25 mai. — Aujourd’hui le capitaine, Chavane et moi allons déjeuner à la batterie Plantade située, ainsi que le P.C. du commandant Bertrand sur la crête du Grand Triage. Le commandant a une superbe cagna divisée en plusieurs pièces et une grande terrasse pour prendre les repas en plein air. Quant à la position Plantade elle est tout simplement remarquable. Plantade a voulu nous épater un peu et pour ma part je l’ai été énormément ! Il y a là dans ce coin de bois en bordure du chemin 4 pièces de 75, 4 pièces de 95 et 2 pièces de 155 C, le tout sous casemate et tirant vers la gauche dans le secteur de Saint Hubert et de Fontaine la Mitte. Toutes les tranchées de ce secteur sont ainsi prises d’enfilade et dès que les Boches remuent pied ou patte le groupe Plantade commence son tir en « trombone » qui consiste à tirer sur une même direction par hausses croissantes puis décroissantes de manière à produire sur le terrain l’effet d’un gigantesque râteau. L’effet produit sur les Boches doit être terrible si j’en juge par le mal que j’ai pu faire aux dits Boches avec mes deux malheureuses pièces du Mont de Villers. Après un succulent déjeuner servi sur la terrasse et arrosé de liqueurs aussi diverses que délicieuses, Plantade nous emmène voir un de ses observatoires dénommé le « Nid d’Aigle ». C’est un hêtre énorme, haut de plus de 30 mètres qui domine le flanc sud des Courtes Chausses à moins de 800 mètres des Boches. À la partie supérieure on a construit une plateforme étroite dans laquelle on accède par une gigantesque échelle. Du haut de ce perchoir on aperçoit toute l’Argonne. Au-delà à gauche on voit nettement la plaine de Champagne et les hauteurs de Massiges, toutes blanches. À droite Vauquois complètement dénudé. À l’horizon le redoutable Montfaucon qui nous nargue de plus en plus.
Près de nous, les tranchées de Bolante, les Meurissons, le Faux Ravin de Courtes Chausses. Cet observatoire installé par la compagnie 5/2 du génie est absolument remarquable par les vues qu’il donne et, jusqu’à présent, les Boches n’ont pu le découvrir. Il n’en est malheureusement pas de même d’autres observatoires du même genre qu’on a essayé d’établir dans la région et qui, baptisés des noms de