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MÉMOIRES · 1916

Octobre 1916

81 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.

1 octobre 1916

Carte — Ouvrages du secteur N.E de Verdun, front au 1er octobre 1916

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

OUVRAGES DU SECTEUR N.E DE VERDUN

Légende Abri Batterie Retranchement Dépôt le rond indique l’existence de Locaux bétonnés Échelle 1/20.000

[Date du front représenté] Front au 1er Octobre 1916

[Ouvrages nommés] Fort de Douaumont ; Ouvr. de Bezonvaux ; Ouvr. 546 ; Ouvrages de Josemont ; Ouvr. du Muguet ; Ouvr. de Lorient ; Ouvr. d’Hardaumont ; Ouvr. de Thiaumont ; Fort de Vaux.

[Indexation des abris, batteries, retranchements et dépôts lisibles] Bie et Tlle 3212 Ret S ; Batie G ; Batie F ; Abri 2408 ; Dépôt 3109 ; Batie 2808 ; Ret 3309 ; Abri 3209 ; Batie L ; Batie 3908 Abri Adalbert ; Dépôt 2405 ; Ret O ; Batie E ; Ret K ; Batie D ; Abri Wagner ; Abris 320 ; Abri 3603 Bie de la Fausse Côte Ret 4398 ; Ret 4497 ; Abri 4296 ; Abri 4595 ; Ret 5493 Batie 4090 ; Batie 4691 ; Ret 4990 ; Batie 5090 ; Ret 5190 ; Ret 5187 ; Ret 5588 Pet Dépôt 4686 ; Batie de Damloup ; Ret 5686 ; Ret 5886 ; 5385 Abri de Combat

[Quadrillage supérieur : 32, 33, 34, 35, 36. Les abréviations sont transcrites sans développement ; les symboles restent visibles dans l’original.]

Document n°9

Tome II · AD084_0208(2)
1 octobre 1916

Document n°10 — Ouvrages du secteur N.-E. de Verdun au 1er octobre 1916

Source : manuscrit

Document n°10

Ouvrages du Secteur N.-E. de Verdun 1er OCTOBRE 1916.

[Transcription du tableau. Les points de conduite sont omis ; cellules laissées vides conservées vides. « id. » et « — » reproduisent les signes imprimés, sans développement. Les colonnes sont présentées dans leur ordre original.]

NOMS | NOMS sur le Plan Directeur — POSITIONS | ABRIS | GARNISON POSSIBLE | ARMEMENT POSSIBLE | OBSERVATIONS sur l’état actuel des Abris OUVRAGES Ouvrage Thiaumont | | 1m45 de béton | Une Compagnie | 1 Casᵗᵉ de Bourges | Occupés Fort Douaumont | | 1m50 à 2m50 de béton | 1.000 hommes | 2 tourelles à mitr. ; 1 tourelle 75. ; 1 tourelle 155. ; 1 casᵗᵉ de Bourges | — Fort Vaux | | 2m50 de béton | Une Compagnie | 2 casᵗᵉˢ de Bourges | — Ouvrage Hardaumont | | Maçonnerie et béton | 1/2 Compagnie | Mitrailleuse | — Ouvrage Josémont et deux avancées | Ouvrage de Lorient ; Muguet et 546. | Terre | Une Compagnie | id. | Réorganisés Ouvrage Bezonvaux | | Maçonnerie et terre | 1/2 Compagnie | id. | Occupés ABRIS T. D. 1 | Abri Wagner (1602). | 1m60 béton armé | 1/2 Compagnie | Mitrailleuse | — T. D. 2 | Abri Adalbert (2206). | id. | id. | id. | — T. D. 3 | Abri 2408 | id. | id. | id. | — D. V. 1 | Abri 3209 | id. | id. | id. | — D. V. 2 | Abri 3603 | id. | id. | id. | — D. V. 3 | Abri 4296 | id. | id. | id. | — D. V. 4 | Abri 4595 | id. | id. | id. | — V. L. L. 1 (abri de combat). | Abri de combat (5385) | 1m60 béton armé | Une Compagnie | Armes portatives | — ABRI CAVERNE | Abri 320 (1999) | Marne et terre 7m50 | 2 Compagnies | Mitrailleuses, etc. | — BATTERIES Batteries | D (1703) — E (2005) ; F (2307) — G (2509) | Niches à munitions en maçonnerie | | | Sans valeur ; détruits Carrière S. de Douaumont | 2808 Carrières de Douaumont | Abri sous 15 à 18m de terre | 1/2 Compagnie | | Occupés Tourelle E. de Douaumont | 3212 | Tourelle béton armé de 2m30 | 50 hommes | Mitrailleuse tirant sur Vaux | — 4/1 | 3707 Batterie L | Béton armé 1m25 | 1/2 Cie et P. C. | | Occupés 4/2 | 3908 | id. | 1/2 Compagnie | | — de la Fausse Côte | de la Fausse Côte (3400) | Abri terre | | | Sans valeur ; détruits | 5090 | Abri cavernes converts à l’entrée avec béton armé de 1 mètre. | id. | | Utilisés 5/4 | 4691 | Abri béton armé de 1m60 | id. | | — 5/3 | 4090 | Couverture en béton armé de 1m20 | id. | | — de Damloup | de Damloup (5488). | Abris en Maçonnerie, 2m30 de terre | Une Section | | Réorganisés DÉPÔTS F | 2405 | Abris sous rocs et 8 mètres de terre | 1/2 Compagnie | | Utilisés G | 3109 | id. | id. | | — H | Petit Dépôt 4686 | id. | id. | | — Retranchements | O (1705) | Niches en béton 0m20 | | Tir sur le Ravin de la Dame | Sans valeur ; détruits ou complètement bouleversés | K (1404) | Niches en Maçonnerie | | | — | S (2108) | id. | | | — | Fausse Côte (3309). | Tranchées en terre | | | — | 4398 | Tranchées bétonnées ; niches | | Tir sur le Village de Vaux | — | 5493 - 5190 - 5588 ; 5686 - 5886 - 5187 ; 4497 | En terre | | | — | 4990 | Banquettes | | | — | Divers | En terre | | | —

Extrait de la « Notice sur les Ouvrages du Secteur N.-E. de Verdun ». GROUPE DES CANEVAS DE TIR

Tome II · AD084_0217(2)
2 octobre 1916

2 octobre 1916 — déménagement de la batterie

Source : manuscrit

2 octobre. — À 16 heures enfin nous recevons l’ordre de déménager la batterie. Je suis justement allé hier avec Lemasson dire bonjour à Dumay et prendre avec lui les dispositions pour le déménagement. À 18 heures les chevaux partent par une pluie horrible ce qui ne facilite pas l’opération.

Tome II · AD084_0211(2)Page manuscrite 599
3 octobre 1916

3 octobre 1916 — arrivée des voitures et préparatifs de départ

Source : manuscrit

3 octobre. — Les premières voitures arrivent à 5 h 30. Quant à Lemasson et à Dumay ils n’arrivent avec le reste des voitures qu’à huit heures, complètement mouillés et éreintés. Par suite du mauvais état du terrain le désarmement de la position a été fort pénible. Beltramelli que je rencontre dans le camp m’apprend que la 12e a eu 3 blessés hier au soir et que la 11e a eu un caisson tamponné par un train au passage à niveau de Parois. Décidément, cela commence fort mal. Le départ est fixé pour le lendemain.

Tome II · AD084_0211(2)Page manuscrite 599
4 octobre 1916

4 octobre 1916 — marche vers Verdun

Source : manuscrit

4 octobre. — Levé à la pointe du jour je m’assure avec Lemasson que tout est en ordre pour le départ. J’ai recommandé aux gradés de veiller avec soin à la tenue de leurs hommes et à l’arrimage des paquetages ainsi qu’à la propreté des chevaux pour que nous puissions faire dans le secteur de Verdun une entrée sinon sensationnelle tout au moins honorable. De plus, le commandant Annibert étant déjà parti à Verdun le groupe sera commandé pendant la route par le capitaine d’Ainval. Connaissant la haine de ce dernier pour la 10e batterie je tâche que rien ne lui donne une occasion ou plutôt un prétexte de nous adresser des paroles désagréables. À mesure qu’une voiture est prête elle va se ranger sur la route. La 12e batterie arrivant sur ces entrefaites s’arrête derrière nous lorsque d’Ainval aperçoit Lemasson et lui montrant des voitures le long de la route : « Lemasson, ces voitures

Tome II · AD084_0211(2)Page manuscrite 599
4 octobre 1916

4 octobre 1916 — continuation p.600

Source : manuscrit

sont très mal équipées ! — Mon capitaine, répond Lemasson froidement, elles sont à la 12e batterie. » Tête de d’Ainval qui tourne le dos sans répondre. L’ordre de la colonne étant 10–12–11 et le point initial étant à 100 mètres sur la route où je dois passer à 8 heures, je m’ébranle en tête de mon unité à 7 h 55. Ma jument énervée sans doute par ce remue ménage me fait une scène terrible de ruades, de cabrage et de sauts de mouton qui dure plusieurs minutes. Elle finit enfin par se calmer et le départ a lieu sans encombre dans un ordre parfait. Avant de partir nous avons pu prendre un casse croûte solide et pour le repas du soir un magnifique haricot de mouton mijote dans la cuisine roulante. C’est en somme la première fois que je vais sur la route avec mon unité qui a ma foi fort bon air. 4 canons, 4 affûts, 16 caissons, une forge, un chariot de batterie, une voiture observatoire, un fourgon, une cuisine roulante et un tombereau tout cela représente une masse imposante. Les chevaux bien reposés par ce séjour d’Argonne sont superbes. L’itinéraire qui nous a été donné contourne la forêt vers le sud par Brizeaux, Waly, et Fleury sur Aire. À peine ai-je dépassé Brizeaux que mon cycliste Lorson m’apporte un mot du capitaine d’Ainval qui me donne l’ordre de l’attendre sa batterie étant en retard. Comme il n’y a aucune raison pour moi de l’attendre je pense en moi même : « Le capitaine d’Ainval m’embête. » et je continue ma route. Ce qui me fortifie dans ma décision c’est que je suis censé ignorer que le commandant Annibert est à Verdun et que le capitaine d’Ainval commande le groupe. Entre Waly et Fleury sur Aire, comme nous traversons le Bois la Comte, je trouve que le site est convenable pour déjeuner et je prends le parti de m’arrêter. Un champ inculte, ancien emplacement de parc s’ouvre justement à droite de la route et j’y fais entrer ma batterie pour ne pas encombrer la route. À midi le capitaine d’Ainval arrive enfin et en prévision de l’algarade je me tiens sur mes gardes. À peine est-il à portée de voix qu’il me crie d’un ton plein de colère : « Comment se fait-il, Desaulle, que vous ne m’ayez pas attendu ? — Mon capitaine, lui dis-je, j’étais tête de colonne, on m’avait fixé un point initial et je n’avais pas à vous attendre. » Je m’empresse

