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MÉMOIRES · 1916

Décembre 1916

55 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 décembre 1916

1 décembre 1916 — installation à la nouvelle position et déchargement de munitions

Source : manuscrit

1er décembre. — Aujourd’hui nous devons nous installer définitivement à la nouvelle position de batterie ; je pars donc à 7h45 avec 4 hommes. Croyant avoir trouvé un chemin plus court que celui utilisé d’habitude je m’engage avec mes hommes dans le boyau de Londres immédiatement à gauche du fort St Michel. Jusqu’au ravin de Fleury tout va bien. Il y a encore dans ce coin un amoncellement incroyable de positions de batteries à moitié détruites, des caissons démolis, des monceaux de douilles vides. On travaille d’ailleurs très activement au rétablissement de la route de Fleury. Par le boyau de la Côte

Tome II · AD084_0276(1)Page manuscrite 664
1 décembre 1916

Document n°14 — Ouvrage d’Hardaumont

Source : manuscrit
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[Pagination imprimée : 7]

Ouvrage d’Hardaumont 1/1000e N

[Libellés du plan] piste ; petit boyau ; Abri ; Porte de l’abri ; cour intérieure ; Entrée de l’ouvrage ; Chemin d’accès ; Chemin ; boyau. 60m00.

Document n°14

Tome II · AD084_0277(1)
1 décembre 1916

1 décembre 1916 — continuation p.667

Source : manuscrit

nous grimpons sur la crête de Froideterre mais à partir de ce point c’est le néant complet. La crête et l’ouvrage lui même près duquel nous passons, sont bouleversés d’une manière extraordinaire. C’est vraiment ici qu’on peut parler de « paysage lunaire ». Pour comble de malheur le brouillard augmente et nous enveloppe et je me demande de quel côté diriger mes pas. Enfin après avoir erré au milieu des trous d’obus nous finissons par trouver le boyau de Belgrade qui est dans un état déplorable, mais qui nous permet cependant d’atteindre notre position sans encombre. Heureusement il gèle un peu, grâce à quoi nous pataugeons un peu moins, de plus les Boches sont sages. À la position de batterie tout va bien et les travaux avancent mais avec une lenteur désespérante à cause de la dureté du terrain. J’ai pu obtenir pour le creusement de mes abris le concours d’un sapeur du génie qui nous arrive avec des pétards de mélinite mais cela ne nous apporte pas une grande amélioration et je me demande si nous aurons des abris pour le jour de l’attaque. Il nous faudra en effet rendre au capitaine Petrus la sape qu’il a bien voulu me confier car il en a besoin lui même pour loger son personnel. Pour ma part je m’installe chez le capitaine Petrus qui m’offre un brancard dans sa sape. Après dîner je m’installe bientôt sur le dit brancard lorsque tout à coup le téléphone retentit. On m’informe que 500 obus vont arriver cette nuit par péniche à l’écluse du Petit Bras à près de 3 kilomètres d’ici et qu’il faut aller les décharger. Furieux de cet ordre ridicule, je saute au téléphone :

« Vous moquez vous de moi, dis je à l’officier adjoint du colonel Dessens. Je n’irai pas décharger ces munitions. — Mais mon capitaine répond il, l’ordre est formel, il faut aller les décharger. — C’est bien lui dis je dites au colonel Dessens que je vais de ma personne décharger ces munitions. » Raccrochant le récepteur d’un geste furieux je commence à me rechausser lorsque Lacheret, avec véhémence, arrive à me convaincre que je dois rester ici et qu’il n’a pas besoin de moi pour ce travail. « C’est bien Lacheret, je resterai ici. Prenez 10 volontaires avec vous et partez décharger ces munitions. — Je commanderai 10 hommes car ils sont dans un tel état de fatigue que je ne peux

Tome II · AD084_0279(1)Page manuscrite 667
1 décembre 1916

1 décembre 1916 — continuation p.668

Source : manuscrit

demander de volontaires. » La nuit, pour comble est affreusement noire. Lacheret parvient à grand peine à réveiller quelques hommes, quant à moi je m’étends sur un brancard, mais je suis tellement gelé que je ne peux fermer l’œil de la nuit.

Tome II · AD084_0280(2)Page manuscrite 668
2 décembre 1916

2 décembre 1916 — travaux, munitions et préparation de l’offensive

Source : manuscrit

2 décembre. — Lacheret et ses hommes rentrent à 3 heures du matin complètement éreintés et mouillés jusqu’aux genoux. Lacheret est même mouillé jusqu’à la ceinture car il est tombé dans un trou d’obus rempli d’eau. Naturellement mes hommes ont dû attendre plusieurs heures à l’écluse de Bras l’arrivée de la péniche. Le comble est qu’il va falloir retourner chercher ces munitions ce soir avec des caissons. Le temps continue heureusement à être beau et froid et comme les Boches ne sont pas trop agités les travaux peuvent de ce fait aller un peu plus vite. Nos 4 pièces sont maintenant en batterie mais cela n’a pas été sans mal. Un porte canon en particulier s’est embourbé dans le fond du ravin d’où nous l’avons sorti à grand’peine après une demi journée d’efforts. La construction de nos abris n’avance malheureusement pas bien vite, car la roche est d’une dureté de plus en plus grande à mesure que nous creusons et je suis même obligé d’interrompre plusieurs abris dans lesquels on n’arrive pas à retirer un demi mètre cube de déblais par jour ! Les hommes travaillent cependant avec une louable ardeur car l’attaque est prochaine. Nadiras aîné, doublé du joyeux Lavit pioche, sombre et farouche, dans la paroi du boyau pour se creuser un abri. Au bout d’un quart d’heure d’efforts il parvient à détacher un morceau de roc de la grosseur du poing. « Tiens ! s’écrie Lavit v’la déjà de quoi loger un arpion ! »

La date de l’offensive approche : elle n’a pas été fixée d’une manière précise mais le colonel Dessens m’a demandé d’être prêt le 8 décembre avec 3600 obus. Pour amener ce stock de munitions nous ne pourrons pas charger nos caissons à plus de 18 ou 20 obus : c’est donc 200 caissons qui devront venir à la position, attelés de 2000 chevaux et accompagnés de 1.500 hommes et tout cela en 10 jours ! Je songe alors avec angoisse aux pertes que nous allons avoir dans ce ravin affreusement bombardé. L’attaque en question est plus importante que celle

Tome II · AD084_0280(2)Page manuscrite 668
2 décembre 1916

Photographie aérienne non numérotée — tranchée du colonel Driant et étang de Vaux

Source : manuscrit
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[Une photographie aérienne ; aucun numéro photographique extérieur visible.]

[Annotations dans l’image] Trᵉ du Colᵉl Driant Étang de Vaux [Flèche d’orientation]

[Cartouche partiellement coupé] [Ligne supérieure tronquée et non déchiffrée] 1500 — 11h30 — L.S.

Tome II · AD084_0281(2)
2 décembre 1916

Carte 22 — secteur Bezonvaux, Fond du Loup et ravin du Muguet

Source : manuscrit
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Carte 22

[Libellés principaux relevés ; indexation partielle] Ouvr. de Bezonvaux ; Ouvrᵗ 546 ; Fond du Loup ; Ravin du Pré ; Ravin du Muguet ; Camp de Hambourg ; Camp de Brême ; Camp de Coblentz ; Boyau de Hambourg ; Boyau de Cologne ; Boyau de Colmar ; Tr. d’Essen.

