LES MÉMOIRES DU CAPITAINEExplorer les sources →
MÉMOIRES · 1915

Juillet 1915

57 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 juillet 1915

30 juin–4 juillet : attaque en Argonne ; Bocher évacué ; observatoire de la Fille Morte

Source : manuscrit

1er juillet. — L’attaque d’hier s’est déroulée dans toute la moitié ouest de la forêt d’Argonne et les Allemands ont réalisé au prix des plus lourdes pertes une avance qui ne doit pas avoir dépassé 1 kilomètre. De notre côté les pertes sont également très lourdes. Aujourd’hui la situation est relativement calme.

Tome I · AD084_0357
3 juillet 1915

30 juin–4 juillet : attaque en Argonne ; Bocher évacué ; observatoire de la Fille Morte

Source : manuscrit

3 juillet. — Depuis deux jours je suis alerté en prévision d’une attaque boche qui ne se produit d’ailleurs pas. Il est probable que l’attaque de ces jours derniers n’a pas été pour eux un succès et qu’ils n’ont pas envie de recommencer.

Tome I · AD084_0357
4 juillet 1915

30 juin–4 juillet : attaque en Argonne ; Bocher évacué ; observatoire de la Fille Morte

Source : manuscrit

4 juillet. — Le capitaine vient déjeuner avec moi à la position de batterie. À 13 heures nous partons pour l’observatoire de la Fille Morte accompagnés du téléphoniste Hubert, pour régler un tir à obus allongés sur les premières lignes allemandes. Le tir, convenablement mené est réglé en une dizaine de coups. Les éclatements sont absolument effroyables. Les Allemands ripostent assez vertement par des 150 dans le fond des Meurissons, par des 77 sur nos tranchées de première ligne et par quelques 105 fusants. Nous rencontrons au poste d’observation de la Fille Morte un tout jeune brigadier télé-

Tome I · AD084_0357
4 juillet 1915

Photographies 269–271 — cagnas et observatoire du Mont de Villers

Tome 1 · AD084_0358.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 269 — à gauche] Les cagnas du Mont de Villers

[Photographie 270 — en haut à droite] Les cagnas du Mont de Villers Leplatre, Lorin, Somme, Foubert, Emerit, Bertin, Tual Langlois, Hippolyte

[Photographie 271 — en bas à droite] À l’observatoire du Mont de Villers Lᵗ Desaulle Somme Demassue Cap. Meckler

Tome I · AD084_0358
4 juillet 1915

Photographies 272–274 — à la Fille morte

Tome 1 · AD084_0359.jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 272 — à gauche] Bachelier et Dumay à l’observatoire de la Fille morte

[Photographie 273 — au centre] À la Fille morte Cⁿᵉ Meckler Lᵗ Desaulle, télᵗᵉ Hubert

[Photographie 274 — à droite] À la Fille morte la sape de O.9

Tome I · AD084_0359
4 juillet 1915

4–5 juillet : le jeune brigadier ; changement de cantonnement ; passage de Micheler

phoniste au visage enfantin malgré ses grosses lunettes d’écaille. Nous le questionnons sur son âge, son origine. Enfin le capitaine lui demande « Mais, que faisiez-vous dans le civil avant de venir à la guerre ? — Mon capitaine, répond le brigadier d’un air ingénu tout en raccrochant les deux bouts de sa ligne téléphonique, je travaillais pour être diplomate ! » Un tel aveu dans un tel endroit nous inonde de la plus franche hilarité et nous éclatons de rire le capitaine et moi aux yeux du pauvre brigadier ébahi et rouge de confusion. Nous le remettons d’ailleurs bien vite à son aise et nous nous séparons les meilleurs amis du monde. À 18 h 30 je suis de retour au Claon et j’apprends en y arrivant que nous ne demeurons plus à la Tuilerie. Nous en avons été délogés par le colonel Hirtzmann commandant la brigade et habitons maintenant l’ancienne maison du commandant Rollet sur la route de la Chalade. Nous y sommes d’ailleurs fort bien ayant à notre disposition au rez de chaussée une cuisine une salle à manger et la chambre du capitaine, au premier étage une chambre pour Chavane et moi. Cette maison appartient à une brave dame qui en occupe une moitié et qui ne songe pas un instant à s’en aller malgré que la situation ne soit pas extrêmement rassurante.

Tome I · AD084_0360
5 juillet 1915

4–5 juillet : le jeune brigadier ; changement de cantonnement ; passage de Micheler

Source : manuscrit

5 juillet. — Aujourd’hui je suis de repos au cantonnement et ne sachant trop quoi faire de ma journée je vais faire un tour jusqu’au champ de tir des mitrailleuses où on essaye en ce moment des mitrailleuses boches. Je m’initie au fonctionnement de ces engins qui sont redoutables. Leur mécanisme en est assez simple et peu sujet aux dérangements. Leur inconvénient est qu’on ne peut modifier la vitesse du tir : c’est tout ou rien. De plus le refroidissement du canon nécessite une circulation d’eau ce qui est un léger inconvénient. Pendant que je suis au cantonnement Bachelier et Hubert partent à la Fille Morte pour régler un tir de notre observatoire habituel. Comme ils arrivent au point où le boyau de la Fille Morte coupe la Haute Chevauchée ils sont obligés de se ranger pour laisser passer le général Micheler commandant le corps d’armée. Tout à coup une salve

Tome I · AD084_0360
5 juillet 1915

5–10 juillet : secours à Micheler ; Hubert blessé et proposé pour une citation

de 77 éclate au-dessus du groupe, tuant un commandant accompagnant le général ainsi que plusieurs soldats passant dans le boyau. Le général lui-même est gravement blessé à la tête par un éclat qui lui traverse le crâne du sommet de la tête à l’occiput. Bachelier et Hubert aidés des quelques rares survivants de ce drame terrible et court se portent immédiatement au secours des blessés et les transportent au poste de brancardiers voisins. Ce devoir rempli ils repartent régler leur tir à l’observatoire de la Fille Morte. Dans l’après-midi Chavane, Bachelier et le capitaine retournent à nouveau à la Fille Morte pour régler un nouveau tir pendant l’exécution duquel ils sont copieusement arrosés de 105 et de grenades à fusils dites « tourterelles ».

Tome I · AD084_0361
10 juillet 1915

5–10 juillet : secours à Micheler ; Hubert blessé et proposé pour une citation

Source : manuscrit

10 juillet. — Tous ces jours derniers se sont écoulés avec une monotonie désespérante et nous ne faisons pas grand’chose tout au moins à ma section du Mont de Villers. L’autre section exécute quelques tirs mais tout cela n’est pas très excitant. Au retour d’un réglage effectué par la section de la Chalade le Capitaine et Hubert rentrant des tranchées sont pris sous un tir de 105 au moment où ils descendent le boyau du Cottage. Hubert reçoit dans la hanche un éclat qui lui fait une blessure assez sérieuse pour nécessiter son évacuation. C’est une perte pour la batterie mais nous espérons bien que sa guérison sera prompte et qu’il nous reviendra bientôt. On ne trouve pas tous les jours des gens aussi intelligents et aussi braves. Le capitaine fait immédiatement établir en sa faveur une proposition de citation. Depuis plusieurs jours on parle d’une attaque de notre part qui doit avoir lieu dans le secteur de la Haute Chevauchée. En prévision de cette attaque Dumay monte à 14 heures à un observatoire nouveau O2 bis pendant que je reste à la position pour conduire le tir. Ce tir s’exécute d’ailleurs normalement et à 18 heures je me dirige vers le Claon avec le maréchal des logis Metzger. Au moment où nous arrivons à la maison forestière les Boches tirent sur le carrefour des 150 fusants qui font un bruit du diable. Ils sont heureusement un peu hauts et par suite peu dangereux. Ce tir bizarre nous intrigue, mais nous en aurons l’explication dans quelques jours ! Depuis le début du mois les permissions sont ré-

