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MÉMOIRES · 1915

Mars 1915

37 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 mars 1915

Lettre du cardinal Mercier et préparation de nouvelles attaques

Source : manuscrit

1er mars. — Les résultats obtenus jusqu’à ce jour sur la cote 263 sont purement négatifs. Sur Vauquois nous avons pu progresser légèrement mais ce n’est tout de même pas ce que nous espérions. Le corps d’armée ne renonce cependant pas à s’emparer de ces deux importantes positions qui nous donneraient la maîtrise de la vallée de l’Aire. D’autres attaques sont donc mises en préparation avec des moyens assez importants. Un train blindé de 200 mm placé en gare d’Aubreville tire sur Vauquois. Une batterie d’obusiers de 270 de siège en position sur la rive droite de l’Aire près du Rendez vous de Chasse doit tirer sur Vauquois et la cote 263. Malheureusement l’infanterie qui s’est heurtée sans succès à plusieurs reprises sur la cote 263 n’a pas confiance. Elle a subi d’ailleurs dans toutes ces tentatives des pertes importantes qui ne sont pas faites pour améliorer son moral. Dans la journée du 1er le général Marchand a fait sauter plusieurs mines dans le secteur de droite et occuper les entonnoirs. Nous tirons pendant ce temps quelques coups pour protéger l’opération. Dans la soirée les Allemands déclenchent une contre attaque qui n’a d’ailleurs

Tome I · AD084_0289
1 mars 1915

Mont de Villers et Vauquois, dont trois vues de 1921 — photographies 198–203

Tome 1 · AD084_0290.jpg : 6 photographies, chacune cliquable

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[Photographie 198 — en haut à gauche] Vauquois vu du Mont de Villers

[Photographie 199 — en haut au centre] En reconnaissance au Mont de Villers

[Photographie 200 — en haut à droite] Boureuilles et Montfaucon vus du Mont de Villers

[Photographie 201 — en bas à gauche] Vauquois en 1921 Tranchées allemandes de la route de Boureuilles

[Photographie 202 — en bas au centre] Vauquois en 1921

[Photographie 203 — en bas à droite] Vauquois en 1921

Tome I · AD084_0290
1 mars 1915

Lorson fabriquant des gaufres — photographie 204

Tome 1 · AD084_0291.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 204] Lorson fabriquant des gaufres

Tome I · AD084_0291
1 mars 1915

Accidents de tir et arrivée de Lorson

aucun succès. Une autre attaque encore très violente se déclenche à gauche sur la 42e DI entre 19h et 22h. Depuis quelques jours nous entendons parler autour de nous d’un grand nombre d’éclatements de pièces ou d’éclatements d’obus près de la bouche des canons, chacun de ces accidents étant naturellement la cause de plusieurs morts d’hommes. Aujourd’hui en particulier un très grave accident de cette nature arrive à la batterie d’Ainval dans la forêt de Hesse. Un obus éclate à quelques mètres de la bouche d’une pièce pendant qu’on effectue dans la batterie des opérations de ravitaillement. 3 ou 4 hommes sont tués raides et 7 ou 8 blessés dont plusieurs mortellement. Nous ne savons guère à quoi attribuer ces accidents qui commencent à faire mauvais effet sur le moral des artilleurs. Si à la batterie nous avons peu de pertes par le feu, en revanche nous avons énormément d’hommes évacués pour cause de maladie. Le déficit produit de ce fait est heureusement comblé par des arrivées de renforts dont nous n’avons d’ailleurs pas à nous plaindre. Les hommes appartenant presque tous à la classe 15 sont animés des meilleures intentions bien que leur instruction militaire laisse passablement à désirer. Nous avons même reçu dans un des derniers renforts un vrai « type » nommé Lorson que le capitaine a bombardé immédiatement cycliste. C’est un grand diable barbu, dans le civil maître d’hôtel sur un transatlantique et absolument « loufoque ». Il prétend être engagé volontaire, avoir déjà reçu une blessure au talon plus les deux tympans crevés par un obus mais tout cela n’est pas extrêmement clair. Pour les 2 tympans il ne ment pas : ils sont bien crevés et pour le prouver au capitaine le jour même de son arrivée il souffle devant lui une bougie avec une de ses oreilles pendant qu’il se bouche l’autre oreille et le nez. Cette manière de se présenter nous interloque un peu. Naturellement pour se singulariser et excipant de sa profession de maître d’hôtel il émet la prétention de ne pas manger avec ses camarades. Ayant élu domicile dans une ignoble maison en ruines voisine de la nôtre il s’y est installé en anachorète et fricote lui-même sa cuisine de la manière la plus répugnante du monde. Ayant déniché dans quelque coin un gaufrier il se met à fabriquer des

Tome I · AD084_0292
1 mars 1915

Mont de Villers : nouvelle position, Vanderpol et Lerousseau

gaufres pour les poilus d’alentour. À part ce petit grain de folie c’est un garçon parfaitement serviable et très dévoué.