[Courbes de niveau, quadrillage, ouvrages et repères chiffrés conservés dans le scan.]

Tome II · AD084_0282(2)
2 décembre 1916

2 décembre 1916 — continuation p.671

Source : manuscrit

du mois d’octobre puisqu’elle met en action en première ligne de la gauche à la droite la 126e DI (gᵃl Muteau), la 38e DI (gᵃl Guyot de Salins), la 37e DI (gᵃl Garnierduplessis) et la 133e DI (gᵃl Passaga). En arrière se placent les 123e, 128e, 21e et 6e DI prêtes à soutenir l’attaque. Notre division, la 133e se trouve à l’extrême droite du front et s’étend depuis Douaumont jusqu’à la Woëvre. En profondeur elle devra enlever l’ouvrage de Bezonvaux et pousser jusqu’au village du même nom. L’ouvrage de Bezonvaux construit entièrement en terre n’a d’ailleurs aucune espèce de valeur militaire. L’artillerie lourde courte mise à la disposition de la division comprend 14 batteries de 155 court et une batterie de 220. Pour ma part je dois tirer plus particulièrement sur la tranchée de l’Euphrate. La 37e DI devra atteindre le front ferme des Chambrettes, bois des Caurières, Bezonvaux. La 38e devra dépasser Louvemont. La 126e devra enlever Vacherauville et achever la conquête de la côte du Poivre. C’est donc une opération d’importance mais sur le succès de laquelle nous avons toute confiance.

Tome II · AD084_0283(3)Page manuscrite 671
3 décembre 1916

3 décembre 1916 — vie au P.C. Petrus

Source : manuscrit

3 décembre. — Un groupe de montagne vient s’installer en avant de nous à l’origine du ravin. Ce groupe arrive d’un secteur très calme de l’Alsace et trouve que celui ci manque d’agrément.

Je suis toujours l’hôte du capitaine Petrus et je ne m’en plains pas : le gîte est bon et la table ne l’est pas moins. La 37e DI à laquelle il appartient est en effet parfaitement nourrie, car son intendance est très remarquable. De plus il y a dans le secteur et en particulier à l’abri des 4 Cheminées des magasins de denrées alimentaires où l’on distribue de tout gratuitement sur un simple bon du commandant d’unité. De temps en temps deux hommes du P.C. se rendent au magasin en question et reviennent chargés comme des baudets de sardines, de chocolat, de boîtes de lait condensé. Nous avons ainsi notre chocolat au lait tous les matins. Hier les deux hommes de corvée surpris par

Tome II · AD084_0283(3)Page manuscrite 671
3 décembre 1916

Photographie 559 — ouvrage d’Hardaumont

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0283(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 559] L’ouvrage d’Hardaumont [Annotations dans l’image : OUVRAGE HARDAUMONT ; TR. DE L’EUPHRATE.]

Tome II · AD084_0283(3)
3 décembre 1916

3 décembre 1916 — continuation p.672

Source : manuscrit

le brouillard à la tombée de la nuit n’ont pu retrouver leur chemin dans le paysage lunaire qui nous entoure. Obligés de passer la nuit au milieu des trous d’obus ils ne sont rentrés au P.C. que le matin, on devine dans quel état ! En dehors de ces coopératives gratuites alimentées par je ne sais qui, il y a encore dans le secteur d’autres douceurs. En particulier dans tous les postes de commandement il y a constamment dans un coin un fût de pinard en perce et sur la table du commandant une boîte de cigares. Tout agent de liaison qui apporte un pli a droit d’emporter un cigare et de remplir son bidon au fût de pinard. Les observateurs qui se rendent en liaison de nuit dans un observatoire quelconque ont droit à une ½ bougie, un gros morceau de gruyère, une tablette de chocolat, un quart de boule de pain, un quart de « gnôle » et un bidon de « pinard ». Les étrangers même s’en mêlent et ces jours derniers chaque homme a reçu un paquet de cigarettes offert « aux vaillants défenseurs de Verdun par les habitants de la Havane ». Il faut vraiment toutes ces douceurs pour nous aider à tenir car le secteur est terrible en cette saison surtout pour la malheureuse infanterie.

Tome II · AD084_0284(2)Page manuscrite 672
5 décembre 1916

5 décembre 1916 — neige, bombardement et accumulation des munitions

Source : manuscrit

5 décembre. — Depuis hier la neige tombe abondamment, transformant le fond du ravin en un immonde cloaque. L’exécution des travaux commence à devenir extrêmement pénible, de plus les Allemands marmitent vigoureusement notre ravin ainsi que celui du bois en T. Le bombardement commencé à 15 heures dure encore le soir à 19 heures et malgré cela je parviens à faire arriver jusqu’à ma position 16 caissons de munitions sans aucun dommage. Ces munitions commencent à s’entasser autour des pièces et comme elles ne sont aucunement abritées je ne suis pas sans inquiétudes. Nos voisins de l’artillerie de campagne et de l’artillerie de montagne commencent à recevoir aussi des munitions en abondance. Le fond du vallon est littéralement submergé par toutes ces munitions déchargées pêle mêle dans la boue par des corvées pressées de s’en aller, tout cela mélangé à des torpilles de 58, des rouleaux de fil de fer « barbouillé », de caisses de grenades, de vivres de toutes sortes.

Tome II · AD084_0284(2)Page manuscrite 672
6 décembre 1916

6 décembre 1916 — abris rebouchés sur ordre du général Weywada

Source : manuscrit

6 décembre. — Les abris n’avançant toujours pas vite dans le boyau où je pensais les creuser, je me décide à en entreprendre d’autres un peu plus près du fond du vallon, là où le terrain est moins dur. L’un de ces abris sera mon poste téléphonique et l’autre mon poste de commandement pour mes lieutenants et moi. Ces abris commencés hier sont déjà passablement avancés lorsque, rentrant de déjeuner du P.C., je vois avec étonnement mes hommes en train de reboucher les trous déjà commencés. J’appelle aussitôt Dumay pour lui demander des explications. Il m’apprend alors que le général Weywada commandant la 16e DI sur le territoire de laquelle nous sommes en position en ce moment, est passé ce matin et a donné l’ordre de reboucher les trous sous prétexte qu’ils étaient trop près de la piste où passent les corvées. J’éclate d’une colère furieuse et reproche véhémentement à Dumay de s’être laissé influencer par les étoiles du général : « Qu’on te défende de creuser des trous passe encore, mais qu’on te dise de reboucher ceux qui sont creusés, c’est inadmissible. Si le général revient qu’on m’appelle ! » Dès mon retour au poste de commandement je m’empresse de faire un rapport au colonel Marchal commandant l’artillerie du groupement, rapport dans lequel, tout en malmenant le général de la 16e DI, j’expose que la mission délicate qui m’a été confiée ne pourra pas être remplie si on ne me laisse pas la paix. Je fais naturellement continuer mes travaux comme si de rien n’était.

Tome II · AD084_0285(2)Page manuscrite 673
7 décembre 1916

7 décembre 1916 — tentative de réglage depuis Souville

Source : manuscrit

7 décembre. — Dumay et Lacheret partent au fort de Souville pour essayer de régler la batterie.

