23 avril. — Le commandant Annibert de retour de son poste de commandement du Hermont nous raconte les dernières attaques des Allemands sur la rive gauche de la Meuse. Cette attaque a failli avoir pour nous les conséquences les plus désastreuses par suite de la défection de certains régiments du 15e corps occupant le bois d’Avocourt et qui se sont rendus sans combattre. 1 commandant de brigade, 2 commandants de régiments, de l’artillerie et plusieurs bataillons d’infanterie ont été ainsi faits prisonniers sans qu’aucune tentative ait été faite pour défendre ce bois pourtant fortifié d’une manière parfaite, bourré de blockhaus et de réseaux de fil de fer. La situation est maintenant stabilisée.
L’abbé Henry que je n’ai pas vu depuis une éternité vient me dire bonjour et me raconte une drôle d’aventure qui lui est arrivée ces jours ci.
Étant en première ligne le lieutenant séminariste Bucard du 4e lui faisait les honneurs du secteur occupé par sa compagnie lorsque soudain il aperçoit au dessus du parapet de la tranchée ennemie, à une trentaine de mètres, un officier boche en observation. Sauter sur un fusil et mettre le boche en joue est le premier geste de Bucard mais l’abbé Henry l’arrête : « Je vous en prie, Bucard, ne tuez pas ce boche devant moi. Cela ressemble à un assassinat et j’ai l’air d’être votre complice. — Je regrette beaucoup, monsieur l’aumônier répond Bucard, mais sans votre permission, je tuerai tout de même ce boche. — Au moins, laissez moi le temps de lui donner l’abso