1 août 1914

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[Photographie; no 6] Le capitaine Meckler et les lieutenants Desaulle et de Blois
Au matin du 1ᵉʳ aout la situation diplomatique fortement tendue depuis l’assassinat de Serajewo est de plus en plus inquiétante. Sans doute l’irrémédiable ne s’est pas encore produit mais on doute de plus en plus que les efforts pacifiques de la Russie de l’Angleterre et surtout de la France parviennent à calmer l’ardeur belliqueuse des empires centraux. Déjà en France les premières mesures de sécurité militaire ont été prises et nous ne faisons en cela qu’imiter les Allemands qui ont décrété depuis plusieurs jours « l’Etat de danger de guerre » qui sert de prétexte à une mobilisation déguisée. Pour ma part j’ai commencé dès le matin le rassemblement de mes effets militaires. L’après midi comme tout parait calme dans Paris je me rends à mon bureau comme d’habitude mais l’état d’inquiétude et d’énervement dans lequel je me trouve m’enlève toute possibilité de travail et vers 15 heures je me décide à rentrer à la maison. Paris semble toujours calme mais en arrivant chez moi je remarque que la porte de la caserne des Celestins est fermée. Quelques personnes groupées en cet endroit lisent un placard minuscule affiché sur la porte « Ordre général de Mobilisation. Le premier jour de la Mobilisation est fixé au 2 aout 1914. signé : Poincaré ». La lecture de ce laconique et terrible papier me cause une impression d’immense désarroi et en même temps de muette résignation. Ce que nous redoutions tant depuis plusieurs jours est malheureusement arrivé. Ainsi il va falloir brusquement se séparer de toutes ses affections, briser un foyer à peine construit, commencer une nouvelle vie pleine d’un redoutable inconnu, endurer des souffrances, braver des dangers, faire peut être le sacrifice de sa vie. Il me semble que je n’ai pas peur, mais au fond je serais en peine d’analyser exactement les sentiments que j’éprouve en ce moment. Il est certain en effet que nous allons nous battre. Sans doute comme le dira plus tard une proclamation du President de la République « la mobilisation n’est pas