Tome II · AD084_0285(2)Page manuscrite 673
8 décembre 1916

8 décembre 1916 — explication avec Weywada et visite de Marchal

Source : manuscrit

8 décembre. — Le matin comme je surveille mes travaux on me signale à l’horizon le général Weywada et son colonel adjoint qui a une tête de méchant huissier. Je me précipite au devant d’eux et après m’être présenté : « Mon général, vous avez donné hier l’ordre à mon lieutenant de reboucher des abris en construction ? — Oui, car ces abris me gênent ! — Je me permettrai de vous faire remarquer que ces abris ne peuvent vous gêner en aucune manière. — Si, parfaitement, mes corvées et surtout mes bourricots vont se flanquer dans vos trous, de plus tous ces travaux vont attirer le feu de l’ennemi. — Eh bien, mon général, si vous trouvez que je vous gêne vous n’avez qu’une chose à faire : rédiger un rapport demandant qu’on m’enlève

Tome II · AD084_0285(2)Page manuscrite 673
8 décembre 1916

8 décembre 1916 — continuation p.674

Source : manuscrit

d’ici, je ne demande que cela. Si vous croyez que je suis venu ici pour vous gêner vous vous trompez étrangement mais comme j’ai une mission à remplir et que vous me gênez dans son accomplissement je vous informe que j’en ai rendu compte à mes chefs. Jusqu’à ce que j’aie reçu d’eux un ordre à ce sujet, je continuerai mes trous. » Le général médusé par cette vigoureuse riposte faite d’un ton fort peu aimable reste bouche bée, quant à son colonel adjoint il gesticule comme s’il voulait m’étrangler. Mais comme le général est, au fond, un brave homme : « Eh bien, continuez vos trous, me dit il, mais tâchez de ne pas trop me gêner. — Vous pouvez y compter mon général. » Une demi heure après on m’annonce le colonel Marchal : je me hâte à sa rencontre : « Bonjour, Desaulle, je suis venu vous voir au sujet de cette affaire avec le général Weywada. — Mon colonel j’ai le plaisir de vous annoncer que je viens de l’arranger à l’instant à l’amiable avec le général et que par conséquent votre intervention n’est plus nécessaire. » Le colonel accompagné de son commandant adjoint me demande à visiter mes travaux qu’il trouve bien, puis il se dirige vers la batterie voisine du capitaine Cabrol. À ce moment le commandant adjoint qui accompagne le colonel me prend à part : « Vous savez, Desaulle, tout votre travail est très bien. Le colonel est très satisfait car vous avez accompli un véritable tour de force. » Ces compliments me font grand plaisir car le colonel Marchal n’est pas du tout prodigue de ces compliments. En ce moment il est en train d’attraper copieusement ce malheureux Cabrol. Dans la journée les Boches se mettent à tirer énormément sur la côte en face de nous. Malgré les efforts déployés par mes hommes les travaux avancent lentement. On m’avait demandé d’être prêt à tirer le 8 décembre avec 300 coups par pièce. Mes quatre pièces sont en état de tirer et approvisionnées à chacune 500 coups, mais nous n’avons aucun abri. Mes hommes couchent toujours dans la sape voisine du P.C. du capitaine Petrus mais elle est si exiguë qu’ils ne peuvent s’y allonger : depuis notre arrivée dans ce camp les pauvres gens dorment assis ! Toute la journée ils pataugent dans la boue et travaillent soit à creuser des trous, soit à monter des munitions aux pièces. Les caissons en effet ne peuvent s’approcher de ces dernières à moins de 80 mètres et à

Tome II · AD084_0286(2)Page manuscrite 674
8 décembre 1916

Photographie 560 — ouvrage d’Hardaumont et tranchée de l’Euphrate

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0287(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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560

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] OUVR. D’HARDAUMONT TR. DE L’EUPHRATE RAVIN DES Gᵈˢ HOUYERS 5007

[Cartouche] 991 — Gᵗ D.E. — F55 — 4.11.16 15h — 500m — f : 120 — vue oblique

Tome II · AD084_0287(2)
8 décembre 1916

8 décembre 1916 — continuation p.677

Source : manuscrit

plusieurs mètres en contre bas. 100 tonnes de munitions ont déjà été montées jusqu’aux pièces à dos d’homme et jusqu’à notre départ d’ici, mes hommes devront en monter encore autant ! Leur état de fatigue est extrême. Impossible de se laver car nous n’avons pas d’eau ! Le soir le ravitaillement nous apporte pour la cuisine environ 3 litres d’eau par homme et c’est tout. Quelques fois d’ailleurs le tonneau arrive vide, un éclat d’obus l’ayant crevé en route. La seule eau dont nous disposons est celle qui se trouve dans les trous d’obus avoisinants, mais elle est naturellement infecte et on ne peut même pas songer à s’y laver : c’est une dissolution concentrée de matières fécales !

Tome II · AD084_0289(2)Page manuscrite 677
9 décembre 1916

9 décembre 1916 — nouvelle tentative de réglage

Source : manuscrit

9 décembre. — Aujourd’hui nous essayons de régler avec Dumay qui est au fort de Souville en tirant des salves à heure fixe car nous n’avons pas de ligne téléphonique directe. Au bout de 7 salves soit 28 coups espacés de demi heure en demi heure j’arrête mon tir.

Tome II · AD084_0289(2)Page manuscrite 677
11 décembre 1916

11 décembre 1916 — visite de Pujos et pertes au convoi de munitions

Source : manuscrit

11 décembre. — Le matin je vois arriver le colonel Pujos venu pour me rendre visite. J’apprends par lui que nous sommes au jour J-3 : l’attaque serait donc pour le 14. Pendant que nous causons les Boches tirent sur le flanc sud du vallon. Tout à coup, un obus plus court que les autres passe en sifflant au dessus de notre tête et va éclater à 20 mètres de nous. Le colonel Pujos ne baisse même pas la tête ce qui ne me surprend d’ailleurs pas. Après avoir visité ma position et m’avoir félicité le colonel reprend le chemin de Verdun. Les Boches tirent toujours assez violemment sur le camp M.F.4 que nous devons traverser, Viguié et moi, pour aller déjeuner au P.C. Petrus. Comme il est 11h30 il est temps de partir. « Attendons le prochain obus, dis-je à Viguié. Quand il sera tombé nous essaierons de passer rapidement avant l’arrivée du suivant. » Ce prochain obus ne se fait pas attendre, mais le suivant encore moins, car à peine avons nous fait 50 mètres que ce second obus tombe à 20 mètres de nous sur un abri de la batterie Cabrol dont le toit vole en éclats pendant qu’éclatent des cris déchirants. Je me précipite vers l’abri qui est à moitié démoli et un horrible spectacle s’offre à mes yeux. Un artilleur gît sur le dos, la tête coupée en deux. Un autre, un brigadier, très grièvement blessé pousse

Tome II · AD084_0289(2)Page manuscrite 677
11 décembre 1916

11 décembre 1916 — continuation p.678

Source : manuscrit

des gémissements horribles. Ces deux hommes appartenant à la batterie Cabrol je vais immédiatement chercher à cette batterie du secours pour le brigadier blessé. L’autre homme malheureusement n’a plus besoin de rien.

