1er juillet 1916 — départ pour un réglage, fragment p.572
1er juillet. — Dans l’après midi
23 passages narratifs ou documents associés, dans l’ordre du manuscrit.
1er juillet. — Dans l’après midi
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je vais faire un réglage devant l’ouvrage de l’Y avec vérification sur le saillant de Bolante, de l’observatoire du Nid d’Aigle. Les Boches contrariés tirent du 105 avec violence sur les blockhaus de la batterie de montagne et les éclats nous sifflent aux oreilles.
2 juillet. — Le commandant Annibert accompagné de Guilmin et de Blois vient nous rendre visite le matin, visite d’ailleurs fort brève. À 10 h 30 je pars déjeuner aux échelons et rentre le soir absolument éreinté. Le lendemain heureusement un orage terrible éclate et je peux rester dans ma cagna. Pendant six jours la pluie fait rage sans arrêt et notre bois est transformé en cloaque.
9 juillet. — Aujourd’hui le temps se remet au beau ou à peu près car il tombe tout juste assez d’eau pour nous faire souvenir des mauvais jours passés. Depuis le début du mois une offensive importante est engagée dans la Somme devant Péronne. Les premiers résultats sont encourageants. Dans l’après midi je m’en vais au P.C.A où j’apprends que le commandant Nérot du 45e a été tué il y a deux ou trois jours.
10 juillet. — Profitant du beau temps je me décide à aller faire un petit tour aux tranchées, accompagné de Lacheret et de Viguié je pars à 6 h 30 pour le Nouveau Cottage. Le lieutenant Clanet que nous y trouvons nous conduit à l’ouvrage 16 L où nous arrivons sans encombre. Le temps de brancher mon appareil téléphonique et j’envoie sur l’ouvrage Lenner 3 obus pour vérifier les éléments de mes tirs. N’ayant rien d’autre à faire nous redescendons par le boyau de Coudainville mais les Boches irrités commencent à nous envoyer des minen dont plusieurs tombent près de nous. Nous arrivons cependant sans encombre au Nouveau Cottage puis au Nid d’Aigle d’où j’effectue un réglage réussi sur la tranchée 248 et sur le point 276. Les Boches irrités à nouveau par le tir se mettent à envoyer de gros minen sur le saillant de Bolante dont nous venons et des obus de 150 sur le flanc sud des Courtes Chausses. Les éclats nous sifflent aux oreilles et la situation dans notre perchoir est vraiment peu engageante.
12 juillet. — Le temps s’étant mis à peu près au beau
j’en profite pour faire mes foins c’est à dire pour faucher un coin de la vallée qui m’a été attribué. Les hommes prennent un certain plaisir à ce nouveau travail qui n’est d’ailleurs pas sans danger car les Boches tirent assez souvent dans la vallée. Le mauvais temps de ces jours derniers a sur ma santé une influence néfaste : je suis pris de rhumatismes assez vifs dans le dos, les épaules et le cou ce qui m’oblige à rester couché. Depuis plusieurs jours également je me sens le corps couvert de démangeaisons fort gênantes que je prends pour de l’urticaire ! Je m’aperçois au bout de quelques jours que ce sont tout simplement des « totos » ! Je prends immédiatement contre eux une offensive vigoureuse et au bout de 2 ou 3 jours ils sont complètement exterminés.
13 juillet. — Le calme du 13 juillet 1916 contraste vraiment avec l’agitation du 13 juillet 1915. Les Boches sont en effet d’une sagesse exemplaire depuis quelques jours : ils sont assez occupés avec Verdun et la Somme et nous avons maintenant devant nous des divisions venant de ces régions et qui ne demandent qu’à nous laisser en paix. Aujourd’hui nous avons touché pour le 14 juillet des suppléments dits « extraordinaires » et comprenant par homme 100 grammes de jambon 250 grammes de haricots verts 1 cigare 3 biscuits plus une bouteille de champagne pour 4 hommes. Comme dit Goosen on va pouvoir « se taper la cloche » et s’en fourrer « plein les trous de nez ».
14 juillet. — Le temps continue à être exécrable presque tous les jours et nos travaux de batterie sont fort retardés. Le moral, non plus, n’est pas très bon, et d’autant moins bon que nous sommes en ce moment accablés de notes dans lesquelles il n’est question que de la prochaine campagne d’hiver. Dans le secteur on a construit depuis plusieurs mois de nombreuses baraques nommées baraques Adrian du nom de leur inventeur et qui doivent abriter les soldats au repos. Naturellement ces baraquements commencent à nécessiter quelques réparations qui paraissent plus urgentes à cause du mauvais temps que nous subissons en ce moment. Au lieu de dire qu’il fallait
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[Planche de six photographies, numérotées 472 à 477.]
[Photographie 472] Naveau
[Photographie 473] La récolte des foins
[Photographie 474] En permission
[Photographie 475] Bertin et Bachelier
[Photographie 476] Maxime Lerousseau
[Photographie 477] Le P.C. des Sapins.
effectuer ces réparations à cause du mauvais temps et même sans donner d’explications du tout on a trouvé spirituel de dire : « Le stationnement des unités pouvant se prolonger au delà de la saison d’hiver, il importe… » Au mois de mars ou d’avril on a retiré aux fantassins des tranchées les peaux de moutons qui les protégeaient du froid. Au lieu de dire simplement : « Les peaux de moutons seront retirées aux hommes et renvoyées à l’arrière. » on a trouvé plaisant d’ajouter : « … où elles seront remises en état pour servir éventuellement pour une nouvelle saison froide. » Cela est prodigieusement ridicule pour ne pas dire plus. Qu’on ne parle pas de prévoyance. La prévoyance, c’est l’acte lui même et je l’approuve mais le commentaire n’ajoute rien, au contraire. Laissons au moins aux combattants l’espérance sans exagération.