Tome I · AD084_0361
10 juillet 1915

Le rat capturé et sa poursuite — photographies 275–276

Tome 1 · AD084_0362.jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 275] Le rat capturé

[Photographie 276] À la poursuite du rat

Tome I · AD084_0362
10 juillet 1915

10–11 juillet : rats et souris ; Vallée ; visite à Nomblot et Lucien Belin

gulièrement organisées pour les soldats ayant au moins six mois de présence au front, ce qui est assez mon cas. Les départs se font d’ailleurs dans l’ordre le plus incohérent et plusieurs sous lieutenants célibataires sont déjà partis, bien qu’ils soient beaucoup plus jeunes que moi, ce qui me dégoûte profondément. Avec cela la chaleur est très forte et l’extrême humidité de la région où nous sommes me fatigue énormément. Les orages sont très fréquents et nous sommes littéralement envahis par les mouches. Une autre plaie est la vermine. La maison où nous sommes et qui est cependant une des plus belles du pays est littéralement infestée de rats et de souris. Depuis que nous y sommes nous avons capturé grâce aux pièges et à la chienne fox terrier de Chavane une cinquantaine de rats et il y en a encore ! Quant aux souris, notre second cycliste Vallée qui fait également l’office d’aide cuisinier les attrape dans sa cuisine…… à la main ! Dans le cantonnement c’est encore pis ! Lemasson et le maréchal des logis Boudot avec leurs chiens en tuent jusqu’à cent dans une matinée !

Tome I · AD084_0362
11 juillet 1915

10–11 juillet : rats et souris ; Vallée ; visite à Nomblot et Lucien Belin

Source : manuscrit

11 juillet. — La division de Lucien Belin la 128e est paraît-il dans la région, venant du Bois le Prêtre. Son escadron cantonnerait à Élise à une quinzaine de kilomètres d’ici. Étant de repos aujourd’hui je me décide à pousser jusque-là. En passant à Florent j’aperçois des fantassins du 63e territorial le régiment de monsieur Nomblot un ami de mon père, pépiniériste à Bourg la Reine. Je m’informe de sa demeure et le trouve au lit malade du surmenage qu’il s’est donné dans la dernière quinzaine. Nous causons quelques instants puis je continue mon voyage par la route de la grande

Tome I · AD084_0362
11 juillet 1915

11–13 juillet : Lucien à Élise ; réglage avec Colin ; début de la canonnade

Tranchée jusqu’à Verrières. Cette partie de la forêt, comme toutes les autres d’ailleurs, est fort belle. De Verrières j’arrive rapidement à Élise où je trouve Lucien. Nous pouvons bavarder un instant assez court d’ailleurs car il est assez tard et j’ai un long chemin à faire pour rentrer. Nous pourrons sans doute bavarder plus longuement dans un avenir prochain car la 128e division doit venir dans la région de Moiremont qui est beaucoup plus proche du Claon. Nous nous quittons vers 17 h 30 et deux heures après je suis de retour au Claon.

Tome I · AD084_0363
12 juillet 1915

11–13 juillet : Lucien à Élise ; réglage avec Colin ; début de la canonnade

Source : manuscrit

12 juillet. — Toujours en prévision de l’attaque prochaine nous recevons dans la matinée l’ordre d’aller démolir un blockhaus à l’est de la Haute Chevauchée. Accompagné du brigadier Colin je pars du Claon à 14 heures en passant d’abord prendre les ordres, d’abord au poste de commandement de l’artillerie R.G. puis par le poste de commandement de Pierre Croisée. L’autorisation de tirer nous étant accordée je monte à l’observatoire O.2 bis. Le commandant Lepidi du 4e d’infanterie me désigne l’objectif qu’on voit d’ailleurs à peine. Un peu de terre remuée est visible sur les pentes nord du ravin d’Osson mais est-ce un blockhaus ? C’est bien difficile à dire. À peine sommes-nous arrivés que les Boches se mettent à tirer de notre côté des obus de gros calibre. Pour comble de malchance le poste téléphonique est loin de la première ligne et je n’ai pas de fil pour prolonger la ligne jusqu’à la première position. Force m’est donc de recruter un fantassin de bonne volonté qui sert de liaison entre mon poste téléphonique et le téléphone. Tous ces ennuis ne me permettent pas de commencer mon tir avant 17 h 30. Les Allemands ne cessent de tirer de notre côté, obstruant les boyaux et ce n’est qu’à 18 h 30 que je peux partir, mon tir étant enfin réglé en direction et en portée. Tout le long de la route nous sommes salués par des 77 et des 150 dont plusieurs éclatent vraiment un peu près. Le boyau que nous suivons est d’ailleurs démoli et obstrué en plusieurs endroits. Enfin à 20 heures nous sommes de nouveau de retour au Claon passablement fatigués.

Tome I · AD084_0363
13 juillet 1915

11–13 juillet : Lucien à Élise ; réglage avec Colin ; début de la canonnade

Source : manuscrit

13 juillet. — À 3 h 30 je suis réveillé en sursaut par une terrible canonnade. En quelques minutes je suis debout et habillé. Je me rends compte immé-

Tome I · AD084_0363
13 juillet 1915

13 juillet : bombardement et gaz au carrefour de la Maison Forestière

diatement que la canonnade est à droite sur le secteur de la 9e D.I. et de la 125e D.I. autant qu’on peut en juger. C’est sans doute l’attaque que nous attendions depuis plusieurs jours. Heureusement en prévision de l’attaque que nous devions entreprendre nous-mêmes le 14 nos batteries sont largement approvisionnées en munitions. Je cours immédiatement au téléphone demander des nouvelles à Dumay qui est à la position : à ma grande surprise il me répond que la situation est assez calme dans son coin et qu’il ne tire pas ; il ne reçoit pas non plus de marmites et juge par conséquent qu’il est inutile de me déranger. Malgré ces nouvelles optimistes et l’avis du capitaine je suis persuadé par l’intensité de la canonnade que les Boches nous préparent en ce moment un très mauvais coup. Ne pouvant plus y tenir, je saute à cheval à 5 heures et file à la position. À peine au carrefour de la Croix de Pierre je m’aperçois que la situation n’est pas si calme que cela : les obus paraissent tomber avec assez de violence du côté de la Maison Forestière. J’avance cependant mais arrivé au poste R.G. à 500 mètres de la maison Forestière je dois m’arrêter. Le carrefour est battu par des obus asphyxiants dont les vapeurs prennent fortement à la gorge et qui sont terriblement lacrymogènes. Impossible d’avancer d’autant que ces obus asphyxiants sont accompagnés d’obus de tous calibres, obus de 210 faisant en arrivant le bruit d’une rame de métro, obus de 150 éclatants fusants et percutants de tous côtés, obus de 105 et de 77 arrivant à la cadence de 60 à la minute. Tout le carrefour de la Forestière disparaît dans un nuage de poussière et de fumée, les batteries voisines sont bouleversées et le personnel est obligé de se replier littéralement aveuglé par les gaz lacrymogènes. Pour me protéger je n’ai absolument rien et il est inutile de chercher à passer par ce chemin. Mon pauvre Agio qui tremble de ses 4 pattes s’y refuserait d’ailleurs obstinément et après une vaine tentative je retourne auprès du commandant Garnier pour prendre des nouvelles. J’y rencontre un capitaine de l’État-major de l’armée venu en toute hâte et qui nous apprend que l’attaque leur a été annoncée cette nuit par un déserteur. Je rencontre aussi le père Bailly et l’abbé

