LES MÉMOIRES DU CAPITAINEExplorer les sources →
MÉMOIRES · 1916

Mars 1916

50 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 mars 1916

1er mars 1916 — annonce de la mort de Leroy, fragment p.496

Source : manuscrit

1er mars. — Le matin à mon réveil on me communique une bien triste nouvelle : le sous-lieutenant Leroy commandant la batterie de mortier de 220 de la maison forestière et par conséquent sous mes

Tome II · AD084_0108(2)Page manuscrite 496
1 mars 1916

Photographie 375 — Les lignes allemandes vues de l’ouvrage 16 D

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0109(2).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 375] Les lignes allemandes vues de l’ouvrage 16 D

Tome II · AD084_0109(2)
1 mars 1916

Photographie 376 — Les lignes allemandes vues de l’ouvrage 16 D

Source : manuscrit

[Photographie 376] Les lignes allemandes vues de l’ouvrage 16 D

Tome II · AD084_0109(2)
1 mars 1916

Photographie 377 — Lt Leroy et ses mortiers de 220

Source : manuscrit

[Photographie 377] Lt Leroy et ses mortiers de 220

Tome II · AD084_0109(2)
1 mars 1916

Photographie 378 — Les fantassins jouant au ballon

Source : manuscrit

[Photographie 378] Les fantassins jouant au ballon

Tome II · AD084_0109(2)
1 mars 1916

Photographie 379 — Lt Leroy et ses mortiers de 220

Source : manuscrit

[Photographie 379] Lt Leroy et ses mortiers de 220

Tome II · AD084_0109(2)
1 mars 1916

Photographie 380 — Petite Boureuilles, l’Aire, la route de Varennes et Boureuilles

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0110(2).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 380] Petite Boureuilles, l’Aire, la route de Varennes et Boureuilles

Tome II · AD084_0110(2)
1 mars 1916

Photographie 381 — Varennes

Source : manuscrit

[Photographie 381] Varennes

Tome II · AD084_0110(2)
1 mars 1916

Photographie 382 — Cheppy vu à 1800 m

Source : manuscrit

[Photographie 382] Cheppy vu à 1800 m

Tome II · AD084_0110(2)
1 mars 1916

1er mars 1916 — obsèques de Leroy et bombardement du Claon, continuation p.499

Source : manuscrit

ordres a été tué hier après midi dans la tranchée de première ligne, d’une balle au ventre. C’était un charmant garçon dont la mort nous cause une grande tristesse. Avant le déjeuner je m’en vais au P.C.A. pour avoir des renseignements sur l’affaire de la veille : le colonel Rollet s’y trouve justement et m’adresse tous ses compliments car l’affaire a fort bien marché. L’entonnoir est repris et l’essentiel est que nous n’avons que deux blessés. Dans l’après midi je vais aux Islettes à l’enterrement de ce pauvre Leroy. Chemin faisant je rencontre le capitaine Cavillon qui m’abreuve de compliments à propos de mon succès de la veille. En arrivant aux Islettes je rencontre mon camarade Gros, actuellement adjoint au général Caré et qui lui aussi m’accable de compliments. Je n’ai pourtant rien fait d’héroïque. Le service funèbre de Leroy a lieu à l’église des Islettes et l’inhumation au cimetière du village. Naturellement aucun officier de l’état major de Clermont n’a jugé à propos de se déranger. De retour au Claon vers 18 heures je trouve tout le village en émoi. Les Allemands ont bombardé assez violemment dans la journée les environs de notre maison. Une trentaine d’obus sont tombés dans le voisinage. Un obus de 150 en particulier est tombé dans le jardin à 4 mètres de ma fenêtre, cassant tous mes carreaux et criblant ma chambre d’éclats. Un obus est tombé dans le pré voisin de notre maison pendant que les fantassins du 76e jouaient au ballon. Par bonheur aucun d’eux n’a été touché.