Tome II · AD084_0212(2)Page manuscrite 600
4 octobre 1916

Photographie 495 — casse-croûte sur la route de Verdun

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0213(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Une photographie avec sa légende et sa date manuscrite]

[Photographie 495] Un casse croûte sur la route de Verdun Le 4 octobre

Tome II · AD084_0213(2)
4 octobre 1916

Photographies 496–500 — Verdun

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0214(2).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

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[Titre commun aux cinq photographies] Verdun

[Photographie 496] La porte et le pont Chaussée

[Photographie 497] La porte Chaussée

[Photographie 498] La Meuse et le fort de Belleville

[Photographie 499] Les bords de la Meuse

[Photographie 500] Les bords de la Meuse

Tome II · AD084_0214(2)
4 octobre 1916

4 octobre 1916 — continuation p.603

Source : manuscrit

d’ajouter sur un ton radouci : « D’ailleurs, mon capitaine, je n’ai pas été averti que vous preniez le commandement du groupe. » Décontenancé par cette riposte il passe immédiatement à un autre sujet de conversation. Nous repartons de suite, mais cette fois d’Ainval chevauche en tête du groupe botte à botte avec moi, silencieux, et absorbé dans ses méditations. À la sortie d’Yppécourt nous faisons halte quelques instants à proximité d’une carrière de pierre dans laquelle travaillent de nombreux prisonniers boches. Craignant que la vue de ces prisonniers ne conduise nos poilus à se livrer envers eux à des écarts regrettables, d’Ainval sort son bloc notes et rédige immédiatement un ordre à communiquer aux batteries et recommandant aux hommes le silence le plus absolu. Apercevant Lorson il l’interpelle : « Cycliste ! portez cet ordre aux batteries ! » Lorson a un haut le corps qui signifie clair comme le jour « Mon capitaine, je ne suis pas votre cycliste ! » — « Allons, lui dit d’Ainval d’un ton rogue, portez cet ordre ! » Lorson saisit le pli, me le tend en disant : « Mon capitaine, est ce que je peux porter ce papier ? » Cette petite scène nous divertit énormément. Jusqu’à Senoncourt tout marche à souhait, mais depuis ce village jusqu’au Bois du Chêne Gossin où doit être établi notre échelon, le chemin est épouvantable. La route est en pente très rude et nos chevaux éreintés par cette longue marche, s’abattent à chaque moment sur le terrain glissant. Nous sommes même obligés d’en laisser un sur la route qui ne peut se relever. Enfin à 16 h 30 alors que le jour commence déjà à tomber nous arrivons au bois qui doit nous abriter. À la hâte nous dételons les chevaux pour les conduire à l’abreuvoir au bas de la côte que nous venons de monter avec tant de peine. La nuit est maintenant complète et pour comble de malheur une petite pluie fine commence à tomber. L’installation dans le bois se fait naturellement avec une certaine confusion. Pour attacher nos chevaux nous tendons des cordes entre les arbres. Quant aux hommes et nous chacun se débrouille comme il peut, mais naturellement il faudra coucher dehors. Heureusement le haricot de mouton est là pour remonter le moral. De la cuisine roulante Baudin nous en apporte de pleines

Tome II · AD084_0215(2)Page manuscrite 603
4 octobre 1916

4 octobre 1916 — continuation p.604

Source : manuscrit

gamelles que nous savourons avec joie. Je ne me souviens pas d’avoir jamais mangé quelque chose d’aussi délectable que ce haricot de mouton. Nous ne faisons plus attention à la pluie ni au froid qui commence à nous pincer. Vers 18 heures un ordre arrive de monter à la position avec une pièce par batterie. Je me décide à monter avec une pièce de ma batterie et à 19 h 30 nous partons. Pour ne pas m’encombrer d’un cheval je fais la route sur un caisson ce qui ne me réchauffe guère. La nuit est d’une noirceur d’encre cependant jusqu’à Dugny tout va bien. Malheureusement dans ce dernier village trompés par la carte nous nous engageons dans une rue sans issue qui n’est autre que le quai de la gare aux marchandises. Quand je m’aperçois de mon erreur, presque toutes les voitures sont engagées dans le mauvais chemin si étroit qu’il est impossible de tourner. Nous sommes donc obligés de dételer nos chevaux et de faire faire demi tour à nos voitures à la force du poignet après avoir décroché les trains. Cette erreur nous permet de voir le long de la voie ferrée un énorme canon, probablement un mortier de 370. Bientôt remis sur la bonne voie nous atteignons Belleray puis les casernes Bévaux. Nous avons ensuite quelque peine à retrouver le chemin pour rejoindre le faubourg Pavé. Par bonheur, ce soir le Cabaret rouge est tranquille et nous passons sans encombre mais depuis ce point jusqu’à la position de batterie le chemin détrempé ne nous permet d’avancer qu’avec les plus grandes peines. À 11 heures enfin nous atteignons la position de batterie, mais ce n’est pas la fin de nos peines. La mise en place de notre pièce est en effet fort difficile car la pente est pleine de souches dans lesquelles se prennent les boucliers de la pièce. Nous cassons des traits, les chevaux tombent, l’affût et le porte canon manquent de culbuter. Les hommes littéralement éreintés travaillent cependant avec ardeur et coupent à coups de hache, les souches trop gênantes. Enfin après des efforts inouïs la pièce est enfin hissée sur son emplacement, mais il est 2 h 30 du matin !

Tome II · AD084_0216(2)Page manuscrite 604
5 octobre 1916

5 octobre 1916 — installation dans le secteur de Verdun

Source : manuscrit

5 octobre. — Viguié le débrouillard a heureusement trouvé à portée de notre position de batterie une cagna à peu près habitable qui vient d’être abandonnée par l’artillerie de montagne et dans laquelle nous nous

Tome II · AD084_0216(2)Page manuscrite 604
5 octobre 1916

Photographies 501–504 — batteries bouleversées et fort de Souville

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0218(2).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Les photographies 501 et 502 partagent une même légende.]

[Photographie 501] Une batterie bouleversée dans les bois des côtes de Belleville

[Photographie 502] Une batterie bouleversée dans les bois des côtes de Belleville

[Photographie 503] Entrée du fort de Souville

[Photographie 504] Le fort de Souville

Tome II · AD084_0218(2)
5 octobre 1916

5 octobre 1916 — continuation p.607

Source : manuscrit

installons pour la nuit. Auparavant nous faisons honneur à un second haricot de mouton que nous présente Gadbin le cuistot. Nous savourons tranquillement notre souper lorsque tout à coup éclate une canonnade d’une intensité inouïe : « Ne vous en faites pas, me dit Viguié, c’est le tir de peignage. » Toute la nuit en effet dans le but de harceler le Boche l’artillerie de campagne par de gigantesques coups de rateau balaie le terrain pour empêcher le Boche de se fortifier. Malgré le peu de confortable de notre installation je passe cependant une nuit acceptable et le matin, debout de bonne heure je vais surveiller mes travaux d’installation. Les 4 emplacements de pièces sont prêts et les abris assez avancés. Le soir à 18 heures je vais dîner chez le capitaine Achard qui me reçoit fort aimablement dans une cagna confortable. Il me met au courant des dispositions qu’il y a lieu de prendre pour ne pas se faire repérer car le Boche est, par ses avions d’une vigilance extrême. Il faut absolument se garder d’amener pendant le jour sur la position la moindre voiture. La batterie Forner qui a commis cette imprudence d’amener un caisson à sa position de batterie au lever du jour a été repérée par un avion et retournée complètement. Le soir à 20 heures Dumay arrive avec 2 canons que nous avons autant de mal à mettre en position que ceux d’hier. L’opération n’est terminée que très avant dans la nuit au prix des plus grandes difficultés. + +6 octobre. — Le matin à 8 heures je pars avec le commandant, de Blois, Féry et Simon pour examiner de la batterie de Souville ouest le terrain qui nous est affecté. Le chemin qui mène au fort est assez raide au milieu des bois affreusement ravagés. Les arbres sont de plus en plus déchiquetés à mesure que nous approchons de la crête. Des anciens emplacements de batteries bouleversés et jonchés de munitions, des débris de toutes sortes nous disent l’acharnement de la lutte. À la batterie ouest le bouleversement est encore plus intense mais sur le terrain qui s’étend en avant de l’observatoire et que nous dominons c’est l’anéantissement complet. De la droite à la gauche et jusqu’à l’horizon le terrain est de la même teinte uniformément brune. Rien

Tome II · AD084_0219(2)Page manuscrite 607
5 octobre 1916

5 octobre 1916 — continuation p.608

Source : manuscrit

ne vient arrêter le regard. Pas un arbre, pas un débris d’arbre, pas une ruine pas un boyau, pas une tranchée. Rien, c’est le néant dans toute son horreur. Fleury à gauche complètement rasé est invisible. Plus à gauche la ferme de Thiaumont n’est pas plus visible. Devant nous s’étend ce qui était autrefois le bois de Vaux Chapitre qui descendent vers le ravin du Bazil. À force d’attention nous finissons par découvrir la silhouette désaxée du fort de Douaumont puis quelques points noirs qui sont des abris bétonnés. À droite de Douaumont sur la crête un petit tas informe : c’est la tourelle est de Douaumont qui sera notre point de réglage. Le Bois Fumin, le Bois de Vaux Chapitre, le Bois de la Caillette qui couvraient les pentes que nous avons sous les yeux sont complètement rasés. Je voudrais bien profiter de ma présence à l’observatoire pour régler une de mes pièces en profitant de la ligne qui joint l’observatoire au groupe Cavillon. Comme nous sommes reliés à ce dernier groupe la chose me paraît facile et je téléphone de suite au P.C. du groupe commandé actuellement par le capitaine Forner, pour demander la communication avec ma batterie. Le capitaine Forner informé que je veux me servir de sa ligne bondit à l’appareil et m’explique que sa ligne est à lui, qu’il en a besoin, qu’il ne voit pas pourquoi je n’en installe pas une, qu’il ne voit pas pourquoi son observatoire nous servirait etc. etc. La moutarde commence à me monter au nez d’entendre ce débordement de sottises et je lui réponds d’un ton fort peu amène ce qui d’ailleurs ne le décide pas à me céder sa ligne : « Voyons, mon capitaine, lui dis je à la fin