Tome I · AD084_0364
13 juillet 1915

Abri du 120 long — photographie 277

Tome 1 · AD084_0365(5).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 277] Au Mont de Villers : l’abri du 120 long

Tome I · AD084_0365(5)
13 juillet 1915

13 juillet : retour à la batterie ; Guérin, Davignon et Langlois

Henry qui sont toujours là où il y a de l’ouvrage. Les yeux me piquent terriblement et l’eau dont je les humecte ne me soulage pas beaucoup. Il faut pourtant que je rejoigne ma batterie. Piquant alors à droite à travers bois je gagne la ferme du Four des Moines et Abancourt puis je remonte le ravin au sud de ma position. Les obus tombent assez nombreux dans ce ravin et ce n’est qu’avec beaucoup de peine que nous arrivons à passer. J’arrive enfin auprès de Dumay et constate avec plaisir que tout est en ordre. Nous ne tirons d’ailleurs pas beaucoup mais par contre le 120 long placé à 30 mètres à notre droite tire énergiquement. Les Allemands font de même mais les obus tombent principalement sur le 120 long et dans le ravin. Deux de nos chevaux qui s’y trouvent abrités sont blessés. Quant au mien je l’ai renvoyé avec Davignon qui est allé prévenir le capitaine de ce qui se passe et lui demander d’envoyer les attelages des pièces en prévision d’un repli éventuel. Enfin nous recevons quelques ordres de tirs que nous exécutons mais tout cela est une bien maigre riposte à tout ce que nous recevons. Je n’ose cependant pas prendre sur moi de tirer davantage. Jusqu’à présent et bien que les obus tombent tout autour de nous, nous n’avons aucune perte. Seul le servant Guérin reçoit une pierre qui lui contusionne légèrement l’épaule. Il n’en est pas de même de notre voisin du 120 long qui a déjà 5 hommes hors de combat sur 15 et qui malgré cela continue à tirer. Vers 9 heures peut-être deux fantassins du 4e de ligne m’amènent un gigantesque sous officier allemand qui n’est pas plus fier que cela et qui a bien peur d’être fusillé ! Nous ne savons toujours rien bien que la présence de ce prisonnier indique que l’attaque d’infanterie a été déclenchée lorsque tout à coup mon sous officier Langlois que j’ai envoyé en liaison au poste de commandement de Pierre Croisée vient me dire que les Allemands ont

Tome I · AD084_0365(5)
13 juillet 1915

13 juillet : l’ennemi près des pièces ; contre-attaques et préparatifs de repli

franchi le ravin des Meurissons, emporté la cote 285 et sont arrivés à la perforatrice c’est-à-dire à 400 ou 500 mètres de ma position de batterie ! Entre ce point et ma position de batterie c’est le plateau, boisé il est vrai mais sans aucune espèce de défense, ni une tranchée ni un fil de fer, ni un abattis. Les premières lignes ayant été submergées et tous les occupants tués ou prisonniers je m’attends à voir les Boches arriver sur nos pièces d’un moment à l’autre. Il faut cependant rester puisque nous n’avons pas d’ordre de repli. Sur ces entrefaites mes attelages arrivent. Je les fais abriter le mieux possible derrière nous dans le coin du ravin le moins battu. Quelques unités d’infanterie arrivent en renfort : une section ou deux viennent se mettre en tirailleurs dans la tranchée du petit chemin de fer qui passe entre mes pièces, le fusil en joue prêt à tirer sur les Boches qui se risqueraient à traverser le bois. La fusillade est toujours intense sans que nous sachions ce qui se passe au juste. Quelques fantassins blessés ou non, mais tous dans un état d’abrutissement absolu passent près de nous venant des premières lignes mais ils ne savent rien sinon que le bombardement a été affreux, que tous les occupants des premières lignes sont tués ou asphyxiés et que le nombre des prisonniers est considérable. Le commandant Lepidi accompagné d’un seul officier se replie avec ce qui reste de son bataillon, moins de cent hommes ! Ce qui est le plus grave c’est que nous ne pouvons plus tirer maintenant sur les premières lignes allemandes qui sont beaucoup trop rapprochées. Ce matin nous tirions à 1300 ou 1400 mètres et maintenant il nous faudrait tirer à 500 ou 600 mètres ce qui est absolument impossible même en employant la charge la plus réduite, à cause de la hauteur des arbres que nous avons devant nous. Vers 10 heures nous ouvrons cependant le feu sur la hausse minimum possible pour appuyer une contre attaque qui se produit à 10 h 30 sans que nous en sachions le résultat. Vers 13 h 15 on nous annonce une nouvelle contre attaque. À 13 h 45 au moment où nous allons tirer un brigadier arrive ventre à terre avec les attelages du 120 long qui commence immédiatement l’évacuation de sa position. J’in-

Tome I · AD084_0366
13 juillet 1915

13 juillet : départ à 14 h 05 ; Ferus et Schalbar ; chasseurs du 60e

terroge ce brigadier : « Mon lieutenant, il faut vous en aller, tout le monde f… le camp ! Je viens prévenir ma batterie mais on m’a dit aussi de prévenir les autres ! » Je ne peux vraiment pas abandonner ma position sur un renseignement aussi vague venant de ce brigadier, aussi j’envoie Dumay au poste de commandement situé à 600 mètres de nous pour prendre des ordres. On ne peut en effet rien savoir par téléphone nos communications ayant été coupées depuis longtemps et n’ayant pu être rétablies malgré le zèle des téléphonistes. Au bout de quelques instants, Dumay revient et m’annonce qu’il n’y a plus personne au poste de commandement. Dans ces conditions je me décide à partir. En cinq minutes mes deux pièces sont démontées et attelées et mes 4 caissons chargés. À 14 h 05 nous filons, point de direction la Croix de Pierre ; n’ayant pas de cheval je marche à pied derrière ma section. En arrivant au carrefour des Sept Fontaines j’aperçois à gauche dans le bois sur le parapet d’une tranchée le colonel Ferus commandant la brigade, le commandant Schalbar et plusieurs officiers. C’est le nouveau poste de commandement. J’explique au commandant Schalbar pourquoi je me suis replié, ce qu’il approuve du reste. Le long de la route je rencontre le père Bailly et l’abbé Henry qui me demandent des nouvelles que je suis bien embarrassé pour leur donner puisque je ne sais rien. Toutes les batteries de la région sont parties. Je rencontre aussi le long de la route des chasseurs à pied du 60e bataillon qui ont sauvé la situation. Amenés près du carrefour de Pierre Croisée par une marche très habile ils se sont lancés à la contre attaque clairons en tête. Les Boches ne les ont pas attendus et nous avons pu ainsi reprendre la cote 285 et conserver le réduit de la cote 263. Un sous lieutenant qui a le poignet brisé par une balle et qui revient tranquillement en fumant sa pipe me dit que les Boches ne tiennent pas au contact et que nous leur avons fait quelques prisonniers. Ce sous-lieutenant est d’ailleurs assez philosophe malgré sa blessure sérieuse. Comme je lui adresse quelques paroles de consolation : « Ce n’est rien, me dit-il, on me refusait une permission et bien comme cela