Tome II · AD084_0111(2)Page manuscrite 499
2 mars 1916

2 mars 1916 — bombardements et demande de changement de cantonnement, fragment p.499

Source : manuscrit

2 mars. — Le séjour au Claon devenant peu sûr je vais le matin aux Islettes demander au colonel Rollet l’autorisation de changer mes pénates. Je ne trouve d’ailleurs pas le colonel, mais seulement le capitaine Grévy par lequel j’apprends que Clermont a été violemment bombardé hier ainsi que la Thibaudette. La Tuilerie est incendiée. Les Boches se sont aperçus, heureusement un peu tard que tous les renforts destinés à alimenter la bataille de Verdun arrivaient par la voie ferrée les Islettes Clermont et par la route qui lui est parallèle. Depuis huit jours il est passé sur ces deux voies des effectifs importants et les tirs des Allemands ne nous gê-

Tome II · AD084_0111(2)Page manuscrite 499
2 mars 1916

2 mars 1916 — Verdun, mort de Driant et tirs de longue portée, continuation p.500

Source : manuscrit

nent plus beaucoup maintenant que le moment critique est passé à Verdun. Les premiers jours de l’attaque ont été terriblement angoissants lorsque les Allemands eurent submergé nos premières lignes malgré l’héroïsme des chasseurs à pied du colonel Driant au bois des Caures. Les deux bataillons de chasseurs tiennent tête pendant deux jours à un ennemi 10 fois supérieur en nombre sous un bombardement formidable. Obligés de se replier ils luttent encore pas à pas et dans ces derniers combats le vaillant colonel Driant est tué à la tête de ses troupes. Ayant déjeuné aux Islettes avec Lemasson et Teinturier j’assiste à l’église à l’enterrement d’un lieutenant du 131e tué la veille à l’ouvrage 16 K. À 17 h 45 je suis de retour au Claon. Le village n’a pas été bombardé aujourd’hui mais juste au moment où j’arrive les Boches tirent sur la maison isolée à mi chemin de la position de batterie. Vers 18 heures je monte à la position de batterie et juste à ce moment, une pièce à longue portée dont les coups de départ résonnent comme une cloche commence à tirer de la droite. Les obus passent au dessus de nous en sifflant et semblent tomber du côté des Islettes. Les coups se succèdent ensuite de deux minutes en deux minutes jusqu’à 19 h 15. Vers 19 heures on nous signale un Zeppelin que nos projecteurs cherchent d’ailleurs sans le moindre succès.

Tome II · AD084_0112(2)Page manuscrite 500
2 mars 1916

Photographie 383 — Le commandant Driant

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0112(2).jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 383] Le commandant Driant

Tome II · AD084_0112(2)Page manuscrite 500
3 mars 1916

3 mars 1916 — tirs sur les abris Bismarck, fragment p.500

Source : manuscrit

3 mars. — Tous ces jours ci la situation dans le secteur est assez agitée et nous tirons chaque jour 20 à 30 coups. Cette nuit en particulier on nous fait envoyer 15 coups entre minuit

Tome II · AD084_0112(2)Page manuscrite 500
3 mars 1916

Photographie 384 — Les abris Bismarck

Source : manuscrit

[Photographie 384] Les abris Bismarck

Tome II · AD084_0112(2)Page manuscrite 500
3 mars 1916

Carte 25 — La Fille Morte et la Petite Courte Chausse

Source : manuscrit
Cliquez ou touchez la carte pour l’agrandir.

Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte 25

[Relevé des principales mentions visibles] Taille la Ramée Taille Fagny Meurissons Tr. du Rhin Tr. de Wagram La Petite Courte Chaus[se — bord du document] Cote 285 La Fille Morte Pierre Croisée Front allemand avant le 13 juillet 1915 Front français Front avant le 25 septembre 1915

Tome II · AD084_0113(2)
3 mars 1916

Photographies 385–389 — Le bombardement des Islettes

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0114(2).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Planche de cinq photographies, numérotées 385 à 389.]

[Légende commune aux photographies 385, 386, 387, 388, 389] Le bombardement des Islettes

Tome II · AD084_0114(2)
3 mars 1916

3 mars 1916 — bombardement des Islettes, continuation p.503

Source : manuscrit

et une heure sur les abris Bismarck où l’on signale une relève. Dans l’après midi alors que je suis aux Islettes les Allemands tirent sur le village avec leur pièce à longue portée. Ce tir comme celui de la veille ne cause d’ailleurs aucun dégât.

