18 janvier. — Depuis que de Mailly m'a quitté on m'a donné deux nouveaux sous-lieutenants, Guérin et Ricquebec : c'est le commencement de la désorganisation de ma batterie. Le 3e groupe va être constitué en groupe d'active et recevra tous les jeunes soldats. Le 2e groupe recevra tous les gens de la réserve qui seront démobilisés lorsque viendra le tour de leur classe. Quant au 1er groupe qui va être incessamment renvoyé à l'arrière il recevra tous les vieux croûtons ! Donc dans mon 1er groupe, Beltramelli, de Blois, Gardelle et Grammont passent au 3e.
Aujourd'hui nous quittons le cantonnement pour gagner Oiry, pays de vins de Champagne situé au pied des coteaux d'Épernay. La route qui traverse la forêt de la Charmoise est très pittoresque surtout vers Brugny, dans la descente sur Oiry. Malheureusement le temps commence à se mettre franchement au froid. La vie dans les cantonnements va commencer à ne pas être drôle car on ne trouve par ici ni bois ni charbon même contre argent. Nous sommes de plus reçus fort mal et on ne trouve plus que de mauvaises chambres. Quant aux popotes elles deviennent introuvables car personne ne veut plus nous recevoir. Pour les chambres on se débrouille toujours car les gens sont bien forcés de nous accepter puisque nous avons le droit de réquisition, mais pour les popotes c'est autre chose. On est forcé d'aller mendier de porte en porte ce qui est désagréable et même passablement humiliant. C'est de plus assez onéreux car nous devons payer 1f50 par jour et nourrir nos hôtes. Quand on calcule ces ennuis depuis six semaines cela devient absolument insupportable.