Tome I · AD084_0367
13 juillet 1915

13–14 juillet : retour à la position ; manutention des munitions ; premières nouvelles

je vais la prendre tout de même ! » Au poste de commandement R.G. où je me rends le commandant Garnier me donne l’ordre de ramener en arrière toutes mes munitions et de m’établir au carrefour de la guérite sur la route du Claon. Je file donc à la Croix de Pierre sur une bicyclette d’emprunt pour tâcher d’avoir quelques chariots de parc. N’en trouvant pas, je téléphone au cantonnement qu’on m’envoie dix caissons vides qui ne tardent d’ailleurs pas à arriver. Sur ces entrefaites le capitaine Meckler arrive et commence par m’attraper car il croit que j’ai oublié mon téléphone. Je retourne donc à la position pour m’assurer que tout se passe normalement et pendant ce temps Dumay installe ma section au bord de la route près du carrefour de la guérite. À 19 heures tout est terminé et le dernier caisson quitte le Mont de Villers lorsque le cycliste Lorson m’apporte l’ordre de réoccuper ma position. Je l’envoie donc donner l’ordre aux caissons de faire demi tour et à mes canons de remonter. À la nuit tombante nous sommes de nouveau en position prêts à tirer grâce à l’effort admirable de mes hommes qui ont dû deux fois dans la journée charger et décharger environ 17 tonnes de munitions soit une manutention de 68 tonnes !! Heureusement, tous mes déplacements se sont effectués sans perdre un homme ni un cheval malgré la canonnade et la fusillade qui n’ont guère cessé, quoique infiniment moins violentes que le matin. Nous nous couchons cependant mais naturellement tout habillés et en ne dormant que d’un œil. Vanderpol et moi nous assurons d’ailleurs un service de garde en avant de nos pièces pour être prêts à toute éventualité.

Tome I · AD084_0368
14 juillet 1915

13–14 juillet : retour à la position ; manutention des munitions ; premières nouvelles

Source : manuscrit

14 juillet. — Toute la nuit la fusillade est très violente et plusieurs fois je me lève pour voir ce qui se passe. Les balles sillonnent le bois dans tous sens, les fusées éclairantes montent sans arrêt dans le ciel. Enfin après une nuit fort brève qui nous paraît cependant interminable le jour paraît et nous apporte quelques nouvelles. L’artillerie du secteur a été durement éprouvée. La 44e batterie de montagne qui était en position sur la cote 285, 2 pièces au sud, 2 pièces à l’est a

Tome I · AD084_0368
14 juillet 1915

14–15 juillet : pertes rapportées ; reconnaissance de positions à la Louvière

disparu. Les deux pièces du sud ont été reprises par la contre attaque, mais une notable partie du personnel a été tuée, blessée ou prisonnière. Le capitaine de Saporta commandant la batterie est tué. Son lieutenant blessé a été assassiné sur son brancard. D’autres blessés ont eu le même sort. Les crapouillots n’ont pas eu non plus une meilleure chance. Le capitaine Leprévost leur commandant est disparu ainsi qu’une grande partie de ses hommes. Parmi eux il y avait 3 anciens poilus de ma batterie dont Beaumier notre ancien cuisinier qui serait tué ou prisonnier. Les deux autres Jolly et Froger seraient indemnes. La batterie du capitaine Gasnier du 45e en position à la tête du ravin de Cheppe a été enlevée par l’ennemi mais a pu heureusement être reprise par la contre attaque. Les pertes de l’infanterie ont été énormes. Les bataillons en lignes ont perdu les ¾ de leurs effectifs. La journée se passe à peu près tranquillement malgré que nous tirions un peu, les deux adversaires étant sans doute épuisés. Je ne crains qu’une chose c’est que les Allemands ne prononcent demain une nouvelle attaque : nous serions alors enfoncés.

Tome I · AD084_0369
15 juillet 1915

14–15 juillet : pertes rapportées ; reconnaissance de positions à la Louvière

Source : manuscrit

15 juillet. — La nuit est à peu près calme et la matinée aussi : nous tirons cependant un peu. Ayant reçu du capitaine l’ordre de me rendre à 14 heures chez le commandant Garnier j’y rencontre le lieutenant Marie, le capitaine Arnaud du 20e et le commandant Codet. Nous partons immédiatement reconnaître des positions du côté de la Louvière pour les différentes batteries du secteur. Je reconnais assez facilement à la Louvière une position pour moi et une pour le 120 court. Par Abancourt nous remontons vers Gorgia où nous trouvons également des positions acceptables quoique moins bonnes. À 18 heures je suis de retour à la batterie mais comme nous n’avons pas d’ordre pour le repli nous dînons bien tranquillement Dumay et moi. La situation est cependant loin d’être rassurante. Sans doute les Allemands ne sont plus à la perforatrice, mais ils ne sont guère à plus de 1100 mètres de nous et

Tome I · AD084_0369
15 juillet 1915

15–16 juillet : repli nocturne difficile vers la Louvière

aucune tranchée ne nous sépare. À 20 h 30 comme nous dînons le téléphone résonne : « Qu’y a-t-il ? » me demande Dumay qui m’entend répondre dans le téléphone un Bon ! laconique. « Il y a que nous devons déguerpir ! » — « Tout de suite ? » — « Tout de suite ! » Ce pauvre Dumay fait un drôle de nez malgré son caractère qui ne s’étonne de rien. J’envoie sur le champ un ordre au cantonnement pour qu’on m’envoie mes attelages qui sont depuis deux jours alertés. À 21 heures mes deux canons sont hors de batterie et placés sur le chemin ainsi que mes caissons, prêts à partir. À 21 h 50 mes chevaux arrivent, en cinq minutes nous sommes attelés et nous partons. Il est temps je crois que nous partions car la fusillade et les combats de grenades et de crapouillots font rage depuis une heure. Dans ces conditions il est probable que la Haute Chevauchée et le carrefour de la maison forestière vont être battus aussi je me décide par prudence à passer par le chemin de terre que j’ai reconnu et qui passe par l’est de la route. Étant le seul à connaître le chemin je guide moi-même les 4 premières voitures mais je m’aperçois que si ce chemin est le plus sûr il est horriblement difficile. Le chemin est à peine tracé, le ciel est d’une noirceur d’encre et sous le bois très touffu il est impossible de voir avec ma maigre lanterne. Je suis obligé de reconnaître le chemin par fractions de 10 à 20 mètres et de revenir pour conduire mes voitures. De ce train nous n’allons pas bien vite et pour comble de malchance le bois est encombré de fantassins allongés par terre et qui dorment. C’est miracle que nous puissions passer au milieu d’eux sans les écraser, mais par exemple nous nous faisons copieusement injurier. Ce n’est qu’à 23 h 30 que je parviens à amener mes deux pièces à la Louvière ayant mis 1 h 30 pour parcourir 1 kilomètre. Voyant les difficultés rencontrées sur ce chemin je retourne en hâte à la batterie et je dirige mes caissons par la route, la situation s’étant un peu calmée.

Tome I · AD084_0370
16 juillet 1915

15–16 juillet : repli nocturne difficile vers la Louvière

Source : manuscrit

16 juillet. — À 1 heure du matin en tête de mes caissons je quitte la position du Mont de Villers en

