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MÉMOIRES · 1917

Mai 1917

43 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 mai 1917

1er mai 1917 — reprise des tirs de destruction

Source : manuscrit

1er mai. — En prévision de la nouvelle attaque nous recommençons aujourd’hui nos tirs de destruction en tirant environ 280 coups. Cette attaque sera d’ailleurs d’une amplitude beaucoup moins grande que la première puisqu’il s’agit simplement d’occuper les pentes nord du chemin des Dames et de pousser si possible jusqu’à l’Ailette. Il ne s’agit plus de percée mais d’une offensive à objectifs limités. Le temps s’est heureusement remis au beau et les arbres commencent à bourgeonner. Il était temps mais il s’en faut que le muguet soit en fleurs ! Les arbres sont en ce moment comme ils sont généralement au 15 mars.

Tome II · AD084_0395(1)Page manuscrite 783
2 mai 1917

2 mai 1917 — installation et incendie des gargousses

Source : manuscrit

2 mai. — Nous continuons notre installation à la nouvelle position et procédons en même temps aux tirs de destruction qui nous sont commandés. La consommation de la journée est de près de 300 coups. Le soir les Boches tirent encore sur notre ancienne position dont nous n’avons pas encore eu le temps d’enlever toutes nos munitions et mettent le feu à nos gargousses. L’incendie, qui éclaire tout le paysage dure toute la nuit.

Tome II · AD084_0395(1)Page manuscrite 783
3 mai 1917

3 mai 1917 — munitions, chaleur et sable

Source : manuscrit

3 mai. — Notre consommation de munitions augmente un peu plus chaque jour. Nous en sommes aujourd’hui à 330 coups. Le temps continue à être très beau et très chaud, ce dont personne ne songe à se plaindre. Les arbres, bien timidement d’ailleurs se décident à verdir et les plus beaux sont certaine-

Tome II · AD084_0395(1)Page manuscrite 783
3 mai 1917

3 mai 1917 — munitions, chaleur et sable — continuation p.784

Source : manuscrit

ment les bouleaux, chers à Corot. Il en aurait trouvé ici à peindre de fort jolis. L’emplacement qu’occupe actuellement ma batterie est une butte de sable blanc et avec la sécheresse que nous subissons en ce moment il règne dans la position un perpétuel nuage de sable. Le tir de nos canons, l’explosion des obus boches tout cela détermine une espèce de brouillard de sable très curieux. Naturellement notre cuisine faite en plein air s’imprègne de ce brouillard et tout ce que nous mangeons craque sous la dent ce qui manque tout à fait de charme. Nos canons souffrent d’ailleurs beaucoup plus que nous de cet état de chose qui leur occasionne une usure prématurée.

Tome II · AD084_0396Page manuscrite 784
4 mai 1917

4 mai 1917 — veille de l’attaque

Source : manuscrit

4 mai. — L’attaque projetée est pour demain aussi nous augmentons notre consommation qui est pour la journée de 430 coups auxquels les Allemands répondent d’ailleurs avec usure.

Tome II · AD084_0396Page manuscrite 784
5 mai 1917

5 mai 1917 — attaque du Chemin des Dames et repli de l’infanterie

Source : manuscrit

5 mai. — Le matin nous commençons à tirer à 7h30. L’attaque doit se déclencher à 9 heures mais comme nous sommes plus loin que la première fois, il est difficile de se rendre compte de ce qui se passe. La canonnade est naturellement moins violente que le 16 avril. Monté sur les pentes nord de Madagascar, armé de ma lunette de batterie, j’examine ce que l’on peut apercevoir du Chemin des Dames. Sur les ruines informes du hameau de Troyon les obus boches s’acharnent. Vers 10h30 j’aperçois sur le chemin creux qui vient de Troyon des files de piétons se dirigeant vers l’arrière et je distingue avec plaisir que ce sont des prisonniers. Nous sommes très tranquilles à la position de batterie mais il n’en est pas de même à la 12e qui a un homme tué dans la soirée et deux blessés. Nous apprenons le soir par Moreau qui a passé sa journée à l’observatoire, que notre division a progressé jusqu’aux pentes nord du Chemin des Dames mais a été ramenée brutalement sur ses tranchées de départ. À gauche et à droite nous sommes un peu plus heureux puisque nous pouvons enlever le moulin de Laffaux et le plateau de Craonne. Le soir, le commandant m’attrape violemment parce que j’ai tiré 680 coups ! L’on lésine maintenant sur la consommation de munitions

