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MÉMOIRES · 1915

Décembre 1915

7 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

2 décembre 1915

2 décembre 1915 — réglage au Fer à Cheval, état Word 1

Comparé au manuscrit

2 décembre : Enfin aujourd’hui je vais avoir quelque chose à faire, le colonel Rollet commandant l’A.D. 125 que j’ai vu hier aux Islettes m’ayant donné un tir à exécuter ce matin dans le secteur du Fer à Cheval. À 7 heures je pars donc avec Collin pour les 3 Ravins en passant par la Chalade et le Nid d’Aigle. Les Boches sont heureusement très sages. À l’observatoire 0.5 je vois le commandant du centre 4 mais c’est le commandant du centre 3 que je dois voir à l’ouvrage 54 puisque le tir est dans son secteur. Le commandant du centre 4 me conduit lui-même à son collègue en passant par le tunnel mais à l’ouvrage 54 nous ne trouvons pas le commandant de centre qui n’est autre que le chef d’escadrons Sanpaillot du 8e chasseurs. Ce régiment de cavalerie fournit en effet un escadron aux tranchées de première ligne depuis quelques jours. Le commandant est, paraît-il, à l’ouvrage 16 D en première ligne où nous filons comme des zèbres par le boyau. Les Boches sont d’ailleurs beaucoup moins sages et envoient pas mal de marmites dans le ravin. Enfin après avoir beaucoup galopé dans les boyaux nous parvenons à rencontrer le commandant qui nous mène lui-même en première ligne par le boyau ouest des Coloniaux et nous montre l’objectif. C’est un très vague blockhaus qu’il s’agit de démolir, mais avec toutes ces allées et venues il est 10h30 lorsque je suis prêt à tirer. L’infanterie me demande d’ailleurs de surseoir à mon tir pour ne pas exposer aux tirs de représailles de l’artillerie ennemie les très nombreuses corvées qui circulent en ce moment dans le secteur. Je retourne donc à 0.5 déjeuner avec Burckel, sous-lieutenant observateur au 45e, excellent garçon plein d’ardeur et qui ne rêve que plaies et bosses. À midi, notre déjeuner terminé, nous remontons en première ligne et après avoir fait évacuer cette dernière nous commençons notre tir vers midi trente. Tout se passe normalement à part que quelques coups tombent vraiment un peu court. Heureusement que la tranchée de première ligne est évacuée et que nous ne sommes pas sous la trajectoire sans quoi il pourrait y avoir des malheurs. Les Allemands n’ont d’ailleurs pas l’air content de mon travail car ils tirent un peu de tous les côtés. Enfin vers 14 heures, mon tir terminé, je prends le chemin du Claon où j’arrive absolument harassé à 16h30. Depuis ce matin en effet j’ai dû patauger dans les boyaux avec de l’eau au-dessus des chevilles et une mauvaise pluie sur le dos.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Premier état Word, tronqué, de l’entrée du 2 décembre : p. 450 puis p. 451 jusqu’à « une mauvaise pluie sur le dos ». Il s’agit d’un témoin partiel de la même entrée, non d’un second événement. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0062 · p. 450 ; Tome II · AD084_0063 · p. 451.

PageWordLecture du manuscrit
450l’AD 125l’A.D. 125
450commandant Sanpaillot ??chef d’escadrons Sanpaillot
45019h3010h30
450observatoire O.5 / retourner à O.5observatoire 0.5 / retourner à 0.5
450plein d’enthousiasmeplein d’ardeur
450note déjeuner terminénotre déjeuner terminé
450à part quelques coups tombés vraimentà part que quelques coups tombent vraiment
451l’air contentsl’air content

Premier état Word tronqué : Conservé comme témoin original exact ; la transcription corrigée s’arrête à la même limite et n’est pas interprétée comme une seconde entrée du journal.

Rollet ; Collin ; Sanpaillot ; Burckel : Les quatre cibles existantes sont conservées à identité constante ; seules leurs bornes sont recalculées.

