tous ses amis il transformait ces dons en menus objets, tabac, chocolat, pipes, qu’il distribuait généreusement à tous les poilus.
Les obsèques de notre cher aumônier célébrées à la Grange aux Bois furent d’une sublime grandeur par l’intensité d’émotion de toute l’assistance. Comme nous arrivons Lemasson et moi à l’église, le cercueil y est déjà déposé, recouvert d’un drapeau tricolore sur lequel sont posées l’étole et la barrette. Bientôt arrive le général Arlabosse commandant la Division, qui vient épingler sur le cercueil la Croix de la Légion d’honneur et la Croix de guerre avec palme. Depuis plusieurs jours déjà il était, pour sa belle conduite, proposé pour cette récompense parvenue hélas ! trop tard. L’église était pleine de soldats et d’officiers, presque tous pleurant comme des enfants. À l’absoute l’abbé Pémillon aumônier titulaire de la D.I. prononce un discours fort noble dans lequel il nous rappelle que l’abbé Henry était né à Mattaincourt, le pays natal de St Pierre Fournier. Au cimetière le général de division dans un discours d’une haute élévation de pensée nous dit quelle joie il aurait eue à accrocher la Croix sur la poitrine de notre cher aumônier et à lui donner l’accolade. Il nous parle de sa foi vive, de son patriotisme ardent, de son amour du soldat. D’une phrase il nous le dépeint : « Il savait parler au soldat et le soldat, qui l’aimait, savait lui répondre. »
Il nous dit encore qu’il ne savait ce qu’il fallait admirer le plus en lui, du prêtre à la foi ardente ou du soldat intrépide qu’il était par toute sa personne. On le rencontrait partout. Dans la même journée des milliers de gens le voyaient, dans les petits postes à 4 mètres des Boches, au fond des sapes, dans les cantonnements de repos, dans les postes de commandement, dans les batteries d’artillerie. Il était partout et cependant nulle part car tout le monde voulait le garder. « Messieurs, nous dit le général, vous ne verrez plus ce bon sourire que vous aimiez tant ! » L’émotion à ce moment n’est plus contenue et l’assistance n’est plus qu’un immense sanglot. Je pense avec angoisse à sa pauvre mère qu’il aimait tant et dont la santé si délicate le préoccupait si vivement depuis