Arrivés sans encombre dans la tranchée de première ligne qui borde le flanc sud du Ravin Intermédiaire, nous avons devant nous toutes les lignes allemandes du versant nord sur lesquelles doit être exécuté notre tir. À gauche notre tranchée de première ligne après être descendue dans le fond du Ravin remonte sur l’extrémité du plateau qui nous fait face. Je commence par régler le 95 du Claon ce qui a lieu sans incident sauf un coup assez court. Je passe ensuite à la batterie Froidevaux dont le réglage sur la partie droite de la zone à battre s’effectue normalement. Il n’en est malheureusement pas de même pour le réglage sur la partie gauche. Le premier coup tombe en effet à l’intérieur de nos lignes. Je fais porter immédiatement le tir à 100 mètres à droite et le coup tiré avec ces éléments tombe à 30 mètres devant un petit poste français. Je fais donc porter le tir encore à 50 mètres à droite mais à ma grande surprise ce coup tombe encore plus à gauche que le premier sur le boyau menant au petit poste. N’y comprenant absolument rien, je fais porter résolument le tir à droite de 150 mètres et j’achève mon réglage sans encombre. Les Allemands agacés sans doute par mon réglage commencent à réagir en nous envoyant pas mal de 77 et de 105. Un caporal du 72e qui passe près de moi n’a pas fait cinquante mètres dans le boyau qu’il se fait tuer. Je règle ensuite sans encombre la batterie de 95 de la Fontaine Ferdinand puis le tir d’efficacité commence. Pour l’observer, nous montons Dumay, Lacheret et moi sur la banquette de tir et regardons par dessus le parapet. Les tranchées allemandes étant à 300 mètres, nous ne risquons rien. D’ailleurs sous cette avalanche de mitraille, les boches doivent être en ce moment au fond de leurs sapes. Il y a aussi sur le parapet le lieutenant René des crapouillots, frère d’un de mes anciens camarades au régiment et plusieurs officiers d’infanterie.
Nous contemplons donc le tir d’efficacité qui se déroule normalement lorsque tout à coup j’entends un ronflement d’obus plus puissant que les autres. Je n’ai pas le temps de m’aplatir sur le parapet que l’obus, un allongé de 155 tombe à quelques mètres du parapet, nous couvrant de terre. Par bonheur personne n’est blessé mais c’est un miracle. Si l’obus avait été plus court de 5 ou 6 mètres aucun de nous n’en réchappait ! Comme d’autres obus du même genre peuvent