 · 9255 · 8754 · 8753 · 8253 · 9152 · 7050 · 7949

Tome III · AD084_0112
13 novembre 1917

13 novembre 1917 — continuation p.901

Source : manuscrit

« Allo ! Allo ! Dupont ! — Dupont écoute. — C’est moi Durand. Bonjour mon vieux ! — Dis donc, tu te souviens de Balthazard ? — Qui ça, Balthazard, le toubib ? — Oui (Le docteur Balthazard, ancien élève de l’École polytechnique et médecin légiste commandait à Verdun un groupe de 155) Eh bien, il y a ici un mec dans le genre de Balthazard qui désirerait faire des plantations le long de la baignoire (tirer près de la rivière) Ce sont des grosses plantations (gros obus). Tu as des jardiniers dans ce coin là ? — Oui. — Loin de la baignoire ? — 100 piges. — Eh bien il faudrait les faire ratisser encore 100 piges plus près d’ici pour que le mec en question ne piétine pas leurs platebandes. — Je vais essayer mais je ne sais pas si je vais pouvoir à cause des pépinières (mitrailleuses). Je te rendrai compte. » En attendant que la compagnie de Bruyères puisse faire replier ses postes et que l’A.D. m’autorise à tirer je pousse jusqu’à l’observatoire situé à la lisière sud du bois des Hoinets au bord de l’éperon qui domine la vallée de l’Ailette. Il y a là toute une série de batteries de 77 contrebattues par nous et qui sont vraiment dans un piteux état. Plusieurs pièces sont encore dans les casemates ainsi que des munitions peu abondantes d’ailleurs. Cela a été d’ailleurs une des raisons de l’échec allemand. Par suite de l’intensité de nos tirs d’interdiction, les batteries allemandes ont été privées de munitions pendant l’attaque. Au milieu de la pente sont d’autres batteries de 150 et de 105 également en piteux état. Dans le fond de la vallée le long de la route vers la ferme des Vallons il y a encore plusieurs pièces de canons abandonnées avec leurs avant trains ainsi que plusieurs tracteurs incendiés. On aperçoit le village de Braye mais la brume empêche de discerner le canal. Revenant au P.C. du chef de bataillon je me décide à attendre pour tirer que la brume se lève mais la division nous informe bientôt que le tir ne pourra pas avoir lieu. Je redescends donc à la batterie où j’arrive sans incident à 12h30. Je crois pouvoir être tranquille pour le reste de la journée mais un coup de téléphone du P.C. m’annonce que le tir doit avoir lieu sans faute aujourd’hui. À 14h20 je repars donc avec Boisy et Goosen malgré mon état de fatigue mais cette fois je monte directement à travers le bled vers « la Bascule » puis également à travers le bled vers la sortie ouest des carrières Montparnasse. Après avoir marché aussi vite que le permet l’état du

Tome III · AD084_0113Page manuscrite 901
13 novembre 1917

13 novembre 1917 — continuation p.902

Source : manuscrit

terrain j’arrive à l’observatoire à 15h45. Malheureusement un lieutenant du 228e se sert de la seule ligne téléphonique pour régler sa batterie et je suis obligé d’attendre. À 16 heures enfin je peux commencer mon tir. Les obus tombant dans les terrains marécageux qui avoisinent l’écluse font des gerbes superbes et le réglage s’annonce assez facile. Malheureusement il est assez long à cause de la précarité des communications téléphoniques et à 16h45 je suis obligé de m’interrompre, n’y voyant plus. Le retour à la batterie est assez facile jusqu’à la route de la ferme Colombe mais pour redescendre de ce point dans le ravin où se trouve ma batterie nous manquons de nous rompre les os. Pour ma part je tombe la tête la première dans un réseau de barbelés sans me faire de mal.

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
14 novembre 1917

14 novembre 1917

Source : manuscrit

14 novembre. — Le Lt Colonel Champomillon me cite à l’ordre n°197 de l’A.L. du 21e C.A. avec le motif suivant : « Excellent officier. Tireur émérite, rempli de calme et de sang froid sachant obtenir de son personnel le dévouement le plus absolu. S’est particulièrement distingué au cours de la journée du 23 octobre 1917 où par la précision de ses tirs il a contribué au succès en mettant hors de combat plusieurs batteries ennemies »

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
15 novembre 1917

15 novembre 1917

Source : manuscrit

15 novembre. — La situation est toujours très calme, aujourd’hui cependant nous exécutons un tir de 30 coups sur Chailvet.