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

2 décembre : Enfin aujourd’hui je vais avoir quelque chose à faire, le colonel Rollet commandant l’AD 125 que j’ai vu hier aux Islettes m’ayant donné un tir à exécuter ce matin dans le secteur du Fer à Cheval. A 7 heures je pars donc avec Collin pour les 3 Ravins en passant par la Chalade et le Nid d’Aigle. Les Boches sont heureusement très sages. A l’observatoire O.5 je vois le commandant du centre 4 mais c’est le commandant du centre 3 que je dois voir à l’ouvrage 54 puisque le tir est dans son secteur. Le commandant du centre 4 me conduit lui-même à son collègue en passant par le tunnel mais à l’ouvrage 54 nous ne trouvons pas le commandant de centre qui n’est autre que le commandant Sanpaillot ?? du 8^(ème) chasseurs. Ce régiment de cavalerie fournit en effet un escadron aux tranchées de première ligne depuis quelques jours. Le commandant est parait-il à l’ouvrage 16D en première ligne où nous filons comme des zèbres par le boyau. Les Boches sont d’ailleurs beaucoup moins sages et envoient pas mal de marmites dans le ravin. Enfin après avoir beaucoup galopé dans les boyaux nous parvenons à rencontrer le commandant qui nous mène lui-même en première ligne par le boyau ouest des Coloniaux et nous montre l’objectif. C’est un très vague blockhaus qu’il s’agit de démolir, mais avec toutes ces allées et venues il est 19h30 lorsque je suis prêt à tirer. L’infanterie me demande d’ailleurs de sursoir à mon tir pour ne pas exposer aux tirs de représailles de l’artillerie ennemie les très nombreuses corvées qui circulent en ce moment dans le secteur. Je retourne donc à O.5. déjeuner avec Burckel, sous-lieutenant observateur au 45^(ème), excellent garçon plein d’enthousiasme et qui ne rêve que plaies et bosses. A midi, note déjeuner terminé nous remontons en première ligne et après avoir fait évacuer cette dernière nous commençons notre tir vers midi trente. Tout se passe normalement à part quelques coups tombés vraiment un peu court. Heureusement que la tranchée de première ligne est évacuée et que nous ne sommes pas sous la trajectoire sans quoi il pourrait y avoir des malheurs. Les Allemands n’ont d’ailleurs pas l’air contents de mon travail car ils tirent un peu de tous les côtés. Enfin vers 14 heures, mon tir terminé, je prends le chemin du Claon où j’arrive absolument harassé à 16h30 .Depuis ce matin en effet j’ai dû patauger dans les boyaux avec de l’eau au-dessus des chevilles et une mauvaise pluie sur le dos.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0062 · p. 450 ; Tome II · AD084_0063 · p. 451
2 décembre 1915

2 décembre 1915 — réglage au Fer à Cheval, état Word 2

Comparé au manuscrit

2 décembre : Enfin aujourd’hui je vais avoir quelque chose à faire, le colonel Rollet commandant l’A.D. 125 que j’ai vu hier aux Islettes m’ayant donné un tir à exécuter ce matin dans le secteur du Fer à Cheval. À 7 heures je pars donc avec Collin pour les 3 Ravins en passant par la Chalade et le Nid d’Aigle. Les Boches sont heureusement très sages. À l’observatoire 0.5 je vois le commandant du centre 4 mais c’est le commandant du centre 3 que je dois voir à l’ouvrage 54 puisque le tir est dans son secteur. Le commandant du centre 4 me conduit lui-même à son collègue en passant par le tunnel mais à l’ouvrage 54 nous ne trouvons pas le commandant de centre qui n’est autre que le chef d’escadrons Sanpaillot du 8e chasseurs. Ce régiment de cavalerie fournit en effet un escadron aux tranchées de première ligne depuis quelques jours. Le commandant est, paraît-il, à l’ouvrage 16 D en première ligne où nous filons comme des zèbres par le boyau. Les Boches sont d’ailleurs beaucoup moins sages et envoient pas mal de marmites dans le ravin. Enfin après avoir beaucoup galopé dans les boyaux nous parvenons à rencontrer le commandant qui nous mène lui-même en première ligne par le boyau ouest des Coloniaux et nous montre l’objectif. C’est un très vague blockhaus qu’il s’agit de démolir, mais avec toutes ces allées et venues il est 10h30 lorsque je suis prêt à tirer. L’infanterie me demande d’ailleurs de surseoir à mon tir pour ne pas exposer aux tirs de représailles de l’artillerie ennemie les très nombreuses corvées qui circulent en ce moment dans le secteur. Je retourne donc à 0.5 déjeuner avec Burckel, sous-lieutenant observateur au 45e, excellent garçon plein d’ardeur et qui ne rêve que plaies et bosses. À midi, notre déjeuner terminé, nous remontons en première ligne et après avoir fait évacuer cette dernière nous commençons notre tir vers midi trente. Tout se passe normalement à part que quelques coups tombent vraiment un peu court. Heureusement que la tranchée de première ligne est évacuée et que nous ne sommes pas sous la trajectoire sans quoi il pourrait y avoir des malheurs. Les Allemands n’ont d’ailleurs pas l’air content de mon travail car ils tirent un peu de tous les côtés. Enfin vers 14 heures, mon tir terminé, je prends le chemin du Claon où j’arrive absolument harassé à 16h30. Depuis ce matin en effet j’ai dû patauger dans les boyaux avec de l’eau au-dessus des chevilles et une mauvaise pluie sur le dos. Malgré ces circonstances atmosphériques peu favorables, un commencement de rhume que j’avais le matin est complètement disparu le soir. Depuis quelques jours le premier emprunt de la Défense nationale est ouvert. Le payeur de la Division est venu hier au Claon recueillir les souscriptions. Mon cycliste Lorson qui continue à gagner un argent fou à vendre des journaux a souscrit pour 1800 francs. Quant à moi, je n’ai pu, loin de là, atteindre ce respectable chiffre.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Second état Word, complet, de l’entrée du 2 décembre : p. 450 depuis l’en-tête, puis p. 451 jusqu’à « atteindre ce respectable chiffre », avant le 4 décembre. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0062 · p. 450 ; Tome II · AD084_0063 · p. 451.