Dans la journée nous essayons encore une fois de régler mais au bout de 40 coups tirés nous ne pouvons avoir aucun renseignement. Je suppose que Dumay ne voit pas nos coups. Le soir les Boches se mettent à marmiter fortement notre vallon à partir de 16 heures. Comme je dois dans la soirée recevoir 16 caissons de munitions je ne suis pas sans inquiétudes. De fait, pendant que les caissons arrivent et se déchargent le tir allemand continue mais tout cependant se passe normalement. Hélas ! au moment où le dernier caisson vidé quitte la position un obus de 150 tombe au milieu des attelages ! Prévenu par Voyer, je me précipite. La nuit est d’une noirceur d’encre et on distingue à peine l’affreux spectacle qui s’offre à nos yeux. Le caisson, son avant train renversé dans une couche de boue de plus de 50 centimètres forme avec les cadavres de 5 chevaux tués, le plus terrible amoncellement. Les dégâts malheureusement ne s’arrêtent pas là. Le conducteur de devant le brave Ferré est tué raide : le conducteur du milieu Mignot est gravement blessé ainsi que le servant Février assis sur un coffre. Mes hommes s’empressent de conduire les blessés au poste de secours voisin, quant à ce pauvre Ferré nous le conduisons également au dépôt mortuaire situé près du poste de secours, n’ayant aucun moyen de le ramener à l’arrière. Au prix des plus grandes difficultés, pataugeant dans une boue sanglante au milieu des plus horribles débris nous parvenons à dégager les chevaux qui n’ont pas été blessés et à relever le caisson. Les Boches continuent d’ailleurs à tirer mais, heureusement, pas de notre côté. Nous pensons maintenant pouvoir goûter un peu de repos dans notre nouvelle cagna qui est habitable depuis aujourd’hui, mais malheureusement elle est si primitive et si humide que, transis par le froid, nous ne pouvons Viguié et moi fermer l’œil une seule minute. Pour comble la pluie se met à tomber avec violence et une véritable cataracte s’écoule derrière

Tome II · AD084_0290(3)Page manuscrite 678
11 décembre 1916

Photographie 561 — ouvrage du Muguet et tranchées

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0291(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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561

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] OUVR. DU MUGUET TR. DE L’EUPHRATE TR. DE L’EIDER BOY. DE COLOGNE 4618³ [Flèche d’orientation et ligne pointillée]

[Cartouche] 994 — Gᵗ D.E. — F55 — 4.11.16 15h — 500m — f : 120 — vue oblique

Tome II · AD084_0291(3)
11 décembre 1916

11 décembre 1916 — continuation p.681

Source : manuscrit

notre tête. Par bonheur le sol de l’abri, très poreux, absorbe l’eau avec rapidité. Traversés par l’humidité, grelottant et claquant des dents je crois à tout instant mourir de froid. Je soupire après le jour qui n’en finit pas de se lever.

Tome II · AD084_0293(3)Page manuscrite 681
12 décembre 1916

12 décembre 1916 — abris insuffisants et blessure de Pineau

Source : manuscrit

12 décembre. — Enfin le jour paraît et j’en profite pour secouer mes membres engourdis. Un quart de jus bouillant et une bonne ration de « gnole » ont tôt fait de me remettre d’aplomb. La construction des abris de mes hommes avance avec une lenteur désespérante et jamais ils ne seront assez grands pour loger tout le personnel qui doit évacuer ce soir la sape du capitaine Petrus. Le poste téléphonique est achevé et 5 hommes s’y entassent tant mal que bien : 2 ou 3 autres petits abris peuvent recevoir, en se serrant 2 ou 3 hommes, mais je vais avoir 40 poilus au moins à loger. Après bien des recherches je trouve en avant de nous 2 abris effondrés datant de l’offensive allemande et que je me décide à remettre en état. Une quinzaine d’hommes pourront y trouver place. Nous continuons dans la journée notre tentative de réglage, mais après 111 coups tirés nous ne sommes pas plus avancés que la veille. Dumay, au milieu du bombardement général n’arrive pas à débrouiller nos coups. Quant aux Boches ils continuent à nous marmiter copieusement. Un de nos servants, Pineau est blessé à la cuisse et c’est un miracle que nous n’ayons pas eu d’autres hommes hors de combat aujourd’hui.

Tome II · AD084_0293(3)Page manuscrite 681
13 décembre 1916

13 décembre 1916 — froid, cheminée de Malquin et difficultés de ravitaillement

Source : manuscrit

13 décembre. — La situation est toujours agitée et les Boches tirent encore pas mal dans notre coin. Nouvelle tentative de réglage, mais au bout de 55 coups nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Il semble cependant que la direction initiale de mon tir était la bonne puisque après beaucoup de variations nous finissons par y revenir. Nos travaux d’installation sont toujours interrompus et mes hommes et moi sommes logés dans des conditions pénibles. Le séjour dans mon étroite cagna où l’eau ruisselle est très dur. Nous passons notre temps à claquer des dents et à grelotter. Depuis quinze jours nous n’avons guère pu nous débarbouiller. J’ai fait cependant confectionner par l’habile

Tome II · AD084_0293(3)Page manuscrite 681
13 décembre 1916

13 décembre 1916 — continuation p.682

Source : manuscrit

Malquin, au moyen de quelques boîtes de tôle, une espèce de cheminée, mais hélas ! nous n’avons pas de bois, ce qui change la difficulté de place sans la résoudre. Lorsque le froid est trop intense et trop pénible à supporter, nous allumons un peu d’alcool solidifié dans un couvercle de boîte et nous nous chauffons les mains. À force de chercher nous finissons tout de même par trouver du combustible : quelques crosses de fusils arrachées du sol au milieu de macabres débris, et qui refusent obstinément de brûler, des baguettes de fusées éclairantes qui brûlent comme des allumettes, des gabions en planches dont la fumée prend à la gorge, mais tout cela en quantités infimes. Le fameux bois des 3 Cornes est en effet rasé jusqu’aux racines et on y chercherait vainement de quoi faire le plus maigre feu. La nourriture est, elle aussi, assez primitive. Cependant nous avons en abondance du chocolat, des sardines, du biscuit et du singe. Les caisses de ces produits destinés aux fantassins de première ligne sont entassées dans le fond du ravin au milieu des caisses de grenades, des obus des rouleaux de barbelés et des torpilles de 58. Il n’y a qu’à se baisser et en prendre ce que nous ne manquons pas de faire car toutes ces denrées sont condamnées à périr dans la boue. Il est grand temps que nous soyons relevés car nous n’en pouvons plus. Ces jours derniers j’ai rencontré à déjeuner chez le commandant Petrus le rabbin de la division, homme charmant, très distingué et érudit que l’on pourrait prendre pour un aumônier catholique si ce n’était les tables de la Loi qu’il porte en place de Crucifix et si ce n’était aussi le nez. Le capitaine Petrus me raconte les prouesses des aumôniers de la division, entre autres, celles d’un père capucin chargeant en tête des tirailleurs, en robe de bure et le Crucifix à la main et criant aux Boches : « Attendez, tas de salauds, je vais vous en fiche des absolutions ! » Ceci se passait à l’attaque de Champagne où l’aumônier en question devait trouver à quelques jours de là une mort héroïque. Je fais part au capitaine Petrus de mes difficultés pour me procurer du combustible : « Ah moi, me dit-il, c’est très simple. Pour avoir du combustible je me suis abonné au journal officiel ! »

Tome II · AD084_0294(3)Page manuscrite 682
14 décembre 1916

14 décembre 1916 — liaison avec le P.C. Fleurelle et tirs de démolition

Source : manuscrit

14 décembre. — Le matin d’assez bonne heure Dumay

Tome II · AD084_0294(3)Page manuscrite 682
14 décembre 1916

Photographie 562 — ravin de la Plume et ouvrage d’Hardaumont

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0295(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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562