Tome II · AD084_0115(2)Page manuscrite 503
4 mars 1916

4 mars 1916 — bombardement des Islettes et installation aux Sénades, p.503

Source : manuscrit

4 mars. — Dans la nuit les Boches continuent leur tir sur les Islettes mais cette fois ils ont la bonne hausse car ils tapent en plein dans le centre du village qui se met à flamber. Dans la matinée le tir continue aussi je reçois l’ordre de déménager mon échelon et de le transporter aux Sénades. Je pars donc dans l’après midi pour les Islettes pendant que Dumay s’en va faire un réglage du côté des 3 ravins. Lorsque j’arrive aux Islettes, les Boches tirent encore sur la partie est du village, malgré cela nous pouvons déménager rapidement et nous installer aux Sénades tant mal que bien. Le cantonnement extrêmement petit est fort misérable. Il n’y a en somme dans ce hameau que la verrerie et le château du propriétaire, monsieur de Granrut qui est en même temps le maire des Islettes. Les maisons du hameau sont fort peu confortables. Heureusement mes chevaux trouvent dans les hangars de la verrerie un excellent abri. Naturellement le bombardement a jeté le plus grand trouble dans la population civile des Islettes. Au premier coup de canon tombant sur le village tous les habitants ont filé dans les bois et à leur retour les mercantis ont eu la désagréable surprise de trouver leurs boutiques entièrement pillées par les soldats. Tout ce qui a échappé au pillage a été vendu à vil prix. Une boîte de papier à lettres de 50 feuilles se vend 25 centimes, les poulets six francs la pièce, le St Émilion 15 sous la bouteille, des mouchoirs à 3 sous et des cochons moyens à 20 francs ! Le résultat est que toute la division est dans les vignes du Seigneur. Les scènes les plus comiques sont celles offertes par les séparations déchirantes des demi ménages qui se sont établis depuis 19 mois entre les poilus et les femmes du village. Ma batterie étant installée aux Sénades je rentre vers 17 h 30 à la batterie. Au moment où j’arrive la canonnade est extrêmement vive sur la Fille Morte.

Tome II · AD084_0115(2)Page manuscrite 503
6 mars 1916

6 mars 1916 — neige et attaque de Verdun, fragment p.503

Source : manuscrit

6 mars. — Le matin nous nous réveillons dans la neige. D’un certain côté j’en suis heureux car

Tome II · AD084_0115(2)Page manuscrite 503
6 mars 1916

6 mars 1916 — boyau et abris à munitions, continuation p.504

Source : manuscrit

cela va gêner les Allemands dans leur attaque sur Verdun. D’un autre côté je vais être bien gêné moi aussi dans mes travaux. Depuis plusieurs jours en effet j’ai établi un gigantesque programme de travaux dans ma position. Le premier point est d’éviter l’envahissement par l’eau en captant les eaux qui descendent des hauteurs situées derrière nous. À cet effet je commence la construction d’un boyau enveloppant toute notre position et partant du ruisseau en amont de la position. Ce boyau d’une longueur de plus de 400 mètres a par endroits 2 m 50 de profondeur. Ce sera l’artère principale de notre batterie et il servira en même temps pour l’écoulement des eaux et pour la circulation. La partie basse du boyau est entièrement creusée dans l’argile et nous éprouvons pour son exécution des difficultés très grandes. Il est impossible en effet de creuser plus de 1 mètre à la fois dans cette argile fluente et nous devons l’étayer au fur et à mesure de l’avancement du travail. Nous y arrivons au moyen de cadres faits de troncs de sapins fendus en deux, l’intervalle entre ces cadres étant rempli par des petits rondins de 3 à 4 centimètres de diamètre. Cette partie du boyau ayant une centaine de mètres de longueur ce sont des milliers de petits rondins que nous devons couper. Heureusement le vallon de Perrupt en amont du point où nous sommes est extrêmement garni de taillis. Parallèlement à la construction de ce boyau j’entreprends la construction d’abris à munitions desservis par ce même boyau. Ces abris qui seront au nombre de 4 et constitueront la réserve générale de munitions de la batterie sont construits chacun par six grandes tôles cintrées ondulées recouvertes d’une double couche de rondins de 30 à 40 cm de diamètre et d’un fort remblai de terre. Chacun de ces abris doit pouvoir contenir 300 obus et autant de douilles. La difficulté pour la construction de ces abris est que la fouille, d’un volume de plus de 30 m³ doit être exécutée dans une journée. Nous creusons en effet dans une argile foisonnant énormément et dans laquelle la verticalité des parois ne se maintient pas longtemps. Mes hommes s’intéressent énormément à ces travaux et piochent de bon cœur. C’est d’ailleurs un excellent

Tome II · AD084_0116(2)Page manuscrite 504
6 mars 1916

Photographies 390–391 — La tranchée Albert Thomas

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0117(2).jpg : 2 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Planche de deux photographies, numérotées 390 et 391.]

