Le lieutenant Welschinger est blessé, peu gravement à ce qu’on espère, mais son sous-lieutenant est tué. Quelques batteries ont également souffert. La batterie de mon camarade Maxime Lerousseau la 12e du 45e en position au sud des Courtes Chausses a beaucoup souffert : Le capitaine Brianchon et le lieutenant Dumoulin sont tués ainsi que plusieurs hommes. La pièce de Chavanne a été elle aussi passablement marmitée mais heureusement sans dommage. Par le boyau des Meurissons nous atteignons la tranchée de première ligne occupée par la 1re compagnie du 91e sous le commandement du lieutenant Fauvel, un gaillard qui n’a pas l’air commode. Lorsque nous arrivons il paraît être dans une colère violente. En quelques mots il nous donne les raisons de son indignation et commence par nous raconter les événements de l’avant-veille. Les Allemands ont attaqué comme nous l’avons su sur tout le front de la Fille Morte. La compagnie du 91e occupant le saillant vers l’ancien doigt de gant a disparu entièrement. La compagnie Fauvel a eu 80 hommes hors de combat. « Sans doute nous avons reculé, me dit le lieutenant, mais les Boches ont perdu un monde fou. Mes hommes et moi tirant par-dessus le parapet en avons démoli un grand nombre et de mon côté l’avance des Boches a été faible. Si j’avais eu sous la main seulement une ½ compagnie j’aurais contre attaqué mais je n’avais personne. J’ai demandé d’urgence au commandement de m’envoyer des renforts en lui expliquant ce que j’allais faire. Il m’a envoyé l’adjudant de bataillon et 4 cyclistes ! Dans la soirée la compagnie à ma droite a essayé de contre attaquer. Voyant le commandant de cette compagnie, vêtu d’un caoutchouc prendre ses dispositions pour franchir le parapet je lui crie : “Ne sors pas comme cela, tu vas te faire descendre ! — Il n’y a pas de danger !” En fait à peine avait-il mis le pied sur le parapet qu’une balle le renversait raide mort au fond de la tranchée.
Juste à ce moment passent deux brancardiers du 82e : je leur donne l’ordre de ramasser le corps du lieutenant et de le conduire à l’arrière mais les salauds se sont cavalés ! C’est pourquoi vous me voyez encore si en colère. Je les fais rechercher partout pour leur flanquer une volée moi-même. » De la tranchée de première ligne on voit assez bien l’objectif [161 ou 16L ?] que nous devons battre et que nous connaissons d’ailleurs bien pour y être allés souvent, mais pour régler notre tir le poste téléphonique le plus proche est O.3 et nous n’avons pas de fil pour nous raccorder. Personne n’en possède dans le voisinage aussi le capitaine se décide à envoyer Fourcade et Nadiras au cantonnement pour chercher du fil et surtout quelques aliments car nous n’avons encore rien mangé et il est midi. À 13 heures cependant par le moyen d’agents de liaison qui font la navette entre le poste téléphonique et le poste d’observation nous amorçons un autre réglage mais cette manière de faire est dangereuse, le boyau des Meurissons insuffisamment profond étant vu de tous côtés des lignes ennemies et pris d’enfilade. De plus vers 14h30 les Boches nous envoient à bout portant plusieurs bordées d’obus de 37, ce qui nous oblige à chercher un asile dans le trou de rat habité par Fauvel. Nous commençons à être morts de faim et Fauvel voyant notre dénuement nous offre généreusement un morceau de pain et de fromage que nous acceptons de grand cœur, bien honteux cependant de demander l’aumône aux fantassins qui sont absolument privés de ressources.