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] RAV. DE LA PLUME OUV. D’HARDAUMONT

[Cartouche] Gᵗ D.E. — F5 — 574 — 4.11.16 900m — 12h — Lᵗ O.O

Tome II · AD084_0295(3)
14 décembre 1916

14 décembre 1916 — continuation p.685

Source : manuscrit

revenant de Souville avec Lacheret m’apprend que l’attaque est pour demain et que nous devons nous réunir téléphoniquement au P.C. Fleurelle qui nous passera ses ordres. Se réunir au P.C. Fleurelle est une chose facile à dire mais moins facile à faire. Suivre le boyau de Belgrade, il n’y faut pas songer. Il nous faudrait 5 ou 6 kilomètres de fil et le boyau est en si mauvais état qu’une ligne n’y tiendrait pas 2 heures. Le mieux ou plutôt le moins mauvais est de couper en ligne droite : la ligne sera d’abord beaucoup moins longue, mais comment se comportera-t-elle dans ce bled retourné et constamment battu ? Pas plus mal sans doute que dans le boyau de Belgrade. Pour établir cette ligne Viguié part de suite avec une équipe de téléphonistes chargés de lourdes bobines. D’après les renseignements de Dumay les derniers coups tirés pour notre réglage ont donné des éléments acceptables. Les tirs de démolition doivent commencer aujourd’hui et nous devons tirer 1000 coups dans la journée. À 10 heures donc nous commençons nos tirs de démolition sur les objectifs qui nous sont assignés. Au début tout va bien mais vers 15h45 les Boches se mettent à tirer en plein dans la batterie. Le premier coup tombe à une quinzaine de mètres de moi : Les autres coups se succèdent avec une grande rapidité et nous sommes obligés de nous abriter. Au moment où, rentrant dans ma cagna je rabats la porte à moi un obus tombant à deux mètres à peine m’arrache la porte des mains. La 4e pièce reçoit 2 obus qui, heureusement ne lui font aucun dégât. À 16h30 le tir cesse pour reprendre quelques heures après avec des obus lacrymogènes. La batterie voisine a quelques douilles incendiées mais chez nous aucun dommage : c’est incroyable. Cependant si demain le tir allemand est aussi intense, nous perdrons la moitié de notre personnel et nous ne pourrons pas tirer, aussi je ne suis pas sans inquiétudes. Pour tâcher de me reposer un peu je vais coucher chez Cabrol dont la cagna est un peu moins inconfortable que la mienne. Il nous est d’ailleurs impossible de dormir car toute la nuit des tirailleurs qui doivent attaquer demain viennent cogner à notre porte et veulent à toute force coucher dans notre pauvre cagna.

Tome II · AD084_0297(3)Page manuscrite 685
14 décembre 1916

14 décembre 1916 — continuation p.686

Source : manuscrit

Nous avons beaucoup de mal à les empêcher d’entrer mais vraiment où pourrions nous les loger ? Ces pauvres gens sont obligés de passer la nuit dehors.

Tome II · AD084_0298(3)Page manuscrite 686
15 décembre 1916

15 décembre 1916 — contre-offensive de Verdun et filmage de la batterie

Source : manuscrit

15 décembre. — Le matin, n’ayant que fort peu dormi je n’ai aucune peine à me lever à 5 heures. Il faut que nous commencions à tirer de bonne heure car hier nous n’avons guère tiré que un peu plus de 600 coups. À 6h30 on commence à voir les points de repère des pièces et je déclanche mes tirs de destruction. Les autres batteries de leur côté font de même et bientôt la canonnade prend une certaine intensité : elle est d’autant plus sensible pour nous cette fois que nous sommes en avant de toutes les batteries du secteur. Les Allemands vers 7 heures commencent à nous répondre par quelques coups de 130 qui arrivent avec un ronflement bizarre : tirés un peu longs ils vont se piquer dans la côte derrière nous. Le premier coup malheureusement tombe en plein dans le camp et y fait quelques dégâts. Bientôt d’ailleurs le tir ennemi faiblit à mesure que le nôtre s’intensifie. Le vacarme est maintenant assourdissant : ce n’est plus 600 canons comme au mois d’octobre qui appuient l’attaque mais plus de 1000. Les batteries longues de la rive gauche de la Meuse et en particulier les pièces du fort de Vacherauville participent à l’attaque. Le temps s’étant un peu éclairci nous les voyons distinctement tirer sur la côte au Poivre. D’énormes obus tombent également dans le village de Vacherauville et dans la plaine de la Meuse. À 10 heures, déclanchement de l’attaque, le vacarme est assourdissant. L’artillerie nous martèle les tempes, quant aux Allemands ils tirent abondamment vers la cote 321 des obus lacrymogènes dont la fumée envahit le vallon. Cette fumée se mêlant à celle de nos canons rend bientôt l’atmosphère irrespirable. Vers 10h45 alors que je suis dans ma cagna pour préparer un tir, un cri retentit : « Voilà les Boches ! » Intrigué et un peu inquiet je sors précipitamment de mon abri et j’aperçois dévalant de la cote 321 à toute la vitesse de leurs jambes des vagues de Boches, mais ce sont des prisonniers. Bientôt ils sont sur nous et sans demander leur reste ils continuent leur course éperdue vers l’arrière. Aucun soldat français ne les conduit : seuls quelques blessés passent au milieu d’eux. De minute en minute

Tome II · AD084_0298(3)Page manuscrite 686
15 décembre 1916

Photographie 563 — boyau de l’Elbe et tranchées allemandes

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0299(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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563

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] BOY. DE L’ELBE TR. KOPAL TR. DE SCHAFFOUSE TR. RATISBONNE 4307

[Cartouche] 993 — Gᵗ D.E. — F55 — 4.11.16 15h — 500m — f : 120 — vue oblique

Tome II · AD084_0299(3)
15 décembre 1916

Photographies 564–567 — prisonniers allemands du 15 décembre

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0300(2).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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564 — 565 — 566 567

[Légende commune sous la rangée supérieure] Quelques boches du 15 déc.