[Légende commune aux photographies 390, 391] La tranchée Albert Thomas

Tome II · AD084_0117(2)
6 mars 1916

6 mars 1916 — tir sur 12 M et explosion d’une tranchée, continuation p.507

Source : manuscrit

dérivatif à leur oisiveté relative de ces jours derniers. Dans la journée cependant nous tirons une trentaine de coups sur 12 M réglés par Dumay pendant que le génie fait sauter une tranchée allemande au golfe est. Les Allemands réagissent assez violemment. L’opération réussit d’ailleurs normalement et nous faisons même un prisonnier.

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
6 mars 1916

Photographie aérienne 392 — Les ouvrages 12 M

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0119(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 392] Les ouvrages 12 M

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
7 mars 1916

7 mars 1916 — extension de l’attaque sur Verdun et départ de la batterie Achard

Source : manuscrit

7 mars. — L’attaque allemande continue sur Verdun et s’étend maintenant à la rive gauche de la Meuse. Forges est maintenant entre les mains des Allemands. La batterie Achard qui était devant nous quitte le secteur. Notre stock de munitions continue à s’augmenter et aujourd’hui je reçois 450 obus.

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
8 mars 1916

8 mars 1916 — progression allemande à Fresnes-en-Woëvre et avion abattu près d’Avocourt

Source : manuscrit

8 mars. — Les Allemands continuent leurs succès sur Verdun et s’emparent de Fresnes en Woëvre. Notre artillerie a par contre abattu un avion boche au dessus d’Avocourt.

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
9 mars 1916

9 mars 1916 — intensité de la canonnade et consommation comparée des munitions

Source : manuscrit

9 mars. — Les Allemands continuent sans doute leur effort sur la rive gauche de la Meuse car toute la nuit et toute la journée la canonnade retentit à droite avec une intensité très grande. Depuis quelques jours d’ailleurs nous sortons de notre silence : les batteries de 75 du secteur tirent chacune 1200 à 1300 coups par jour, l’artillerie de tranchée est également fort active. Mes pièces de 95 tirent environ 200 coups chaque jour. Quant au 155 court dont les munitions sont beaucoup plus chères, chaque batterie doit se contenter de 15 à 20 coups par jour mais cela suffit à montrer aux Allemands que nous n’avons pas dégarni cette partie de notre front.

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
10 mars 1916

10 mars 1916 — bombardement du Claon et inquiétude du commandement, fragment p.507

Source : manuscrit

10 mars. — La neige continue à tomber et les Boches continuent à être hargneux. Le Claon reçoit encore aujourd’hui quelques obus de 77 dont un tombe dans notre écurie. Nos chevaux n’échappent que par miracle. L’extension de l’attaque allemande sur la rive gauche de la Meuse remplit d’inquiétude le commandement du 5e C.A. Dans la journée

Tome II · AD084_0119(2)Page manuscrite 507
10 mars 1916

10 mars 1916 — note du colonel Lepidi et rapport de Pierre, continuation p.508

Source : manuscrit

m’arrive une note fulminante du colonel Lepidi que nous avons surnommé « le Lapin blanc » et qui commande l’artillerie du C.A. Cette note, pleine d’excellents conseils et de renseignements précieux contient aussi des critiques à l’adresse des commandants de batteries qui n’ont pas poussé avec assez d’activité la mise en état de défense de leurs positions. Or pour mettre en état les positions il faut des matériaux, tôles, rondins, etc. Depuis des semaines malgré mes plus pressantes réclamations je n’ai rien reçu. La note du colonel Lepidi m’ayant fait monter la moutarde au nez je saisis ma bonne plume et rédige un rapport de 4 pages plutôt sévère et qui expose l’impossibilité dans laquelle je me trouve de faire quelque chose avec rien dans le terrain où je suis. Mon rapport se terminait d’ailleurs d’une manière impertinente par cette observation qu’avant de formuler des critiques à l’adresse des commandants de batteries, il serait préférable de leur fournir de quoi continuer les travaux qu’ils ont entrepris de leur propre initiative sans ordre du commandement.

Tome II · AD084_0120(4)Page manuscrite 508
11 mars 1916

11 mars 1916 — arrivée du matériel et de 320 obus, continuation contextuelle

Source : manuscrit

Mon petit rapport ne tarde pas à produire ses effets car le lendemain matin je reçois un important matériel, trop important même car j’en ai bien pour quinze jours à le mettre en œuvre. Je reçois aussi 320 obus pour compléter mes approvisionnements.