Tome II · AD084_0220(2)Page manuscrite 608
5 octobre 1916

Photographies 505–506 — ferme Thiaumont et Fleury

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0220(2).jpg : 2 photographies, chacune cliquable

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[Photographie 505] Ce qui reste de la ferme Thiaumont

[Photographie 506] Ce qui reste de Fleury

Tome II · AD084_0220(2)
5 octobre 1916

Photographies 507–509 — Souville

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0221(2).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

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[Titre commun] Souville

[Photographie 507] L’ancienne entrée du fort de Souville

[Photographie 508] Aux abords du fort de Souville

[Photographie 509] La batterie ouest de Souville

Tome II · AD084_0221(2)
5 octobre 1916

Photographie 510 — fort de Douaumont en 1921

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0222(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Une photographie et sa légende datée]

[Photographie 510] Le fort de Douaumont en 1921

Tome II · AD084_0222(2)
5 octobre 1916

5 octobre 1916 — continuation p.611

Source : manuscrit

excédé, depuis le temps que nous discutons j’aurais eu le temps de régler toute ma batterie. Voulez vous me prêter votre ligne oui ou non ? » Tout en maugréant il consent à me mettre en rapport avec ma batterie et en huit coups de canon, je règle parfaitement une de mes pièces sur la tourelle de Douaumont, puis je rentre sans encombre à la position. Nous commençons à connaître sinon le but de l’opération entreprise tout au moins les dispositions envisagées. La division à laquelle nous appartenons est la vaillante 133e nommée « la gauloise » et commandée par le général Passaga. L’infanterie de la division comprend les 321e et 401e régiments d’infanterie ainsi que le 107e bataillon de chasseurs. L’artillerie lourde mise à sa disposition est sous les ordres du commandant Annibert : elle comprend en plus de notre groupe la 31e batterie du 111e RAL (Rimailho) sous le commandement du capitaine de la Bouralière, un ancien lieutenant de la batterie que j’ai connu au Mans en 1908, le groupe Weill comprenant 2 batteries de 155 court Baquet, le groupe Cathala composé de 2 batteries de 155 court Filloux, le groupe de mortiers de 220 du capitaine Girolami du 3e colonial, et 2 batteries de 155 court sur affût truck des 8e et 5e à pied en tout 44 pièces courtes dont 16 à tir rapide. Ces batteries sont chargées de la destruction d’ouvrages, d’abris, de tranchées dans la région comprise entre Douaumont et l’ouvrage de Lorient, non seulement en seconde ligne, mais en première ligne à droite et à gauche de ce qui reste de Fleury sur le front ouvrage Wilhelm et du Kronprinz et tranchée du Palatinat. J’apprends le soir que les attelages qui avaient amené les pièces hier au soir ont été surpris par des obus au Cabaret rouge. Un de mes conducteurs, Moreau est blessé, heureusement peu grièvement.

Tome II · AD084_0223(2)Page manuscrite 611
7 octobre 1916

7 octobre 1916 — travaux d’installation

Source : manuscrit

7 octobre. — Nous continuons nos travaux d’installation qui se poursuivent activement malgré le mauvais temps que nous subissons. Ce mauvais temps a cependant un avantage, c’est que les avions

Tome II · AD084_0223(2)Page manuscrite 611
7 octobre 1916

Photographie 511 — tranchée du Palatinat

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0223(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 511] Tranchée du Palatinat

Tome II · AD084_0223(2)
7 octobre 1916

7 octobre 1916 — continuation p.612

Source : manuscrit

boches nous laissent en paix.

Tome II · AD084_0224(2)Page manuscrite 612
8 octobre 1916

8 octobre 1916 — bombardement du groupe du 26e

Source : manuscrit

8 octobre. — Sur la crête à 50 mètres derrière nous s’installe un groupe du 26e de campagne. Les Allemands tirent justement suivant leur habitude sur la route d’Étain derrière nous ce qui jusqu’à présent ne gêne personne. Malheureusement le tir se raccourcit tout à coup et plusieurs obus tombent en plein dans les travailleurs du 26e dont plusieurs sont tués ou blessés. Leurs camarades se portent à leur secours et reprennent ensuite leur travail comme si de rien n’était. Les Boches tirent d’ailleurs un peu partout et comme je rentre de chez le commandant un obus de 105 me claque aux oreilles d’assez désagréable façon.

Tome II · AD084_0224(2)Page manuscrite 612
9 octobre 1916

9 octobre 1916 — réglages depuis Souville

Source : manuscrit

9 octobre. — Aujourd’hui continuation des tirs de réglage. À cet effet je pars avec Dumay, Lacheret et Goosen pour l’observatoire établi maintenant à Souville est où nous sommes complètement chez nous. Le chemin qui mène à cet observatoire est un peu plus long mais la vue est très bonne. Si la batterie ouest de Souville est bouleversée, que dire de la batterie est ? C’est ici le néant et l’horreur. Au milieu d’une terre boursoufflée comme par une éruption volcanique court un semblant de boyau plein d’une boue horrible. De ce chaos émergent les objets les plus hétéroclites : des pièces d’équipement, des crosses de fusils, une roue de canon et même un canon de 95 dont on ne voit plus que la culasse. Il y a même d’horribles débris humains et en particulier un conducteur d’artillerie sur son cheval, tombés là depuis plusieurs mois et qui sont complètement momifiés. Le lieu est vraiment tragique. Le fort de Souville à notre gauche n’est qu’une chose informe. À droite quelques voûtes encore debout représentent ce qui reste des casemates de la batterie est. La communication téléphonique étant bonne nous commençons à régler à 9 h 30 sur un objectif désigné par 836, ce qui se fait rapidement. À 10 h 30 je reçois l’ordre de régler sur les abris 320 plus à gauche. Le réglage de tir sur ce point est assez lent car les premiers coups tirés ne sont pas du tout en direction. Je suis d’autant plus ennuyé de ce retard que les Boches commencent à tirer de notre côté avec insistance. Les premiers coups tombent à notre gauche sur le fort, mais bientôt nous sommes encadrés par des 105 parfaitement en direction. Le tir terminé

Tome II · AD084_0224(2)Page manuscrite 612
9 octobre 1916

Photographies 512–516 — Souville

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0225(2).jpg : 5 photographies, chacune cliquable

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[Cinq photographies avec leurs légendes individuelles]

[Photographie 512] La batterie ouest de Souville

[Photographie 513] Un canon de 155 de la batterie est

[Photographie 514] La batterie est de Souville

[Photographie 515] Le fort de Souville à l’horizon

[Photographie 516] Cadavres de chevaux sur la route de Souville

Tome II · AD084_0225(2)
9 octobre 1916

Document n°11 — Batterie et Tourelle Est de Douaumont

Source : manuscrit
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— 19 — Batterie et Tourelle Est de Douaumont (3212) 1/500e

[Plan] Batterie ; piste ; piste ; Couloir d’entrée ; Observatoire et mitrailleuse ; béton ; piste ; piste ; abri ; abri ; Tourelle ; Emplacement préparé pour la tourelle ; piste ; N ; A ; B ; C ; D. 28m00 ; 12m00.

Coupe suivant A.B.C.D. 1/500e A ; B ; C ; D ; Sable ; Sable ; dalle en béton ; Rocaille ; béton spécial ; béton armé ; rocaille ; Emplacement de mitrailleuse en 1915. 28m00.

Document n°11

Tome II · AD084_0226(2)
9 octobre 1916

9 octobre 1916 — continuation p.615

Source : manuscrit

nous redescendons par la route par la route qui traverse le bois des Hospices dans lequel on voit de nombreux emplacements de batteries bouleversées. Il y a même sur la route des cadavres de chevaux complètement momifiés et qu’on n’a pu enlever.

Tome II · AD084_0227(2)Page manuscrite 615
10 octobre 1916

10 octobre 1916 — arrivée du groupe du 113e

Source : manuscrit

10 octobre. — La journée se passe sans incidents et nous continuons nos travaux d’installation. Un réglage par avion que nous devions exécuter dans l’après midi est interrompu par la mauvaise visibilité. Depuis aujourd’hui nous avons à notre droite dans le vallon de nouveaux voisins : c’est un groupe de 155 c. Schneider de nouvelle formation appartenant au 113e d’artillerie et qui arrive du dépôt, ce qui se voit d’ailleurs. Le commandant est sans doute un trésorier ou un capitaine d’habillement, les officiers n’ont pas plus d’expérience et les hommes sont de jeunes recrues de la classe 17. Leur manière d’opérer nous effraie et nous indigne. Les canons sont mis en batterie sans camouflage, des voitures séjournent sur la position de batterie, d’autres vont et viennent toute la journée. D’innombrables fumées s’élèvent de tous côtés. Quant aux poilus, afin d’être plus visibles ils ont tous de beaux jerseys blancs ! Nous essayons, mais en vain de faire comprendre aux commandants de batterie les dangers de cette manière de procéder. Quant aux hommes sermonnés par les vieux et par mes gradés ils comprennent immédiatement et se mettent à camoufler leurs pièces. Un officier d’une des batteries voyant cela se précipite vers ses hommes et les traite de frossards parce qu’ils cherchent à camoufler leur matériel ! Je serai heureux de voir la figure que cet officier fera sous le marmitage. Viguié absolument indigné par ces pratiques essaie de catéchiser un officier d’une des batteries, vieux sous officier blanchi sous le harnois, mais il s’attire cette savoureuse réplique : « Mon cher camarade, j’ai 24 mois de front et il ne faut pas me la faire ! D’ailleurs la contre batterie, cela n’existe pas ! » Combien d’officiers ayant cette triste mentalité ou plutôt cette ignorance crasse auront été les fossoyeurs de leurs troupes et en auront profité ! L’habitude sur le front est en effet de proportionner le plus souvent les récompenses à l’importance des pertes de l’unité et non à son rendement utile.

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10 octobre 1916

10 octobre 1916 — continuation p.616

Source : manuscrit

Le soir l’agitation dans le secteur est assez grande, les boches ayant fait une attaque du côté de Fleury.

