Millot arrivent à la position de la Louvière et sont mises immédiatement en batterie. Je constate une fois de plus en surveillant cette mise en batterie que les hommes et les gradés de la 2e batterie sont loin de valoir les miens pour l’entrain et l’habileté. Naturellement pour placer ces deux pièces et pour leur donner des directions je n’ai reçu aucune indication du commandement. Dans la matinée le colonel Mourman vient me rendre visite avec le commandant Codet et trouve à redire à tout ce que j’ai fait en termes plutôt acerbes. N’ayant rien à me reprocher je commence à sentir la moutarde me monter au nez. « Mon colonel, lui dis-je, en l’absence de tous renseignements j’ai fait pour le mieux d’après ce que je sais de la situation et du secteur. — Mais vous avez reçu des ordres ? — Mon colonel, depuis le 13 juillet je n’ai reçu aucun ordre, mais simplement des indications imprécises, contradictoires ou inexécutables. » Pour lui dire cela je suis figé dans un impeccable garde à vous, mais au tremblement de ma voix on doit s’apercevoir que je ne suis pas content. Le colonel Mourman qui est la sévérité même, me regarde fixement de son air peu aimable, fait demi tour et s’en va. Je sais bien que j’ai raison. Quant au commandant Codet il est absolument furieux, il hausse les épaules, bougonne dans sa moustache, mais ne dit rien puisque son chef est resté silencieux. S’il avait été seul je crois que j’aurais passé un mauvais quart d’heure !