Tome II · AD084_0396Page manuscrite 784
5 mai 1917

Photographies 618–620 — Féry, pièces de 77 et clocher de Vendresse

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0397.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

618 — Féry près d’une pièce de 77 619 — Une pièce de 77 en action 620 — Le clocher de Vendresse

Tome II · AD084_0397
5 mai 1917

5 mai 1917 — attaque du Chemin des Dames et repli de l’infanterie — continuation p.787

Source : manuscrit

un jour d’offensive ! On a d’ailleurs cherché à diminuer cette consommation de munitions en utilisant quelques uns des canons capturés au début de l’offensive. Nous avons eu ainsi en face de nous un canon de 77 en batterie.

Tome II · AD084_0399Page manuscrite 787
6 mai 1917

6 mai 1917 — nouvel assaut sans résultat

Source : manuscrit

6 mai. — Dans la nuit un orage épouvantable éclate : le bruit nous réveille et aussi l’humidité car notre cagna se remplit d’eau. Notre couche étant le sol nous sommes immédiatement trempés. L’attaque amorcée hier doit continuer aujourd’hui dans notre secteur. Je tire en effet 75 coups dans l’après midi pour préparer l’attaque qui doit se déclencher à 16 heures mais comme celle d’hier elle ne donne aucun résultat. Nos fantassins ont bien progressé comme la veille mais ont encore été ramenés dans leurs tranchées de départ. Pendant tous nos bombardements les Boches se tiennent soigneusement abrités dans leurs cavernes creusées dans les pentes nord du plateau. Lorsque nos attaques se déclenchent les Boches n’ont qu’à sortir de leurs abris et à accueillir nos soldats à coups de mitrailleuses dès qu’ils descendent les pentes. On annonce bien pour la journée d’hier 4.300 prisonniers mais cela ne nous console pas de ce nouvel échec.

Tome II · AD084_0399Page manuscrite 787
7 mai 1917

7 mai 1917 — nouvelle cagna, réglage et bombardement

Source : manuscrit

7 mai. — Ce matin, horrible détail, je me réveille seulement à 8 heures ! Mon excuse est que c’est la première fois depuis cinq semaines que je peux coucher sur quelque chose qui ressemble à un lit. J’ai maintenant en effet un cadre en grillage et une paillasse, presque confortable. Notre installation est maintenant assez perfectionnée et nous ne sommes plus que trois dans notre nouvelle cagna au lieu de neuf. Cette cagna n’est malheureusement pas plus à l’épreuve des obus que la précédente et un 105, voire même un 77 en viendrait certainement à bout. La journée s’annonce assez calme lorsque dans l’après midi je reçois l’ordre d’effectuer un réglage par avion. Après plusieurs heures d’attente l’avion arrive enfin et je commence le réglage, lorsque tout à coup, un obus boche de 150 arrive sans crier gare et éclate à une quarantaine de mètres de moi. D’autres, au nombre d’environ une centaine, arrivent de même dans l’espace d’une demi heure, mais heureusement ils sont tous longs d’environ 50 mètres, sans

Tome II · AD084_0399Page manuscrite 787
7 mai 1917

7 mai 1917 — nouvelle cagna, réglage et bombardement — continuation p.788

Source : manuscrit

quoi, rien ne restait de ma batterie. De mon côté, après avoir tiré 25 coups je suis obligé de m’arrêter car l’avion ne voit rien. On nous annonce pour les combats de ces jours derniers 6100 prisonniers. Dans la soirée, profitant du temps superbe, je prends le frais devant la porte de ma cagna et je remarque cinq ou six avions boches survolant nos lignes à faible altitude. Tout à coup, sans raison apparente l’un d’eux pique droit vers le sol et disparaît derrière la crête du Chemin des Dames.