Tome I · AD084_0370
16 juillet 1915

16 juillet : arrivée à la Louvière ; Emerit ; matériel criblé d’éclats

me dirigeant cette fois par la Haute Chevauchée. Les balles sifflent autour de nous et s’enfoncent en claquant dans les arbres et je me demande avec anxiété comment nous allons faire pour franchir ce mauvais coin sans encombre. Cependant la chance continue à nous favoriser et nous arrivons à la Maison forestière sans dommages, mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le chemin qui mène de la Maison forestière à la Louvière n’est pas beaucoup meilleur que l’autre et nous devons le reconnaître de la même manière Emerit et moi. Il est déjà 1 h 30 et nous serons à ce train là arrivés juste pour le lever du jour. Bientôt d’ailleurs la nuit s’éclaircit ce qui facilite grandement notre travail. La dernière partie du chemin qui nous reste à parcourir n’est pas en effet la meilleure car elle est encombrée de souches d’arbres dans lesquelles s’accrochent les boucliers de nos pièces. Il faut travailler à la hache pour les dégager. Enfin un peu avant 3 heures du matin nos pièces sont en position. Quelques instants après le capitaine arrive et nous achevons nos préparatifs de mise en batterie en déchargeant une fois de plus nos munitions. Nous sommes naturellement bien fatigués après une pareille nuit et je peux même dire épuisés. Il faut cependant que nous soyons prêts à intervenir le plus tôt possible et chacun s’y emploie de son mieux. Dans l’après-midi le capitaine va régler nos deux pièces sur la cote 263. Nous sommes alors vraiment prêts à agir efficacement. En passant aujourd’hui l’inspection de mon matériel je peux mesurer une fois de plus la chance infinie que nous avons eue de sortir de ces 3 jours d’attaque sans un seul blessé ! Mon matériel est en effet criblé d’éclats d’obus. Un coffre dans lequel j’ai rangé ma provision de boîtes de conserves est percé de part en part et mes boîtes aussi, entre autres une contenant d’excellentes tripes reçues ces jours derniers dans un colis. Je peux donc dire que j’ai reçu aujourd’hui un éclat d’obus dans les tripes……… Une boîte de confiture entamée juste au moment où nous arrivait l’ordre téléphonique de déguerpir a été

Tome I · AD084_0371
16 juillet 1915

16–17 juillet : tirs d’infanterie ; récit de l’exploit de Sanche

sauvée de la bagarre et nous l’achevons à notre petit déjeuner du matin sur la nouvelle position. S’il est surprenant que nous n’ayons eu aucun blessé ces jours derniers il est au moins aussi surprenant que nous n’en ayons pas eu les jours précédents surtout par les balles d’infanterie. Le plateau en effet était balayé par les balles surtout la nuit et on ne pouvait rester une minute dehors sans entendre le miaulement peu agréable de ces visiteuses redoutables. Dans les jours précédant l’attaque nos voisins ont payé leur tribut à ce danger constant : un homme de la batterie Vanderpol a reçu une balle dans le foie, un homme de la batterie Marie en a reçu une dans le dos. Au 120 court pendant que deux hommes nettoyaient une pièce de canon, l’un d’eux tombe raide mort d’une balle à la tête. Le survivant va au poste de commandement chercher le lieutenant commandant et revient avec lui près de la pièce. Tout à coup il tombe raide mort lui aussi sur le corps de son camarade. Le soir laissant Dumay de garde à la position nous redescendons le Capitaine et moi à la position où nous arrivons à 21 heures.

Tome I · AD084_0372
17 juillet 1915

16–17 juillet : tirs d’infanterie ; récit de l’exploit de Sanche

Source : manuscrit

17 juillet. — On me raconte aujourd’hui un exploit peu banal du lieutenant Sanche du 30e d’artillerie. Cet officier étant lors de l’attaque du 13 juillet en première ligne avec les fantassins aperçoit à la fin de la journée une trentaine de prisonniers français conduits vers l’arrière par 4 soldats allemands. Ces derniers connaissant sans doute mal leur chemin amènent leur convoi assez près de la cote 263. Sanche, avec une rare présence d’esprit, prend 4 fantassins bons tireurs et leur fait coucher en joue les 4 fantassins allemands, puis montant sur le parapet de la tranchée il s’écrie à pleins poumons : « Les prisonniers français, couchez-vous ! » Ceux-ci, d’instinct, obéissent. Au même instant quatre coups de feu éclatent couchant par terre les 4 boches et les 30 prisonniers français rejoignent tout joyeux nos lignes. Parmi les soldats disparus ces jours-ci il y a un camarade de Cha-

Tome I · AD084_0372
17 juillet 1915

17–18 juillet : Montéty disparu ; récit de l’abbé Henry ; bombardement de la Chalade

vane, le sous lieutenant du génie Montéty. On ne sait pas ce qu’il est devenu. L’abbé Henry nous raconte un fait qui montre bien la mentalité boche : Le 13 juillet 4 brancardiers accompagnés d’un caporal ramènent à la maison Forestière 2 blessés allemands, lorsque soudain l’un des blessés allemands se dresse sur son brancard, sort un revolver de sa jambière et étend raide mort le brancardier placé devant lui. Les autres brancardiers saisis d’une juste indignation se précipitent sur le blessé boche et l’assomment à coups de talons puisque la Convention de Genève leur défend de porter des armes. Je devais quelques années après la guerre rencontrer à Gien le caporal un des héros de cette histoire et qui m’en confirma en tous points le récit. « Le boche avait la tête dure et pour lui faire son affaire cela a demandé un peu de temps ! » « Figurez-vous, ajoute l’abbé Henry, que le médecin chef du poste de secours de la Maison Forestière voulait m’obliger à donner à ce boche une sépulture chrétienne ! Plus souvent ! Il est mort en état de péché mortel et je l’ai fait flanquer dans le trou à fumier ! » Si la situation a été fort agitée pour ma section pendant ces derniers jours elle n’a pas non plus été bien calme pour la section de la Chalade. Sans doute cette section n’a pas reçu de gaz lacrymogènes et n’a pas été menacée par l’avance des Boches mais elle a reçu dans ses parages une quinzaine d’obus de très gros calibre, faisant en arrivant un bruit infernal. L’un des obus est tombé à une quinzaine de mètres devant la pièce de gauche de la section. Le culot a été retrouvé et mesure 280 mm de diamètre. Le calibre est donc fort probablement du 305. Ces obus d’ailleurs font des trous assez petits, 4 m de diamètre environ, car ce sont des obus de semi-rupture à parois fort épaisses et contenant une faible charge d’explosif.

Tome I · AD084_0373
18 juillet 1915

17–18 juillet : Montéty disparu ; récit de l’abbé Henry ; bombardement de la Chalade

Source : manuscrit

18 juillet. — Nous devons dans l’après-midi exécuter un tir dans le Faux Ravin de Courtes Chausses sur des abris de mitrailleuses et de « minen werfer » très gênants pour notre infanterie. Cet objectif étant tout au fond du ravin nous ne pouvons

Tome I · AD084_0373
18 juillet 1915

18–23 juillet : Bachelier rejoint Annibert ; relève à la Louvière ; permission différée

pas le battre facilement de la position de la Chalade c’est pourquoi dans l’après-midi j’emmène une pièce avec deux caissons près du carrefour à 200 mètres au nord de la Chalade. De ce point nous prenons le Faux Ravin en écharpe et le tir est infiniment plus facile. Chavane étant parti au Nid d’Aigle nous commençons notre tir qui marche parfaitement, mais les Boches croyant que nous observons notre tir de l’Y bombardent horriblement cet endroit. Le soir à 17 heures je suis de retour au Claon et j’apprends en y arrivant une bien mauvaise nouvelle. Bachelier nous quitte pour être adjoint au commandant Annibert. C’est une perte pour la batterie et pour peu que nous ayons encore quelques émotions comme ces jours derniers son absence se fera sentir. Nous ne restons plus avec le capitaine que Dumay, Chavane et moi plus l’adjudant Lemasson. Ce n’est pas trop tant que la batterie sera coupée en deux.

Tome I · AD084_0374
20 juillet 1915

18–23 juillet : Bachelier rejoint Annibert ; relève à la Louvière ; permission différée

Source : manuscrit

20 juillet. — Dans l’après-midi je remonte à la position de la Louvière remplacer Dumay. Le soir je suis alerté, les Allemands s’étant emparé du réduit de la cote 263 faisant la garnison prisonnière. La nuit est d’ailleurs fort agitée.

