un grand nombre de maisons ne sont plus que des ruines.
En revenant vers la gare j’ai la satisfaction de croiser une quinzaine de prisonniers boches dont 5 officiers. Dans le train de permissionnaires je me retrouve en pays de connaissance : j’y rencontre en effet l’abbé Constant(1), aumônier de la 9e D.I., le commandant Nérot(2) du 45e qui revient de la cote 304 et le lieutenant Abel Ferry(3). Je rencontre également un de mes camarades de lycée, lieutenant de cavalerie dans une division qui tient le front dans la Woëvre entre Apremont, St Mihiel et le Bois le Prêtre dans un secteur où il n’y a ni tranchées, ni fils de fer, où on ne voit jamais un boche et où l’on entend jamais un coup de fusil. La femme du dit camarade loge à Toul où sa division va au repos (?). Et ces poilus là se figurent faire la guerre ! Lorsque je raconte au dit camarade qu’en Argonne les tranchées sont à 20 mètres l’une de l’autre et quelque fois moins, que les divisions tiennent 2.500 mètres de front à peine, il croit que je me moque de lui. Naturellement dans son secteur il n’a jamais entendu parler ni de grenades, ni de torpilles, ni de crapouillots.
[Notes autographes au bas de la page]
(1) Mort au champ d’honneur
(2) Mort au champ d’honneur
(3) Mort au champ d’honneur