Tome I · AD084_0293
3 mars 1915

Mont de Villers : nouvelle position, Vanderpol et Lerousseau

Source : manuscrit

3 mars. — En vue de nouvelles opérations sur Vauquois et la cote 263 nous recevons l’ordre de déplacer notre position avancée et de mettre nos deux pièces au Mont de Villers. Plantade est allé reconnaître hier cette nouvelle position que nous devons occuper aujourd’hui. À 8 heures donc je pars à la position avancée pour assurer le mouvement des voitures qui vont au Mont de Villers. Pendant tout le mouvement les Boches ont la mauvaise idée de tirer sur la route de la Chalade mais nous passons heureusement sans accident. Le trajet et la mise en batterie au Mont de Villers s’effectuent également sans dommage. La position est tout à fait au sommet du plateau derrière un bois de sapins qui nous cache des Boches. À 30 mètres à notre droite est une section de 120 long dont les pièces tirent vers le N.O alors que les nôtres tireront vers le NE par conséquent à angle droit. À notre gauche près du carrefour de la Haute Chevauchée une batterie de 120 court est en position. Entre elle et nous une batterie de 90 et en avant de nous et à droite une batterie de 80 de montagne. Cette batterie de montagne est commandée par un central de la promotion 1907 un véritable phénomène qui s’appelle Vanderpol dit Ventre à poil. C’est un excellent garçon très bon officier, mais d’une indépendance de caractère vraiment excessive. De ce fait il aura souvent des discussions avec ses supérieurs. Juste en avant de nous vers la cote 285, plusieurs batteries de 75. En somme ce coin ci est farci d’artillerie lourde et de campagne et les Allemands n’auront qu’à bien se tenir à la prochaine occasion qui, je l’espère, ne tardera pas. En rentrant de cette expédition je passe dire bonjour à mon camarade Lerousseau dont la batterie est en position près de la maison forestière du Four des Moines.

Tome I · AD084_0293
4 mars 1915

Mont de Villers : nouvelle position, Vanderpol et Lerousseau

Source : manuscrit

4 mars. — À 6 heures du matin je repars avec le capitaine pour la position du Mont de Villers baptisée P.X.O et où nous arrivons à 7h15. Il doit y avoir aujourd’hui une attaque sur Vauquois et dans ce but nous nous rendons à l’observatoire pour régler notre tir. Cet observatoire nommé OX est sur la pointe de

Tome I · AD084_0293
4 mars 1915

Les 120 long et court — photographies 205 à 209

Tome 1 · AD084_0294.jpg : 5 photographies, chacune cliquable

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[Titre collectif au-dessus des photographies 205–207] Le 120 Long

[Photographie 205 — en haut à gauche] Pointage de la pièce

[Photographie 206 — en haut au centre] Départ du coup

[Photographie 207 — en haut à droite] Le retour en batterie

[Photographies 208 et 209 — rangée inférieure ; légende commune] Le 120 court du carrefour de Rochamp

Tome I · AD084_0294
4 mars 1915

Croquis n° 5 — attaque de la cote 263

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Fiche de la carte · source et passages associés →

[Titre au-dessus du document] Croquis d’attaque de la cote 263

[Légende dans la partie gauche ; symboles décrits entre crochets] Légende [Ligne à festons] Tranchées allemandes vues ou supposées [Ligne de croix] Lignes des tranchées françaises ⊕ Séparation entre les Compagnies A B Bois de Sapins visibles C D Ligne idéale allant de la séparation ⊕ au fond du ravin E F Tranchée allemande visible Chiffres arabes, numérotent 6 Zones définies dans le ravin de l’Osson Ces Zones ont été déterminées après étude du terrain par entente entre l’Infanterie et l’Artillerie. Les points de repère : Bois de Sapin A B Séparation ⊕ D Tranchée E F permettront dans la limite du possible à l’infanterie de demander le tir de l’Artillerie en indiquant le numéro de la Zone à battre, soit si les circonstances le permettent, en indiquant de plus la partie de la Zone où se trouve l’objectif Exemple : tirez sur Zone 1 ou tirez sur Zone 1, vers le ravin sur Infanterie allant de l’ouest à l’Est ou tirez sur Zone 2 — sur tranchées à 60 m environ du ravin etc…

[Inscriptions du dessin — relevé partiel, sans reproduction de leur disposition] Route du Four de Paris à Varennes Haute Chevauchée Route de Varennes Pᵗᵉ Boureuilles Osson Ruisseau de Cheppy Bois des Merliers Rochamp Pierre Croisée abri 47 207 ; 263 ; 285 Zones : 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 Repères : A ; B ; C ; D ; E ; F [Traits rouges] 660 ; 670 ; directeur ; Direction de P₁ [Autres petites annotations non déchiffrées avec certitude]

[Texte au-dessous du dessin] Croquis au 1/20.000 de la région attaquée. Ce croquis ne donne que des indications schématique