Tome I · AD084_0374
21 juillet 1915

18–23 juillet : Bachelier rejoint Annibert ; relève à la Louvière ; permission différée

Source : manuscrit

21 juillet. — Toute la journée je tire avec une assez grande intensité pour gêner les travaux des Boches. Dans l’après-midi je monte jusqu’à l’ancienne batterie Vanderpol baptisée OY pour tâcher de voir ce qui se passe chez les Boches. On ne voit d’ailleurs pas grand’chose. Depuis le début de l’attaque allemande jusqu’à ce jour ma batterie a tiré environ 800 coups.

Tome I · AD084_0374
22 juillet 1915

18–23 juillet : Bachelier rejoint Annibert ; relève à la Louvière ; permission différée

Source : manuscrit

22 juillet. — On me fait exécuter dans l’après-midi un tir ridicule sur un observatoire de la région de Boureuilles. Comme par hasard on m’accorde pour cela un nombre dérisoire de projectiles et je n’obtiens naturellement aucun résultat sur un objectif de si faibles dimensions.

Tome I · AD084_0374
23 juillet 1915

18–23 juillet : Bachelier rejoint Annibert ; relève à la Louvière ; permission différée

Source : manuscrit

23 juillet. — Grosse désillusion. Je croyais partir en permission aujourd’hui, mais il y a contre ordre à cause du bouleversement produit dans le commandement de l’artillerie. Le commandant Garnier, qui a eu des difficultés avec le colonel

Tome I · AD084_0374
23 juillet 1915

23–25 juillet : la Louvière et reconnaissance des anciennes casemates

Peyronnel quitte le secteur, ce que je regrette vivement. Quant au colonel Peyronnel il prend le commandement de l’artillerie lourde de l’armée. En rentrant le soir au Claon avec le capitaine nous recherchons quelques positions de batterie en cas de repli éventuel.

Tome I · AD084_0375
24 juillet 1915

23–25 juillet : la Louvière et reconnaissance des anciennes casemates

Source : manuscrit

24 juillet. — Les travaux de ma nouvelle position sont fortement avancés. J’ai pour moi un vaste gourbi et mes hommes en ont aussi qui ne sont pas mal bien que moins pittoresques que ceux de la batterie que nous venons de quitter. En somme la position que j’occupe maintenant est beaucoup plus agréable à maints points de vue que celle du Mont de Villers. On y étouffe beaucoup moins. Mon gourbi est sur la pente déboisée qui domine le ravin d’Abancourt. La vue que l’on a sur tout le pays est fort belle. À nos pieds est l’étang d’Abancourt, assez vaste et qui nous fournit du poisson grâce aux talents d’Emerit, de Fougerolles et autres pêcheurs. L’eau potable malheureusement est un peu loin ce qui est un grave défaut. Comme chemin d’accès nous avons celui qui nous a amené et un second chemin passant par la ferme du Four des Moines.

Tome I · AD084_0375
24 juillet 1915

La Louvière : panorama de la vallée de l’Aire et de l’étang d’Abancourt

Tome 1 · AD084_0376.jpg : 1 photographie, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 278 — légende] La Louvière Panorama sur la vallée de l’Aire et l’étang d’Abancourt

[Repères portés au-dessus du panorama, de gauche à droite] Les Côtes Forimont Neuvilly Aubréville

[Repère porté à droite du panorama] Gorgia

Tome I · AD084_0376
25 juillet 1915

23–25 juillet : la Louvière et reconnaissance des anciennes casemates

Source : manuscrit

25 juillet. — Le commandement est inquiété paraît-il par les anciennes casemates de la section de montagne en position à l’est de la cote 285 et qui sont entre les mains des Boches. On suppose qu’ils ont établi là un point d’appui solide car ces casemates sont extrêmement résistantes. L’ordre m’ayant été donné de démolir ces casemates je pars à 13 heures avec Collin pour le poste de commandement de la Pierre Croisée où je retrouve un sous officier de la batterie de montagne ayant été en position à la cote 285 et qui doit me servir de guide pour la reconnaissance des objectifs. Dès le début de ma reconnaissance je remarque que depuis le 13 juillet l’infanterie n’a pas perdu son temps car le secteur est complètement méconnaissable. De nombreuses tranchées ont été construites ainsi que des boyaux menant aux premières lignes. Le terrain est bourré de fil de fer et on pourrait difficilement en mettre davantage. Cela est très rassurant pour les prochaines tentatives allemandes. Le terrain avoisinant la fameuse perforatrice porte la trace des derniers combats. Partout des

Tome I · AD084_0375
25 juillet 1915

Carte du secteur de la Chalade, du Claon et du Mont de Villers

Cliquez ou touchez la carte pour l’agrandir.

Fiche de la carte · source et passages associés →

[Relevé partiel des toponymes imprimés — titre descriptif éditorial] Ravin de la Fontaine Fⁿᵉ la Mitte Ravin St Louis Ravin de la Pêche Bolante Abri Fillemorte la Pierre Courte Chausse Mᵗ de Villers BOIS DE CHALADE la Louvière la Chalade le Claon la Pierre Croisée le Four des Moines Fᵐᵉ Mᵒⁿ Forestière le Rendez-vous de Chasse la Haute Chevauchée Cotes 263 et 285

[Constat documentaire, hors transcription] Fond topographique quadrillé avec un tracé et des signes bleus. Aucun numéro de carte, titre autographe, légende de datation ni échelle n’est visible sur cette face. Le relevé des toponymes, chiffres et signes est partiel ; le scan intégral accompagne le texte.

Tome I · AD084_0377
25 juillet 1915

25–26 juillet : tir sur les casemates et retour à l’observatoire

débris d’équipements et d’armes et hélas ! beaucoup de tombes de chasseurs à pied. Les tombes de soldats allemands sont aussi assez nombreuses. Nous arrivons bientôt dans la tranchée de première ligne occupée par la 10e compagnie du 112e d’infanterie un régiment du 15e corps qui, à peine remis de l’attaque du 30 juin dans le bois de la Gruerie a été envoyé ici en renfort avec d’autres bataillons du 3e de ligne et du 55e, tous régiments du 15e C.A. Je dois dire que ces hommes font assez bonne impression. De la droite du secteur de la compagnie on distingue assez bien les casemates mais je présume que leur démolition ne sera pas chose aisée. Le sous officier d’artillerie de montagne qui m’accompagne jette par un créneau un timide coup d’œil sur les casemates, m’affirme que ce sont bien les siennes et disparaît sans demander son reste. Depuis que nous sommes dans la première ligne il n’avait pas l’air très rassuré, se courbant dans les boyaux et très inquiet au moindre éclatement. N’ayant pas d’ordre pour effectuer le tir de démolition aujourd’hui je redescends après avoir reconnu mon objectif mais arrivé au poste de commandement l’ordre d’exécuter le tir arrive et je suis obligé de remonter en ligne. Le réglage est plus que laborieux à cause de la forme du terrain et des grands écarts en portée de nos obus. L’un d’eux tombe même dans nos tranchées sans causer heureusement de pertes. Je m’arrête après un tir de 36 coups ayant l’impression nette que je n’ai pas fait grand’chose. Si on ne m’accorde pas 50 obus allongés ce n’est pas la peine de me faire tirer. À 20 heures je suis de retour au Claon passablement fatigué par ma petite promenade. Les Allemands par bonheur ont été assez sages.