Tome II · AD084_0400Page manuscrite 788
8 mai 1917

8 mai 1917 — récit d’un avion allemand abattu au fusil

Source : manuscrit

8 mai. — J’apprends ce matin une chose vraiment incroyable. Hier au soir, au moment où les avions boches survolaient nos lignes, un officier de l’état major se trouvait en tournée d’inspection aux tranchées dans le secteur du 4e bataillon de chasseurs à pied. Ceux ci, connaissant l’inefficacité des tirs d’infanterie contre avion se gardaient bien de tirer. L’officier d’état major, moins convaincu, ayant donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les avions, l’un des chasseurs, sans conviction, épaule son fusil et tire. Quelle n’est pas sa surprise de voir un des avions descendre rapidement. Voilà ce qu’on peut appeler un beau coup de fusil : ce fait n’a pas été unique dans les annales de la guerre mais il mérite cependant d’être signalé. Dans la soirée et toute la nuit les Boches font dans notre coin des tirs de harcèlement qui manquent totalement de charme et je m’attends à tout instant à recevoir un obus dans ma cagna qui n’est toujours pas à l’épreuve du 105.

Tome II · AD084_0400Page manuscrite 788
9 mai 1917

9 mai 1917 — explosion d’un dépôt de munitions vers Soupir

Source : manuscrit

9 mai. — Les Boches qui continuent à manifester une grande activité d’artillerie, font sauter un dépôt de munitions du côté de Soupir.

Tome II · AD084_0400Page manuscrite 788
11 mai 1917

11 mai 1917 — ordre du jour n°80

Source : manuscrit

11 mai. — La situation est assez calme depuis 48 heures, pour nous tout au moins. Nous recevons du général en chef l’ordre du jour suivant n°80 : Le commandant en chef a reçu de nombreuses municipalités de France des adresses de félicitation à l’armée, aux héroïques soldats qui depuis la reprise de l’offensive ont infligé à l’ennemi de sanglants échecs. De tous les points du monde, pays alliés d’Europe, États Unis, Brésil et autres états de l’Amérique du Sud, de vibrants messages d’admiration sont venus célébrer la vaillance de nos troupes. Le général en chef est heureux d’en faire part aux armées. Officiers

Tome II · AD084_0400Page manuscrite 788
11 mai 1917

11 mai 1917 — ordre du jour n°80 — continuation p.789

Source : manuscrit

sous officiers et soldats, vous venez encore dans de nouveaux combats toujours plus rudes et plus glorieux d’affirmer votre supériorité grandissante sur l’ennemi détesté. Par les efforts combinés de nos fidèles alliés anglais et de nos troupes nous avons, en moins d’un mois fait à l’ennemi plus de 50.000 prisonniers, pris 500 canons lourds ou de campagne, un très grand nombre de canons de tranchées, plus de 1000 mitrailleuses. Nous lui avons fait subir des pertes considérables. Les réserves formidables, plus de 50 divisions, qu’il avait accumulées se sont fondues dans la grande bataille. Soldats de France ! vous tenez à la gorge l’ennemi qui avait tenté d’échapper à votre étreinte par la retraite. Vous ne le lâcherez plus ! Au nom de la France fière de ses enfants, je vous remercie. J’ai l’absolue confiance que vous achèverez votre œuvre glorieuse comme vous l’avez commencée et poursuivie depuis près de trois ans sans défaillances. Conservez intacte votre foi dans la Patrie et souvenez vous que la victoire appartient au plus opiniâtre ! » Malgré le ton de cet ordre du jour nous sommes tous convaincus qu’il annonce la fin de l’offensive qui a, en vérité, été pour nous un grave échec. Les bruits les plus bizarres circulent d’ailleurs dans le secteur : on parle de plusieurs généraux qui seraient relevés de leur commandement.

Tome II · AD084_0401Page manuscrite 789
12 mai 1917

12 mai 1917 — citations de Vayer, Mulquin et Bihet

Source : manuscrit

12 mai. — Nous avons la joie d’apprendre que Vayer, Mulquin et Bihet sont cités à l’ordre du jour pour leur belle conduite de ces jours derniers.