Tome II · AD084_0120(4)Page manuscrite 508
12 mars 1916

12 mars 1916 — réception de 150 obus et installation dans la cagna de la batterie Achard

Source : manuscrit

12 mars. — Encore 150 obus aujourd’hui. Décidément les Boches peuvent venir, ils seront bien reçus. Quant à moi, comme le séjour au Claon devient tout à fait malsain je me décide à transporter mes pénates dans la cagna laissée libre au dessus de la position par le départ de la batterie Achard.

Tome II · AD084_0120(4)Page manuscrite 508
13 mars 1916

13 mars 1916 — concentration de feu et départ pour le Ravin intermédiaire, fragment p.508

Source : manuscrit

13 mars. — Pour donner une idée aux Boches des moyens dont nous disposons en ce moment dans le secteur une concentration de feu est décidée pour aujourd’hui dans la région du Ravin intermédiaire à laquelle doit participer les batteries de mon groupement plus l’artillerie de campagne et les crapouillots. On me confie le réglage des batteries du secteur. Je pars donc à 11 h 45 avec Dumay et Lacheret après être allé au P.C.A. chercher des ordres. Comme nous partons de la position de batterie un obus de 105 tiré contre un avion tombe à une dizaine de mètres derrière nous et à moins de 1 m d’une pile d’obus

Tome II · AD084_0120(4)Page manuscrite 508
13 mars 1916

13 mars 1916 — réglages et bombardement au Ravin intermédiaire, continuation p.509

Source : manuscrit

Arrivés sans encombre dans la tranchée de première ligne qui borde le flanc sud du Ravin Intermédiaire, nous avons devant nous toutes les lignes allemandes du versant nord sur lesquelles doit être exécuté notre tir. À gauche notre tranchée de première ligne après être descendue dans le fond du Ravin remonte sur l’extrémité du plateau qui nous fait face. Je commence par régler le 95 du Claon ce qui a lieu sans incident sauf un coup assez court. Je passe ensuite à la batterie Froidevaux dont le réglage sur la partie droite de la zone à battre s’effectue normalement. Il n’en est malheureusement pas de même pour le réglage sur la partie gauche. Le premier coup tombe en effet à l’intérieur de nos lignes. Je fais porter immédiatement le tir à 100 mètres à droite et le coup tiré avec ces éléments tombe à 30 mètres devant un petit poste français. Je fais donc porter le tir encore à 50 mètres à droite mais à ma grande surprise ce coup tombe encore plus à gauche que le premier sur le boyau menant au petit poste. N’y comprenant absolument rien, je fais porter résolument le tir à droite de 150 mètres et j’achève mon réglage sans encombre. Les Allemands agacés sans doute par mon réglage commencent à réagir en nous envoyant pas mal de 77 et de 105. Un caporal du 72e qui passe près de moi n’a pas fait cinquante mètres dans le boyau qu’il se fait tuer. Je règle ensuite sans encombre la batterie de 95 de la Fontaine Ferdinand puis le tir d’efficacité commence. Pour l’observer, nous montons Dumay, Lacheret et moi sur la banquette de tir et regardons par dessus le parapet. Les tranchées allemandes étant à 300 mètres, nous ne risquons rien. D’ailleurs sous cette avalanche de mitraille, les boches doivent être en ce moment au fond de leurs sapes. Il y a aussi sur le parapet le lieutenant René des crapouillots, frère d’un de mes anciens camarades au régiment et plusieurs officiers d’infanterie. Nous contemplons donc le tir d’efficacité qui se déroule normalement lorsque tout à coup j’entends un ronflement d’obus plus puissant que les autres. Je n’ai pas le temps de m’aplatir sur le parapet que l’obus, un allongé de 155 tombe à quelques mètres du parapet, nous couvrant de terre. Par bonheur personne n’est blessé mais c’est un miracle. Si l’obus avait été plus court de 5 ou 6 mètres aucun de nous n’en réchappait ! Comme d’autres obus du même genre peuvent

Tome II · AD084_0121(4)Page manuscrite 509
13 mars 1916

13 mars 1916 — fin du tir et retour par le Chalet, continuation p.510

Source : manuscrit

retomber nous jugeons bon, mes camarades et moi de nous abriter dans une sape. Enfin à 16 h 30 le tir d’efficacité terminé nous prenons le chemin du retour, passablement fatigués bien que la journée n’ait pas été trop longue. Comme nous arrivons au Chalet un de nos avions attaqué au dessus de nous par deux boches est atteint et abandonne le combat. Sur la route je rencontre heureusement le lieutenant Bouché de l’aviation de l’armée qui nous ramène en auto à la batterie.

