24 novembre : Notre déplacement pour les Islettes étant décidé, la batterie part le matin dans le plus grand ordre. Il ne reste plus au Claon que Gadet, Dumay et moi ainsi que nos ordonnances, le cuisinier et le cycliste Lorson qui est toujours aussi extraordinaire. Ces jours derniers, le capitaine lui a infligé une punition exemplaire pour avoir satisfait un besoin naturel mais malodorant dans le grenier de notre maison qui lui sert d’habitation. Quelques jours avant il avait déjà, lors d’un échange de vêtements, rendu au chef Emerit des vêtements couverts de poux. Ce brave Lorson est en effet d’une saleté proverbiale. Le jour de la punition infligée ci-dessus rappelée, nous nous trouvions le capitaine, l’abbé Henry et moi en train de bavarder lorsqu’on cogne à la porte. « Entrez ! » crie le capitaine. La porte s’ouvre discrètement et nous voyons apparaître la haute taille et la barbe de Lorson. « Voulez-vous me ficher le camp ! » hurle le capitaine avant que le délinquant ait pu franchir le seuil de la porte. Quelques minutes se passent : on heurte de nouveau la porte : c’est encore Lorson, une lettre à la main. Cette fois le capitaine éclate voyant que Lorson, s’il n’ose entrer, tient absolument à présenter une justification quelconque. Devant l’attitude déterminée du capitaine Lorson bat cependant en retraite non sans avoir déposé sur l’édredon du lit la lettre qu’il tenait à la main. Le capitaine, qui s’est emparé de la lettre est toujours furieux et fait mine de la déchirer. Quant à l’abbé Henry et à moi, nous nous tordons. Devant notre insistance le capitaine se met à décacheter l’enveloppe qui contient un billet de 100 francs et un petit mot conçu à peu près en ces termes : « Mon capitaine, je sais que je suis un sale cochon et que je me suis conduit comme un goujat. Vous avez bien fait de me punir, mais il ne faut pas me chasser. Je veux toujours être près de vous, je serai votre chien caniche et je coucherai sur votre paillasson. Et puis pour me punir davantage je joins à ma lettre un billet de 100 francs que vous voudrez bien donner à l’abbé Henry pour ses braves fantassins. Votre cycliste repentant. Lorson » À la lecture de ce « poulet » notre hilarité ne connaît plus de bornes. Le capitaine veut naturellement rendre les 100 francs mais l’abbé Henry s’y oppose. « Non, non ! Vous n’avez pas le droit de rendre cet argent ! Il est à moi ou plutôt à mes fantassins et je l’emporte ! » Ce Lorson fera toujours notre joie. Dumay en bon latiniste ne l’appelle plus que « Lorso pilosus », le « Poilu Lorson ».
Comparaison avec le manuscrit · corrections et réserves
Entrée entière du 24 novembre 1915 : début p. 446, suite p. 449 après deux pages de photographies non paginées, puis conclusion sur les deux premières lignes de la p. 450, avant le 2 décembre. Ponctuation, accents et coupures de ligne sont adaptés à la lecture continue.
Tome II · AD084_0058 · p. 446 ; Tome II · AD084_0061 · p. 449 ; Tome II · AD084_0062 · p. 450.
| Page | Word | Lecture du manuscrit |
|---|
| 446 | Jadet | Gadet |
| 449 | Vous voulez me ficher le camp ! | Voulez-vous me ficher le camp ! |
| 449 | Quant à l’abbé Henry et moi nous nous tordons. | Quant à l’abbé Henry et à moi, nous nous tordons. |
| 449 | le capitaine décachète l’enveloppe | le capitaine se met à décacheter l’enveloppe |
| 449 | comme une sale goujat | comme un goujat |
| 450 | Dumay en bon latiniste l’appelle | Dumay en bon latiniste ne l’appelle plus que |
| 450 | Lorso pilossus | Lorso pilosus |
| 450 | poilu Lorson | Poilu Lorson |
Lorson ; Dumay ; Emerit ; abbé Henry ; billet de 100 francs : Le récit et les cibles déjà établies sont conservés ; seule la lecture Jadet est rectifiée en Gadet d’après l’original.
deux pages de photographies intercalées entre 446 et 449 : La séquence matérielle explique la numérotation : aucune page 447 ou 448 de texte n’est manquante.
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Texte Word conservé pour comparaison
24 novembre : Notre déplacement pour les Islettes étant décidé la batterie part le matin dans le plus grand ordre. Il ne reste plus au Claon que Jadet, Dumay et moi ainsi que nos ordonnances, le cuisinier et le cycliste Lorson qui est toujours aussi extraordinaire. Ces jours derniers, le capitaine lui a infligé une punition exemplaire pour avoir satisfait un besoin naturel mais malodorant dans le grenier de notre maison qui lui sert d’habitation. Quelques jours avant il avait déjà, lors d’un échange de vêtements, rendu au chef Emerit des vêtements couverts de poux. Ce brave Lorson est en effet d’une saleté proverbiale. Le jour de la punition infligée ci-dessus rappelée, nous nous trouvions le capitaine, l’abbé Henry et moi en train de bavarder lorsqu’on cogne à la porte. « Entrez ! » crie le capitaine. La porte s’ouvre discrètement et nous voyons apparaitre la haute taille et la barbe de Lorson « Vous voulez me ficher le camp ! » hurle le capitaine avant que le délinquant ait pu franchir le seuil de la porte. Quelques minutes se passent : on heurte de nouveau la porte : c’est encore Lorson, une lettre à la main. Cette fois le capitaine éclate voyant que Lorson, s’il n’ose entrer, tient absolument à présenter une justification quelconque. Devant l’attitude déterminée du capitaine Lorson bat cependant en retraite non sans avoir déposé sur l’édredon du lit la lettre qu’il tenait à la main. Le capitaine, qui s’est emparé de la lettre est toujours furieux et fait mine de la déchirer. Quant à l’abbé Henry et moi nous nous tordons. Devant notre insistance le capitaine décachète l’enveloppe qui contient un billet de 100 francs et un petit mot conçu à peu près en ces termes : « Mon capitaine, je sais que je suis un sale cochon et que je me suis conduit comme une sale goujat. Vous avez bien fait de me punir, mais il ne faut pas me chasser. Je veux toujours être près de vous, je serai votre chien caniche et je coucherai sur votre paillasson. Et puis pour me punir davantage je joins à ma lettre un billet de 100 francs que vous voudrez bien donner à l’abbé Henry pour ses braves fantassins. Votre cycliste repentant. Lorson » A la lecture de ce « poulet » notre hilarité ne connait plus de bornes. Le capitaine veut naturellement rendre les 100 francs mais l’abbé Henry s’y oppose. « non, non ! Vous n’avez pas le droit de rendre cet argent ! Il est à moi ou plutôt à mes fantassins et je l’emporte. » Ce Lorson fera toujours notre joie. Dumay en bon latiniste l’appelle « Lorso pilossus » le « poilu Lorson ».