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
17 novembre 1917

17 novembre 1917

Source : manuscrit

17 novembre. — Les Boches très hargneux aujourd’hui exécutent un tir d’arrosage sur toute notre région avec des obus qui sont certainement des 130 et qui arrivent avec une vitesse vertigineuse. Ils ne font heureusement de mal à personne.

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
18 novembre 1917

18 novembre 1917

Source : manuscrit

18 novembre. — Le matin je reçois l’ordre de diriger mes pièces de façon à pouvoir tirer éventuellement dans la région de Brancourt pour appuyer une attaque de la division de cavalerie à pied qui tient ce secteur. Dans l’après-midi nous exécutons un nouveau tir à obus toxiques sur Chailvet.

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
19 novembre 1917

19 novembre 1917

Source : manuscrit

19 novembre. — Avec beaucoup de difficultés produites par la pente du terrain je suis arrivé à diriger mes pièces sur Brancourt. Dans l’après-midi nous exécutons un tir de 327 coups dans les conditions les plus dures pour le matériel, c’est à dire à obus D charge 00 et hausse supérieure à 700 : nos canons ne supporteront pas longtemps un pareil régime

Tome III · AD084_0114Page manuscrite 902
Date non portée

Photographies 690–690

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0115.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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690 — Le canal de l’Oise à l’Aisne, l’écluse et le pont d’Ille, la voie ferrée

[Inscription dans l’image] Bruyères

[Repères chiffrés] 5488 · 4180 · 4579 · 4277 · 5075 · 5774 · 5773

Tome III · AD084_0115
Date non portée

Photographies 691–695

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0116.jpg : 5 photographies, chacune cliquable

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691 — L’église de Vauxrezis 692 — Un blockhaus allemand 693 — La cathédrale de Soissons 694 — Canons allemands 695 — La cathédrale de Soissons

Tome III · AD084_0116
20 novembre 1917

20 novembre 1917

Source : manuscrit

20 novembre. — Nous tirons encore 225 coups dans les mêmes conditions qu’hier. Cette activité nous change un peu car depuis l’attaque jusqu’au 18 nous avons, en somme, fort peu tiré. Notre principale occupation est de ramasser les épaves du champ de bataille pour lesquelles des primes assez intéressantes sont données par le commandement. Pour charmer les loisirs de ses camarades, Lavit a établi dans sa cagna un cabaret artistique dénommé « la Pie qui gueule » Une grande pancarte accrochée à la porte donne le programme du jour : « La direction, ne reculant devant aucun sacrifice a engagé à prix d’or monsieur Charles Humbert qui expliquera chaque soir les Mystères de la Main qui étouffe »

Je reçois aujourd’hui des nouvelles de notre 11e groupe qui était en Italie. Pris dans la débâcle de Caporetto il a perdu tous ses canons mais heureusement peu d’hommes. L’attaque a été si violente et le recul si précipité que les artilleurs ont été surpris au saut du lit.

Tome III · AD084_0117Page manuscrite 905
21 novembre 1917

21 novembre 1917

Source : manuscrit

21 novembre. — Le matin canonnade très violente sur notre gauche à laquelle nous ne prenons d’ailleurs pas part. Le soir nous apprenons que le groupe doit quitter définitivement ses positions pour aller retrouver à Crépy en Valois le 3e groupement du 105e R.A.L. Je n’en suis pas fâché car nous ne faisons ici rien de bien intéressant surtout lorsque le temps est mauvais comme aujourd’hui et que nous sommes obligés Dumay et moi de rester confinés dans un trou de 2m × 2m et 2m de hauteur. En prévision du retour de Gardelle actuellement en permission j’avais fait commencer ces jours ci un agrandissement de 1m × 2m. Chacun de nous a ainsi à sa disposition 4m³ d’air à peu près respirable. Heureusement que notre porte ne ferme pas ! Ce prochain départ ne peut donc que nous réjouir d’autant plus que Morienval où nous devons aller est assez près de Crépy en Valois, par conséquent de Paris.

Tome III · AD084_0117Page manuscrite 905
22 novembre 1917

22 novembre 1917

Source : manuscrit

22 novembre. — Nous apprenons que les Anglais viennent de remporter un important succès devant Cambrai : avance de 8 km sur 20 km de front : 8.000 prisonniers. Ils seraient aux portes de Cambrai. Les tirs que nous avons exécutés ces jours ci du côté de Brancourt avaient pour but de détourner l’attention des Boches. Les Boches de ce fait sont assez excités et nous envoient pas mal de marmites.