[Numéro en bas à droite] croquis n° 5

Tome I · AD084_0295
4 mars 1915

Vauquois et l’abri du Mont de Villers — photographie 210

Tome 1 · AD084_0296.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 210] Vauquois vu en avion

l’éperon et on a sur Vauquois une vue magnifique. Je suis d’ailleurs absolument abasourdi en voyant ce qui reste de Vauquois : un pan de mur haut de quelques mètres appartenant sans doute au clocher, un arbre énorme assez déchiqueté qui doit se trouver sur la place de l’église et enfin sur la pente qui nous fait face un vestige de charpente. Quant au reste du village, rien, absolument rien n’en subsiste. C’est l’anéantissement complet et absolu. Grâce à nos jumelles nous distinguons assez bien les détails du paysage, les tranchées françaises et allemandes, la route Vauquois Boureuilles qui descend vers nous. La visibilité est si bonne que nos pièces sont bientôt réglées avec une vingtaine de coups. À 13 heures a lieu le tir qui doit préparer l’attaque mais pour ce tir il faut que je sois à mes pièces et non pas à l’observatoire où le capitaine reste avec Gros. Ils peuvent ainsi assister réellement à l’attaque et voir les fantassins du 76e se porter avec beaucoup d’entrain à l’assaut. Une certaine progression résulte de cette attaque et nous tenons une importante partie du village jusqu’à la rue principale. Nous avons fait en même temps un nombre important de prisonniers.

Tome I · AD084_0296
5 mars 1915

Vauquois et l’abri du Mont de Villers — photographie 210

Source : manuscrit

5 mars. — Je repars du Claon de bonne heure pour retrouver le capitaine à la position du Mont de Villers. Dans l’après-midi je tire une quarantaine de coups sur Vauquois puis tout retombe dans le calme. Le soir retour au cantonnement.

Tome I · AD084_0296
6 mars 1915

Vauquois et l’abri du Mont de Villers — photographie 210

Source : manuscrit

6 mars. — Notre position avancée commence à s’installer. Un abri a été creusé près de la pièce pour l’officier de service. C’est un abri enterré recouvert de deux solides couches de rondins. L’aménagement intérieur n’est pas très confortable mais peu importe et nous y dormirons tout de même. L’important est que nous ayons un poêle : le reste est secondaire. Le lit est fait de branches d’arbres recouvertes de paille. C’est dans cet asile que nous nous relevons Dumay et moi tous les 3 jours : nous avons en effet trouvé qu’il était fastidieux de faire tous les jours le trajet de 7 kilomètres

Tome I · AD084_0296
6 mars 1915

Téléphone, vie quotidienne et récit d’un officier de Maubeuge

qui nous sépare du Claon. J’ai dans ma cagna, à côté de mon lit mon appareil téléphonique qui me permet de communiquer rapidement avec tous les postes dans un rayon de 10 km. Le soir je peux ainsi souhaiter bonne nuit au camarade qui est à l’autre section à plus de 5 km. Je peux également communiquer avec le cantonnement à plus de 7 km : je ne suis donc pas seul. C’est le téléphone qui me réveille le matin à 5h30 pour la vérification de la ligne. Naturellement je ne me rendors pas et mon premier travail est d’aller ramasser du bois mort dans la forêt prochaine pour allumer mon feu. Ceci fait je procède à ma toilette dans un seau d’eau que m’apporte le fidèle Somme ou quelque autre téléphoniste pendant que mon chocolat au lait sec mijote sur le coin de mon poêle. Après mon petit déjeuner je fais mon lit c’est à dire que je plie mes deux couvertures et donne un ou deux coups de poing dans ma couche de paille, puis le ménage. Vers 7 heures en général tout est paré et je peux recevoir. À 10 heures se place une opération fort importante. Je dois bourrer mon feu d’une bonne provision de bois de manière à avoir vers 11 heures une bonne couche de braise pour faire griller ma « bidoche ». La préparation de mon fricot et l’ingurgitation d’ycelui m’occupent de 11h à midi. Le même cérémonial se répète le soir de 18h à 20h. Tout cela évidemment n’est pas très belliqueux mais à la guerre on fait un peu de tout : on se bat même quelques fois.

Tome I · AD084_0297
11 mars 1915

Téléphone, vie quotidienne et récit d’un officier de Maubeuge

Source : manuscrit

11 mars. — Les jours s’écoulent à la position avec une monotonie désespérante et je n’ai guère pour me distraire que les visites de quelques officiers du voisinage qui viennent voir mon canon. Aujourd’hui je reçois quelques officiers du 4e de ligne nouvellement arrivés en renfort. L’un d’eux est un ancien sergent de la légion étrangère, un autre était sous lieutenant dans un régiment de la place de Maubeuge. Il a quitté cette place après la reddition et me donne sur le siège des renseignements très intéressants. J’apprends par lui que la place comprenait 36.000 hommes de garnison qui tous ont été faits prisonniers sauf ceux qui ont voulu se sauver ce qui paraît-il était facile. Depuis quelques jours nous sommes de nouveau retombés en plein hiver. Le pays est couvert de neige et il gèle tous les matins à plusieurs degrés au-dessous

Tome I · AD084_0297
11 mars 1915

Entrée rétablie du 13 mars, attaque du 14 et préparation du 15 — photographies 211 et 212

Tome 1 · AD084_0298.jpg : 2 photographies, chacune cliquable

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[Photographie 211] Après le combat Bénédiction des morts

[Photographie 212] 105 fusant aux Courtes-Chausses

de 0 ce qui n’est pas fait pour faciliter l’offensive.