Tome II · AD084_0401Page manuscrite 789
12 mai 1917

Tome III — marque au crayon sur le feuillet de garde

Source : manuscrit

[Marque au crayon : III]

Tome III · AD084_0001

Tome III · AD084_0002

Tome III · AD084_0003

12 mai 1917

Photographies 621–623 — trois vues sans légendes

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0004.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir, en sépia, sans retouche.

621 622 623

Tome III · AD084_0004
13 mai 1917

13 mai 1917 — fin de l’offensive et réaction allemande

Source : manuscrit

13 mai. — Cette fois l’offensive est bien terminée et je n’en veux pour preuve que le dégarnissage du secteur. Presque toutes les batteries lourdes s’en vont et bientôt nous resterons seuls. Il n’en est malheureusement pas de même du côté boche car son artillerie se montre de plus en plus active. Toute la journée les 105 tombent dans notre coin. À partir de l’après midi ce sont les 150 qui s’acharnent sur le mont Charmont à notre droite, le village de Moulins et les batteries qui se trouvent de ce côté. À 21 heures, le tir dure toujours avec la même intensité. L’ennemi profite de l’inaction de notre artillerie pour entretenir et fortifier soigneusement ses organisations du Chemin des Dames. De même la région au nord de l’Ailette qui était complètement dépourvue de travaux de défense avant le 16 avril se couvre maintenant de tranchées et de réseaux de fil de fer.

Tome III · AD084_0005Page manuscrite 793
14 mai 1917

14 mai 1917 — canonnade à gauche et à droite

Source : manuscrit

14 mai. — La journée se passe dans un calme relatif mais le soir vers 18h 30 la canonnade éclate très violente à gauche et à droite, à gauche surtout, mais nous ne recevons pas d’ordres pour intervenir.

Tome III · AD084_0005Page manuscrite 793
15 mai 1917

15 mai 1917 — relève de division et changement de commandement

Source : manuscrit

15 mai. — La 161e DI qui occupe le secteur est relevée par la 39e DI mais son secteur s’étend maintenant de l’Épine de Chevregny à la ferme Malval et on parle de nous déplacer. Le 7e groupe du 101e et le 10e groupe du 117e font de nouveau partie du groupement d’AL. La 39e DI installe son P.C. dans les ruines du château de Soupir ce qui provoque le déplacement à cet endroit du PC du groupement. Les échelons du groupe se déplacent aussi et s’établissent à Dhuizel. L’ALC 39 comprend maintenant le 7e groupe du 105e, le 9e groupe du 82e (Mortier de 220) le 8e groupe du 117e et la 48e batterie du 11e régiment à pied (mortier de 220). Si de grands changements se produisent dans la répartition des troupes, il s’en produit aussi dans le haut commandement. Le général Nivelle quitte son commandement et est remplacé à la tête des armées du Nord Est par le général Pétain. Un changement de généralissime est toujours une chose très délicate et très pénible mais dans les circonstances présentes, tout le monde s’en réjouit. Le général Pétain possède la confiance du soldat, et c’est quelque chose ! Le général Mangin est également relevé de son poste de commandant de la 6e armée et remplacé par le général Maistre. Tout cela indique malheureusement que la situation n’est pas brillante, ce

Tome III · AD084_0005Page manuscrite 793
15 mai 1917

15 mai 1917 — relève de division et changement de commandement — continuation p.794

Source : manuscrit

qui nous cause une grande tristesse. De plus, malgré que le groupe n’ait pas été en somme fort éprouvé et que nous ne soyons pas en ce moment très malheureux, je sens que le moral de mes hommes devient mauvais et je crains qu’il ne soit pire dans l’infanterie. De plus le ravitaillement laisse toujours énormément à désirer. Le mouvement en avant étant maintenant impossible on nous fait consommer les stocks de précaution qui avaient été accumulés au sud de l’Aisne, aussi depuis plusieurs jours le ravitaillement n’apporte-t-il plus que du pain ou du biscuit moisi, du vin aigri, des boîtes de conserve et des haricots rouges. Nous n’avons plus de goût pour avaler cette horrible nourriture. Aujourd’hui cependant le ravitaillement nous a apporté du lapin, chose rare ce qui nous a permis de confectionner un excellent rata. Le tabac commence aussi à reparaître et je reçois aujourd’hui pour ma part sept paquets de cigarettes.

