1er mars 1917 — versement du contingent au 11e groupe
Le 1er mars nous versons au 11e groupe notre contingent c’est à dire 4 sous officiers 4 brigadiers et 70 hommes de troupe que j’ai bien du mal à désigner.
8 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.
Le 1er mars nous versons au 11e groupe notre contingent c’est à dire 4 sous officiers 4 brigadiers et 70 hommes de troupe que j’ai bien du mal à désigner.
Le 5 mars nous avons une petite diversion : une prise d’armes pour la remise d’une médaille militaire à Fremy et de 4 Croix de guerre à Fayolle, Somme, Lavit et Bachelier. La réorganisation du groupe se poursuit lentement et tout d’abord en remplacement des hommes et des gradés versés au 11e groupe, nous recevons des renforts du dépôt. Tous ces renforts sont naturellement de qualité fort médiocre. Les gradés, braves gens par ailleurs sont de toutes les armes, sauf de l’artillerie. Il y a des C.O.A, des tringlots et même des fantassins. Les hommes sont en majorité des récupérés, des tout jeunes gens ou des évacués de l’armée d’Orient pour paludisme, tous dans une condition physique déplorable. En 8 jours une douzaine sont évacués pour fièvres paludéennes et la batterie est fort diminuée puisqu’elle a perdu comme cadres Viguié, Lemasson, le chef Emerit, 3 sous officiers plus Lacheret envoyé à l’École de Fontainebleau. En ce qui concerne le matériel on nous remplace complètement notre harnachement ce qui est un gros point car le nôtre est en piteux état. Le temps reste toujours extrêmement froid et cela nous gêne beaucoup pour sortir dans la campagne. Comme mes hommes n’ont pas grand’ chose à faire ils occupent leurs loisirs en taillant la vigne, en labourant les champs et en transportant le fumier des écuries. En un mois le pays est complètement transformé pour la plus grande joie des paysans, ravis de cette aubaine.
À partir du 15 mars des bruits commencent à circuler à propos de notre prochain départ et de notre destination probable : il est presque certain que nous irons du côté du Chemin des Dames où le colonel Olier nous réclame à grands cris. Notre départ d’ailleurs ne peut pas être prochain puisque nous n’avons pas encore reçu notre matériel. Chaque batterie a cependant reçu un canon ce qui lui permet de commencer l’instruction de son personnel.
Vers le 25 enfin les 10e et 11e batteries reçoivent le complément de leur matériel et je peux considérer ma
batterie comme reconstituée d’une manière permettant son entrée efficace en campagne. Nous prenons d’ailleurs nos dispositions pour effectuer une école à feu de 50 coups par batterie au champ de tir de Brion.
30 mars. — Aujourd’hui, jour fixé pour l’école à feu nous partons à six heures du matin par Joigny et Laroche. Le temps est assez beau et l’école à feu se poursuit normalement. Le service des pièces est parfait et le tir de 50 coups ne donne lieu à aucun incident. Le colonel Guibert assiste au tir et m’apprend que nous devons partir dimanche prochain pour le front : nous avons donc tout juste le temps de nous préparer. Le retour à Paroy s’effectue sans incident mais arrivé à la gare de Joigny nous sommes surpris par une avalanche de grêle d’une violence extrême. En me rendant au bureau de ma batterie au cours de l’après-midi j’apprends par mon nouveau chef Durand qu’un incident assez grave s’est produit la veille au soir. Le brigadier fourrier Coutant rentrant au bureau à la nuit tombée aperçoit deux hommes portant chacun un sac sur le dos et sortant du local où est rangé notre avoine de réserve. Interpellés par Coutant les deux hommes laissent tomber leurs sacs et s’enfuient, mais Coutant a le temps de reconnaître Denard, un très mauvais soldat. Sur le champ je fais comparaître Denard qui arrive, pâle comme un mort. Interrogé par moi, il ne répond que par mono syllabes : « C’est bien, lui dis-je, vous êtes un voleur. Vous passerez au Conseil de guerre. » 4 hommes du poste de police, convoqués en hâte, emmènent Denard en prison entre leurs quatre baïonnettes. Immédiatement je rédige un rapport à transmettre au colonel lorsque l’un de mes chefs de pièce vient m’annoncer que le canonnier Lavit a disparu du cantonnement depuis le matin. Décidément il souffle un vent de rébellion dans la batterie et il est temps que l’air pur du front vienne dissiper toutes ces manifestations de mauvais esprit.
trouvable ! Cette fois la mesure est comble et je donne l’ordre de faire exécuter immédiatement une battue dans tout le village. Enfin Denard est trouvé en compagnie de Mourlon dans un débit de boisson d’où il refuse énergiquement de sortir. L’adjudant se rend immédiatement sur les lieux, parvient à faire saisir Denard par quatre hommes armés qui l’emmènent à Joigny, mais Mourlon abominablement ivre accable Fourcade d’injures. Je suis obligé de le faire saisir et de le conduire lui aussi en prison. Décidément l’affaire se gâte et Lavit n’est toujours pas rentré. Dans l’après-midi une autre mauvaise tête de la batterie, nommé Gilain versé au 11e groupe entre dans ma chambre sous prétexte de me demander un certificat de rentrée de permission : « Allez voir au bureau du chef ! — J’en viens me répond-il, il m’a flanqué à la porte ! — C’est probablement parce que vous le dérangiez. Retournez y et laissez moi tranquille. » Mais cet animal de Gilain ne l’entend pas ainsi. Appuyé contre la porte il s’entête : « Non, je ne m’en irai pas ! » La colère m’étrangle et je bondis de ma chaise : « Ah ! vous ne vous en irez pas ! Nous allons bien voir ! Si vous ne quittez pas cette pièce à l’instant même je vous fais saisir par 4 hommes en armes, jeter en prison et vous passerez en conseil de guerre pour refus d’obéissance et injures à un supérieur. » Mon ordonnance passant à ce moment dans le couloir de la maison, je l’appelle. « Davignon, allez immédiatement me chercher 4 hommes armés au poste de police. » Gilain interloqué prend la porte et s’en va. Je suis obligé de faire un second rapport au colonel pour lui demander une punition de huit jours de prison pour cet animal. Je crois pouvoir être tranquille, mais voilà qu’on m’annonce le retour de Lavit, que je fais comparaître immédiatement devant moi. Il m’avoue être allé à Paris : 8 jours de prison récompensent cet acte d’indiscipline. Tous ces incidents m’empêchent de m’occuper de ma batterie dont le départ est fixé au lendemain. Nous n’avons donc plus un moment à perdre.