que la peau de mes deux hommes mérite bien qu’on examine la chose de près. » — « Je l’examine, me répond le capitaine, au point de vue militaire. » « Et moi, mon capitaine, je ne fais pas autre chose ! » Je commence à être plus qu’échauffé par cette scène ridicule qui se passe en présence de Millot, de Royer, du chef de la 2ᵉ et du mien. Enfin, à bout d’arguments le capitaine d’Ainval me jette à la tête : « Vous ferez ce que vous voudrez, ils passeront en conseil de guerre ! » Alors ma colère éclate : raidi dans mon attitude la plus militaire, mais pâle de fureur je lui crie à la face : « Et bien, mon capitaine, s’ils passent en conseil de guerre, c’est moi qui serai leur avocat et je vous prie de croire qu’ils seront bien défendus ! » — « Sortez ! me crie le capitaine, rouge de colère, Vous aurez huit jours d’arrêts ! » Encore plus raide je le salue d’une manière ultra réglementaire fais demi tour de même et sors en claquant la porte à la briser. Revenu près du capitaine Meckler toujours dans son lit et qui m’avait donné la mission de porter en même temps que mon rapport une lettre écrite par lui à titre de camarade, je suis sévèrement réprimandé pour mon manque de modération. « Mon capitaine, lui dis-je, si vous aviez été à ma place vous auriez giflé cet imbécile. » Je suis à peine rentré depuis quelques minutes que le fourrier de la 2ᵉ batterie vient me chercher de la part de son capitaine. Je comparais à nouveau devant ce dernier et m’arrête, figé dans l’attitude la plus militaire. Le capitaine me reproche tout d’abord de l’avoir menacé devant deux de ses sous officiers, ce à quoi je ne daigne pas répondre.
Ayant fait comparaître l’adjudant, celui-ci confirme que la consigne de garde a été fixée par lui et non par le brigadier Renaud. Le capitaine d’Ainval rédige alors 2 motifs de punitions à peu près sensés et me dit de les porter à mon capitaine en lui demandant de lui fournir un rapport et de porter les punitions. « Je n’en ferai rien, me dit le capitaine, je ne ferai pas de rapport et je ne porterai pas de punitions. » Il rédige au contraire une lettre pour Plantade qui est cette nuit à la position de batterie, pour le mettre au courant de la question et lui dire de se tenir sur ses gardes.