Tome I · AD084_0298
13 mars 1915

Entrée rétablie du 13 mars, attaque du 14 et préparation du 15 — photographies 211 et 212

Source : manuscrit

13 mars. — Tous les jours je tire quelques coups sur Vauquois avec observation directe ce qui est fort intéressant. Hier au cours d’un tir de quelques coups l’un d’eux tombant sans doute sur un dépôt de munitions donne lieu à une énorme gerbe. Cet après-midi au cours d’un autre tir sur les tranchées de la route Vauquois Boureuilles, l’un de mes obus projette en l’air une forme noirâtre que je prends pour un tronc d’arbre, mais quelques minutes après le colonel de l’artillerie m’envoie le message suivant : « L’infanterie de Vauquois signale que le tir du 155 a projeté dans ses tranchées le corps d’un soldat allemand. »

Tome I · AD084_0298
14 mars 1915

Entrée rétablie du 13 mars, attaque du 14 et préparation du 15 — photographies 211 et 212

Source : manuscrit

14 mars. — Aujourd’hui reprise de l’attaque générale sur Vauquois et la cote 263 avec extension plus à gauche du côté de Courtes Chausses. Du côté de Vauquois les progrès sont presque nuls, du côté de 263 ils sont du même ordre. À gauche la brigade Marchand est un peu plus heureuse et enlève une tranchée dans la région du Fer à Cheval. Grâce à la précision et à la violence du tir de notre section de la Chalade les pertes des Allemands dans ce coin ont été terribles. Le sol est couvert de sang. D’après un des officiers fait prisonniers un seul de nos obus aurait tué 21 hommes dans un abri. Les prisonniers sont au nombre d’une vingtaine dont deux officiers. L’un de ceux-ci est absolument fou de rage d’être fait prisonnier, il veut tuer tout le monde et le général Marchand est obligé de lui mettre son revolver sous le nez pour le ramener au calme.

Tome I · AD084_0298
15 mars 1915

Entrée rétablie du 13 mars, attaque du 14 et préparation du 15 — photographies 211 et 212

Source : manuscrit

15 mars. — L’attaque principale sur la cote 263 est décidée pour aujourd’hui. Dès le matin les batteries sont en position prêtes à tirer. En ce qui me concerne je dois d’abord tirer sur Vauquois une dizaine de coups pour détourner de ce côté l’attention des boches puis

Tome I · AD084_0298
15 mars 1915

15 mars : attaque de la cote 263 et servants auprès de la pièce

à 9h10 nous devons reporter toute l’activité de notre feu sur la cote 263 que nous attaquons à 10h15. Comme nous nous en doutions cette attaque est encore une fois repoussée et cependant, ainsi que nous l’apprendrons par la suite rien n’aurait été plus facile que de s’emparer ce jour-là de la cote 263 si l’infanterie avait eu un peu de confiance. Mais ces pauvres gens ont subi des pertes si cruelles depuis quelques mois et d’autre part cette terrible cote 263 est tellement pleine à leurs yeux d’imprévus redoutables qu’ils se refusent à attaquer : « Tuez-nous si vous voulez, disent les fantassins du 113e à leur chef le commandant Canard, mais nous ne sortirons pas ! » Pour essayer d’entraîner ses hommes le commandant monte le premier sur le parapet mais il n’a pas fait deux mètres qu’il tombe foudroyé. Cependant à droite une section d’hommes courageux pousse jusqu’aux carrières sans rencontrer de résistance mais elle n’est pas suivie. Encore une fois l’attaque aura donc échoué. Cependant sur Vauquois l’attaque continue et nous reprenons notre tir sur le village à 11h30. Les Boches cette fois ont l’air de ne pas vouloir se laisser faire comme les autres jours et se mettent à riposter dans notre coin avec une certaine vigueur faisant quelques victimes dans les batteries voisines. Assez près de nous quelques obus tombent dont plusieurs n’éclatent pas ce qui me permet d’identifier le calibre : 120mm avec 2 ceintures. Pendant ce temps le capitaine et Bachelier sont à l’observatoire et examinent ce qui se passe sur Vauquois. Vers 14 heures la cadence de notre tir diminue et est ramenée à 1 coup toutes les 2 minutes à peu près. Comme les Boches tirent toujours dans notre coin je juge inutile d’exposer un trop grand nombre d’hommes. Je leur commande donc d’aller s’abriter ne conservant à la seule pièce en action que le maître pointeur Boisard et le chef de pièce Mettetal. Tous mes hommes rentrent donc dans leur abri sauf un Lavit, qui prétextant le froid de l’abri me demande la permission de rester près de la pièce pour se réchauffer un peu. À ce moment Dumay arrive sur la position et je le mets rapidement au courant de la situation et du tir exécuté en lui faisant lire le carnet de tir que Mettetal tient à la main. Tout à coup la sonnerie du téléphone retentit : Je me