Tome II · AD084_0300(2)
15 décembre 1916

15 décembre 1916 — continuation p.689

Source : manuscrit

le nombre des prisonniers augmente. Des centaines sont déjà passés mais le flot ne diminue pas. Les premiers prisonniers abrutis par la canonnade ont des mines de déterrés. Il y en a de très vieux, il y en a aussi de tout jeunes. Beaucoup sont follement gais d’avoir échappé d’abord aux obus et aux balles mais surtout aux terribles tirailleurs dont on leur a dit tant de mal. Les officiers passent hautains et pleins de morgue. Seul un médecin d’une quarantaine d’années me salue d’un : « Bonjour monsieur ! » fort respectueux. Quelques blessés allemands pris dans leur poste de secours passent, leur pancarte d’évacuation accrochée à la boutonnière. Ils sont bien évacués mais pas du côté qu’ils espéraient. L’un des blessés, un malheureux « landsturm » se tient le ventre à deux mains et gémit à chaque pas d’une manière lamentable : « Aou gott ! Aou gott !… » Je lui montre de la main le poste de secours mais le malheureux me regarde d’un air lamentable et continue à gémir sans pouvoir avancer. Le tir de notre artillerie continue d’une manière aussi intense pour appuyer l’attaque et mes hommes malgré leur fatigue déploient les plus grands efforts pour assurer le service des pièces mais ils commencent à être au bout de leurs moyens. Mes voisins de l’artillerie de campagne ont embauché pour les aider des prisonniers allemands. Ceux-ci, inconscients de la faute qu’ils commettent montent allègrement auprès des pièces les obus qui peut être tueront leurs camarades. Il est vrai que ce sont sans doute des Alsaciens Lorrains ou des Polonais. Nous ne savons encore rien de l’attaque mais si j’en juge par le nombre des prisonniers, ce doit être un grand succès. Maintenant les prisonniers boches continuent à passer mais le nombre des blessés français augmente. Ce sont presque exclusivement des zouaves et des tirailleurs. Plusieurs de ceux-ci blessés gravement et qui viennent de faire plusieurs kilomètres dans les trous d’obus ne peuvent plus avancer. Justement arrive à ce moment un assez gros contingent de prisonniers et parmi eux un jeune médecin major. Je fais comprendre à ce dernier ce que j’attends de lui : conduire au poste de secours les blessés en les faisant porter par les prisonniers. Il s’empresse d’obéir à mon ordre. Beaucoup de blessés d’ail-

Tome II · AD084_0301(2)Page manuscrite 689
15 décembre 1916

15 décembre 1916 — continuation p.690

Source : manuscrit

leurs se tirent d’affaire seuls : un capitaine de zouaves dont la figure n’est plus qu’une plaie et qui marche lentement en s’appuyant sur une canne me salue en passant : « C’est très bien, les artilleurs. Vous avez bien travaillé ! », et les artilleurs, que diront-ils des zouaves ? Les tirailleurs blessés qui passent viennent mendier à ma cagna du café mais ma provision est bientôt épuisée. Tous demandent surtout « Poste sicou ! Poste sicou ! » L’un d’eux blessé grièvement aux deux pieds tombe à la porte de ma cagna sans pouvoir se relever. Je lui donne un quart de café et le fais ramasser par deux prisonniers. Pour me remercier il fouille dans sa musette en tire un portefeuille et me le tend : « Tiens, misieu, un portefeuille di boch. Moi ti donne. » Ce portefeuille ne contient d’ailleurs que quelques lettres sans intérêt et quelques photographies. À 13h15 nous cessons à peu près notre tir après avoir consommé 845 coups. Mes hommes sont littéralement éreintés et mes canons qui n’ont pas été mieux soignés que mes hommes sont en piteux état, deux sont même hors de combat les culasses bloquées. Vers 15h30 alors que le jour commence à tomber nous voyons revenir des lignes un opérateur de cinéma dont l’appareil est porté par un prisonnier boche. Comme il lui reste encore quelques mètres de film je lui demande de « tourner » ma batterie ce qu’il s’empresse de faire. La nuit, comme le chante la romance, ramène le silence mais n’emporte pas notre fatigue. Nous sommes surtout à moitié asphyxiés par la fumée de la poudre et par les obus lacrymogènes que les Boches envoient au dessus de nous. Le soir on nous annonce que l’attaque a parfaitement réussi et que tous les objectifs ont été atteints. 7500 prisonniers sont déjà dénombrés. En même temps que ces renseignements, m’arrive par téléphone le message suivant : « Si l’ennemi n’a pas réagi demain à midi le Capitaine Desaulle pourra partir en permission. » Cette nouvelle me remplit d’aise : pourvu que les Boches ne réagissent pas !

Tome II · AD084_0302(2)Page manuscrite 690
16 décembre 1916

16 décembre 1916 — bilan de la victoire et départ en permission

Source : manuscrit

16 décembre. — Les nouvelles de la veille se précisent : le nombre des prisonniers est de 11.000. Vacherauville la côte au Poivre, la cote 342, Louvemont ont été enlevés d’un seul élan. Nous tenons maintenant la

Tome II · AD084_0302(2)Page manuscrite 690
16 décembre 1916

Photographie 568 — tranchée de Leibach et boyaux

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0303(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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568

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] TR. DE LEIBACH BOY. DE POLA BOY. DE HALLE [Flèche d’orientation]

[Cartouche très pâle ; relevé partiel] 996 — Gᵗ D.E. — [suite peu lisible] 15h — 500m — [signe peu lisible] 120 — [suite peu lisible]

Tome II · AD084_0303(2)
16 décembre 1916

16 décembre 1916 — continuation p.693

Source : manuscrit

ferme des Chambrettes, le bois des Caurières et Bezonvaux. L’infanterie a rencontré une vive résistance dans la tranchée de Deux-Ponts entre le ravin de Hassoule et le Fond du Loup. La 12e batterie de notre groupe doit aller se mettre en position aux carrières d’Haudromont ainsi que deux batteries du 107e. Dans l’attaque d’hier, chose tout à fait remarquable la tourelle de 155 court du fort de Douaumont a participé à la préparation d’artillerie. Malgré les bombardements effroyables subis par ce fort, la tourelle de 155 court a été retrouvée intacte lors de la reprise du fort. Les Allemands se servaient du canon dont ils avaient enlevé la culasse pour faire des signaux optiques. Il a suffi de nettoyer le canon et de lui remettre sa culasse, avec des efforts inouïs on est arrivé à monter au fort de Douaumont 80 obus de 155 et le 15 au matin la tourelle tirait victorieusement à bout portant sur les Boches stupéfaits. Dans la matinée le commandant me téléphone et me confirme que je peux partir à midi si les Boches sont sages. Il me confirme également que nous serons relevés le 23. J’aurais aimé que ce soit plus tôt car mes hommes sont absolument harassés. Je demande aux chefs de pièces de me désigner les hommes les plus fatigués mais aucun ne veut partir car chacun d’eux a bien conscience que son voisin est aussi fatigué que lui. J’ai dû cependant ces jours-ci renvoyer Gadet qui ne tenait plus debout. Aujourd’hui c’est Nadiras aîné que je renvoie par ordre à l’arrière. Nous partons ensemble à 12h30, l’ennemi n’ayant pas réagi, mais à peine avons nous fait 100 mètres sur le chemin du retour qu’un obus de 210 tombe à deux cents mètres devant nous. Craignant que le tir continue je m’arrête un instant chez Cabrol, mais aucun autre obus n’arrivant je reprends avec Nadiras le chemin de Verdun. En passant je m’arrête chez le capitaine Petrus pour lui faire mes adieux et le remercier de tout ce qu’il a bien voulu faire pour moi

Tome II · AD084_0305(2)Page manuscrite 693
16 décembre 1916

Photographie 569 — ferme des Chambrettes

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0305(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 569] La ferme des Chambrettes [Annotation interne : LES CHAMBRETTES FERME]