PageWordLecture du manuscrit
450l’AD 125l’A.D. 125
450par le boyau des coloniauxpar le boyau ouest des Coloniaux
450sursoir à mon tirsurseoir à mon tir
451l’air contentsl’air content
451Depuis quelques jours le premier emprunt de la Défense Nationale.Depuis quelques jours le premier emprunt de la Défense nationale est ouvert.

Rollet ; Collin ; Sanpaillot ; Burckel ; Lorson : Les cinq cibles existantes sont conservées à identité constante ; seules leurs bornes sont recalculées.

1800 francs : Montant autographe conservé sans conversion ni commentaire ajouté.

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

2 décembre : Enfin aujourd’hui je vais avoir quelque chose à faire, le colonel Rollet commandant l’AD 125 que j’ai vu hier aux Islettes m’ayant donné un tir à exécuter ce matin dans le secteur du Fer à Cheval. A 7 heures je pars donc avec Collin pour les 3 Ravins en passant par la Chalade et le Nid d’aigle. Les boches sont heureusement très sages. A l’observatoire 0.5 je vois le commandant du Centre 4 mais c’est le commandant du Centre 3 que je dois voir à l’ouvrage 54 puisque le tir est dans son secteur .Le commandant du Centre 4 me conduit lui-même à son collègue en passant par le Tunnel mais à l’ouvrage 54 nous ne trouvons pas le commandant de centre qui n’est autre que le chef d’escadrons Sanpaillot du 8^(ème) chasseurs. Ce régiment de cavalerie fournit en effet un escadron aux tranchées de première ligne depuis quelques jours. Le commandant est, parait il, à l’ouvrage 16 D en première ligne où nous filons comme des zèbres par le boyau. Les boches sont d’ailleurs beaucoup moins sages et envoient pas mal de marmites dans le ravin. Enfin après avoir beaucoup galopé dans les boyaux nous parvenons à rencontrer le commandant qui nous mène lui-même en première ligne par le boyau des coloniaux et nous montre l’objectif. C’est un très vague blockhaus qu’il s’agit de démolir, mais avec toutes ces allées et venues il est 10h30 lorsque je suis prêt à tirer.. L’infanterie me demande d’ailleurs de sursoir à mon tir pour ne pas exposer aux tirs de représailles de l’artillerie ennemie les très nombreuses corvées qui circulent en ce moment dans le secteur. Je retourne donc à 0.5 déjeuner avec Burckel, sous-lieutenant observateur au 45^(ème), excellent garçon plein d’ardeur et qui ne rêve que plaies et bosses. A midi, notre déjeuner terminé, nous remontons en première ligne et après avoir fait évacuer cette dernière nous commençons notre tir vers midi trente. Tout se passe normalement à part que quelques coups tombent vraiment un peu court. Heureusement que la tranchée de première ligne est évacuée et que nous ne sommes pas sous la trajectoire sans quoi il pourrait y avoir des malheurs. Les allemands n’ont d’ailleurs pas l’air contents de mon travail car ils tirent un peu de tous les côtés. Enfin vers 14 heures, mon tir terminé, je prends le chemin du Claon où j’arrive absolument harassé à 16h30. Depuis ce matin en effet j’ai du patauger dans les boyaux avec de l’eau au dessus des chevilles et une mauvaise pluie sur le dos. Malgré ces circonstances atmosphériques peu favorables, un commencement de rhume que j’avais le matin est complètement disparu le soir. Depuis quelques jours le premier emprunt de la Défense Nationale. Le payeur de la Division est venu hier au Claon recueillir les souscriptions. Mon cycliste Lorson qui continue à gagner un argent fou à vendre des journaux a souscrit pour 1800 francs. Quant à moi je n’ai pu, loin de là, atteindre ce respectable chiffre.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0062 · p. 450 ; Tome II · AD084_0063 · p. 451
4 décembre 1915