Tome III · AD084_0006Page manuscrite 794
16 mai 1917

16 mai 1917 — bombardement pendant la relève

Source : manuscrit

16 mai. — Toute la journée les Boches qui se doutent de la relève de la division tirent dans le secteur d’une manière extrêmement active et notre position est copieusement arrosée.

Tome III · AD084_0006Page manuscrite 794
17 mai 1917

17 mai 1917 — reconnaissance de Gardelle vers Chevregny

Source : manuscrit

17 mai. — Malgré le très mauvais temps Gardelle part en reconnaissance du côté de l’Épine de Chevregny où nous avons des tirs à exécuter. Les Boches sont calmes, quant à l’artillerie française, elle est absolument silencieuse. Gardelle à son retour nous rend compte que sa mission a été purement négative. Le point où il s’est rendu et qui est à l’extrémité de la tranchée de la Balle ne peut être atteint que par les temps de brouillard et par conséquent lorsque l’observation est impossible. La tranchée qui mène à ce point est presque entièrement comblée et les Allemands la bombardent avec une telle intensité que la réfection en est impossible. Chaque nuit de nombreux fantassins sont tués pendant ce travail de réfection qui avance avec une lenteur désespérante.

Tome III · AD084_0006Page manuscrite 794
18 mai 1917

18 mai 1917 — reconnaissance vers Froidmont et Gallifet

Source : manuscrit

18 mai. — Aujourd’hui c’est à mon tour d’aller en reconnaissance du côté de la ferme Froidmont. Le temps, par bonheur est un peu moins maussade qu’hier. Je pars donc à 7 heures par le moulin Gilot où je retrouve Simon qui doit m’accompagner. Par Verneuil nous gagnons le poste de commandement de « Gallifet » assez bien installé au lieu dit : le Tilleul. Il y a là encore 4 caissons allemands démolis et abandonnés depuis septembre

Tome III · AD084_0006Page manuscrite 794
18 mai 1917

Photographies 624–625 — Simon et intérieur du P.C.

Source : manuscrit
Tome 3 · AD084_0008.jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

624 — Simon examinant un minenwerfer 625 — L’intérieur du P.C.

Tome III · AD084_0008
18 mai 1917

18 mai 1917 — reconnaissance vers Froidmont et Gallifet — continuation p.797

Source : manuscrit

1914. Traversant ensuite les anciennes lignes françaises nous atteignons les anciennes lignes allemandes distantes des premières de 20 à 30 mètres. Mieux que lors de ma première visite dans les lignes allemandes je peux examiner cette fois tout à loisir l’organisation de ces positions que nous avons pu enlever en partie. Je dois reconnaître que ces positions allemandes sont supérieurement organisées. Partout des sapes profondes permettent d’abriter le personnel. Des câbles électriques amènent partout la force et la lumière. De nombreuses batteries de crapouillots de toutes puissances étaient installées à proximité des lignes. J’en visite surtout une composée de 4 pièces profondément enterrées avec abris pour le personnel et les munitions. Notre reconnaissance terminée nous rentrons à la batterie sans encombre. Cette petite promenade m’aide à trouver la journée bien longue. Nous continuons en effet à ne rien faire d’intéressant et je me sens devenir progressivement enragé. Cette inaction est énervante, de plus on ne peut guère circuler dans ma position de batterie puisque le bois qui nous abrite n’a que 50 mètres de largeur et guère plus de profondeur. En dehors de ce bois, on est en pleine vue des très indiscrets « drachens » ou saucisses boches qui ne sont pas moins de six ou sept devant nous et c’est miracle que nous ne soyons pas encore « repérés ». Il est vrai que nous tirons bien peu depuis la fin de l’offensive. Les travaux souterrains que j’exécute dans ma position sont cependant une occupation mais tout cela ne chasse pas les Boches !