Tome I · AD084_0299
15 mars 1915

15 mars : mort de Mettetal, blessures de Boisard et Dumay

précipite et à peine ai-je fait quelques pas qu’un fracas effroyable me secoue. Me retournant brusquement j’aperçois ma pièce noyée dans une épaisse fumée noire. Boisard couvert de sang est tombé au pied de son appareil de pointage soutenu par Lavit qui m’explique très tranquillement, ce que j’ai déjà deviné, à savoir que l’obus tiré a éclaté à la bouche de la pièce. Dumay vient vers moi très pâle mais je vois heureusement qu’il n’a rien. Quant au chef de pièce il est tombé à genoux. Je me précipite vers lui pour le relever et je vois qu’il est couvert de sang. « Je suis touché à la tête et au genou, me dit-il, mais au genou ce n’est rien. Tenez mon lieutenant voici le carnet. » Il me le tend et tombe brusquement sur le nez. Aidé de Bachelier qui vient de rentrer de l’observatoire j’essaie de le mettre sur le dos pour lui faire un pansement sommaire mais je m’aperçois malheureusement que la mort est déjà peinte sur son visage. Il ne me reconnaît plus, entre bientôt dans le coma et rend le dernier soupir comme nous lui faisons une piqûre de caféine. Boisard heureusement est moins gravement atteint et le médecin qui vient d’arriver peut lui faire rapidement un bon pansement. Je m’aperçois alors que Dumay est blessé lui aussi mais fort heureusement d’une manière très légère. Une demi-douzaine d’éclats se sont logés dans ses reins, mais comme ils sont de faibles dimensions leur pénétration a été nulle et nous pouvons aisément les retirer. À la batterie voisine de 120 long un servant a été également blessé d’un éclat dans la fesse mais la blessure est peu grave. Ce triste accident ne doit pas nous faire oublier nos consignes de tir. Un ordre nous arrive justement de reprendre le tir sur Vauquois. Je prends immédiatement la place de Boisard et aidé de Bachelier j’exécute le tir commandé. À la tombée de la nuit, le capitaine redescend au Claon avec une voiture, emmenant le blessé et le corps de Mettetal. À 17h30 nouvel ordre de tir, puis ordre de tirer de 20h à 5h30 du matin à raison de 5 coups à l’heure pour harceler le Boche. Bachelier heureusement passe la nuit à la position et m’aide à exécuter une partie de ces tirs ce qui me soulage beaucoup. Nous avons tiré aujourd’hui 170 coups de canon.

Tome I · AD084_0300
15 mars 1915

Mont de Villers : planche 217–220, dont le groupe du 15 mars 1915

Tome 1 · AD084_0308(3).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Photographie 217 — en haut à gauche] Au Mont de Villers

[Photographie 218 — en haut à droite] Cagnas près du Four de Paris

[Photographie 219 — en bas à gauche] Au Mont de Villers le 15 mars 1915 Leray, Lebreton, Buan, Bachelier, Lavit, Boisard Mourlon et Mettetal

[Photographie 220 — en bas à droite] Lebrun, Dumay et Godernaux au Mont de Villers

Tome I · AD084_0308(3)
16 mars 1915

Départ de Plantade, citations et mort de Collignon ; reprise du 20 mars

Source : manuscrit

16 mars. — La journée s’annonce assez calme après les émotions d’hier. Le soir le capitaine monte prendre la garde à ma place. Malgré mes protestations je suis obligé de redescendre au cantonnement. Depuis hier Plantade nous a quitté pour aller au 32e corps à notre gauche prendre le commandement d’une batterie et comme officiers il a tout juste un lieutenant, ancien adjudant et dans le civil mastroquet à Marseille. Comme société, cela ne vaut évidemment pas la 1re batterie du 2e lourd. J’apprends au cantonnement quelques nouvelles de l’attaque. Au point de vue artillerie nous avons été les héros de la journée et le général Marchand enthousiasmé nous accorde plusieurs citations, pour les deux chefs de pièce Metzger et Huet et pour le maître pointeur Gauquelin. Le général comptait tellement sur nous qu’en apprenant que nous n’aurions probablement pas de munitions il s’est écrié : « Si vous n’avez pas de munitions je ne ferai pas l’attaque car je ne veux rien faire sans vous. » Dans le courant de l’attaque une mitrailleuse brusquement dévoilée est non moins brusquement rendue silencieuse par le feu de la section de la Chalade. Le colonel Dauvé a dit hier au général Marchand que notre batterie et une du 13e avaient fait à elles seules plus que tout le reste de l’artillerie. Aujourd’hui au poste de secours de la Cigalerie près de Vauquois le porte-drapeau du 46e d’infanterie le sous-lieutenant Collignon, conseiller d’État et ancien secrétaire général de la Présidence de la République, engagé volontaire à l’âge de 58 ans est tué par un éclat d’obus en allant relever un blessé du 76e d’infanterie.