Tome II · AD084_0228(2)Page manuscrite 616
11 octobre 1916

11 octobre 1916 — réglage par avion

Source : manuscrit

11 octobre. — Nous continuons aujourd’hui notre réglage par avion sur l’ouvrage du Kronprinz et le terminons par un tir d’efficacité de 20 coups que l’aviateur déclare excellent.

Tome II · AD084_0228(2)Page manuscrite 616
12 octobre 1916

12 octobre 1916 — bombardement et blessure de Delaunay

Source : manuscrit

12 octobre. — Les Boches tirent toujours un peu dans notre coin. Un obus tombe sur le poste de commandement du 113e d’art. établi à proximité de celui du commandant Annibert, tue un homme et en blesse 3. À la batterie un de mes conducteurs, Delaunay, est blessé légèrement au cours d’un ravitaillement de nuit. Les munitions commencent en effet à nous arriver en abondance, mais dans la journée nous n’effectuons qu’un tir de 48 coups sur la tranchée du zouave Péril au nord de la Chapelle Ste Fine.

Tome II · AD084_0228(2)Page manuscrite 616
13 octobre 1916

13 octobre 1916 — reconnaissance et tirs de barrage

Source : manuscrit

13 octobre. — Pendant que Dumay monte au fort de Souville pour contrôler notre tir au sud de Thiaumont de Blois et Lacheret partent en reconnaissance dans ce secteur. Ils rentrent à la nuit, crottés et éreintés après avoir été horriblement marmités. À un moment pris dans un boyau par un tir de 105 ils ont cru ne pas en échapper. Le soir vers 19 heures, sur une demande de l’infanterie, des tirs de barrage se déclenchent avec fureur. Notre installation est maintenant presque complètement terminée. J’ai à la position de batterie une cagna en tôle cintrée avec parquet, porte, fenêtre et 3 lits. Les meubles ne nous manquent pas non plus : les maisons de Verdun nous en fournissent à discrétion. Hier à déjeuner j’ai pu recevoir dans ma nouvelle cagna le père Bailly autrefois avec nous en Argonne et maintenant aumônier au 13e corps. Ce brave aumônier, pour fuir le général Sarrail avait demandé à partir aux Dardanelles, mais peu après son arrivée le général Sarrail prenait le commandement de l’armée d’orient.

Tome II · AD084_0228(2)Page manuscrite 616
14 octobre 1916

14 octobre 1916 — réglage sur Douaumont

Source : manuscrit

14 octobre. — Le matin le 26e d’artillerie qui est en position derrière nous écope encore et plusieurs hommes sont mis hors de combat. Pour peu que les Boches raccourcissent encore leur tir d’une cinquantaine de mètres, les obus tomberont en plein dans ma batterie. Dans l’après midi je monte avec Gardet à l’observatoire de Souville est pour régler mes 4 pièces sur la tourelle de Douaumont et sur l’abri 3207. Le tir s’effectue nor-

Tome II · AD084_0228(2)Page manuscrite 616
14 octobre 1916

14 octobre 1916 — continuation p.617

Source : manuscrit

malement mais les boches nous envoient quelques 105 absolument dans la direction de notre observatoire : 2 tombent courts d’une dizaine de mètres, 2 autres longs de la même quantité. L’endroit commence à devenir malsain et nous nous empressons de le quitter dès la fin de notre tir. En redescendant nous trouvons dans la pente du fort les corps de 4 fantassins, couchés sur le dos, revêtus de leur équipement et de leurs armes. Leur mort remonte certainement à plusieurs mois et leurs corps, réduits aux squelettes. Dans ce secteur si agité où l’on a tant à faire à s’occuper des vivants les morts ne semblent plus compter.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
15 octobre 1916

15 octobre 1916 — réglages empêchés par le mauvais temps

Source : manuscrit

15 octobre. — Dumay monte aujourd’hui au fort de Souville pour continuer les réglages mais le mauvais temps nous empêche de tirer.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
16 octobre 1916

16 octobre 1916 — réglages achevés

Source : manuscrit

16 octobre. — Aujourd’hui, nouvelle tentative, heureusement couronnée de succès, pour nos réglages. Nos objectifs sont la voie ferrée dans le ravin du Bazil et l’observatoire à l’est du boyau de Westphalie. Dans la soirée les Boches tirent sur l’observatoire de Souville est et tuent un lieutenant du 113e RAL et 3 hommes du 26e d’artillerie.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
17 octobre 1916

17 octobre 1916 — batterie atteinte près du Cabaret rouge

Source : manuscrit

17 octobre. — Les Boches continuent à se montrer très agressifs. Aujourd’hui ils mettent à mal une batterie située entre les casernes Marceau et le Cabaret rouge et font sauter un abri à munitions.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
18 octobre 1916

18 octobre 1916 — mauvais temps et bombardement

Source : manuscrit

18 octobre. — Dumay monte encore dans la journée à Souville mais le temps horrible nous empêche de tirer. Malheureusement les Boches tirent toujours dans nos parages et blessent dans notre ravin un homme de la 11e et un homme du 113e.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
19 octobre 1916

19 octobre 1916 — pendaison de crémaillère du poste de commandement

Source : manuscrit

19 octobre. — Continuation du mauvais temps qui empêche tout réglage. Le commandant m’invite à déjeuner pour pendre la crémaillère dans son nouveau P.C.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
20 octobre 1916

20 octobre 1916 — réglages au fort de Souville

Source : manuscrit

20 octobre. — Aujourd’hui enfin le temps est beau quoique très froid et nous recevons l’ordre de poursuivre avec toute l’activité désirable nos tirs de réglage. Je pars donc dès le matin avec Lacheret et Somme pour le fort de Souville. Avec beaucoup de mal j’établis la liaison téléphonique.

Tome II · AD084_0229(2)Page manuscrite 617
20 octobre 1916

Photographie 517 — talus de la voie ferrée

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0229(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 517] Le talus de la voie ferrée

Tome II · AD084_0229(2)
20 octobre 1916

20 octobre 1916 — continuation p.618

Source : manuscrit

Je règle d’abord sur les abris bétonnés 32-09 à 500 mètres au sud est de Douaumont et sur la tranchée Tisza. Mon tir est rapidement conduit mais pendant tout ce temps de nombreux avions boches sillonnent le ciel. L’un d’eux règle probablement derrière ma batterie sur la route d’Étain car de gros obus tombent de ce côté. Au moment où je m’apprête à redescendre j’aperçois derrière, vers ma position de batterie un formidable nuage de fumée blanche qui, rabattue par le vent s’étend bientôt sur plusieurs centaines de mètres et gagne le Cabaret rouge. En arrivant à ma position j’apprends qu’un des obus du tir allemand est tombé sur un dépôt d’obus fumigènes appartenant au 113e. Cette explosion a certainement attiré l’attention de l’aviateur boche sur notre ravin et je ne serais pas autrement surpris si nous recevions demain matin au réveil un tir à démolir. Le soir nous effectuons un tir sur la tranchée Tisza, en total pour la journée 259 coups ce qui nous met en haleine. Aujourd’hui le temps a été si clair et les avions boches si nombreux que nous n’avons pas pu allumer de feu pour faire notre cuisine. Nous avons donc été obligés de manger un repas froid.

Tome II · AD084_0230(2)Page manuscrite 618
21 octobre 1916

21 octobre 1916 — jour J-3 et tir sur l’ouvrage du Kronprinz

Source : manuscrit

21 octobre. — Aujourd’hui est le jour J-3 d’après ce que me dit le commandant. Le matin nous réglons par avion sur l’ouvrage du Kronprinz et effectuons immédiatement après un tir à démolir au total 324 coups. Le temps est toujours beau et froid mais depuis avant hier nous avons de la glace le matin : cela nous promet un hiver rigoureux.

Tome II · AD084_0230(2)Page manuscrite 618
22 octobre 1916

22 octobre 1916 — tirs de démolition et feinte d’attaque

Source : manuscrit

22 octobre. — Aujourd’hui Viguié et Dumay montent à Souville pour régler les tirs de démolition qui sont continués avec activité. Nous tirons ainsi dans la journée environ 400 coups. L’activité de l’aviation est intense : 20 à 30 avions tiennent l’air en même temps ainsi que de nombreuses saucisses. Quant aux boches ils brillent par leur absence. Dans l’après midi l’artillerie reçoit l’ordre d’intensifier son tir et de simuler une préparation d’attaque avec allongement du tir. De son côté l’infanterie feint de sortir des tranchées. Cette feinte

Tome II · AD084_0230(2)Page manuscrite 618
22 octobre 1916

Photographie 518 — tranchée Tisza

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0230(2).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 518] La tranchée Tisza

Tome II · AD084_0230(2)
22 octobre 1916

Photographies 519–522 — Verdun

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0231(2).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Titre commun] Verdun

[Photographie 519] La statue de Turenne

[Photographie 520] La statue de Chevert

[Photographie 521] La rue Mazel

[Photographie 522] L’évêché

Tome II · AD084_0231(2)
22 octobre 1916

Document n°12 — Fort de Douaumont

Source : manuscrit
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— 3 — Fort de Douaumont 1/5.000

Plan des dessus boyau ; Passage souterrain ; Coffre double ; N ; Tlle 75 ; piste ; ligne téléphe enterrée ; Massif central avec locaux à l’épreuve ; Coffre simple ; Tlle mitr.se ; Tlle 155 ; Obs.res ; Mur ; Gorge ; Entrée avec pont-levis ; Cour intérieure ; Chemin de ronde ; piste ; Porte en fer ; Corps de garde ; Casemate de Bourges ; Escarpe avec grille ; Contrescarpe avec grille ; Local du command.t ; Obs.re ; Coffre simple ; Tlle mitr.se ; Fossé ; Fossé ; Fossé ; Fossé ; Plongée ; Plongée ; Pass. intérieur ; Pass.ge voûté ; Pass.ge voûté ; Obs. ; Caponnière de gauche ; Caponnière de droite. 215 m ; 325 m ; 600 m en avant de Thiaumont ; Ouv. de Thiaumont ; 800 m en arrière de Thiaumont ; 17 Gr ; 28 Gr.

Rez-de-chaussée — Maçonnerie Abris ; Dépôts de munitions d’Art.ie ; Abri ; Magasin à poudre ; Escalier ; Tlle mitr. ; Tlle 155 ; Pass. voûté ; Pass. intérieur ; Entrée ; Local du com.t ; Casemate de Bourges ; Pass. voûté ; Escalier ; Tlle mitr.