Tome II · AD084_0122(4)Page manuscrite 510
14 mars 1916

14 mars 1916 — pendaison de crémaillère, nouvel abri et commandement nominal de Bizot

Source : manuscrit

14 mars. — Aujourd’hui à déjeuner nous fêtons la pendaison de crémaillère dans notre nouvel abri avec l’abbé Gailhouste et Lemasson. Cet abri mesure environ 2 m 50 de largeur, 10 mètres de longueur et 2 m 50 de hauteur. À chaque bout, deux lits superposés. Au milieu une vaste baie encadrée de deux portes. Comme la cagna est construite à flanc de coteau nous avons, en avant une fort belle terrasse à laquelle on accède par un escalier monumental. J’apprends en même temps que le capitaine Bizot ancien commandant de la première colonne légère du groupe et détaché à l’état major de l’armée prend le commandement de la batterie. Bien que le capitaine Bizot soit un charmant camarade cette nouvelle m’ennuie un peu mais heureusement j’apprends par une lettre de lui reçue le soir que cette prise de commandement est purement fictive attendu qu’il conserve ses fonctions actuelles et par conséquent, moi les miennes.

Tome II · AD084_0122(4)Page manuscrite 510
16 mars 1916

16 mars 1916 — reconnaissance vers le centre 6, fragment p.510

Source : manuscrit

16 mars. — Je dois faire aujourd’hui une reconnaissance dans le secteur de gauche occupé par le 72e d’infanterie au sujet d’un tir demandé par le commandant de ce secteur. Je pars donc à 12 h 45 avec Dumay et Lacheret pour le centre 6. Comme nous descendons vers la Chalade, les Boches tirent sur le village ; nous passons cependant sans encombre. Comme nous arrivons aux Sapins les Boches tirent encore derrière nous et sur la Chalade. Au poste du Chalet nous trouvons le commandant du 72e une vieille baderne sortant de la gendarmerie. C’est lui qui a demandé le tir : il nous conduit donc en première ligne en passant par le poste de commandement de l’Isba. Vers ce point alors que nous sommes en terrain découvert les Boches nous saluent d’une dizaine de minen dont les éclats passent en sif-

Tome II · AD084_0122(4)Page manuscrite 510

Devant l’ex P.C. Achard et le Ravin intermédiaire

Tome 2 · AD084_0123(4).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

16 mars 1916

16 mars 1916 — ouvrage F.3, rapport défavorable et ordre du jour de Verdun, continuation p.513

Source : manuscrit

flant autour de nous. Je constate que la vieille baderne n’a pas peur. Des premières lignes nous examinons l’objectif probable qui est l’ouvrage F.3 sur lequel nous avons déjà tiré ces jours ci. « Voyez cette tranchée qui est en bas, me dit le commandant, les Boches y travaillent activement et je voudrais que vous tiriez dessus pour les obliger à remonter dans la tranchée qui est en haut. Quand ils seront dans la tranchée qui est en haut vous reporterez votre tir sur ce point. » Je pense que cette tactique savante a pour but de faire redescendre les Boches dans la tranchée du bas d’où un nouveau tir pourrait les rechasser dans la tranchée du haut et ainsi de suite jusqu’à ce que, épuisés par ces galopades, ils ne se rendent à merci, à moins qu’ils ne préfèrent mourir d’une maladie de cœur. Ce fantassin est vraiment d’une naïveté sans borne. Je ne veux pas lui faire de peine et le laisse dire mais le rapport que je fais à mon retour est nettement défavorable : ma conclusion est que le tir demandé est parfaitement inutile. Le soir nous recevons du général commandant en chef l’ordre du jour suivant : « Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis 3 semaines vous subissez le plus formidable assaut que l’ennemi ait encore tenté contre nous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous. Mais ce jour, malgré un bombardement sans précédent vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez la leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République. Le pays a les yeux fixés sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : ils ont barré aux Allemands la route de Verdun. » De ces éloges les troupes de notre secteur et nous en particulier ne méritent qu’une faible part puisque nous n’avons pas été attaqués mais seulement inquiétés. Il n’est pas douteux cependant que si l’attaque allemande avait réussi elle

Tome II · AD084_0125(4)Page manuscrite 513
16 mars 1916

16 mars 1916 — situation de Verdun et changements de commandement, continuation p.514

