Du réveillon au 1er janvier 1915 — la guerre de tranchées
1er janvier 1915. — Le matin nous nous congratulons par téléphone d’une batterie à l’autre en nous souhaitant que l’année qui commence soit celle de la Victoire, ce dont personne ne doute un seul instant. Les Allemands n’ont pas répondu à notre tir de cette nuit. D’ailleurs leur artillerie est très peu active et ne se manifeste que par l’envoi d’obus de très mauvaise qualité, en fonte le plus souvent et qui après s’être annoncés par un ronflement épouvantable éclatent avec un bruit grotesque. Malheureusement pour nous l’infanterie allemande est infiniment supérieure à l’artillerie. Elle conserve un mordant remarquable et se précipite souvent à l’assaut de nos tranchées sans aucune préparation d’artillerie. En se portant à l’assaut le fantassin allemand décharge généralement sans viser les 5 coups de son Mauser appuyé à la hanche : ceci est extrêmement impressionnant pour le fantassin attaqué. Pour dire vrai l’infanterie allemande a en ce moment barre sur la nôtre. La lutte aux tranchées est d’ailleurs très âpre et on se bat ici par tous les moyens possibles : on a même sorti du musée de l’Arsenal de Verdun de vieux mortiers en bronze nommés « crapouillots » et datant de Vauban. Ils servent à lancer dans les tranchées allemandes des bombes variées, mais le plus sûr moyen de prendre les tranchées allemandes est de les faire sauter. Pour cela le génie creuse à partir de nos tranchées des sapes de 80 cm carrés qu’on conduit jusque sous les tranchées ennemies. L’exécution de ce travail est particulièrement pénible : les malheureux sapeurs piochent à plat ventre et avec leurs mains mettent la terre dans des sacs qu’ils passent derrière eux à des camarades faisant la chaîne, car il ne faut pas songer en effet à se retourner dans ces galeries qui sont beaucoup trop étroites. Pour comble ces galeries sont le plus souvent boueuses, aussi lorsque les sapeurs reviennent de leur travail le matin ils font peine à voir. Lorsque les sapes sont