Tome I · AD084_0301
19 mars 1915

Départ de Plantade, citations et mort de Collignon ; reprise du 20 mars

Source : manuscrit

19 mars. — Depuis trois jours je suis au repos au cantonnement ce qui ne m’empêche pas de monter chaque jour à la position pour voir s’il y a du nouveau, mais la situation est toujours au calme plat.

Tome I · AD084_0301
20 mars 1915

Départ de Plantade, citations et mort de Collignon ; reprise du 20 mars

Source : manuscrit

20 mars. — Aujourd’hui recrudescence particulièrement vive du froid. Je me demande si le fameux marronnier du 20 mars a fleuri à Paris. Ici il n’en sera rien d’abord parce qu’il fait trop froid et ensuite parce que nous n’avons pas de marronniers… Dans la matinée profitant du beau temps je remonte à la position avec Bachelier. Ayant remarqué les jours précédents combien serait difficile notre retraite

Tome I · AD084_0301
20 mars 1915

Reconnaissance vers Abancourt et départ avec le lieutenant Beau

par la Haute Chevauchée en cas d’attaque des Allemands je me décide à reconnaître dans l’après-midi si le chemin qui descend vers Abancourt est praticable. J’éprouve en descendant dans la vallée de l’Aire une sensation bizarre à ne plus me sentir sous les arbres : il me semble que je respire mieux. Le panorama qu’on découvre en descendant est d’ailleurs merveilleux et je ne me lasse pas de le contempler. Devant nous Vauquois ou plutôt le peu qui en reste perché sur sa colline, à droite Clermont en Argonne qui n’est qu’une ruine, Neuvilly qui ne vaut guère mieux, à gauche Varennes fait encore illusion à distance mais ne doit pas être en meilleur état. Derrière Vauquois la masse sombre de la forêt de Hesse, des bois de Cheppy et de Montfaucon, et par-dessus le tout l’inexpugnable village de Montfaucon le bien nommé que nous n’avons pu encore aborder. Au cours de cette reconnaissance je m’aperçois que le chemin direct par la ferme d’Abancourt est impraticable à l’artillerie. Il faut remonter vers Rochamp pour reprendre la route. Ce n’est donc pas par là que nous pourrons nous replier en cas de coup de chien.

Tome I · AD084_0302
21 mars 1915

Reconnaissance vers Abancourt et départ avec le lieutenant Beau

Source : manuscrit

21 mars. — Dans la matinée nous recevons l’ordre d’aller démolir un blockhaus fort gênant à l’ouest de la cote 263. Nous partons donc le capitaine et moi après-midi et nous arrêtons au poste de commandement de la Pierre Croisée pour prendre les ordres de l’artillerie. Comme nous ne connaissons pas le chemin le lieutenant Beau adjoint au commandant s’offre à nous conduire à la tranchée où l’observation est possible. Nous partons donc tous les trois par la Haute Chevauchée que nous quittons bientôt pour prendre une laie forestière grimpant sur le sommet de la cote 285 à travers un bois de sapin. Le chemin descend naturellement de l’autre côté en droite ligne vers le boche qui n’est pas à plus de 700 mètres devant nous. Un fantassin que nous rencontrons et qui lui chemine à travers bois nous avertit charitablement que le chemin est battu au fusil par le boche et que chaque jour des fantassins sont blessés ou tués. Naturellement ni le capitaine, ni Beau ni moi ne voulons paraître inquiétés par ces conseils de prudence et continuons à avancer ainsi tranquillement à la file indienne au milieu du chemin. Il y a paraît-il