Plan des sous-sols Escalier ; Magasin à poudre ; Escalier ; Citerne ; Abris ; Entrée ; Pont levis.

Document n°12

Tome II · AD084_0232(2)
22 octobre 1916

22 octobre 1916 — continuation p.621

Source : manuscrit

oblige 158 batteries allemandes à se dévoiler : les avions les repèrent ce qui permettra de les contre battre le jour de l’attaque. Les Allemands se laissent prendre à ce piège et le Kronprinz publie gravement qu’il a brisé net une forte attaque française.

Tome II · AD084_0233(2)Page manuscrite 621
23 octobre 1916

23 octobre 1916 — ordre du jour avant l’offensive

Source : manuscrit

23 octobre. — Continuation des tirs de démolition ce qui se traduit de notre part, par une consommation de 773 obus ! Les Boches ne répondent pour ainsi dire pas. Le général commandant la DI nous envoie l’ordre du jour suivant : « Officiers, sous officiers et soldats de la 133e DI ! Il y a près de 8 mois que l’ennemi exécré, le Boche, voulut étonner le monde par un coup de tonnerre en s’emparant de Verdun. L’héroïsme des poilus de France lui a barré la route et anéanti ses meilleures troupes. Grâce aux défenseurs de Verdun la Russie a pu infliger à l’ennemi une sanglante défaite et lui capturer près de 400.000 prisonniers. Grâce aux défenseurs de Verdun l’Angleterre et la France le battent chaque jour sur la Somme où elles lui ont déjà fait près de 60.000 prisonniers. Grâce aux défenseurs de Verdun l’armée de Salonique celle des Balkans battent les Bulgares et les Turcs. Le Boche tremble maintenant devant nos canons et nos baïonnettes, il sent que l’heure des châtiments est proche pour lui. Aux 38e, 133e et 74e DI revient l’honneur insigne de lui porter un coup retentissant qui montrera au monde la déchéance de l’armée allemande. Nous allons lui arracher un lambeau de cette terre illustre où tant de nos héros reposent dans leur linceul de gloire. Cinq autres divisions, plus de 600 canons prendront part à la fête et nous appuieront. À notre gauche combattra la 38e déjà illustre : composée de zouaves, de marsouins de marocains et d’algériens on s’y dispute l’honneur de reprendre le fort de Douaumont. Que ces fiers camarades sachent bien qu’ils peuvent compter sur les poilus de la Gauloise pour les soutenir, leur ouvrir la porte et partager leur gloire. Officiers sous officiers et soldats de la 133e DI, vous saurez accrocher la Croix de guerre à vos drapeaux et à vos fanions ; du premier coup, vous hausserez votre renommée au rang de celle de nos régiments et de nos bataillons les plus fameux. La patrie vous bénira ! » Le soir devant Fleury une compagnie allemande se rend dans nos lignes officiers en tête.

Tome II · AD084_0233(2)Page manuscrite 621
24 octobre 1916

Carte n°20 — fronts avant et après l’attaque du 24 octobre

Source : manuscrit
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Carte n°20

[Annotations manuscrites sur les lignes bleues] Front après l’attaque du 24 octobre Front avant l’attaque du 24 octobre Avance extrême des Allemands

[Indexation partielle du fond imprimé : principaux lieux et ouvrages lisibles] Verdun ; Thierville ; Belleville ; Charny ; Bras ; Vacherauville ; Champneuville ; Louvemont ; Douaumont ; Ft de Douaumont ; Fleury ; Vaux ; Damloup ; Ft de Vaux ; Ft de Souville ; Ft de Tavannes ; Ft de Belleville ; Ft de St-Michel ; Ft de Marre ; Ft de Bois-Bourrus ; Ft de Choisel ; Ft de la Chaume ; Ft des Sartelles ; Ft du Bois des Sartelles ; Ft de Dugny ; Ft d’Haudainville ; Ft du Rozellier ; Belleray ; Dugny ; Haudainville ; Landrecourt ; Lempire ; Dieppe ; Abaucourt ; Hautecourt ; Moranville ; Grimaucourt ; Moulainville ; Eix ; Blanzée ; Châtillon ; Belrupt ; Manheulles ; Ronvaux ; Watronville ; Haudiomont ; Sommedieue ; Forêt de Haudainville ; Meuse.

[Le scan conserve les lignes bleues, les traits rouges et les ouvrages ponctués de rouge. Petits toponymes, cotes et textes du fond non intégralement relevés.]

Tome II · AD084_0200(2)
24 octobre 1916

24 octobre 1916 — attaque de Verdun

Source : manuscrit

24 octobre. — Aujourd’hui jour fixé pour l’attaque règne

Tome II · AD084_0233(2)Page manuscrite 621
24 octobre 1916

24 octobre 1916 — continuation p.622

Source : manuscrit

un brouillard intense qui n’est pas pour nous déplaire. L’attaque projetée s’étend depuis l’ouvrage de Thiaumont jusqu’à la batterie de Damloup. Elle est montée de gauche à droite par la 38e DI (gal Guyot de Salins) renforcée du 11e de ligne, au centre par la division Passaga et à droite par la 74e DI (de Lardemelle). La 133e DI attaque depuis Fleury inclus jusqu’au ravin des Fontaines. Elle comprend à gauche le groupement du général Ancelin (321e d’infanterie, 6e bataillon de tirailleurs sénégalais, 102e, 116e et 32e bataillons de chasseurs à pied), à droite le groupement du colonel Doreau (401e d’infanterie et 107e bataillon de chasseurs). En plus de l’artillerie lourde courte dont il a été parlé (44 pièces pour la division), celle ci est soutenue par 9 groupes d’artillerie soit 108 pièces pour un front d’attaque d’environ 2 kilomètres. Il y a donc pour 100 mètres de front d’attaque 2 pièces lourdes et 5 pièces de campagne. La division possède aussi 2 batteries de 65 de montagne, une batterie de 95 et 3 batteries de tranchée. De plus pour faciliter la progression de l’attaque dans le ravin du Bazil, ce ravin sera battu par une batterie de 65 de la côte de Froideterre et une batterie de 120 long de la rive gauche de la Meuse. En plus de cette artillerie de division, une artillerie lourde puissante appuie l’attaque. Les canons de 400 en position près de Dugny doivent tirer sur Douaumont. D’autres canons de 280 et des mortiers de 370 doivent tirer sur Douaumont et sur Vaux. Le faubourg Pavé est bourré de pièces de 120 long et de 155 Long. Malgré tous ces préparatifs et la confiance générale qui règne nous ne sommes pas sans inquiétudes sur l’issue de l’attaque. Il nous semble en effet difficile d’admettre que les Allemands abandonnent en quelques heures ce qu’ils ont mis 5 mois à conquérir par lambeaux. Ils ont d’ailleurs devant nous 7 divisions appuyées par une artillerie imposante. À 8 heures, la préparation d’artillerie commence, formidable. De tous côtés les canons, au nombre de plus de 600 tonnent sans arrêt. Dans notre vallon en particulier où plus de 30 pièces s’entassent le vacarme est assourdissant. Les Allemands ne répondent pas du tout, dans notre coin. Le brouillard empêche l’aviation de se montrer cependant à 11 h 40 au moment du déclenchement de l’attaque plusieurs avions passent au dessus de nous se dirigeant très bas au dessus des lignes. Suivant les indications qui nous sont données par téléphone nous modifions à plusieurs

Tome II · AD084_0234(2)Page manuscrite 622
24 octobre 1916

Photographies 523–525 — canons de 400 et mortier de 280

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0235(2).jpg : 3 photographies, chacune cliquable

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[Trois photographies avec leurs légendes individuelles]

[Photographie 523] Le canon de 400

[Photographie 524] Le canon de 400

[Photographie 525] Le mortier de 280

Tome II · AD084_0235(2)
24 octobre 1916

Carte n°21 — secteur de l’attaque du 24 octobre

Source : manuscrit
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Carte n°21

[Relevé partiel des libellés visibles] Bie 3212 ; Tlle ; SE ; Dépôt 3109 ; Abri 3209 ; Ret 3309 ; Bie L ; Bie 3908 ; Ret 3606 ; Ret 3805 ; Abri 3603. Ravin de la Caillette [début coupé au bord] ; Ravin de la Fausse Côte ; Fond du [suite coupée] ; Bois [libellé partiel]. Boy de Barmen ; de Péra [début coupé] ; Boyau de [suite coupée] ; Schleuse ; Boy de Carniole ; T du Col. Driant.

[Repères chiffrés relevés, liste non exhaustive] 3013 ; 3114 ; 3214 ; 3314 ; 3513 ; 3713 ; 3813 ; 4013 ; 4113 ; 3112 ; 4011 ; 3410 ; 3610 ; 3609 ; 4109 ; 3708 ; 3608 ; 4007 ; 3906 ; 4006 ; 4003 ; 436 ; 437 ; 438 ; 338. [Cotes visibles, liste non exhaustive] 310 ; 320 ; 330 ; 340 ; 345 ; 350 ; 355 ; 358 ; 360 ; 370 ; 371 ; 375.

Tome II · AD084_0236(2)
24 octobre 1916

24 octobre 1916 — continuation p.625

Source : manuscrit

reprises la direction de notre tir. Peu de temps après midi un message téléphonique nous arrive annonçant la prise du 1er objectif : ceci veut dire que le ravin du Bazil est atteint. Nous n’en croyons pas nos oreilles lorsque vers 16 heures arrive un second message annonçant la prise du 2e objectif : ceci veut dire que le fort de Douaumont est pris. À cette nouvelle notre joie ne connaît plus de bornes. De nombreux prisonniers allemands passent dans le boyau près de nous : on en annonce déjà 1300. Dans la journée ma batterie tire environ 1100 coups sans que les Boches réagissent le moins du monde. Dans l’après midi comme le ciel est plus clair l’aviation devient plus active et une trentaine d’avions volent au dessus de nous. Avec la nuit le calme se fait. Viguié et Leray qui ont passé la journée à l’observatoire du fort de Souville rentrent vers 18 heures enchantés de leur mission bien que le fort ait été violemment bombardé dans la journée. Le soir nous sablons le Champagne pour fêter la Victoire.