Tome III · AD084_0117Page manuscrite 905
23 novembre 1917

23 novembre 1917

Source : manuscrit

23 novembre. — Toute la nuit les Boches tirent dans notre coin, heureusement ils ont le bon esprit de se tenir tranquilles pendant notre déménagement qui a lieu à 10 heures du matin. À l’échelon où nous arrivons avant midi j’apprends que tout est changé : nous n’allons plus à Morienval mais à Vauxrezis au nord ouest de Soissons ce qui est bien peu enchanteur. Nous devons demain soir cantonner à Vauxrezis, mais quand je dis cantonner, c’est une façon de parler car je sais que le dit patelin qui était dans les premières lignes allemandes avant le recul du mois de mars n’a plus guère en fait de maisons que des pans de murs.

Tome III · AD084_0118Page manuscrite 906
24 novembre 1917

24 novembre 1917

Source : manuscrit

24 novembre. — Après une bonne nuit passée aux échelons nous partons à 7h30 par Celles, Condé, Missy sur Aisne, Bucy le Long, Crouy, Pommiers. Tous ces pays ont énormément souffert du bombardement mais beaucoup de maisons ont déjà été réparées. On s’est surtout battu dans ces coins ci en 1914 et en janvier 1915. Les tombes de cette époque sont fort nombreuses le long de la route. Comme je le pressentais le patelin de Vauxrezis a bien des maisons mais celles ci n’ont plus de toits. Le village a en effet beaucoup souffert en 1914 et dans le cimetière se trouvent les tombes de 9 civils fusillés par les Boches. Nous avons heureusement pour nous loger un camp d’infanterie composé de baraques Adrian mais cela ne vaut pas la plus mauvaise des maisons surtout dans cette saison froide. Si nous devons rester là, ce sera un triste repos. Notre colonel nous quitte pour prendre le commandement de l’A.L.13 et est remplacé par le colonel Raibaud.

Tome III · AD084_0118Page manuscrite 906
27 novembre 1917

27 novembre 1917

Source : manuscrit

27 novembre. — Dans l’après midi je vais assister à Osly Courtil à une grande conférence du colonel Raibaud en présence des officiers des 5e, 6e, 7e et 8e groupes. Le colonel qui est extrêmement pointilleux ne me fait pas bonne impression du tout. Nous ne savons toujours rien sur notre nouvelle destination et les bruits les plus bizarres continuent de courir.

Tome III · AD084_0118Page manuscrite 906
29 novembre 1917

29 novembre 1917

Source : manuscrit

29 novembre. — Toujours à Vauxrezis : le bruit court cependant avec persistance que nous irions en Alsace ou tout au moins dans l’Est. Pour l’instant nous trompons notre ennui par de petites promenades aux environs. Avant hier je suis allé jusqu’à Villers la Fosse et aujourd’hui au Parc de Mercin Pommiers où l’on a rassemblé les canons boches capturés au cours de la

Tome III · AD084_0118Page manuscrite 906
29 novembre 1917

29 novembre 1917 — continuation p.907

Source : manuscrit

dernière offensive. Il y a tout d’abord des 77, puis des 77 nouveau type sur affût d’obusier, des 105, des 150 des 210, des 130, des canons russes et même un canon français transformé pour le tir contre avions. Il y a aussi une infinité de mitrailleuses, minenwerfers et autres engins de tranchées. Il y a même des automobiles et d’autres voitures. Le soir à la batterie, prise d’arme pour la remise de la Croix de guerre à Lorin, Fougerolles, Pannard, Parard, Richard et Fosset qui se sont particulièrement distingués pendant les dernières attaques.

Tome III · AD084_0119Page manuscrite 907
30 novembre 1917

30 novembre 1917

Source : manuscrit

30 novembre. — Toujours rien de nouveau à notre sujet. Dans la matinée je vais faire un tour jusqu’à Laval où est la 12e batterie. L’après midi, promenade à Soissons qui est en somme relativement peu endommagé sauf bien entendu le faubourg St Waast où l’on s’est beaucoup battu. Le quartier de la gare est relativement indemne, en particulier l’hôpital est absolument intact. La cathédrale par contre est fortement touchée et dès maintenant on travaille activement à sa restauration. Ce n’est peut être pas très prudent car les Boches tirent tous ces jours ci sur la ville avec des canons à longue portée.

Tome III · AD084_0119Page manuscrite 907

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