4 décembre 1915 — dîner de la Sainte-Barbe et récits de l’ambulance

Comparé au manuscrit

4 décembre : Aujourd’hui, à l’occasion de la Sainte-Barbe, je donne au Claon un grand dîner. Dans l’après-midi je pars donc aux Islettes chercher mes invités c’est-à-dire Chauris, Lemasson, l’abbé Gailhouste, Debray et Beaumelle notre nouveau médecin major et pour les ramener je prête la voiture du vaguemestre, une superbe tapissière conduite par le vaguemestre auxiliaire Paré, notable marchand de bois de Château-Gontier. Quant à moi, caracolant, je précède la voiture. La nuit est d’une noirceur d’encre. Comme nous arrivons au cimetière des Islettes, une ombre au bord du chemin interpelle Paré : « Dis donc, vieux ! il n’y a pas une place dans ta carriole ? — J’sais pas. D’mande au lieutenant. » L’ombre s’approche de moi et se présente : « Capitaine Dépinoy, affecté au 76e d’infanterie et rejoignant son nouveau régiment à la Chalade. Puis-je profiter de votre voiture ? — Mais je vous en prie...... » Il grimpe à côté du conducteur et nous filons. Au Neufour, arrêt : il faut que j’aille chercher l’abbé Henry. Nous stoppons devant la maison Menu. « Dites donc, Paré, venez donc tenir mon cheval ! » L’interpellé, qui ne veut pas lâcher ses rênes pousse du coude son voisin : « Hé ! vieux ! va donc tenir le cheval du lieutenant ! » Le « vieux » poussé par cet ordre impératif est prêt à s’exécuter mais heureusement Lemasson dans le fond de la voiture a aperçu à la lueur de sa lampe électrique les galons du capitaine et du même coup la gaffe de ce pauvre Paré auquel il donne l’ordre de descendre. Paré s’exécute de mauvaise grâce ne comprenant pas pourquoi on ne fait pas descendre ce biffin. Arrivé au Claon, nous lui expliquons sa gaffe : le pauvre garçon est absolument désolé et se précipite vers le capitaine pour lui faire ses plus plates excuses. Naturellement nous nous tordons tous et le capitaine tout le premier. Notre dîner de Sainte-Barbe fut bien entendu fort gai, aucun des convives n’engendrant la mélancolie. L’abbé Gailhouste nous raconte des histoires de la popote de l’ambulance divisionnaire. Il y a là un certain docteur à 3 ou 4 galons nommé Lanteaume et qui fait par sa sottise la joie de la popote : « Voyons, monsieur Menu, vous qui demeurez dans ce pays depuis longtemps, vous n’avez jamais constaté que les Allemands y fissent de l’espionnage ? — Ma foi, monsieur Lanteaume, je n’ai jamais fait bien attention. Il est vrai cependant que, assez souvent, j’ai rencontré des caravanes de cyclistes, de jeunes étudiants se disant alsaciens et qui parcouraient la forêt en tous sens. — Ah ! mais c’est très intéressant ce que vous nous dites là ! Alors, comment étaient-ils habillés ces Boches ? — Comme les cyclistes. Ils devaient avoir des culottes et des chandails, ou bien des vestes à martingales et probablement des casquettes ! — Ceci est très curieux ! Voyez donc, Combeléran, comme ils sont forts, ces Boches, ils avaient des espions...... habillés en civils. » L’autre jour l’abbé Marquié, qui est dans le civil vicaire à