Source : manuscrit

se serait étendue jusqu’à nous. Il n’est pas douteux non plus qu’en cette occurrence le 5e C.A. aurait fait son devoir comme les autres. Suivant la parole du général en chef la bataille pour Verdun n’est pas terminée mais cependant le danger est passé. Un seul fort, Douaumont est entre les mains des Allemands, mais nous n’en sommes pas loin. La Woëvre a été abandonnée mais nous tenons toujours le fort de Vaux. Il faut convenir que dans les derniers jours de février la situation a été plutôt critique. L’évacuation de la rive droite de la Meuse était prévue et l’ordre en avait été donné par le général de Langle de Cary commandant le G.A.C. au général Herr commandant l’armée de Verdun. Heureusement l’exécution de cet ordre fut suspendue par le général de Castelnau. Le général Herr et le général de Langle de Cary furent relevés de leur commandement. Le premier fut remplacé par le général Pétain, le second par le général de Castelnau.

Tome II · AD084_0126(4)Page manuscrite 514
17 mars 1916

17 mars 1916 — bombardement par fusants et chevaux blessés à la batterie de Pazzis

Source : manuscrit

17 mars. — Vers 7 heures du matin les Boches commencent à tirer vers la source située le long du chemin des Romains puis de 10 heures à 11 heures ils nous envoient une vingtaine de 150 fusants qui éclatent au dessus de nous avec un bruit terrible. Ces obus étant très dangereux je fais abriter tout le monde. Dans l’après midi le tir reprend et dure jusqu’à 18 heures. 200 coups sont ainsi tirés dans notre voisinage sans produire de dégâts. À la batterie de Pazzis en face de nous deux chevaux sont blessés.

Tome II · AD084_0126(4)Page manuscrite 514
18 mars 1916

18 mars 1916 — tirs allemands et accident à la 10e batterie du 45e

Source : manuscrit

18 mars. — Les Allemands, toujours hargneux tirent encore beaucoup de notre côté sans nous faire d’ailleurs aucun mal. Dans la matinée un grave accident arrive à la 10e batterie du 45e en position derrière nous. Une pièce saute, tuant 2 hommes et en blessant un.

Tome II · AD084_0126(4)Page manuscrite 514
19 mars 1916

19 mars 1916 — départ de la batterie de Pazzis et accident de pièce

Source : manuscrit

19 mars. — La batterie de Pazzis du 107e R.A.L. en batterie devant nous et toujours sous les ordres du capitaine Cavillon nous quitte pour une destination inconnue. Avant de nous quitter elle reçoit l’ordre d’exécuter un tir de 200 coups. Ce tir est presque terminé lorsqu’un grave accident arrive à l’une des pièces : un obus allongé éclate à la bouche de la pièce, causant d’énormes dégâts : un homme est tué et 2 autres grièvement blessés.

Tome II · AD084_0126(4)Page manuscrite 514
19 mars 1916

Photographies 398–402 — Vie dans la cagna et chemin des Romains

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0127(4).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Planche de cinq photographies, numérotées 398 à 402.]

[Photographie 398] Viguié et Beaumelle dans la cagna

[Photographie 399] Le chemin des Romains ancienne voie romaine de Metz à Châlons

[Photographie 400] La lecture du communiqué Cne Desaulle, abbé Gailhouste, Dumay, Lemasson

[Légende commune aux photographies 401, 402] Devant la cagna Dumay, Gadet, Viguié et Lemasson

Tome II · AD084_0127(4)
20 mars 1916

20 mars 1916 — munitions, O’Neill et batterie Tissier

Source : manuscrit

20 mars. — La batterie de Pazzis est remplacée par une batterie de 155 C. mle 1912 venant de Verdun et à l’occasion de ce remplacement je reçois l’ordre de ramener à ma position toutes les munitions laissées par la batterie de Pazzis. Cet ordre se justifie pour les charges puisque le 155 C. Rimailho emploie des douilles et le 155 C. 1912 des gargousses mais pour les obus l’ordre est stupide puisque les 2 canons emploient les mêmes munitions. Je fais part de cela au colonel Rollet qui me prie de m’entendre avec le colonel O’Neill de l’A.D. de gauche et possesseur des munitions. Le capitaine adjoint et le colonel lui même paraissent tomber des nues lorsque je leur explique pourquoi il est inutile d’effectuer le déménagement des munitions qu’on veut m’imposer. Ils ignorent l’un et l’autre que tous les canons de 155 emploient les mêmes projectiles. J’arrive cependant à les convaincre mais ce n’est pas sans peine. J’en suis d’autant plus heureux que l’accès de la position de Pazzis est presque impossible et qu’il fait un temps épouvantable. Mais le plus heureux en la circonstance est le lieutenant Tissier commandant la batterie de 155 C. mle 1912. Le pauvre garçon qui ne possède que des tracteurs aurait été obligé de grimper ses munitions depuis la route à dos d’homme ! Apprenant ce que je viens de faire pour lui, il vient me remercier avec effusion. Naturellement je prends à ma position les 250 obus apportés par la batterie Tissier.