Tome III · AD084_0009Page manuscrite 797
19 mai 1917

19 mai 1917 — observatoire de Madagascar

Source : manuscrit

19 mai. — À la lisière nord du bois de sapins qui recouvre le plateau de Madagascar au pied duquel nous nous trouvons, il existe un observatoire assez commode. C’est un tonneau en tôle d’acier placé en haut d’un pylône d’une vingtaine de mètres de hauteur. Ce tonneau est de dimensions fort exiguës et deux observateurs s’y logent à peine, mais comme je peux m’en rendre compte aujourd’hui, on jouit de cet endroit d’une vue très étendue sur tout le secteur. Cet observatoire a le grand avantage d’être à moins de 800 mètres de la batterie et de ne pas être repéré, tout au moins jusqu’à présent. Il a malheureusement un inconvénient c’est que, par temps de soleil, il fait dans ce tonneau une température de four crématoire. Pour ne pas être

Tome III · AD084_0009Page manuscrite 797
19 mai 1917

19 mai 1917 — observatoire de Madagascar — continuation p.798

Source : manuscrit

monté ici pour rien je profite de ma présence pour envoyer aux Boches une quinzaine de marmites. Le soir mon beau frère René monte à la position pour passer quelques jours en notre société. Nous allons donc être quatre maintenant pour vivre dans une cagna qui mesure exactement 3m 10× 3m 10. Il est vrai que nous couchons sur deux épaisseurs comme dans les wagons lits.

Tome III · AD084_0010Page manuscrite 798
20 mai 1917

20 mai 1917 — attaque allemande dans le secteur Troyon–Cerny

Source : manuscrit

20 mai. — Le matin, la canonnade éclate à notre droite dans le secteur de Troyon Cerny avec une violence inouïe. Le plateau du Chemin des Dames disparaît dans la fumée et l’atmosphère de la vallée devient irrespirable. Je m’attends à tout instant à ce que mon intervention soit demandée par la division voisine mais je ne suis pas sollicité. La canonnade fait rage ainsi pendant toute la matinée puis se calme vers midi. Que s’est-il passé ? Les Boches ont-ils avancé ? Il ne faudrait pas qu’ils avancent beaucoup pour que ma position de batterie soit en pleine vue et par suite intenable. Pour être renseigné je monte au PC de la 28e DI situé sur le Mont Charmont à notre droite. Comme j’arrive au P.C. un capitaine d’artillerie en sort l’air ahuri. « Eh bien ! lui dis-je, que se passe-t-il ? — Ce qui se passe ? me répond-il sans s’arrêter, il se passe que nous sommes enfoncés ! » Au P.C. heureusement il règne un peu plus de calme et les nouvelles sont moins mauvaises. Les Allemands ont attaqué avec une rare violence le saillant que nous occupons au nord est de Cerny et d’où nous dominons la vallée de l’Ailette en prenant même à revers certaines positions allemandes du plateau. Malgré la violence du choc nous n’avons perdu qu’un point du saillant. Je reviens donc à la batterie complètement rassuré. Ce n’est pas encore pour cette fois ci que nous devons déménager.

Tome III · AD084_0010Page manuscrite 798
22 mai 1917

22 mai 1917 — alerte sans attaque

Source : manuscrit

22 mai. — Toute la journée nous restons alertés pour une attaque qui ne se produit d’ailleurs pas.

Tome III · AD084_0010Page manuscrite 798
23 mai 1917

23 mai 1917 — tirs allemands autour de la batterie

Source : manuscrit

23 mai. — L’artillerie allemande manifeste aujourd’hui une activité vraiment anormale dans notre coin. Plus de 200 coups de 105 tombent derrière nous sur les pentes nord de Madagascar. 5 ou 6 coups tombent à quelques mètres de notre cagna. Si le tir avait été plus court de 50 ou 100 mètres nous étions complètement aplatis. La 11e batterie à notre gauche reçoit pour son compte environ 100 coups de 150.

Tome III · AD084_0010Page manuscrite 798
24 mai 1917

24 mai 1917 — rattachement au commandant Pichat

Source : manuscrit

24 mai. — À partir d’aujourd’hui je suis sous les ordres

Tome III · AD084_0010Page manuscrite 798
24 mai 1917

24 mai 1917 — rattachement au commandant Pichat — continuation p.799

Source : manuscrit

directs du commandant Pichat du 117e d’artillerie, commandant l’ALC 153. Je vais dans l’après midi lui rendre visite à son P.C. de Madagascar, près de la batterie de 370. Dans la soirée, l’activité de l’aviation est intense et nous assistons à de magnifiques combats qui n’ont d’ailleurs pas de résultats.