Tome I · AD084_0378
26 juillet 1915

25–26 juillet : tir sur les casemates et retour à l’observatoire

Source : manuscrit

26 juillet. — À 5 h 30 départ du Claon avec Collin pour notre observatoire de la veille. On m’a alloué un certain nombre d’obus allongés comme je l’ai demandé. Arrivé sans encombre à la tranchée de première ligne je retourne à mon créneau de la veille pour me mettre en observation mais un fantassin m’en empêche : « Ne vous mettez pas là, mon lieutenant, le créneau est repéré. Notre

Tome I · AD084_0378
26 juillet 1915

26 juillet : un fantassin valet de chambre et le jeune capitaine Lahy

sergent y a été tué ce matin. » Je choisis donc un autre coin d’où l’on voit assez bien. Pendant que Collin installe mon téléphone je bavarde un peu avec les fantassins qui m’entourent, entre autres avec un gigantesque méridional qui croque à belles dents des oignons crus. Je lui demande depuis combien de temps il est sur le front : « Depuis le début, me dit-il. — Et vous n’avez jamais été blessé ? — Jamais ! Je suis verni ! — Vous avez l’air de bien aimer les oignons ? — Oh oui, mon lieutenant et j’en mange d’autant plus en ce moment qu’en temps de paix j’en suis privé ! Pensez donc, mon lieutenant, je suis valet de chambre, alors si je mangeais des oignons crus mes patrons me mettraient à la porte. D’ailleurs je vais quitter le métier de valet de chambre, je vais faire du théâtre ! — Alors vous ne vous en faites pas pour l’instant ? — À quoi cela servirait-il ? Et à votre idée mon lieutenant combien croyez-vous que nous allons faire encore de campagne d’hiver ? — Je crois bien que nous allons en faire encore au moins une ! — Eh bien moi je croyais que nous allions en faire au moins deux ! » La tranchée de première ligne est assez fortement occupée et les visiteurs y sont nombreux. D’abord mon collègue Sanche du 30e qui, sur ma droite, recherche un observatoire, puis le colonel de Galembert du 113e auquel je fais part de ma mission. Derrière lui j’aperçois un jeune officier imberbe auquel je tends la main d’une manière assez cavalière en me présentant : « Lieutenant Desaulle ! — Capitaine Lahy ! » Quoi ! cet adolescent est capitaine ? Il faut dire que c’est le plus jeune capitaine de France puisqu’il n’a pas 19 ans ! Élève à Saint Cyr il part sous lieutenant au 1er août. Dans les premiers combats son capitaine et ses deux lieutenants sont mis hors de combat. Le commandement de la compagnie lui revient et il le conserve pendant les mois suivants par suite de la pénurie des cadres. Nommé bientôt lieutenant on lui conserve le commandement de la compagnie et peu de mois après il reçoit son 3e galon avant d’avoir 19 ans ! Enfin ma ligne est installée et je commence mon ré-

Tome I · AD084_0379
26 juillet 1915

Au Mont de Villers : photographies 279 et 280

Tome 1 · AD084_0380.jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 279 — légende sous la vue supérieure] Avec Maxime Lerousseau au Mont de Villers

[Photographie 280] [Aucune légende individuelle visible sous la photographie.]

Tome I · AD084_0380
26 juillet 1915

26 juillet : réglage près des premières lignes et obus allongés

glage par des coups très longs par prudence. Le commandant de la compagnie en ligne, le capitaine Placide assiste à mon réglage car il s’intéresse aux questions d’artillerie qu’il connaît un peu. Mes premiers coups sont très longs et tombent dans le fond du ravin, cependant à cause de la forme du terrain je ne raccourcis mon tir entre chaque coup que de 10 puis de 5 vingtièmes. Le capitaine m’entendant commander « Hausse plus près 5/20e » pour un coup tombé assez loin me demande : « Combien cela fait-il en portée, un bond de 5/20e ? — Environ 25 mètres. — Oh alors ! vous pouvez sans crainte raccourcir 4 fois plus vite votre tir. — C’est entendu, mais vous savez il vaut mieux être prudent et tirer quelques coups de plus que de s’en flanquer un sur la tête. N’oubliez pas que nous sommes presque sur la trajectoire ! » À peine ai-je dit ces mots que l’on m’annonce de la batterie « Coup parti » pour celui ayant reçu la correction de 25 mètres. Nous entendons bientôt le bruit de l’obus qui arrive en sifflant et tombe… à deux mètres en arrière du parados de la tranchée à dix mètres de nous ! « Eh bien, mon capitaine, vous voyez qu’il faut être prudent ! » Nous nous précipitons vers le point de chute mais heureusement il n’y a aucun mal. Si le coup avait été plus long de deux mètres il tombait dans la tranchée sur un groupe de six ou sept fantassins mangeant la soupe ! Pour une fois encore nous avons eu de la veine ! Je conseille alors aux fantassins de se méfier un peu et je continue mon tir, cette fois à obus allongés car jusqu’à présent je n’ai tiré que des obus ordinaires. C’est un nouveau réglage que je dois accomplir mais quelle différence dans les éclatements ! Les premiers coups tirés tombent à 150 mètres de moi environ et l’effet est déjà impressionnant. Les suivants tombent à 70 ou 80 mètres et produisent des effets terrifiants. Le parapet de la tranchée derrière lequel je m’abrite, tremble. Des éclats énormes viennent près de nous couper net des branches d’arbres grosses comme le bras. Il est donc prudent de se méfier. Quelques coups tombent à ma gauche très courts, à 15 ou 20 mètres de moi tout au plus et en les entendant arriver la tête vous rentre dans les épaules !

Tome I · AD084_0382
26 juillet 1915

26–29 juillet 1915 : fin du tir, travaux et arrivée de renforts

Ce petit jeu terriblement dangereux m’excite cependant à tel point que je tire six coups de plus que mon allocation. Comme si ce n’était pas assez de nos obus qui manquent de nous aplatir voilà que les Boches se mettent à riposter de notre côté avec assez de vigueur. Leurs 105 passent en ronflant au dessus de nous et tombent à une trentaine de mètres derrière nous. Les obus allemands comme les nôtres nous envoient en abondance de la terre et des cailloux. Mon tir terminé je repars pour le Claon où j’arrive à midi. Il m’est naturellement impossible de donner des renseignements précis sur les résultats de mon tir mais si j’en juge par la riposte allemande il a dû être assez efficace. À 13 h 50 je remonte à la position de batterie prendre mon service, où je vais pouvoir, je l’espère, me reposer un peu.

T1_1000022648
27 juillet 1915

26–29 juillet 1915 : fin du tir, travaux et arrivée de renforts

Source : manuscrit

27 juillet. — Journée calme dont je profite pour parachever mes travaux d’aménagement. En prévision d’une nouvelle attaque allemande on m’annonce l’arrivée sur ma position de deux pièces de la 2e batterie pour lesquelles je dois préparer des emplacements.

T1_1000022648
28 juillet 1915

26–29 juillet 1915 : fin du tir, travaux et arrivée de renforts

Source : manuscrit

28 juillet. — La démolition des casemates de la montagne n’ayant pas été jugée suffisante par le commandement je repars à 6 h 30 pour mon observatoire de l’avant veille. J’exécute dans de bonnes conditions un tir de 28 obus allongés, assez satisfaisant malgré quelques coups courts. Les allemands comme l’avant veille répondent sur nos tranchées mais cette fois plus à gauche car ils s’imaginent sans doute que j’observe du sommet de la cote 285. Leur tir est bien réglé sur nos tranchées mais brusquement deux ou trois coups tombent en plein dans les tranchées allemandes. Le tir est alors interrompu. À 10 heures du matin je suis de retour à la position de batterie où je reçois la visite du capitaine qui remplace le commandant Garnier et qui n’a pas l’air commode ! Pendant ce temps à notre gauche les allemands attaquent pour changer dans le secteur de la Fontaine aux Charmes.