Tome II · AD084_0129(4)Page manuscrite 517
22 mars 1916

22 mars 1916 — 525 obus et commandement de l’A.L. du secteur

Source : manuscrit

22 mars. — Aujourd’hui arrivage de 525 obus ce qui porte notre approvisionnement à près de 3000 coups ou 150 tonnes. Les boches peuvent venir ! Depuis le départ du capitaine Cavillon je commande à nouveau l’A.L. du secteur et me voilà redevenu le « fac totum » de ma division et même celui de la division voisine.

Tome II · AD084_0129(4)Page manuscrite 517
25 mars 1916

25 mars 1916 — batterie d’Ainval, Rouyer blessé et départ de Gadet

Source : manuscrit

25 mars. — Les attaques sur Verdun ne sont pas terminées, loin de là. La batterie d’Ainval en position dans la forêt de Hesse a été assez malmenée ces jours ci : 3 canons sont démolis et le lieutenant Rouyer blessé assez gravement à la tête. Gadet part pour le remplacer : je reste donc seul avec Dumay et Lemasson. Au lever du jour le 72e effectue un coup de main

Tome II · AD084_0129(4)Page manuscrite 517
25 mars 1916

25 mars 1916 — coups de main à F.3, Vauquois et Bolante

Source : manuscrit

sur les tranchées allemandes de F.3, coup de main parfaitement réussi qui permet de tuer 10 boches et d’en ramener 5. Une autre attaque du même genre sur Vauquois permet de ramener 30 prisonniers. Une 3e tentative sur le plateau de Bolante est éventée et ne donne aucun résultat. Ces coups de sonde sont destinés à tâter les intentions des Boches.

Tome II · AD084_0130(4)Page manuscrite 518
28 mars 1916

28 mars 1916 — intempéries, travaux et tirs sur Eckmuhl et Durer

Source : manuscrit

28 mars. — Depuis 3 jours le temps est absolument horrible et mes travaux deviennent tout à fait impossibles car tout est détrempé : autant sculpter dans du fromage à la crème que de piocher dans cette argile mouvante. Ce qui me console c’est que les travaux déjà entrepris se comportent assez bien sous cette avalanche. Hier nous avons fait un petit tir sur la tranchée d’Eckmuhl, aujourd’hui c’est au tour de l’ouvrage Durer de recevoir sa ration. Notre artillerie est toujours fort active.

Tome II · AD084_0130(4)Page manuscrite 518
30 mars 1916

30 mars 1916 — tir sur Durer, riposte allemande et départ de Dumay

Source : manuscrit

30 mars. — Aujourd’hui nouvelle ration pour l’ouvrage Durer, dont les Boches nous remercient en nous envoyant quelques obus en plein dans la position. 2 coups sont particulièrement bien placés : un sur notre poste téléphonique et un sur un abri à munitions. Heureusement que les obus sont mauvais et que nos abris sont bons. Le matin Dumay s’en va aux tranchées pour nous régler dans le Faux Ravin.

Tome II · AD084_0130(4)Page manuscrite 518
30 mars 1916

Photographie 403 — Entonnoirs de mines de l’ouvrage Durer

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0130(4).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

Cliquez ou touchez une photographie pour l’agrandir avec sa légende manuscrite, en sépia, sans retouche.

[Photographie 403] Entonnoirs de mines de l’ouvr. Durer

Tome II · AD084_0130(4)Page manuscrite 518
31 mars 1916

31 mars 1916 — tirs sur les Islettes et incendies du train et de Florent

Source : manuscrit

31 mars. — Les Boches sont de plus en plus agités. Ils continuent à tirer sur les Islettes et le matin mettent le feu à un train de munitions arrêté en gare. Nous entendons distinctement de la position les éclatements des wagons. Le soir c’est le tour de Florent dont un quartier prend feu.

Tome II · AD084_0130(4)Page manuscrite 518

↑ Revenir au choix des mois

Document

100 %