Tome III · AD084_0011Page manuscrite 799
25 mai 1917

25 mai 1917 — visite du colonel Dieu et départ de Dumay

Source : manuscrit

25 mai. — Les Allemands continuent à tirer autour de nous mais heureusement pas très près. Les éclats arrivent cependant jusqu’à notre cagna. Le colonel Dieu qui vient me rendre visite dans l’après midi pendant un de ces tirs, trouve que les Allemands exagèrent un peu. Dumay ayant appris que son père était gravement malade, part en permission aujourd’hui.

Tome III · AD084_0011Page manuscrite 799
26 mai 1917

26 mai 1917 — bombardement intensif

Source : manuscrit

26 mai. — Toute la matinée les Boches tirent comme des sourds à l’ouest de la 11e batterie. Le soir, c’est à notre tour d’écoper. Le tir commencé vers 16 heures ne prend fin qu’à 23h 30. Il est heureusement comme ces jours ci long de 50 à 100 mètres et cela est fort heureux, sans quoi ma batterie était anéantie. Par moment les obus tombent à raison de 12 à 15 par minute mais la moyenne qui est de 80 coups à l’heure ne nous suffit.

Tome III · AD084_0011Page manuscrite 799
27 mai 1917

27 mai 1917 — messe à Vendresse et visite à Pichat

Source : manuscrit

27 mai. — Le matin à 7 heures, les Boches recommencent à tirer dans notre coin mais heureusement un peu plus long qu’hier. Un coup tombe cependant à quelques mètres derrière notre 3e pièce. Vers 10 heures cependant le tir se calme et j’en profite pour aller assister à la messe dans la microscopique chapelle de Vendresse. Je peux dire microscopique puisque, à part l’autel et l’officiant, elle ne peut recevoir qu’une demi douzaine de fidèles, les privilégiés : les autres sont obligés de rester au dehors. Dans l’après midi je vais rendre visite au commandant Pichat qui est maintenant installé à Mont-faucon.

Tome III · AD084_0011Page manuscrite 799
30 mai 1917

30 mai 1917 — mort accidentelle du conducteur Modenel

Source : manuscrit

30 mai. — La situation dans le secteur est toujours à peu près calme et si nous laissons les Allemands tranquilles, ils font à peu près de même à notre égard. Il y a d’ailleurs de nouvelles modifications dans la répartition de l’artillerie du secteur et depuis 4 ou 5 jours je suis rattaché à la 153e DI. Nous sommes donc à peu près tranquilles et tout serait pour le mieux si un triste accident n’était arrivé ce matin à l’échelon : le conducteur Modenel est tué par

Tome III · AD084_0011Page manuscrite 799
30 mai 1917

30 mai 1917 — mort accidentelle du conducteur Modenel — continuation p.800

Source : manuscrit

son cheval d’un coup de pied en pleine tête.

Tome III · AD084_0012Page manuscrite 800
31 mai 1917

31 mai 1917 — silence de la batterie et pertes à la 11e

Source : manuscrit

31 mai. — Jamais nous n’avons si peu tiré le canon que depuis le 5 ou 6 mai. C’est à peine si nous avons envoyé aux Boches 150 obus. Les autres batteries sont à peu près aussi silencieuses que nous sauf cependant la 11e qui effectue dans la soirée un tir de contre batterie à charge 00. Elle est naturellement repérée immédiatement et prise violemment à partie. De 19h 45 à 21h 30 je compte plus de 170 coups de 150 qui tombent dans la position. Plusieurs dépôts de douilles se mettent à flamber et ce qui est plus grave deux hommes sont atteints. Le premier est tué raide, le second grièvement blessé est amené jusqu’à notre batterie pour que René lui donne des soins mais malheureusement, c’est inutile. Le pauvre garçon, horriblement mutilé, ne tarde pas à expirer sous nos yeux.

Tome III · AD084_0012Page manuscrite 800

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