Enfin notre fil téléphonique étant arrivé nous continuons notre réglage avec assez de difficultés car les Boches deviennent de plus en plus agressifs. À peine sommes-nous redescendus au poste O.3 notre tir terminé que les Boches augmentent l’intensité de leur tir. Les obus tombent maintenant dans le ravin et comme la cadence dépasse 15 coups à la minute il ne faut pas songer un seul instant à mettre le nez dehors. Enfin à 16h30 comme le jour commence à baisser nous nous décidons à partir par le boyau malgré que le tir de l’artillerie ennemie soit encore très intense. Filant comme des zèbres nous grimpons de toute la vitesse de nos jambes le boyau en escalier qui, escaladant les flancs sud des Courtes Chausses se dirige vers le Nouveau Cottage, pendant que les obus éclatant de toutes parts nous couvrent de poussière et nous assourdissent. Enfin nous arrivons sains et saufs au Nouveau Cottage, mais complètement essoufflés par cette course désordonnée. Du poste O.3 au Nouveau Cottage il n’y a pas plus de 500 mètres mais ce trajet m’a semblé interminable. Nous croyons être au bout de nos émotions mais il n’en est rien car jusqu’à la Chalade les obus nous font cortège. L’un d’eux vient se ficher en terre à 20 mètres devant la tête de nos chevaux. Au poste de commandement nous rendons compte au colonel Roller de notre mission et à 18h30 nous sommes au Claon croyant bien pour cette fois en avoir fini jusqu’à demain. Mais hélas ! à peine finissons-nous de dîner qu’un ordre téléphonique appelle le capitaine Meckler au poste de R.G. À 22 heures il est de retour avec une nouvelle bien peu agréable. Il faut que nous réoccupions ce soir avec deux pièces la position de la Louvière à la place de la 3e batterie qui s’en va. Comme je suis très éreinté, Dumay part à ma place à minuit avec la section.
Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves
Passage du 29 septembre : page 432 et continuation omise, pages 435–436, jusqu’à « avec la section », avant le 2 octobre. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.
Tome II · AD084_0044(1) · p. 432 ; Tome II · AD084_0047 · p. 435 ; Tome II · AD084_0048 · p. 436.
| Page | Transcription antérieure | Lecture du manuscrit |
|---|
| 435–436 | Passage interrompu à « C’est pourquoi vous me » | Continuation restituée jusqu’à « Dumay part à ma place à minuit avec la section ». |
Lecture incertaine · p. 435 : [161 ou 16L ?]. Le dernier caractère du repère d’objectif reste indécis ; aucune position de tir déduite.
Texte de la page 432 et sept liens patronymiques antérieurs : Conservés après consultation du scan ; continuation ajoutée sans refaire les fiches.
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Transcription antérieure conservée pour comparaison
Le lieutenant Welschinger est blessé, peu gravement à ce qu’on espère, mais son sous-lieutenant est tué. Quelques batteries ont également souffert. La batterie de mon camarade Maxime Lerousseau la 12e du 45e en position au sud des Courtes Chausses a beaucoup souffert : Le capitaine Brianchon et le lieutenant Dumoulin sont tués ainsi que plusieurs hommes. La pièce de Chavanne a été elle aussi passablement marmitée mais heureusement sans dommage. Par le boyau des Meurissons nous atteignons la tranchée de première ligne occupée par la 1re compagnie du 91e sous le commandement du lieutenant Fauvel, un gaillard qui n’a pas l’air commode. Lorsque nous arrivons il paraît être dans une colère violente. En quelques mots il nous donne les raisons de son indignation et commence par nous raconter les événements de l’avant-veille. Les Allemands ont attaqué comme nous l’avons su sur tout le front de la Fille Morte. La compagnie du 91e occupant le saillant vers l’ancien doigt de gant a disparu entièrement. La compagnie Fauvel a eu 80 hommes hors de combat. « Sans doute nous avons reculé, me dit le lieutenant, mais les Boches ont perdu un monde fou. Mes hommes et moi tirant par-dessus le parapet en avons démoli un grand nombre et de mon côté l’avance des Boches a été faible. Si j’avais eu sous la main seulement une ½ compagnie j’aurais contre attaqué mais je n’avais personne. J’ai demandé d’urgence au commandement de m’envoyer des renforts en lui expliquant ce que j’allais faire. Il m’a envoyé l’adjudant de bataillon et 4 cyclistes ! Dans la soirée la compagnie à ma droite a essayé de contre attaquer. Voyant le commandant de cette compagnie, vêtu d’un caoutchouc prendre ses dispositions pour franchir le parapet je lui crie : “Ne sors pas comme cela, tu vas te faire descendre ! — Il n’y a pas de danger !” En fait à peine avait-il mis le pied sur le parapet qu’une balle le renversait raide mort au fond de la tranchée.
Juste à ce moment passent deux brancardiers du 82e : je leur donne l’ordre de ramasser le corps du lieutenant et de le conduire à l’arrière mais les salauds se sont cavalés ! C’est pourquoi vous me