Ste Élisabeth de Perpignan, rentre de permission et raconte à table ses prouesses : « Je me suis arrêté à Paris pour déjeuner et vous savez, je me suis tapé la cloche, j’ai dépensé au moins 25 francs ! — Oh ! oh ! monsieur l’aumônier, s’écrie Lanteaume, ce n’est pas bien de faire des excès comme cela ! — Mais monsieur le médecin-chef, je n’étais pas tout seul ! Il y avait le vicaire de Ste Élisabeth de Perpignan, l’aumônier de la 125e division, l’abbé Marquié et moi ! — Oh ! alors si vous étiez quatre, cela fait un peu plus de six francs par tête, c’est fort raisonnable ! » Il y a, dans l’ambulance, un autre toubib qui n’est pas, comme on dit, dans une musette, et qui s’appelle Gobineau. Celui-là n’a pas inventé la poudre (c’était déjà fait) mais il a inventé les « urinoirs divisionnaires » appelés immédiatement « gobinoirs » par les poilus peu respectueux. Le verbe « gobiner » entre également dans le vocabulaire de la division. Ce toubib-là a une autre marotte qui est de faire faire l’exercice à ses brancardiers. De plus il ne déplace jamais ses voitures d’ambulance sans leur faire prendre les dispositions de combat avec avant-garde, pointe d’avant-garde, éclaireurs, arrière-garde, flanc-garde, le tout constitué par des brancardiers myopes armés du sabre série Z ! On ne peut pas non plus lui reprocher de ne pas prendre les intérêts de l’État. L’ordinaire de son ambulance ayant, comme toutes les unités, un boni destiné à parer aux à-coups et à améliorer l’ordinaire, il n’a trouvé rien de mieux que de le reverser au Trésor. Ces jours derniers, ne voulait-il pas faire payer à ses officiers les casques en acier et les masques contre les gaz qu’il leur distribuait ! Toutes ces petites histoires nous divertissent et nous nous quittons à une heure fort avancée de la nuit. Ces petites réunions nous aident à trouver le temps moins long et à prendre notre mal en patience. Nous ne sommes pourtant pas bien à plaindre mais que dire de ces pauvres fantassins qui en sont à leur deuxième hiver dans les tranchées ! Ces jours-ci je voyais un bataillon redescendre des tranchées : les hommes ressemblaient à des blocs de boue ambulants. Le mauvais temps qui fait rage ces jours-ci n’est pas pour nous mettre de bonne humeur. Voilà un an que nous sommes dans ce village et rien ne fait espérer un départ prochain. La situation est toujours très calme et nous ne tirons pas du tout. Ce n’est pas que les munitions nous manquent, au contraire nous en regorgeons, mais comme les Boches sont fort sages nous les laissons tranquilles et profitons de ce calme pour améliorer nos positions de batterie. Nous recevons ces jours-ci de nouveaux masques contre les gaz : ils ressemblent aux paniers que l’on met aux veaux pour les empêcher de téter.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Entrée complète du 4 décembre : p. 451 depuis l’en-tête, p. 452 entière, puis p. 453 jusqu’à « les empêcher de téter ». Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0063 · p. 451 ; Tome II · AD084_0064 · p. 452 ; Tome II · AD084_0065 · p. 453.

