est beaucoup moins grave, car il n’y a guère qu’un seul pêcheur enragé le maréchal des logis Emerit de la 1re pièce. Ces petites maraudes nous permettent d’améliorer notre ordinaire et en particulier aujourd’hui nous mangeons du sanglier à toutes les sauces, admirablement fricoté par un de mes servants Guérin fils d’un garde chasse de la Touraine et qui connaît parfaitement, non seulement la manière de chasser le gibier, mais surtout l’art de le faire cuire. Ce servant Guérin a l’un de ses « pays » sergent au 118e, véritable phénomène qui vient souvent nous rendre visite, ce qui au début faisait mon désespoir. Ce « pays » passablement poivrot, est, dans le civil, syndicaliste notoire et peut-être même anarchiste à Tours, ce qui ne l’empêche pas d’ailleurs d’être sur le front le soldat le plus discipliné et le plus rempli d’entrain à condition qu’on lui laisse aller remplir ses bidons et qu’on le laisse aussi s’habiller à sa guise. Le premier jour où je le vis, il portait un pantalon de velours, une veste de sergent de pompiers et un képi de garde républicain « cadeau de mon beau-père » affirme-t-il. Aux attaques sur Vauquois du mois de décembre il a eu le courage d’entrer seul dans le village et d’en ramener un officier allemand. Aux dernières attaques sur la cote 263 c’est lui qui a ramené dans nos lignes le corps du commandant Canard. Le pauvre garçon devait d’ailleurs trouver la mort quelques semaines plus tard à l’école du lancement des grenades. Il y a, dans les régiments, un certain nombre de « types » dans ce genre. Au 331e il y a aussi un certain apache n’ayant pas son pareil pour les coups de main et qui n’appelle jamais son capitaine autrement que « patron ». Lorsqu’on veut savoir le nom du régiment d’en face on lui envoie chercher une « patte d’épaule » : pour ces petites expéditions il n’a comme arme qu’un long couteau à cran d’arrêt.
Le capitaine rentrant aujourd’hui de la Chalade où il a eu l’audace d’offrir un cuissot de sanglier au général Marchand nous raconte une anecdote qu’il tient de la bouche même du général et qui montre bien de quelle trempe sont les coloniaux que nous avons devant nous. Dans la tranchée de pre-