Tome II · AD084_0237(2)Page manuscrite 625
25 octobre 1916

25 octobre 1916 — résultats de l’attaque

Source : manuscrit

25 octobre. — Quelques détails nous arrivent sur l’attaque d’hier au cours de laquelle nous avons fait 3500 prisonniers. Tous les objectifs ont été atteints mathématiquement aux heures prévues. Le fort de Douaumont devait être enlevé à H + 3 h 20 et à 15 heures exactement le drapeau français flottait sur le fort reconquis. Ce brillant fait d’armes est à l’actif du régiment colonial du Maroc. Notre division a eu des pertes relativement faibles. À droite et à gauche il n’en a malheureusement pas été ainsi. À gauche un incident a failli compromettre le résultat de la journée. Un régiment ayant momentanément abandonné sa tranchée de première ligne pour faciliter le tir de l’artillerie a retrouvé cette tranchée entre les mains des allemands. Un violent combat s’est livré alors qui a retardé de plus d’un quart d’heure le déclenchement de l’attaque dans cette région et a failli tout compromettre. À droite la division de Lardemelle s’est heurtée à une résistance très vive dans le bois Fumin autour du petit dépôt. Le temps redevient complètement au beau, nous en profitons pour effectuer à 10 heures un réglage par avions sur le boyau d’Elbe. À 10 h 15 on nous annonce une attaque allemande : interrompant notre réglage nous ouvrons immédiatement le feu sur la tranchée de Laibach. 200 coups environ sont tirés dans ces conditions

Tome II · AD084_0237(2)Page manuscrite 625
25 octobre 1916

25 octobre 1916 — continuation p.626

Source : manuscrit

La division de droite prend pied sur le fort de Vaux mais ne réussit pas à s’y maintenir. L’opération doit être reprise prochainement et les batteries reçoivent l’ordre de préparer leurs emplacements de pièces de façon à pouvoir tirer dans cette région.

Tome II · AD084_0238(2)Page manuscrite 626
26 octobre 1916

26 octobre 1916 — retour de Lacheret et ordre du jour

Source : manuscrit

26 octobre. — Lacheret qui était en liaison avec l’infanterie aux carrières de la chapelle Ste Fine au poste de commandement du colonel Doreau rentre le matin et nous raconte ce qu’il a vu. Il est surtout éreinté par deux nuits passées à la belle étoile dans un boyau, le poste de commandement étant plutôt rudimentaire. Il nous raconte l’entrain du 107e BCP et le peu de pertes subies. Le chiffre des prisonniers est aux dernières nouvelles de 4.500. Le colonel commandant l’artillerie de la division nous envoie aujourd’hui l’ordre du jour suivant : « L’opération prévue pour le 24 octobre a été exécutée avec un plein succès. À 18 heures la nouvelle ligne française passe par la tranchée de Poméranie, la tranchée de Pforzheim le ravin du Helly, au nord du fort de Douaumont qui nous appartient, une ligne passant au point 532 à la batterie 3908, la tranchée de Carniole au point 343, l’étang de Vaux et le ravin de Fumin. 1500 prisonniers dont 12 officiers sont tombés entre nos mains. Quelques pertes douloureuses que nous ayons subies surtout dans l’artillerie de tranchée et dans l’artillerie lourde ne doivent pas diminuer la joie et l’orgueil de cette glorieuse journée. Le Lt colonel commandant l’AD Marceau remercie son artillerie lourde, de campagne, de tranchée et de montagne des efforts continus qu’elle a faits, des fatigues qu’elle a supportées, des tirs précis et meurtriers qu’elle a exécutés avec un courage et une abnégation remarquables pour assurer finalement le beau succès de cette journée. Mais l’action est loin d’être terminée lorsque le terrain est conquis. Il faut s’attendre à des contre attaques violentes et multipliées. C’est donc encore sur l’artillerie et sur son inlassable dévouement que l’infanterie compte pour assurer ses positions nouvelles. Une activité intense et une attention soutenue sont nécessaires pour démasquer et arrêter toute tentative de l’ennemi… » signé : Pujos.

Tome II · AD084_0238(2)Page manuscrite 626
26 octobre 1916

Photographie 526 — carrefour de Sainte-Fine

Source : manuscrit
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[Photographie 526] Le carrefour de Ste Fine

Tome II · AD084_0238(2)
26 octobre 1916

Photographie aérienne 527 — fort de Douaumont

Source : manuscrit
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[Une photographie aérienne et sa légende]

[Photographie 527] Le fort de Douaumont

Tome II · AD084_0239(2)
26 octobre 1916

Document n°13 — Abri VLL1 et abris de combat

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

— 13 — Abri VLL₁ abri de combat 5385 1/500e

Abris TD₁ — abri Wagner (1602) TD₂ — abri Adalbert (2206) TD₃ — 2408 DV₁ — 3209 DV₂ — 3603 DV₃ — 4296 DV₄ — 4595 1/500e

Plan des maçonneries N ; A ; B ; rocaille ; béton de ciment armé ; béton de ciment ; Entrée ; piste.

[Cotes du plan de gauche, inscriptions répétées regroupées] 4.00 ; 2.00 ; 1.00 ; 10.00 ; 1.20 ; 42m00. [Cotes du plan de droite, inscriptions répétées regroupées] 4.00 ; 2.00 ; 1.00 ; 10.00 ; 1.20 ; 3.00 ; 5.20 ; 5.00.

Coupe suivant AB

Document n°13

Tome II · AD084_0240(3)
27 octobre 1916

27 octobre 1916 — ordre du jour de Nivelle

Source : manuscrit

27 octobre. — Les ordres du jour continuent à pleuvoir. Nous recevons aujourd’hui celui du général commandant l’armée. Il est ainsi conçu : « Officiers sous officiers et soldats du groupement Mangin ! En quatre heures, dans un assaut magnifique vous avez enlevé d’un seul coup à votre puissant ennemi le terrain hérissé d’obstacles et de forteresses du nord est de Verdun, qu’il avait mis huit mois à vous arracher par lambeaux au prix d’efforts acharnés et de sacrifices considérables. Vous avez ajouté de nouvelles et éclatantes gloires à celles qui couvrent les drapeaux de Verdun. Au nom de cette armée je vous remercie. Vous avez bien mérité de la Patrie ! Signé : Nivelle. » Dans l’après midi je monte au fort de Souville est avec Lacheret. Il fait un froid de chien. À peine ai je commencé à régler sur le ravin du Blavet que les Boches se mettent à marmiter assez violemment sur mon observatoire. La ligne est immédiatement coupée et pendant que nos téléphonistes partent réparer la ligne je vais me réfugier dans une sape voisine qui est justement le poste de commandement du commandant Lambert, commandant le 66e BCP que j’ai connu en Argonne. La 9e DI est en effet en réserve. Je vais présenter mes hommages au commandant qui me reçoit fort aimablement. J’apprends par lui que le capitaine Auperrin adjoint au colonel Ardouin du 131e a été tué dans la Somme. J’apprends aussi qu’un des aumôniers de la division le père Constant que j’ai connu en Argonne a été tué ces jours ci au fort de Souville. Ma ligne téléphonique est enfin rétablie mais il fait un temps de chien. Le soir cependant une éclaircie se fait et je peux continuer mon tir sur la tranchée de Schaffhouse dans le ravin du Blavet. J’effectue ensuite un tir d’efficacité, en tout plus de 200 coups. Il est complètement nuit lorsque je redescend à la batterie. En arrivant je trouve une note du commandant ordonnant aux capitaines de monter soit au fort de Douaumont soit à l’abri 836 dans le bois de la Caillette pour examiner le terrain de la prochaine offensive. Notre division ayant comme zone d’attaque la région d’Hardaumont je me décide pour

Tome II · AD084_0241(3)Page manuscrite 629
27 octobre 1916

Photographie 528 — ravin du Blavet

Source : manuscrit
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[Photographie 528] Le ravin du Blavet

Tome II · AD084_0241(3)
27 octobre 1916

27 octobre 1916 — continuation p.630

Source : manuscrit

l’abri 836. Le mauvais temps qui dure depuis 2 jours retarde l’attaque que l’on espérait tenter aujourd’hui. L’artillerie lourde de la division est renforcée depuis aujourd’hui par le groupe Gigout (2 batteries de 220 à tracteur).

Tome II · AD084_0242(3)Page manuscrite 630
28 octobre 1916

28 octobre 1916 — reconnaissance vers l’abri 836

Source : manuscrit

28 octobre. — Pour atteindre l’abri 836 je pense qu’il vaut mieux s’y prendre de bonne heure, c’est pourquoi je suis debout à 4 heures du matin. À 4 h 40 par une nuit très noire nous partons Lacheret et moi équipés comme des fantassins pour être moins visibles. Jusqu’à la crête de Souville aucun incident, les Boches sont calmes. Il est d’ailleurs 5 heures du matin et l’aube commence à poindre timidement, ce qui ne m’empêche pas de me prendre les pieds dans une racine et de m’étaler tout de mon long dans la boue. À partir de Souville les difficultés commencent. Il y a bien un boyau qui descend vers les carrières mais il est plein de boue jusqu’en haut. Une compagnie qui a voulu y passer ces jours derniers s’y est enlisée et 10 hommes n’ont pu être retirés de la boue. Force nous est donc de suivre le bord du boyau comme les brancardiers que nous croisons et qui ramènent des blessés. Le terrain est si bouleversé qu’ils ne sont pas trop de quatre pour porter un brancard sur l’épaule. Malgré les obus qui tombent en ce moment près de ceux que nous apercevons ils restent impassibles et continuent leur chemin. Nous sommes en effet en pleine vue des Boches puisque l’ouvrage d’Hardaumont et le fort de Vaux dominent tout le terrain que nous traversons. Les Boches sont heureusement assez calmes mais je me demande avec une certaine anxiété comment nous traverserons le ravin du Bazil si les Boches le marmitent comme hier. Le terrain ici terriblement retourné et gras. La piste que nous suivons et qui escalade les trous d’obus est fort glissante et nous cherchons en vain des endroits solides où poser nos pieds. Dans un endroit particulièrement boueux je crois apercevoir une grosse pierre blanche et j’y pose le pied : je constate avec horreur que c’est le ventre nu d’un cadavre qui disparaît dans la boue. Nous arrivons cependant sans encombre au PC Carrières qui est encore plus misérable que je l’avais pensé. Le PC se compose en effet d’une misérable galerie de 1m de large et de 4m de longueur creusée dans le roc. À droite dans un renfoncement deux cadres en fil de fer superposés : en bas le colonel Doreau dort d’un sommeil réparateur, en haut l’officier adjoint au-