PageWordLecture du manuscrit
451pour les r amener je prends la voiturepour les ramener je prête la voiture
451une splendide tapissièreune superbe tapissière
451Il grimpe à coté et nous filons.Il grimpe à côté du conducteur et nous filons.
451–452à la lueur de la lampe électriqueà la lueur de sa lampe électrique
452on ne fait pas descendre le biffinon ne fait pas descendre ce biffin
452l’abbé Mauquiél’abbé Marquié
452habillés en civilhabillés en civils
452l’aumônier de la 25e divisionl’aumônier de la 125e division
453Celui là n’avait pas inventé la poudreCelui-là n’a pas inventé la poudre
453qui est e faire faire de l’exercicequi est de faire faire l’exercice
453profitions de ce calmeprofitons de ce calme

23 liens de personnes : Toutes les cibles existantes sont conservées ; seules les bornes et la surface autographe Marquié sont recalculées.

gobinoirs ; gobiner : Les deux créations lexicales autographes sont conservées.

sabre série Z : Lecture autographe conservée sans commentaire ajouté.

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

4 décembre : Aujourd’hui, à l’occasion de la sainte Barbe, je donne au Claon un grand diner. Dans l’après-midi je pars donc aux Islettes chercher mes invités c'est-à-dire Chauris, Lemasson, l’abbé Gailhouste, Debray, et Beaumelle notre nouveau médecin major et pour les r amener je prends la voiture du vaguemestre, une splendide tapissière conduite par le vaguemestre auxiliaire Paré, notable marchand de bois de Château-Gontier. Quant à moi, caracolant, je précède la voiture. La nuit est d’une noirceur d’encre. Comme nous arrivons au cimetière des Islettes, une ombre au bord du chemin interpelle Paré : « Dis donc vieux ! Il n’y a pas une place dans ta carriole ? –j(sais pas. D’mande au lieutenant » L’ombre s’approche de moi et se présente : »capitaine Dépinoy » affecté au 76^(ème) d’infanterie et rejoignant son nouveau régiment à la Chalade. « Puis-je profiter de votre voiture ? –Mais je vous en prie……. » Il grimpe à coté et nous filons. Au Neufour, arrêt ; il faut que j’aille chercher l’abbé Henry. Nous stoppons devant la maison Menu. « Dites donc, Paré, venez donc tenir mon cheval. » L’interpelé qui ne veut pas lâcher ses rênes pousse du coude son voisin. « Hé ! Vieux ! Va donc tenir le cheval du lieutenant ! » Le « vieux » poussé par cet ordre impératif est prêt à s »exécuter mais heureusement Lemasson dans le fond de la voiture a aperçu à la lueur de la lampe électrique les galons du capitaine et du même coup la gaffe de ce pauvre Paré auquel il donne l’ordre de descendre. Paré s’exécute de mauvaise grâce ne comprenant pas pourquoi on ne fait pas descendre le biffin. Arrivé au Claon, nous lui expliquons sa gaffe : le pauvre garçon est absolument désolé et se précipite vers le capitaine pour lui faire ses plus plates excuses. Naturellement nous nous tordons tous et le capitaine tout le premier. Notre diner de sainte Barbe fut bien entendu fort gai, aucun des convives n’engendrant la mélancolie. L’abbé Gailhouste nous raconte des histoires de la popote de l’ambulance divisionnaire. Il y a là un certain docteur à 3 ou 4 galons nommé Lanteaume et qui fait par sa sottise la joie de la popote : « Voyons, monsieur Menu, vous qui demeurez dans ce pays depuis longtemps, vous n’avez jamais constaté que les allemands y fissent de l’espionnage ? - Ma foi, monsieur Lanteaume, je n’ai jamais fait bien attention. Il est vrai cependant que, assez souvent, j’ai rencontré des caravanes de cyclistes, de jeunes étudiants se disant alsaciens et qui parcouraient la foret en tous sens. – Ah ! Mais c’est très intéressant ce que vous nous dites là ! Alors comment étaient ils habillés ces boches ? – Comme les cyclistes. Ils devaient avoir des culottes et des chandails, ou bien des vestes à martingales et probablement des casquettes ! –Ceci est très curieux ! Voyez donc Combeléran, comme ils sont forts ces boches, ils avaient des espions…… habillés en civil ! »

L’autre jour l’abbé Mauquié, qui est dans le civil vicaire à Ste Elizabeth de Perpignan, rentre de permission et raconte à table ses prouesses : « Je me suis arrêté à Paris pour déjeuner et vous savez je me suis tapé la cloche, j’ai dépensé au moins 25 francs ! – Oh ! Oh ! Monsieur l’aumônier s’écrie Lanteaume, ce n’est pas bien de faire des excès comme cela ! – Mais, monsieur le médecin chef je n’étais pas tout seul ! Il y avait le vicaire de Ste Elizabeth de Perpignan, l’aumônier de la 25^(ème) division, l’abbé Marquié et moi ! –Oh ! Alors si vous étiez quatre, cela fait un peu plus de six francs par tête, c’est fort raisonnable ! »