Tome I · AD084_0302
21 mars 1915

21 mars : arrivée aux premières lignes par le parados

un boyau un peu plus loin mais Beau ne le trouve pas et nous continuons à avancer paisiblement dans le terrain qui est maintenant absolument dénudé. Nous traversons bientôt un chemin creux qui est probablement celui qui du sud ouest au nord est passe à 300 mètres au nord de la cote 285 et nous ne devons pas être à plus de 200 mètres des tranchées allemandes. Comme nous avons nos manteaux et nos képis galonnés je commence à trouver l’expédition un peu hasardeuse, mais je me garde naturellement de rien dire pour ne pas « avoir l’air ». Tout à coup une détonation sèche part devant moi en même temps que quelque chose vient se ficher dans la terre à ma droite. Puis immédiatement seconde détonation et second claquement à ma gauche. Cette fois il n’y a pas de doute nous y sommes bien et malgré tout mon désir je ne peux garder mes impressions pour moi « Mais mon capitaine, c’est sur nous que les Boches tirent ! — Vous croyez ? » Une 3e balle vient le tirer de son doute. Une tranchée française s’offre heureusement à une quarantaine de mètres devant nous et nous y bondissons avec une agilité doublée par l’instinct de conservation. Les fantassins qui s’y trouvent manifestent le plus total ébahissement de nous voir arriver par ce chemin. « Ben, mon lieutenant, me dit un biffin, vous pouvez dire que vous êtes verni ! C’est-y des façons d’entrer dans la première ligne par le parados à 60 mètres des Boches ! » Dans la tranchée de première ligne ! à 60 mètres des Boches ! par le parados ! Je suis saisi d’une frayeur rétrospective et je maudis Beau pour son imprudence inutile. Heureusement que nous avons eu à faire à un mauvais tireur boche sans quoi nous n’en revenions pas ! Malgré notre émotion nous n’en perdons cependant pas de vue le but de notre promenade qui est de démolir un blockhaus boche de la région au moyen des pièces de la Chalade. Les communications téléphoniques fonctionnant à peu près nous avons vite fait d’envoyer dans la région présumée du dit blockhaus une vingtaine de coups dont quelques-uns donnent des gerbes assez belles, malheureusement il nous est impossible de vérifier l’efficacité de notre tir car l’observation n’est pas aisée. La visibilité par un créneau n’est pas fameuse, quant à montrer sa tête par-dessus le parapet il n’y faut

Tome I · AD084_0303
21 mars 1915

Bas-Jardinet et 120 court — photographies 213 à 216

Tome 1 · AD084_0304.jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Photographie 213 — en haut à gauche] Dans les tranchées du Bas-Jardinet

[Photographie 214 — en haut au centre] Un obus éclatant sur les lignes allemandes

[Photographie 215 — en haut à droite] Vue sur les tranchées allemandes

[Photographie 216 — en bas] Le 120 court

Tome I · AD084_0304
21 mars 1915

Batterie Gasnier et essais de réglage par avion et T.S.F.

pas songer, ce serait la mort immédiate et sans phrase. Ce tir n’est pas du goût des boches car à peine l’avons-nous commencé qu’ils ripostent avec une vigueur peu commune derrière nous sur les pentes de la cote 285. Les obus passent au-dessus de nous par rafales de 4 et tous les calibres se succèdent : 77-105-150. C’est le grand jeu qui dure ainsi pendant une bonne demi-heure. Notre tir terminé nous prenons le chemin du retour mais cette fois par le boyau ce qui nous amène justement au point où les Boches tiraient et où d’ailleurs ils ne tirent plus. Nous avons alors l’explication du tir de tout à l’heure. Une batterie du 45e, la 1re capitaine Gasnier que nous avons trouvé sur la route en montant à l’observatoire venait se mettre en position à l’est de la cote 285 mais, vue sans doute de Boureuilles elle a été bombardée avant d’avoir pu décrocher ses avant trains. Six hommes et un lieutenant à peine arrivé du dépôt sont blessés. Un caisson démoli gît en travers du chemin. La batterie n’a d’ailleurs pas pu mettre en position et a été obligée de se replier légèrement en arrière. Avant d’arriver à cet endroit nous passons dans le bois à côté d’un trou d’obus de gros calibre, du 305 probablement. Ce trou mesure certainement une dizaine de mètres de diamètre. Je rentre ensuite à la batterie relever Dumay.

Tome I · AD084_0306
22 mars 1915

Batterie Gasnier et essais de réglage par avion et T.S.F.

Source : manuscrit

22 mars. — Le temps continue à être superbe et j’en profite pour aller dans la matinée faire sur Vauquois quelques réglages. Dans l’après-midi, grand événement. Nous devons faire un réglage de tir par avion avec emploi de la T.S.F. Le poste terrestre est établi près de la Croix de Pierre et nous sommes reliés avec lui téléphoniquement. Vers 16 heures un avion s’envole de Clermont et nous recevons l’ordre de tirer mais en vain car l’avion ne voit pas nos coups. À gauche du côté de Bagatelle un combat violent s’est encore livré dans la journée.

Tome I · AD084_0306
23 mars 1915

Batterie Gasnier et essais de réglage par avion et T.S.F.

Source : manuscrit

23 mars. — Dans la matinée autre tentative de réglage par avion T.S.F. mais non couronnée de succès comme la précédente. Dans l’après-midi quelques coups sur Vauquois pour préparer une contre attaque.

Tome I · AD084_0306
26 mars 1915

Batterie Gasnier et essais de réglage par avion et T.S.F.

