Malquin, au moyen de quelques boîtes de tôle, une espèce de cheminée, mais hélas ! nous n’avons pas de bois, ce qui change la difficulté de place sans la résoudre.
Lorsque le froid est trop intense et trop pénible à supporter, nous allumons un peu d’alcool solidifié dans un couvercle de boîte et nous nous chauffons les mains. À force de chercher nous finissons tout de même par trouver du combustible : quelques crosses de fusils arrachées du sol au milieu de macabres débris, et qui refusent obstinément de brûler, des baguettes de fusées éclairantes qui brûlent comme des allumettes, des gabions en planches dont la fumée prend à la gorge, mais tout cela en quantités infimes. Le fameux bois des 3 Cornes est en effet rasé jusqu’aux racines et on y chercherait vainement de quoi faire le plus maigre feu. La nourriture est, elle aussi, assez primitive. Cependant nous avons en abondance du chocolat, des sardines, du biscuit et du singe. Les caisses de ces produits destinés aux fantassins de première ligne sont entassées dans le fond du ravin au milieu des caisses de grenades, des obus des rouleaux de barbelés et des torpilles de 58. Il n’y a qu’à se baisser et en prendre ce que nous ne manquons pas de faire car toutes ces denrées sont condamnées à périr dans la boue. Il est grand temps que nous soyons relevés car nous n’en pouvons plus.
Ces jours derniers j’ai rencontré à déjeuner chez le commandant Petrus le rabbin de la division, homme charmant, très distingué et érudit que l’on pourrait prendre pour un aumônier catholique si ce n’était les tables de la Loi qu’il porte en place de Crucifix et si ce n’était aussi le nez. Le capitaine Petrus me raconte les prouesses des aumôniers de la division, entre autres, celles d’un père capucin chargeant en tête des tirailleurs, en robe de bure et le Crucifix à la main et criant aux Boches : « Attendez, tas de salauds, je vais vous en fiche des absolutions ! » Ceci se passait à l’attaque de Champagne où l’aumônier en question devait trouver à quelques jours de là une mort héroïque.
Je fais part au capitaine Petrus de mes difficultés pour me procurer du combustible : « Ah moi, me dit-il, c’est très simple. Pour avoir du combustible je me suis abonné au journal officiel ! »