Il y a, dans l’ambulance, un autre toubib qui n’est pas, comme on dit, dans une musette et qui s’appelle Gobineau. Celui là n’avait pas inventé la poudre (c’était déjà fait) mais il a inventé les « urinoirs divisionnaires » appelés immédiatement « gobinoirs » par les poilus peu respectueux. Le verbe « gobiner » entre également dans le vocabulaire de la division. Ce toubib là a une autre marotte qui est e faire faire de l’exercice à ses brancardiers. De plus il ne déplace jamais ses voitures d’ambulance sans leur faire prendre les dispositions de combat avec avant-garde, pointe d’avant-garde, éclaireurs, arrière garde, flanc-garde, le tout constitué par des brancardiers myopes armés du sabre série Z ! On ne peut pas non plus lui reprocher de ne pas prendre les intérêts de l’état. L’ordinaire de son ambulance ayant, comme toutes les unités, un boni destiné à parer aux à coups et à améliorer l’ordinaire il n’a trouvé rien de mieux que de le reverser au Trésor. Ces jours derniers, ne voulait-il pas faire payer à ses officiers les casques en acier et les masques contre les gaz qu’il leur distribuait ! Toutes ces petites histoires nous divertissent et nous nous quittons à une heure fort avancée de la nuit. Ces petites réunions nous aident à trouver le temps moins long et à prendre notre mal en patience. Nous ne sommes pas pourtant bien à plaindre mais que dire de ces pauvres fantassins qui en sont à leur deuxième hiver dans les tranchées ! Ces jours ci je voyais un bataillon redescendre des tranchées : les hommes ressemblaient à des blocs de boue ambulants. Le mauvais temps qui fait rage ces jours ci n’est pas pour nous mettre de bonne humeur. Voila un an que nous sommes dans ce village et rien ne fait espérer un départ prochain. La situation est toujours très calme et nous ne tirons pas du tout. Ce n’est pas que les munitions nous manquent, au contraire nous en regorgeons, mais comme les boches sont fort sages nous les laissons tranquilles et profitions de ce calme pour améliorer nos positions de batterie. Nous recevons ces jours ci de nouveaux masques contre les gaz : ils ressemblent aux paniers que l’on met aux veaux pour les empêcher de téter.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0063 · p. 451 ; Tome II · AD084_0064 · p. 452 ; Tome II · AD084_0065 · p. 453
16 décembre 1915

16 décembre 1915 — départ de Chauris et visite à Streicher

Comparé au manuscrit

16 décembre : Notre vétérinaire Chauris retourne à l’arrière, son temps de front étant suffisant pour lui permettre de rentrer à l’intérieur. Il est navré de nous quitter et je le suis autant de le voir partir. Son nouveau poste est à Clermont-Ferrand. Il est remplacé au groupe par le vétérinaire Hédin de l’abattoir de Montpellier. Dans la matinée je vais faire un tour du côté de la Pierre Croisée pour dire bonjour à un bon camarade d’Augustin Rogery, le lieutenant Streicher commandant la 4e compagnie du 4e d’infanterie. Je rentre à pied par le ravin des Sept Fontaines ce qui me procure une fort agréable promenade.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Entrée complète du 16 décembre, page 454. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0066 · p. 454.

PageWordLecture du manuscrit
454lui permettre de retourner à l’intérieurlui permettre de rentrer à l’intérieur
454je le suis tout autantje le suis autant
454Clermont FerrandClermont-Ferrand
454H édinHédin
454Augustin RogerieAugustin Rogery

4 liens de personnes : Toutes les cibles établies sont conservées ; seules deux surfaces et leurs bornes sont recalculées.

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

16 décembre : Notre vétérinaire Chauris retourne à l’arrière, son temps de front étant suffisant pour lui permettre de retourner à l’intérieur. Il est navré de nous quitter et je le suis tout autant de le voir partir. Son nouveau poste est à Clermont Ferrand. Il est remplacé au groupe par le vétérinaire H édin de l’abattoir de Montpellier. Dans la matinée je vais faire un tour du coté de la Pierre Croisée pour dire bonjour à un bon camarade d’Augustin Rogerie, le lieutenant Streicher commandant la 4^(ème) compagnie du 4^(ème) d’infanterie. Je rentre à pied par le ravin des Sept Fontaines ce qui me procure une fort agréable promenade.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0066 · p. 454
18 décembre 1915

18 décembre 1915 — intérim d’Annibert et visite du groupe Cavillon

Comparé au manuscrit

18 décembre : Depuis quelques jours le commandant Annibert remplace le colonel Toupnot et, à ce titre, il vient nous rendre visite à la batterie. Nous allons ensuite visiter les batteries du groupe Cavillon qui sont placées en avant de nous. Dans la soirée le capitaine rentre de permission.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Entrée complète du 18 décembre, page 454. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0066 · p. 454.