T1_1000022648
29 juillet 1915

26–29 juillet 1915 : fin du tir, travaux et arrivée de renforts

Source : manuscrit

29 juillet. — Au petit jour les deux pièces de la 2e batterie sous le commandement du lieutenant

T1_1000022648
29 juillet 1915

29–30 juillet 1915 : Millot, Mourman, Codet et citation de Pierre

Millot arrivent à la position de la Louvière et sont mises immédiatement en batterie. Je constate une fois de plus en surveillant cette mise en batterie que les hommes et les gradés de la 2e batterie sont loin de valoir les miens pour l’entrain et l’habileté. Naturellement pour placer ces deux pièces et pour leur donner des directions je n’ai reçu aucune indication du commandement. Dans la matinée le colonel Mourman vient me rendre visite avec le commandant Codet et trouve à redire à tout ce que j’ai fait en termes plutôt acerbes. N’ayant rien à me reprocher je commence à sentir la moutarde me monter au nez. « Mon colonel, lui dis-je, en l’absence de tous renseignements j’ai fait pour le mieux d’après ce que je sais de la situation et du secteur. — Mais vous avez reçu des ordres ? — Mon colonel, depuis le 13 juillet je n’ai reçu aucun ordre, mais simplement des indications imprécises, contradictoires ou inexécutables. » Pour lui dire cela je suis figé dans un impeccable garde à vous, mais au tremblement de ma voix on doit s’apercevoir que je ne suis pas content. Le colonel Mourman qui est la sévérité même, me regarde fixement de son air peu aimable, fait demi tour et s’en va. Je sais bien que j’ai raison. Quant au commandant Codet il est absolument furieux, il hausse les épaules, bougonne dans sa moustache, mais ne dit rien puisque son chef est resté silencieux. S’il avait été seul je crois que j’aurais passé un mauvais quart d’heure !

T1_1000022649
30 juillet 1915

29–30 juillet 1915 : Millot, Mourman, Codet et citation de Pierre

Source : manuscrit

30 juillet. — Dans la matinée les deux autres pièces de la batterie d’Ainval étant venues pour nous remplacer à la Louvière nous recevons l’ordre de ramener les deux nôtres à la position de la Chalade. Le mouvement qui a lieu sans difficultés est terminé à 19 heures. J’apprends en arrivant au Claon que je suis cité à l’ordre du 5e C.A. à l’occasion des derniers combats avec le motif suivant : « S’est particulièrement distingué le 13 juillet en continuant à tirer sous un feu violent d’obus de gros calibre et de projectiles asphyxiants. A fait deux occupations successives de position sous le feu de l’ennemi et avec le plus grand calme » Ordre général n° 163 du 5e C.A. en date du 27 juillet.

T1_1000022649
30 juillet 1915

Fin du 30 et 31 juillet : citation de Pierre, Humbert et Tanant

Cela me console un peu des observations malveillantes du colonel Mourman mais je trouve que c’est une bien grande récompense pour un bien mince fait d’arme. Il n’y a guère de vrai dans le motif de ma citation que les deux derniers mots. Je dois surtout cette citation au rapport très élogieux fait sur mon compte par le capitaine Meckler.

Tome I · AD084_0383
31 juillet 1915

Fin du 30 et 31 juillet : citation de Pierre, Humbert et Tanant

Source : manuscrit

31 juillet. — À la suite des dernières attaques allemandes le ministre de la guerre Millerand vient faire sur notre front une enquête de laquelle il résulte, ce que nous savions tous, qu’aucune défense n’était prévue en dehors des premières lignes. Cette négligence grave étant imputée au général Sarrail celui-ci est relevé de son commandement et remplacé par le général Humbert, homme actif et ferme et qui ne tarde pas à nous montrer quelles sont ses intentions. Il commandait au début de la campagne la division marocaine qui s’est couverte de gloire au château de Mondement et aux marais de Saint Gond. En prenant le commandement de la 3e armée il choisissait comme chef d’état major, le chef du 3e bureau depuis le commencement de la campagne le lieutenant colonel Tanant, un cousin de l’abbé Henry. C’est un ancien officier de chasseurs à pied, homme fort intelligent que nous avons eu souvent l’occasion de voir au Claon. Sous son impulsion, de grands travaux sont immédiatement entrepris dans le secteur. Toutes les batteries reçoivent l’ordre de construire une position de dédoublement de manière à pouvoir se déplacer en cas de marmitage et aussi pour permettre en peu de temps le doublement de l’artillerie en ligne. Cette seconde position est pour nous

Tome I · AD084_0383
31 juillet 1915

Tanant et l’abbé Henry — photographies 281–282

Tome 1 · AD084_0383.jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 281 — légende] Lt Colonel Tanant et l’abbé Henry

[Photographie 282 — légende] Lt colonel Tanant, chef d’état-major de la 3ème armée

Tome I · AD084_0383
31 juillet 1915

31 juillet : construction des positions et arrivée de travailleurs

près du carrefour de la guérite. De plus les positions actuelles doivent être renforcées. Des abris à l’épreuve doivent être aménagés, les pièces casematées dans la mesure du possible. Enfin chaque batterie doit établir deux positions de repli de seconde ligne à occuper en cas de recul. Ces positions sont pour nous sur le chemin forestier à 2 km à l’est de l’église du Claon. Bien que l’accès n’en soit pas extrêmement facile ces positions sont bonnes. L’aménagement de ces 4 positions pour quatre pièces chacune est naturellement un énorme travail. Il faut établir les emplacements des pièces, construire à chacune 4 abris d’hommes, un poste téléphonique, un poste de commandement, une dizaine d’abris à munitions, des boyaux de communication et pour cela remuer d’énormes cubes de terre et abattre des centaines d’arbres. Malgré toute notre bonne volonté nous n’arriverons jamais à mener à bien ce travail avec le seul personnel dont nous disposons. En réduisant au minimum les gens en corvées et ceux qui surveillent les chevaux il est difficile de trouver plus de 60 à 70 travailleurs dans la batterie. Heureusement on nous promet le concours d’hommes des colonnes légères qui sont depuis de longs mois à Triaucourt à ne rien faire. Nous recevons en effet dans la soirée un contingent de trente hommes sous la conduite d’un sous officier tous complètement ivres. Le renforcement de la ligne d’artillerie n’est pas le seul travail entamé dans le secteur, les lignes d’infanterie sont également multipliées et renforcées. La première position est doublée par la ligne « flanc-sud des Courtes Chausses – Mont de Villers ». En arrière de celle-ci on remet en état le barrage de la Chalade maison forestière la Louvière. Une autre ligne très solide est commencée partant du nord du Claon pour se diriger vers Gorgia. Cette dernière ligne qui promet d’être très puissante est exécutée par des travailleurs civils qui logent au Claon sous la surveillance de gendarmes. Ce sont des gens de toutes conditions et de tous âges, depuis des gamins de 16 ans jusqu’à des vieillards de 60.

Tome I · AD084_0384
31 juillet 1915

31 juillet–7 août : travaux, permission attendue et anniversaire d’Henry

Certains sont mis presque correctement, d’autres sont loqueteux, beaucoup d’ailleurs ayant entendu tomber quelques marmites dans le voisinage demandent à repartir à peine arrivés, mais dans l’ensemble ils travaillent assez bien, sinon très vite. D’importants réseaux de fil de fer sont installés, les voies de 60 et de 40 se multiplient à vue d’œil, des blockhaus en béton commencent à s’ériger dans tous les coins. D’immenses abris cavernes souterrains sont commencés en plusieurs points du secteur et pour les construire on emploie les perforatrices à air comprimé. L’activité est très grande et en peu de jours le secteur est rendu méconnaissable. De plus on adjoint à chaque division un bataillon de cantonniers chargés de l’entretien des routes : ceci est un gros progrès. La route qui suit le fond de la vallée et celle qui monte du Claon à la Croix de Pierre sont remises en état, ce dont elles avaient grand besoin. En somme partout règne une activité de bon augure. Si nous avions commencé plus tôt !

Tome I · AD084_0385

↑ Revenir au choix des mois

Document

100 %