22 décembre. — Aujourd’hui, événement sensationnel : il arrive pour cantonner au Claon et à Florent un régiment de marche du 1er étranger nommé « Légion garibaldienne » car il est composé presque exclusivement d’italiens engagés volontaires et commandé par le colonel Beppino Garibaldi, le propre fils du célèbre aventurier. Ces garibaldiens ne portent plus la chemise rouge comme leurs devanciers, mais le même uniforme que nos fantassins. Une large ceinture bleue roulée autour du corps sous le ceinturon les distingue de l’infanterie. Les officiers sont pour moitié italiens et pour moitié français. La Légion est donc commandée par Garibaldi qui est venu combattre sous nos drapeaux avec quatre de ses frères, Ricciotti, Constantino (1), Bruno (2) et Sante qui sont respectivement capitaine, sous-lieutenant, adjudant-chef et adjudant. L’un des bataillons est commandé par le commandant Latapie (3) de la Légion étrangère qui vient loger dans notre Tuilerie. Les officiers italiens sont des gens de tous les milieux, médecins, avocats, journalistes tous amoureux des aventures et pleins de haine pour les Boches. Dans l’ensemble cette Légion fait bonne impression, les hommes paraissent avoir de l’entrain, mais par contre à d’autres points de vue, combien cette troupe diffère de nos régiments d’infanterie ! Beaucoup de ces soldats comme je l’ai dit sont des idéalistes ayant tout quitté, pays, famille, situation pour venir se battre en France pour la sauvegarde du droit et de la justice, mais beaucoup aussi sont des aventuriers venus à la guerre dans un but peu avouable. Tous d’ailleurs ne sont venus que pour se battre bien qu’ils y soient conduits par des mobiles tout à fait différents, aussi ne veulent-ils rien faire de ce qui n’est pas la guerre. Il est impossible de tirer d’eux la moindre corvée de cantonnement : « Nous sommes venus pour faire la guerre, disent-ils, et non
[Notes manuscrites en bas de page]
(1) Mort au champ d’honneur
(2) Mort au champ d’honneur
(3) Mort au champ d’honneur