que j'ai déjà parcourue en 1918. On voit encore dans maints endroits les traces des préparatifs importants qui avaient été faits en vue de l'offensive qui devait se déclancher le 13 novembre sous la direction du général de Castelnau, offensive qui nous aurait mené à Metz, tombant bientôt et qui aurait obligé certainement une partie de l'armée allemande à mettre bas les armes. D'après les ordres reçus du colonel nous devons franchir la Seille à Aulnois, mais en arrivant à Chenicourt j'apprends que le pont d'Aulnois n'est pas encore réparé. Je reviens alors au pont d'Agincourt qui, lui, n'est pas démoli. La frontière coïncide ici avec la rivière mais le poteau frontière a disparu. Au sortir d'Agincourt je me dirige sur la route de Fossieux mais là, nouveau mécompte ; le pont au delà de Fossieux n'est pas rétabli. Pour atteindre Aulnois sur Seille nous éprouvons les plus grandes difficultés car la route est fort mauvaise, les Boches l'ayant fait sauter en plusieurs endroits avant de se retirer. Le village d'Aulnois est d'ailleurs encombré de tranchées et de fils de fer barbelés au milieu desquels nous passons au prix de mille difficultés. Enfin après avoir traversé le bois des Fourasses d'Aulnois rempli de blockhaus, et le village de Lemoncourt nous arrivons au village de Delme qui sera notre cantonnement et où nous sommes fort bien reçus. Ce n'est plus évidemment l'enthousiasme des premiers jours après l'armistice. Ce qui m'indigne immédiatement c'est de voir l'étonnement naïf de mes camarades. Ils sont surpris d'entendre les gens de ce pays-ci parler français. L'ignorance du Français sur la question d'Alsace Lorraine a quelque chose de vraiment pénible et je dirais même de révoltant. L'étonnement de notre commandant méridional est risible : il n'en revient pas de voir que l'épicier du lieu s'appelle Champonillon et que le boucher s'appelle Émile Dubois. « Vous savez, me dit-il, tous ces gens parlent français….. même entre eux ! » Je lui réponds que pour la plupart ils seraient bien en peine de parler un autre langage puisqu'ils ne savent pas un mot d'allemand. J'étais prêt à lui dire, à lui qui est de Toulouse, ces gens-là sont plus Français