Tome II · AD084_0305(2)
16 décembre 1916

16 décembre 1916 — continuation p.694

Source : manuscrit

et qui a facilité grandement ma tâche. J’apprends de lui un fait assez curieux et qui en dit long sur le dénuement des Boches. Sur un des prisonniers capturés la veille on a trouvé un petit paquet venu par voie postale et que le prisonnier n’avait pas eu le temps d’ouvrir : ce paquet contenait un morceau de lard de moins de 100 grammes et un oignon ! Je prends également connaissance chez le capitaine Petrus de l’ordre du jour suivant émanant du général Mangin commandant le groupement. « Soldats du groupement Mangin ! Le 15 décembre, de la Meuse à la Woëvre, sur un front de 10 kilomètres vous avez enfoncé les lignes allemandes et porté notre front sur les positions assignées à votre courage. Puis nos reconnaissances, manœuvrant hardiment et affirmant la maîtrise du champ de bataille ont atteint les batteries allemandes qu’elles ont détruites. Vous avez fait 11.103 prisonniers, pris ou détruit 115 canons, capturé plusieurs centaines de mitrailleuses et de minenwerfer et un matériel immense ; et vous n’avez pas encore entièrement dénombré les trophées de votre victoire. Le plus beau de tous c’est la certitude du triomphe définitif. Après les batailles du 24 octobre et du 15 décembre offrant à la défense des facilités exceptionnelles que la saison augmentait encore, personne ne peut plus douter qu’il soit possible de vaincre un ennemi supérieur en nombre et disposant d’une artillerie formidable ; avec la préparation minutieuse d’une bonne artillerie, l’aménagement convenable du terrain et le concours d’une aviation vigilante, une infanterie brave et bien instruite peut percer et ensuite manœuvrer, sous le haut commandement du général Nivelle. Nous tenons la méthode et nous avons le Chef. C’est la certitude du succès. Mes amis ! S’avouant incapable de nous vaincre sur les champs de bataille, nos sauvages agresseurs osent nous tendre le piège grossier d’une paix prématurée. Tout en ramassant de nouvelles armes, ils crient : Kamerad ! Vous connaissez ce geste. Nos pères de la Révolution refusaient de traiter avec l’ennemi tant qu’il souillait le sol sacré de la Patrie, tant qu’il n’était pas rejeté hors des frontières

Tome II · AD084_0306(2)Page manuscrite 694
16 décembre 1916

Photographies 570–573 — groupe Carillon et Douaumont

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0307(2).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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570 — Les officiers du groupe Carillon 571 — Le monument de la tranchée des baïonnettes 572 — La batterie et la tourelle est de Douaumont 573 — L’entrée du monument

[Annotation interne du cliché 572 : 3212]

Tome II · AD084_0307(2)
16 décembre 1916

Photographie aérienne 574 — tranchée du colonel Driant et cote 342

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0308(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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574

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] TR. Cᵉˡ DRIANT 342 BOY. DE [nom tronqué] [Flèche d’orientation]

[Cartouche pâle et tronqué ; fragments] 400m — 11h — F.A [fragment contenant NIVEAUX] [Tampon partiel : … NOV …]

Tome II · AD084_0308(2)
16 décembre 1916

16 décembre 1916 — continuation p.697

Source : manuscrit

naturelles, tant que le triomphe du droit et de la liberté n’était pas définitivement assuré contre les tyrans. Nous, nous ne traiterons jamais avec les gouvernements parjures pour qui les traités ne sont que des chiffons de papier et avec les assassins et les bourreaux de femmes et d’enfants. Après la victoire finale qui les mettra hors d’état de nuire nous leur dicterons nos volontés. À leurs hypocrites ouvertures, la France a répondu par la gueule de vos canons et par la pointe de vos baïonnettes. Vous avez été les bons ambassadeurs de la République : elle vous remercie ! Mangin. » Ayant pris congé du capitaine Petrus je reprends le chemin de Belleville. Le trajet s’effectue, cette fois normalement, les Boches étant beaucoup trop occupés par ailleurs pour tirer maintenant sur les boyaux. À Belleville je trouve un planton et mon cheval et à la nuit tombante je suis à l’échelon sans autre incident.

Tome II · AD084_0309(2)Page manuscrite 697
17 décembre 1916

17 décembre 1916 — trajet vers Paris

Source : manuscrit

17 décembre. — À 4 heures du matin par un froid fort vif je quitte l’échelon avec la voiture téléphonique qui me conduit à Meurmont. Là je trouve un camion automobile qui après des détours invraisemblables me dépose à Bar le Duc. Le trajet manque complètement de confortable ; courbaturé, couvert de poussière, je suis bien heureux de pouvoir grimper dans le train de 10h24 qui me mène rapidement à Paris.

Tome II · AD084_0309(2)Page manuscrite 697
27 décembre 1916

27 décembre 1916 — retour de permission et ordre du colonel Pujos

Source : manuscrit

27 décembre. — Retour d’une trop brève permission. J’arrive à Bar le Duc à 3 heures du matin. La gare est absolument pleine de poilus partant ou rentrant de permission : impossible de trouver le moindre coin pour me réfugier. D’ailleurs il règne dans cette gare une telle odeur faite des relents de pinard, de saucisson à l’ail et d’humanité que je préfère attendre sur le trottoir de la gare en faisant les cent pas, le lever du jour. Dans la gare arrivent quelques camions. L’un d’eux venu pour chercher les journaux doit repartir pour Souilly : c’est un peu sur mon chemin aussi je retiens une place près du chauffeur. Nous ne tardons pas à partir et les premiers kilomètres se passent normalement mais bientôt le froid de la nuit commence à me saisir et lorsque le camion s’arrête à Souilly je suis presque mort de froid. J’espère trouver

Tome II · AD084_0309(2)Page manuscrite 697
27 décembre 1916

27 décembre 1916 — continuation p.698

Source : manuscrit

un camion allant à Dugny. Plusieurs camions passent en effet mais ne daignent pas s’arrêter pour me prendre ou vont dans une autre direction. Enfin après une demi heure d’attente dans la nuit glaciale je me décide à aller me renseigner à la mairie où se trouve le quartier général de la 2e armée, commandée depuis plusieurs jours par le général Muteau depuis que le général Nivelle a pris le commandement en chef des armées françaises à la place du général Joffre nommé maréchal de France. Je trouve à la mairie une automobile venue en liaison et devant retourner à Dugny. Au bout d’une nouvelle heure d’attente l’auto en question m’emmène et me dépose bientôt au bas de la côte qui conduit au bois des 8 chevaux et où j’arrive bientôt. La première chose que j’apprends par Lemasson c’est que nous n’avons pas été relevés le 23 comme il en avait été question : rien même ne fait espérer une relève prochaine. Ceci ne me surprend pas mais m’ennuie tout de même un peu. Heureusement, pendant mon absence la batterie n’a pas eu de pertes. Après avoir déjeuné avec Lemasson je peux visiter le cantonnement de mon unité que je n’avais pas encore vu depuis mon arrivée dans le secteur. Malgré la mauvaise saison et le manque de ressources, mes hommes et mes chevaux sont à peu près installés à l’abri de la pluie sinon du froid. Lemasson pour sa part s’est aménagé une cagna très confortable dans laquelle il y a même un lit pour moi, dont je ne profiterai guère. Je prends connaissance chez Lemasson d’un ordre du jour émanant du colonel Pujos et ainsi conçu : « Après avoir passé le commandement de l’artillerie du secteur Marceau au lt colonel de Minibel, le lt colonel Pujos, son prédécesseur lors des attaques du 15 décembre 1916 ne saurait s’éloigner de ses chers artilleurs sans les remercier de leur dévouement et les féliciter de leur courage et des belles qualités techniques qui ont conduit aux grands résultats de cette splendide journée. Et pour cela, rien ne lui a paru préférable aux quelques mots si éloquents et si émus que le général Passaga commandant la superbe et glorieuse division d’attaque, adressait naguère à son artilleur, c’est à dire, par dessus lui, à ses artilleurs : « Laissez moi vous embrasser une dernière fois en vous disant toute mon admiration affectueuse et