19 juillet. — Bucard qui vient me voir dans l’après midi me raconte à propos de l’abbé Henry une chose fort touchante. Le colonel qui commande le 4e d’infanterie, le régiment de prédilection de l’abbé Henry, ayant fait déposer sur le cercueil de ce dernier une superbe couronne, demanda quelques jours après quels étaient les hommes du régiment désireux de participer aux frais d’achat de cette couronne. Chose admirable, dans ce régiment de 9 compagnies soit environ 1500 hommes dont beaucoup de pauvres gens sans le sou et sans doute pas mal de mécréants, il y eut 1200 souscripteurs sans compter les gradés ! Le colonel fut obligé de fixer à 5 centimes la participation des soldats, à 25 centimes celle des sous officiers et à 1 f celle des officiers.
20 juillet. — Devant régler aujourd’hui un tir sur le golfe Est je pars à 7 heures du matin avec Lacheret. Au Nouveau Cottage nous rencontrons Gauvin du 45e et un officier du 35e en compagnie duquel nous gagnons la région du golfe Est par le boyau de Coudainville. En pénétrant dans le boyau je rencontre le colonel Audouin du 131e auquel je fais part de mes intentions. Continuant mon chemin je suis bientôt obligé de me garer dans le boyau pour laisser passer un brancard sur lequel est étendu, mort, un capitaine du 76e. Je salue très ému et mon émotion augmente lorsque j’apprends
que ce mort n’est autre que le brave capitaine Dépinoy qui a été pour notre conducteur Paré la cause d’une gaffe mémorable un soir de Sainte Barbe que nous revenions au Claon. Le pauvre garçon a été tué il y a quelques minutes à la porte de son gourbi par un obus de tranchée qui lui a enlevé la moitié de la tête. Sur la route Marchand je rencontre le capitaine Sournia de l’artillerie de tranchées, le lieutenant René ainsi que le commandant de l’artillerie de tranchée de l’armée venus prendre leurs dispositions pour un tir d’engins de tranchées qui doit avoir lieu dans l’après midi vers 15 h 30 sur le rond du Saillant. Dans le boyau des Coloniaux que j’atteins bientôt je rencontre le commandant Alavoine et le lieutenant Corsessin du 76e accompagné du capitaine de la brigade. Nous prenons de concert nos dispositions pour l’évacuation des tranchées pendant mon tir qui commence à 9 h 20. Au bout de 4 coups le tir est réglé et je reviens par le Nid d’Aigle d’où je fais une vérification de hausse. À 11 h 15 je suis de retour à la batterie sans incident.
21 juillet. — Le matin je vais faire un tour au P.C.A où je rencontre le commandant Ultima et le colonel Rollet. Dans l’après midi je pousse jusqu’aux Vignettes pour m’entendre avec Ultima au sujet des tirs à exécuter. Je rencontre là un certain capitaine Delpénier du 82e lourd qui fait un « stage » à la batterie Sournia et qui me paraît vraiment un phénomène. Quand je dis « stage » c’est une manière de parler car le dit capitaine remplace par un séjour à la batterie Sournia les 30 jours d’arrêt de forteresse auxquels il a été condamné par le général commandant l’armée pour être allé sans permission faire la noce à Vitry le François et pour avoir fait un faux rapport pour se disculper !!!
23 juillet. — L’expérience de Verdun ayant montré que la résistance de quelques points d’appui pouvait permettre à une situation mauvaise de se rétablir le commandement donne l’ordre d’utiliser comme centres de résistance les positions de batterie qui possèdent déjà des boyaux et des abris. Pour les renforcer nous recevons l’ordre de les entourer de fils de fer. De plus les artilleurs doivent être exercés
au lancement des grenades. À cet effet les gradés et les hommes doivent assister à tour de rôle aux leçons de l’école de grenadiers du Claon. Ce matin Dumay et Lacheret assistant à l’une de ces leçons sont témoins d’un accident grave. Un sous officier de la 9e batterie du 45e n’ayant pas lâché assez vite une grenade qu’il tenait à la main est blessé mortellement par l’explosion de cette grenade qui blesse légèrement le lieutenant Moillet du 45e et 2 hommes de la 9e batterie.
28 juillet. — La 125e D.I est bien relevée en effet par la 130e D.I commandée par le général Coulonge. Gros vient nous voir le matin avec un des officiers de cette division. Depuis 18 mois que nous occupons cette position du bois de la Chalade nous avons reçu tout autour des pièces plusieurs centaines d’obus de tous calibres et nous n’y faisons plus attention. Depuis deux jours cependant les Boches tirent énormément de notre côté et plusieurs fois nous manquons mes hommes ou moi de nous faire ramasser.
30 juillet. — Depuis 2 ou 3 jours, profitant du beau temps les avions sont nombreux en l’air et les combats ne cessent pas. Un avion allemand et un de nos avions d’artillerie sont descendus à une demi heure d’intervalle.
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[Photographie 478] Un avion boche abattu
[Photographie 479] Un avion boche abattu