Source : manuscrit

26 mars. — Un observatoire boche visible du Mont de Villers et situé sur la crête de 263 gêne paraît-il notre artillerie et ordre m’est donné de le démolir. Je grimpe

Tome I · AD084_0306
26 mars 1915

Bombardement du 28 mars, visite présidentielle et observatoire O³

donc dans la matinée du cantonnement au Mont de Villers pour démolir ce blockhaus qu’on voit d’ailleurs fort mal, aussi malgré toute ma bonne volonté je n’arrive absolument à rien.

Tome I · AD084_0307
28 mars 1915

Bombardement du 28 mars, visite présidentielle et observatoire O³

Source : manuscrit

28 mars. — Grâce à mon calendrier je m’aperçois que c’est aujourd’hui le jour des Rameaux, mais si je n’avais pas cet auxiliaire précieux je me croirais plutôt au mois de janvier tant il fait froid. Il y a encore ce matin une bonne couche de glace. Il est vrai que je suis presque dans la montagne puisque ma batterie est à la cote 260. La présence des artilleurs alpins rend l’illusion complète. À 13 heures j’entends du côté de Vauquois une canonnade effroyable. Je me précipite à l’observatoire et j’assiste là au plus terrible bombardement que l’on puisse voir. Toute la crête de Vauquois disparaît sous la fumée et le bombardement s’étend sur la Cigalerie, la Maize, le Mont des Allieux et Buzémont. On voit très distinctement les batteries allemandes tirant dans les bois de Cheppy et de Montfaucon, en particulier les obusiers de 21 qui font à l’extrémité de la bouche des volutes de fumée assez curieuses. Au bout de trois heures le vacarme diminue d’intensité et s’éteint. Je me demande si ce bombardement a été suivi d’une attaque, mais vraiment dans cette hypothèse il me semble difficile que nos fantassins aient pu résister.

Tome I · AD084_0307
29 mars 1915

Bombardement du 28 mars, visite présidentielle et observatoire O³

Source : manuscrit

29 mars. — Aujourd’hui visite sensationnelle : le président de la République monte à la Louvière pour examiner Vauquois. Cet après-midi au Chalet sur la route du Four de Paris, concours de « cagnas » sous la présidence du général Micheler commandant le corps d’armée assisté du général Marchand qui a offert comme prix une bouteille de Kummel. Ce concours, encadré d’un concert et de jeux a obtenu le plus grand succès.

Tome I · AD084_0307
31 mars 1915

Bombardement du 28 mars, visite présidentielle et observatoire O³

Source : manuscrit

31 mars. — Des attaques sont encore dans l’air et pour les préparer je reçois l’ordre de régler devant le saillant des Meurissons à l’est du confluent des Meurissons avec les pièces de la section de la Chalade. Je pars donc à l’observatoire baptisé O³ dans le secteur de la 10e compagnie du 4e d’infanterie (Capᵗᵃⁱⁿᵉ Barbier, Lᵗ Lemaire), sous la conduite d’un soldat du 45e qui connaît le chemin. Nous passons par l’ouest de la cote 285 : il faut ensuite traverser la crête de la Fille Morte

Tome I · AD084_0307
31 mars 1915

Réglage du 31 mars et déjeuner du 1er avril

actuellement en coupe forestière et par suite parfaitement dénudée. Comme nous sommes certainement vus à cet endroit il n’est pas inutile de passer un peu vite. Nous dégringolons ensuite dans le ravin des Meurissons bourré de fil de fer et nous arrivons ainsi à notre observatoire. Les boches paraissent aujourd’hui de fort méchante humeur et nous lancent quelques crapouillots dont l’arrivée est heureusement signalée par un guetteur muni d’un sifflet. Avant de commencer mon tir je me mets en devoir d’examiner le paysage mais à peine ma tête a-t-elle dépassé le parapet qu’une balle vient claquer tout près. Je me déplace de quelques mètres à droite et repasse ma tête. Une autre balle me salue. À la 3e reprise je crois prudent de ne plus me montrer et de prendre un périscope mais cet instrument est encore salué d’un coup de fusil chaque fois que je le montre au-dessus du parapet. Enfin avec beaucoup de ruse je parviens à identifier suffisamment mon paysage et donne l’ordre à la batterie de commencer son réglage. « Coup parti » m’annonce bientôt mon téléphoniste. Au même instant j’entends l’obus arriver et tomber… derrière moi ! Je m’empresse de corriger les éléments de mon tir pour porter nos coups chez les Boches mais ceux-ci protestent immédiatement en commençant de notre côté un tir d’obus de 105 vraiment bien embêtant. J’arrive cependant à régler convenablement mon tir et avant de rentrer au Claon je passe faire mes excuses au capitaine Barbier pour ce coup malheureux tombé presque sur son P.C. Je suis si vexé et en même temps si ému de l’imprudence de ma batterie que je lui bredouille des excuses embrouillées qui veulent dire exactement : « Je vous prie de m’excuser si je ne vous ai pas tué ! ». Le capitaine Barbier éclate alors de rire, ce qui me fait constater ma gaffe. Nous nous quittons cependant fort bons amis.

Tome I · AD084_0310

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