Tome II · AD084_0242(3)Page manuscrite 630
28 octobre 1916

Photographies 529–532 — Bois du Chapitre et Chapelle Sainte-Fine

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0243(3).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Quatre photographies avec leurs légendes individuelles]

[Photographie 529] Le Bois du Chapitre

[Photographie 530] En observation

[Photographie 531] Douaumont vu des bois du chapitre

[Photographie 532] Les carrières de la Chapelle Ste Fine

Tome II · AD084_0243(3)
28 octobre 1916

Photographie 533 — fort de Vaux en 1921

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0244(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Une photographie et sa légende datée]

[Photographie 533] Le fort de Vaux en 1921

Tome II · AD084_0244(3)
28 octobre 1916

28 octobre 1916 — continuation p.633

Source : manuscrit

quel je me présente. Deux coureurs me sont donnés pour me conduire à l’abri 836. Ces coureurs, braves gens de l’escadron divisionnaire s’empressent de se mettre à ma disposition. Naturellement pour aller au but de notre promenade il n’est pas question de prendre le boyau puisqu’il n’y en a pas. Force nous est donc de prendre à travers le bois de Vaux Chapitre dont il ne reste d’ailleurs que des souches informes. Dans la partie française du terrain de l’attaque nous apercevons 2 ou 3 cadavres de chasseurs à pied, mais les tranchées et boyaux sont encore praticables. Dans la partie allemande au contraire, que nous atteignons au bout de 200 ou 300 mètres c’est la dévastation absolue. Pas une tranchée, pas un boyau, quelques maigres abris entièrement démolis, des cadavres allemands partout. Ici un bras sortant de terre barre le chemin, là d’autres cadavres sont entassés dans un abri. Le sol est littéralement jonché de casques, de fusils, de mitrailleuses, de munitions de toutes sortes. Tout à coup un 105 éclate sur la piste à 100 mètres devant nous. À droite, du côté du fort de Vaux les mitrailleuses crépitent. Bientôt nous arrivons au ravin du Bazil où les cadavres sont toujours nombreux. Un jeune aspirant boche tombé à la renverse sur la piste semble dormir. À droite le ravin du Bazil est barré par l’étang de Vaux, derrière la digue duquel s’étend le village du même nom dont il ne reste pas bien entendu la moindre trace. Nous sommes en ce moment en pleine vue des lignes allemandes toutes proches et je suis étonné que nous n’ayons pas encore reçu un coup de fusil. Nous atteignons enfin l’abri 836. Cet abri, qui a beaucoup souffert comprend 2 salles de 4m × 10m dans lesquelles se trouvent en ce moment 2 compagnies du 107e BCP. La toiture est fendue en plusieurs endroits bien qu’elle soit en ciment armé de 1m60

Tome II · AD084_0245(3)Page manuscrite 633
28 octobre 1916

Photographies 534–535 — étang de Vaux et abri 3603

Source : manuscrit
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[Photographie 534] L’étang de Vaux et la voie ferrée

[Photographie 535] Un éclatement d’obus près de l’abri 3603

Tome II · AD084_0245(3)
28 octobre 1916

28 octobre 1916 — continuation p.634

Source : manuscrit

d’épaisseur. Les pieds droits heureusement sont solides puisqu’ils sont constitués par des murs en béton armé de 2m00 d’épaisseur recouverts extérieurement de rocailles sur une épaisseur de 4 mètres. C’est donc un abri très sérieux. Dans la partie du terrain que nous venons de conquérir il existe 7 abris de ce genre. Celui ci en somme est encore habitable malgré les terribles bombardements qu’il a pu subir. J’y rencontre le colonel commandant le 401e et le commandant du 107e BCP. Accompagné d’un lieutenant du 30e d’artillerie qui a accompagné les vagues d’assaut et est ici depuis l’attaque je me rends à côté de l’abri dans une sorte d’observatoire d’où l’on aperçoit les lignes allemandes. Le terrain naturellement est peu ou pas organisé. On voit cependant fort bien la tranchée à la lisière du bois d’Hardaumont et le ravin du Blavet. Notre examen terminé nous prenons le chemin du retour qui s’effectue sans incident jusqu’au ravin du Bazil. En remontant les pentes sud de ce ravin je rencontre la Bouralière et son lieutenant. Je lui décris ce que j’ai vu et que nous voyons d’ailleurs aussi bien du point où nous sommes. Carte en mains, je lui désigne les différents points du secteur et pour terminer, vidant notre bidon nous trinquons au succès de la prochaine offensive et selon la formule consacrée « à l’anéantissement du militarisme prussien ». Je suis d’ailleurs surpris que « les tenants du militarisme prussien » qui nous voient certainement ne nous flanquent pas des coups de fusils. Nous constatons une fois de plus pendant le chemin du retour la destruction des organisations allemandes. Nous rencontrons plusieurs batteries de 74 de tranchée, des mitrailleuses, des canons de 37. Sans encombre nous arrivons aux Carrières autour desquelles on a rassemblé beaucoup de cadavres épars pour leur donner une sépulture. Malgré la tristesse du lieu je me décide à m’arrêter un peu pour manger. Le repas que nous avons apporté Lacheret et moi est tellement substantiel que nous pouvons en donner la moitié à nos deux guides qui nous remercient avec

Tome II · AD084_0246(3)Page manuscrite 634
28 octobre 1916

Photographie 536 — abri 36.03

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0246(3).jpg : 1 photographie, chacune cliquable

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[Photographie 536] L’abri 36.03

Tome II · AD084_0246(3)
28 octobre 1916

28 octobre 1916 — continuation p.635

Source : manuscrit

effusion. Je suis d’ailleurs bien inspiré en me décidant à cet arrêt car les Boches se mettent à tirer sur la piste que nous devons suivre pour rejoindre Souville. Après un arrêt d’une demi heure nous reprenons le chemin de Souville où nous arrivons sans encombre malgré l’état du terrain. En chemin je rencontre Neuville qui se décide cependant à aller jusqu’aux carrières de Ste Fine. À l’observatoire de Souville je retrouve Viguié et le capitaine Girolami qui a reçu comme moi l’ordre de reconnaître le secteur et qui ne se décide pas à dépasser le fort de Souville. Le capitaine d’Ainval arrive bientôt avec Fery. Je lui raconte d’où je viens, ce que j’ai fait et ce que j’ai vu. Enchanté de la rencontre d’Ainval saisit immédiatement l’occasion pour ne pas pousser plus loin la visite : « Puisqu’il n’y a rien d’intéressant à voir, ce dont je me doutais, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. » Comme nous redescendons, un obus de 150 arrive en ronflant et vient s’écraser à 30 mètres de nous. Poliment, nous saluons ce gêneur par une légère inclinaison du corps et lorsque nous relevons la tête, d’Ainval a disparu. L’obus ne l’a pourtant pas volatilisé ! Non le voilà qui dégringole à toutes jambes les pentes sud de Souville au risque de se rompre les os dans ce terrain chaotique. Fery me murmure à l’oreille : « il a la trouille ! le patron. » Quant à nous, redescendant tranquillement nous arrivons bientôt au PC du commandant rendre compte de notre mission.

Tome II · AD084_0247(3)Page manuscrite 635
29 octobre 1916

29 octobre 1916 — explosion et reconnaissance au fort de Tavanne

Source : manuscrit

29 octobre. — Dans la matinée nous tirons quelques coups ainsi que la 11e. Tout à coup, un éclatement terrible déchire l’air. Je me précipite hors de mon abri et devine du premier coup ce qui s’est passé en voyant la 11e batterie recouverte d’un nuage noir. Un obus allongé a éclaté à la bouche de la pièce. Par un hasard miraculeux un seul homme est touché le tireur, mais très gravement. Une de ses épaules est complètement arrachée et le pauvre garçon ne tarde pas à rendre le dernier soupir. Ce triste accident cause à tout le personnel la plus pénible impression. Depuis aujourd’hui l’observatoire affecté au groupe est le fort de Tavanne. Le capitaine de la Bouralière qui connaît bien le panorama doit me mettre au courant. Je pars donc pour le voir à sa batterie en

Tome II · AD084_0247(3)Page manuscrite 635
29 octobre 1916

29 octobre 1916 — continuation p.636

Source : manuscrit

position au sud de la cote 349 mais j’éprouve les plus grandes difficultés pour le découvrir. Je m’aperçois d’un coup d’œil que cette position, très marmitée ne devait pas être aussi tranquille que la nôtre le 24 octobre. Deux batteries immédiatement à droite de la route ont beaucoup souffert, perdant chacune une quinzaine d’hommes. Dans une de ces batteries un tas de 400 obus a sauté, ce qui a produit alentour des dégâts épouvantables. Un des lieutenants de la Bouralière s’offre à me piloter. La route qui est celle de Moulainville à Vaux est d’ailleurs presque en ligne droite et tant que nous sommes dans le bois, tout va bien. Au moment où nous atteignons la clairière large de 200 mètres où passe la route d’Étain mon guide me prend par le bras : « Ici, me dit il, il est bon de s’arrêter et de prendre son vent. Le carrefour que nous allons traverser est en effet en pleine vue de la Woëvre et une pièce de 105 pointée sur le carrefour s’amuse à faire du tir au lapin. Vous allez voir, c’est très drôle. » Nous soufflons donc quelques minutes puis, un, deux, trois ! filons au pas gymnastique. À peine avons nous fait 50 mètres qu’un obus de 105 arrive à quelques mètres et éclate en nous couvrant de terre. Avant d’avoir parcouru les 100 mètres qui nous séparent du boyau, 2 obus éclatent encore assez près. Deux autres arrivent encore de plus en plus à droite mais cette fois nous sommes dans le boyau et par suite à peu près abrités. Ce carrefour est vraiment très malsain. Le 25 octobre une compagnie de territoriaux qui montait au fort de Tavannes a eu l’imprudence de s’arrêter à la lisière du bois en pleine vue de la Woëvre. Un obus de 105 arrivant au milieu de la troupe a mis une vingtaine d’hommes hors de combat. Les sacs et les équipements sont encore au milieu de la route. Le fort de Tavannes où nous arrivons bientôt est infiniment moins démoli que Souville car il n’a pas été vraiment attaqué. Les superstructures ressemblent encore à quelque chose. La construction n’est pas récente mais le fort a été récemment bétonné et en somme a résisté aux bombardements de gros calibres, en particulier du 420. Un coup malheureux est cependant tombé sur la poudrière qui a sauté, détruisant les tourelles. L’observatoire où j’arrive bientôt est une sorte de cheminée émergeant au dessus des