PageWordLecture du manuscrit
454à ce titre, in vient nous rendre visiteà ce titre, il vient nous rendre visite

3 liens de personnes : Toutes les cibles établies sont conservées ; seules leurs bornes sont recalculées.

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

18 décembre : Depuis quelques jours le commandant Annibert remplace le colonel Toupnot et, à ce titre, in vient nous rendre visite à la batterie. Nous allons ensuite visiter les batteries du groupe Cavillon qui sont placées en avant de nous. Dans la soirée le capitaine rentre de permission.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0066 · p. 454
20 décembre 1915

20 décembre 1915 — permission obtenue et départ des Islettes

Comparé au manuscrit

20 décembre : Mon tour de permission étant arrivé je charge le capitaine d’aller présenter mon titre à la signature du commandant Annibert. Il revient le soir furieux de son entrevue avec le commandant qui a, paraît-il, été très orageuse. Mais heureusement j’ai ma permission, aussi sans demander mon reste je m’empresse de filer joyeux par le train de 20h20 aux Islettes.

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Entrée complète du 20 décembre, page 454. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0066 · p. 454.

PageWordLecture du manuscrit
454qui a, parait-il été très orageuxqui a, paraît-il, été très orageuse
454par le train de 20h30par le train de 20h20

1 lien de personne : La cible Annibert est conservée et sa borne est recalculée.

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Texte Word conservé pour comparaison

20 décembre : Mon tour de permission étant arrivé je charge le capitaine d’aller présenter mon titre à la signature du commandant Annibert. Il revient le soir furieux de son entrevue avec le commandant qui a, parait-il été très orageux. Mais heureusement j’ai ma permission, aussi sans demander mon reste je m’empresse de filer joyeux par le train de 20h30 aux Islettes.

Comparaison directe · Tome II · AD084_0066 · p. 454
31 décembre 1915

31 décembre 1915 — retour au Claon et maladie du capitaine

Comparé au manuscrit

31 décembre : À 3h20 du matin, après un voyage pas trop fatiguant, je suis de nouveau aux Islettes et une heure après dans mon lit au Claon ; malheureusement je suis réveillé de bonne heure par l’irruption dans ma chambre du capitaine, de Gadet, de l’abbé Gailhouste, de l’abbé Henry et de Surin. Le capitaine m’annonce de suite une mauvaise nouvelle : ces médecins le trouvent assez sérieusement malade et lui prescrivent un repos absolu. Il va donc falloir l’évacuer ce qui m’attriste bien. Je compte cependant que ce sera pour peu de temps et que, grâce à son énergie, il sera bientôt rétabli. Ce soir pour fêter dignement la Saint-Sylvestre nous avons touché du Champagne (une bouteille pour 4 hommes), un cigare, une orange, du jambon, du pâté de foie et un litre de vin ! Mince de noce !

Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves

Entrée complète du 31 décembre, page 454. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.

Tome II · AD084_0066 · p. 454.

PageWordLecture du manuscrit
454de Gardetde Gadet
454les médecins le trouventces médecins le trouvent
454que cela sera pour peu de tempsque ce sera pour peu de temps
454la Saint Sylvestrela Saint-Sylvestre

4 liens de personnes : Les cibles établies sont conservées, sauf la lecture de quarantaine « Gardet » explicitement remplacée par l’autographe « Gadet ».

Cette vérification concerne uniquement cette entrée ; elle ne vaut pas validation des autres passages.

Texte Word conservé pour comparaison

31 décembre : A 3h20 du matin, après un voyage pas trop fatiguant, je suis de nouveau aux Islettes et une heure après dans mon lit au Claon ; malheureusement je suis réveillé de bonne heure par l’irruption dans ma chambre du capitaine, de Gardet, de l’abbé Gailhouste, de l’abbé Henry et de Surin. Le capitaine m’annonce de suite une mauvaise nouvelle : les médecins le trouvent assez sérieusement malade et lui prescrivent un repos absolu. Il va donc falloir l’évacuer ce qui m’attriste bien. Je compte cependant que cela sera pour peu de temps et que, grâce à son énergie, il sera bientôt rétabli.

Ce soir pour fêter dignement la Saint Sylvestre nous avons touché du Champagne (une bouteille pour 4 hommes) un cigare, une orange, du jambon, du pâté de foie et un litre de vin ! Mince de noce !

Comparaison directe · Tome II · AD084_0066 · p. 454

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