Tome II · AD084_0310(2)Page manuscrite 698
27 décembre 1916

Photographie 575 — soldats allemands et français dans la tranchée

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0311(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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575

[Annotations manuscrites hors de l’image, avec flèches] En haut : Soldats boches dans la tranchée En bas : Soldats français dans la tranchée

[Annotations internes] 242 Boy. de HALLE [Flèche d’orientation]

[Cartouche partiellement lisible] GDE 96 — 15-11-16 [fragments peu lisibles] — F.8 [fragment contenant NIVEAUX]

Tome II · AD084_0311(2)
27 décembre 1916

27 décembre 1916 — continuation p.701

Source : manuscrit

reconnaissante. Vous avez bien tracé la voie à mes admirables soldats ; je vous dois la préservation de leur sang précieux et de leur confiance. » Nulle constatation ne saurait être plus sensible à des âmes d’artilleurs ; c’est bien la récompense suprême vers laquelle ils tendent tous, celle d’atteindre le but que le général a si bien défini : tracer la voie à nos fantassins, préserver leur sang précieux, entretenir leur confiance. Votre chef ravi d’un tel témoignage vous salue et vous remercie. » signé Pujos.

Tome II · AD084_0313(2)Page manuscrite 701
28 décembre 1916

28 décembre 1916 — retour à la position et blessure de Petrus

Source : manuscrit

28 décembre. — Le matin à 8h30 je pars à cheval pour la position de batterie. Laissant mon cheval à Belleville je reprends une fois de plus le boyau interminable. J’arrive enfin sans encombre à la position où je trouve tout en ordre. Dumay et Viguié ont l’air parfaitement tranquilles quoique les Boches aient été un peu agités ces jours derniers. Nous l’avons été nous mêmes passablement agités, puisque la batterie a tiré en mon absence 810 coups. J’apprends en même temps par Dumay une bien désagréable nouvelle : le capitaine Petrus a été blessé assez sérieusement ces jours-ci par un éclat d’obus en faisant une reconnaissance avec son successeur car son groupe a été relevé. Après avoir déjeuné avec Dumay et Viguié je reprends à 14h30 le chemin de l’échelon.

Tome II · AD084_0313(2)Page manuscrite 701
29 décembre 1916

29 décembre 1916 — visite au commandant Annibert

Source : manuscrit

29 décembre. — Toute la nuit il fait un temps horrible. Le matin il pleut encore, mais comme à midi le temps s’est éclairci un peu je monte au poste de commandement voir le commandant Annibert. À 17 heures je suis de retour à l’échelon. Toute la matinée violente canonnade sur la rive gauche de la Meuse. Les Allemands ont paraît-il attaqué une fois de plus le Mort Homme.

Tome II · AD084_0313(2)Page manuscrite 701
30 décembre 1916

30 décembre 1916 — retour à la position et histoire du fût de rhum

Source : manuscrit

30 décembre. — À 8 heures je pars de l’échelon par un temps horrible pour rejoindre la position. Comme j’arrive près du P.C.K., les Boches tirent sur le boyau. Je suis obligé de me réfugier chez le commandant Maillard du 51e qui remplace le capitaine Petrus. Je profite d’une accalmie pour filer à la position. Après déjeuner Dumay nous quitte pour retourner à l’échelon d’où il doit monter comme observateur à Douaumont. Avant son départ il me raconte un incident survenu à la position en mon absence. Un matin sortant de sa cagna il lui semble que plusieurs hommes sont dans un état d’énervement ressemblant un peu à

Tome II · AD084_0313(2)Page manuscrite 701
30 décembre 1916

30 décembre 1916 — continuation p.702

Source : manuscrit

de l’ivresse. Comme il n’y a pas de mastroquet aux environs et comme d’autre part la ration de vin est de deux quarts par homme et par jour, l’ivresse est peu probable et Dumay n’y prête plus attention. Le lendemain cependant il a la même impression : il fait venir les chefs de pièces et les interroge mais ils ne savent rien. Le surlendemain matin, Dumay n’a plus d’illusion : les hommes sont ivres. Les chefs de pièces sont de nouveau convoqués et avouent que les hommes ont trouvé ou dérobé ces jours derniers un fût de rhum de 100 litres destiné aux premières lignes. Ayant enterré le fût ils le déterrent tous les soirs pour se livrer à de nocturnes libations. Étant donné l’état de dépression de nos hommes Dumay n’a pas eu le courage de se fâcher ni moi non plus. Toute la nuit les Boches tirent vigoureusement sur le camp près de chez nous ainsi que sur les boyaux.

Tome II · AD084_0314(2)Page manuscrite 702
31 décembre 1916

31 décembre 1916 — bombardement et triste réveillon

Source : manuscrit

31 décembre. — Le lever du jour n’arrête pas la fureur boche. Le tir continue et s’étend depuis l’emplacement de notre cuisine jusqu’au bout du camp de fantassins. Impossible de mettre le nez dehors, sauf cependant pour riposter comme hier par une centaine de coups. Cette fin d’année promet d’être lugubre. Pour comble il fait un froid très vif et nous sommes littéralement gelés dans notre cagna. Celle-ci n’a pas été sensiblement améliorée pendant mon absence et elle ne résisterait pas à un 105 bien appliqué. Quant à notre cheminée, elle donne plus de fumée que de chaleur. D’ailleurs le bois est de plus en plus rare : les crosses de fusils sont introuvables et nous en sommes venus à déterrer les racines du défunt bois des 3 Cornes. L’intensité du tir ennemi me fait prendre la décision de creuser dans le fond de ma cagna une amorce de sape qui nous garantirait toujours un peu. J’ai justement en ce moment à la position un jeune mineur du Nord, Bihet que j’embauche immédiatement pour ce travail. L’après midi le tir continue, surtout à droite de notre position. Vers 16 heures un obus de 150 tombe sur la cuisine et la disperse aux quatre vents. Par miracle le cuisinier Gadbin dit « Galopin » n’a rien, mais le rata est pulvérisé : « Mon vieux, dis-je à Viguié, il faudra manger ce soir pour notre dîner une boîte de singe ! » Triste, triste réveillon ! La pluie, le froid, le vent, les mar

Tome II · AD084_0314(2)Page manuscrite 702
31 décembre 1916

Photographie aérienne 576 — boyau de Pola

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0315(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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576

[Annotations dans l’image ; pas de légende extérieure] 344 345 4705 Boy. POLA 4605 [Flèche d’orientation]

[Cartouche très pâle : fragments non déchiffrés ; date non assurée]

Tome II · AD084_0315(2)
31 décembre 1916

31 décembre 1916 — continuation p.705

Source : manuscrit

mites et rien à manger ! Vers 18 heures alors que nous commençons, Viguié et moi, à entamer la boîte de singe traditionnelle, on frappe à la porte : c’est le fidèle Gadbin qui apparaît portant à la main un plat fumant : « Mon… mon cap’taine, commence-t-il à bredouiller ma cuisine a été démolie. Alors je vous ai fait un p’tit rôti, avec des p’tites carottes, des p’tites carottes… » Quel brave type que ce Gadbin. Nous lui faisons ainsi qu’à son rôti le plus chaleureux accueil.

Tome II · AD084_0317(2)Page manuscrite 705

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