Tome II · AD084_0248(3)Page manuscrite 636
29 octobre 1916

Photographies 538, 537, 539 et 540 — Tavannes

Source : manuscrit
Tome 2 · AD084_0249(3).jpg : 4 photographies, chacune cliquable

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[Titre commun] Tavannes

[Photographie 538] Le fort de Tavanne vu du fort de Souville

[Photographie 537] Le fort de Tavanne vu du fort de Souville

[Photographie 539] Les abords du fort

[Photographie 540] Les abords du fort

Tome II · AD084_0249(3)
29 octobre 1916

Document n°14 — Fort de Vaux

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

— 5 — Fort de Vaux 1/2.500

Plan des dessus N ; Coffre double ; Passages souterrains ; Souterrain ennemi possible ; boyau ennemi ; Coffre simple ; Obs. ; Tlle 75 ; Obs. ; Obs. ; Massif central ; Fossé ; Passage voûté ; Casemate de Bourges ; Casemate de Bourges ; entrée ; Entrée du fort ; Coffre simple ; Pass. souterrain ; Pass. intérieur ; Cour intérieure ; Passage voûté ; boyau ennemi ; Escarpe ; Contrescarpe. 115m ; 185m. 600m en avant du Fort de Douaumont ; Secteur de tir ; Ouvr. de Thiaumont ; Abaucourt Village ; Secteur de tir ; La Laufée ; Bie d’Eix.

Plan des maçonneries Rez-de-chaussée Coffre double ; Coffre simple ; Contrescarpe ; Escarpe ; Obs.re ; Tlle 75 ; Obs.re ; Fossé ; Casemate de Bourges ; Coffre simple ; L’entrée ; Locaux ; Entrée du fort ; Pass. intérieur ; entrée ; Salle de Police ; Casemate de Bourges.

Nota : Les Parties ombrées en pointillé sont détruites Il en est de même des portions d’escarpe et de contrescarpe figurées en trait fin.

Document n°14

Tome II · AD084_0250(3)
29 octobre 1916

29 octobre 1916 — continuation p.639

Source : manuscrit

du fort. La vue qu’on a de ce point est très étendue : à gauche Souville et Douaumont, en face le ravin de Bonvaux qui nous sépare du bois de la Laufée complètement rasé, au delà le fort de Vaux, à peine en relief sur le sol. Au delà encore les crêtes d’Hardaumont : à droite toute la plaine de Woëvre. Le long de la route d’Étain on aperçoit nettement la ferme de Broville que Fery avait acheté quelques jours avant la déclaration de guerre pour s’y retirer. J’effectue assez rapidement un réglage pendant que le 270 et le 280 tirent sur le fort de Vaux. Mon réglage terminé je reviens à la batterie de la Bouralière mais cette fois en passant par le boyau jusqu’à la position. La Bouralière me retient à déjeuner et me traite d’une façon splendide qui me remplit de confusion. Le déjeuner commence par une salade de tomates, des artichauts et se termine par une brioche ! le tout arrosé de vins généreux et d’un petit verre de Chartreuse. Comme je lui fais mes compliments de son cuisinier : « Mais ce n’est pas un cuisinier, me dit il, c’est un maçon. » Après déjeuner un lieutenant du 220 vient demander un guide pour le fort de Tavanne. Je m’offre à le piloter et nous partons d’un pied léger. Plusieurs camions passent en ce moment sur le carrefour et chacun d’eux se fait saluer par un coup de la pièce ensorcelée. Nous mêmes, malgré la vitesse de nos jambes, sommes encore salués par 2 obus en traversant le carrefour. En arrivant à Tavannes je m’aperçois que la ligne téléphonique est coupée. Nadiras aîné qui m’accompagne retourne pour réparer. Plusieurs heures se passent et la communication ne se rétablit toujours pas. Enfin au moment où le jour commence à baisser, je vois arriver Nadiras qui me dit d’un air consterné : « Mon capitaine, il n’y a pas moyen de réparer. Chaque fois que nous réparons d’un bout les Boches nous coupent de l’autre : chaque fois que nous montrons le nez au carrefour nous recevons un 105 ! » Devant cette impossibilité de rétablir la communication et étant donné l’heure tardive je me décide à rentrer à la batterie en passant par le tunnel de Tavanne, transformé en caserne depuis de longs mois. Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1916 un dépôt de grenades y sauta, causant d’énormes ravages et la mort d’un grand nombre d’hommes. Une trentaine de ces victimes reposent

Tome II · AD084_0251(3)Page manuscrite 639
29 octobre 1916

29 octobre 1916 — continuation p.640

Source : manuscrit

dans un cimetière à l’entrée du tunnel. Depuis l’attaque nous n’avons pas cessé de progresser entre le ravin de la Caillette et le fort de Vaux. Nos troupes occupent maintenant tout le bois Fumin et une partie du fort de Vaux.

Tome II · AD084_0252(3)Page manuscrite 640
30 octobre 1916

30 octobre 1916 — relève de la 133e D.I.

Source : manuscrit

30 octobre. — La 9e DI (gal Alabosse) ayant remplacé la 133e DI le colonel Dessens commandant le 30e d’artillerie remplace le colonel Pujos qui nous envoie à l’occasion de son départ l’ordre du jour suivant : « Le colonel Dessens, commandant l’AD.9 prend à la date du 30 octobre à 8 heures le commandement de l’AD Marceau. En quittant ce poste, le Lt colonel commandant l’AD.133 tient à adresser ses remerciements et ses félicitations à tous ses collaborateurs. Tous, officiers, sous officiers et canonniers de l’AD.9 de l’AD.7 de l’artillerie lourde, de l’artillerie de tranchée, de l’artillerie de montagne, des Parcs divisionnaires ont rivalisé de bravoure, de zèle et de dévouement. Tous ont été aux prises pendant la période de préparation avec des difficultés extrêmes : installation dans un terrain complètement ravagé, ravitaillements très pénibles, reconnaissance et construction de nouvelles positions sous des bombardements nourris et incessants. Tous ont fourni le maximum d’efforts et le jour de l’attaque ont été largement à la hauteur de la situation. L’artillerie de campagne a opposé à l’ennemi un barrage infranchissable et déblayé sa route à l’infanterie en progressant devant elle avec sûreté et précision. L’artillerie lourde a mis les abris, les défenses où l’ennemi nous attendait avec confiance dans un tel état de destruction que sa résistance a été presque annihilée et que le magnifique élan de nos troupes a pu tout emporter. L’artillerie de tranchée, après un intense bombardement de la ligne ennemie dans la matinée a, au prix d’efforts inouïs, porté d’un bond ses pièces en avant de notre ligne reconquise. Les journées des 24 et 25 octobre resteront un souvenir inoubliable pour les braves gens qui y ont participé et le lieutenant colonel Pujos est fier d’avoir été leur chef ! » Le matin je pars avec Lacheret reconnaître des positions de batteries possibles à l’ouest de la ferme de l’Hôpital en prévision de la prochaine attaque. Comme nous passons sur la route les Boches envoient de nombreux fusants dans le vallon Sud de Souville. La batterie de

Tome II · AD084_0252(3)Page manuscrite 640
30 octobre 1916

Carte 22 — secteur de Vaux

Source : manuscrit
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Fiche de la carte · source et passages associés →

Carte 22

[Libellés visibles] Étang de Vaux ; Digue ; Église ; Marécageux ; Vaux dev.t Damloup ; Ravin du Bois Fumin ; Bois Fumin [début coupé] ; Fort de Vaux ; Grande Carrière ; Carr.res ; Crête des Savoyards. T. de Vaux ; B. de Vaux ; T. de Glogau. Rt 4398 ; Rt 4497 ; Ret 4896 ; Abri 4296 ; Abri 4595 ; Bie 4691 ; Bie 4090 ; Rt 4990 ; Bie [sans numéro visible] ; Tlle ; N ; E ; S ; O.

[Repères chiffrés relevés, liste non exhaustive] 4401 ; 4901 ; 4700 ; 4898. [Cotes relevées, liste non exhaustive] 260 ; 263 ; 270 ; 273 ; 276 ; 280 ; 290 ; 300 ; 310 ; 320 ; 330 ; 335 ; 340 ; 345.

Tome II · AD084_0253(3)
30 octobre 1916

30 octobre 1916 — continuation p.643

Source : manuscrit
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l’Hôpital où j’arrive bientôt est terriblement retournée. Les nombreuses croix parsemées tout à l’entour montrent que cet endroit a été meurtrier. Au PC voisin fort bien aménagé dans un abri souterrain je rencontre le colonel commandant la brigade qui m’explique en peu de mots ce qu’on désire faire sur Vaux. De mon côté je lui indique que je suis à la recherche de positions de batteries : « Je n’ai pas trouvé grand chose et il n’y a guère qu’aux environs de ce PC qu’on puisse se placer mais cela n’est peut être pas possible. — Pourquoi voulez vous que cela ne soit pas possible ? me répond le colonel. Si l’emplacement vous convient, tant pis pour mon PC. » L’emplacement me convient, faute de mieux. Le terrain est en effet horriblement bouleversé et il est impossible de mettre les canons en position autrement que le long de la route. Je reviens par le fort de Tavanne où je rencontre le lieutenant de la batterie la Bouralière réglant sur les carrières d’Hardaumont et le point 45.07.

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31 octobre 1916

31 octobre 1916 — mauvais temps aux échelons

Source : manuscrit

31 octobre. — Rien à signaler aujourd’hui sinon que le temps est affreux. Les plus à plaindre sont en ce moment les hommes de l’échelon et leurs chevaux qui depuis leur arrivée dans le secteur sont toujours installés dans les mêmes conditions précaires, dans la boue. Il y a à peine un mois que nous sommes à Verdun et pendant ce court espace de temps le groupe a eu 18 hommes évacués pour maladie. En y ajoutant 1 tué et 16 blessés, le groupe a donc perdu en moins d’un mois 35 hommes. Les chevaux ne sont pas en meilleure situation : 39 sont morts ou ont été évacués, plus de 100 sont indisponibles.

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